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Les Livres

Transsibérien, Dominique Fernandez

Ecrit par Lionel Bedin , le Mardi, 03 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Grasset

Transsibérien. Photos de Ferrante Ferranti. 01/21012. 304 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Dominique Fernandez Edition: Grasset


C’est en mai 2010 qu’une vingtaine d’écrivains, journalistes et photographes, embarquent à bord du Transsibérien, pour un voyage culturel franco-russe. Transsibérien est le récit que rapporte Dominique Fernandez, l’un des écrivains invités, illustrés par les photographies de Ferrante Ferranti. (Les deux hommes ont déjà travaillé et écrit des livres ensemble.)


Les joies du voyage en Sibérie


Départ : Moscou. En quelques années la place Rouge a changé. Ce qui se remarque le plus n’est pas le Kremlin mais le fameux Goum, ce magasin du peuple, devenu aujourd’hui une galerie de « boutiques de luxe à la façade étincelante, cavernes d’Ali Baba inaccessibles à qui n’est pas un nouveau Russe. » L’auteur constate que les Russes sont passés « d’un despotisme sanglant à un capitalisme agressif. » Est-ce un progrès ? Pour qui ? Cette question se posera plusieurs fois tout au long du voyage.

Le garçon talisman, Florence Aubry

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mardi, 03 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Le garçon talisman, février 2012, 142 p. 10.50€ . Ecrivain(s): Florence Aubry Edition: Le Rouergue

Heinrich se cache dans un container rouillé au plus profond de l’aire de stockage d’un port anonyme. Il a fui le pensionnat spécialisé où il a été élevé au milieu de ses semblables le jour même où l’on a retrouvé une de ses camarades atrocement mutilée.

On a retrouvé Victoire en début d’après-midi le lendemain. Dans un bois à quelques kilomètres de l’internat. Grossièrement cachée par des branchages. Victoire vivait encore, elle respirait aussi vite qu’une petite musaraigne. On lui avait sectionné les pieds, les mains et entièrement rasé la tête. Ils avaient fait ça dans la précipitation, la peau diaphane de son petit crâne était zébrée de grandes entailles sanglantes. Victoire était la plus jeune d’entre nous, elle avait six ans.

Depuis, Heinrich se fond dans les entrailles du port, dans l’espoir de gagner un pays lointain où les gens comme lui ne sont pas poursuivis et persécutés pour le soi-disant pouvoir magique de leur chair. Et la menace peut surgir de partout. De Val, 17 ans, prêt à tout pour sortir sa sœur Andréa du coma dans lequel elle est plongée depuis qu’il l’a poussée à l’accident. Que lui reste-t-il à part l’inacceptable et la superstition pour le laver de la culpabilité ? De Joseph, inoffensif grand-père, ancien orpailleur solitaire et affamé d’amour, qui désire plus que tout, même au prix du sang, retrouver l’affection de sa famille. De n’importe qui pourvu qu’il soit suffisamment acculé par le désespoir.

Cheyenne en automne, Willy Vlautin

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 02 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, 13ème note éditions

Cheyenne en automne, traducteur Luc Baranger, 4 Avril 2012, 320 p. 19 € . Ecrivain(s): Willy Vlautin Edition: 13ème note éditions

Charley devient un ami. Un frère. Ou un fils. De le connaître rend heureux. De le quitter attriste.

Charley, 15 ans, aime courir. Pas seulement pour incorporer une équipe de football. Sa façon de fuir. Même s’il l’aime son père. Son père aime avant tout ses plaisirs. Les femmes. La fête. L’alcool. Les emmerdes qui vont avec. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Ils sont arrivés à Portland, en Oregon, une semaine avant. Pour un boulot de cariste, un boulot sans lendemain de plus. En laissant quasiment toutes leurs affaires dans l’état de Washington. Mis à part quatre chaises, des gamelles, des casseroles, des poêles, leurs fringues, la télé, le lit de son père. Dans deux cartons et un sac poubelle, deux coupes, des bouquins et des photographies. Loin du Wyoming et de sa tante Margy. Loin de sa mère qui vit on ne sait où. Loin de Spokane. Loin de ses copains. Pour un quartier des années 40 en piteux état, le Delta Park. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Par-delà les entrepôts, en passant sous les ponts, par-delà les ateliers, casse automobile et autre magasin de pièces détachées de pièces automobiles, un champ de courses. Avec les chiens, les chevaux sont les animaux préférés de Charley. Même si en dehors de la télé il n’en a jamais aperçu qu’au rodéo. Après quelques pompes, Charley court sur le chemin du retour.

Le Condottiere, Georges Perec

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Seuil

Le Condottiere, Georges Perec, roman posthume (1960), Seuil (La librairie du XXIème siècle), Mars 2012, 202 p. 17 € . Ecrivain(s): Georges Perec Edition: Seuil

Une histoire simple que ce vieux Perec, jeune et fougueux comme la grande littérature.

Un Gaspard, particulièrement doué, vit comme un Janus : une face claire, officielle où il restaure les tableaux d’un grand musée ; la face à l’ombre, lucrative, aventureuse, d’un faussaire de haut vol. « Cent vingt, cent trente faux… oui, ça m’a toujours amusé… ». Arrive le moment où échouer sur un tableau ; ce « Condottiere d’Antonello de Messine » du Quattrocento, le conduit au meurtre – bien sanglant – du commanditaire, afin d’en finir avec cette part insupportable de lui-même : « Madera… il était vivant. Il allait être mort. J’étais mort, j’allais être vivant ».

On a beaucoup écrit sur ce roman qui passionne ; pensez ! Un Perec, sorti d’une vieille malle ! Refusé par le gratin de l’édition de l’époque (1960) « quant au Condottiere, merde pour celui qui le lira ! » s’énerva le grand Georges, au seuil de son immense talent.

Mais, c’est une sacrée chance que ce livre ne nous arrive que maintenant ; il va avec cette librairie du XXIème siècle, où, finement, l’a classé Le Seuil. C’est un livre qui ne peut que nous plaire : à la fois, sobre et dense, mélangeant genres et sonorités ; il est, au bout, à l’image de sa couverture : visage formidablement présent du chef de guerre, sur ce fond noir-abîme d’une modernité sans pareille.

De beaux lendemains, Russel Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Dimanche, 01 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Babel (Actes Sud)

De beaux lendemains, 327 pages, trad. Christine le Bœuf, 8,50 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Babel (Actes Sud)


Cela débute par un frisson de quarante pages. Une catastrophe est annoncée entre les lignes. « Un chien – c’est un chien que j’ai vu, j’en suis sûre. Ou que j’ai cru voir ». « Ça ressemblait au fantôme d’un chien, ce que j’ai vu : une tache floue, d’un brun roussâtre, beaucoup plus petit qu’un chevreuil ». « Ça a ralenti et ça s’est arrêté pile au milieu de la route, comme hésitant à continuer ou à revenir sur ses pas ».

Celle qui s’exprime s’appelle Dolorès Driscoll, conductrice du bus scolaire à Sam Dent, petite bourgade au Nord de l’état de New-York. Dolorès qui ravive les souvenirs de cette journée. « Le jour était juste levé à ce moment-là et, comme je l’ai dit, il neigeait, alors qu’au matin, quand j’étais sortie de chez moi avant de commencer ma tournée, il faisait noir, évidemment, et il n’y avait pas de neige ».

Au fur et à mesure de la tournée, le bus parcourt Sam Dent, marque l’arrêt, ramasse les enfants. Qui sont ces enfants ? Qui sont leurs parents ? Quelles places occupent-ils dans la vie communautaire ? Que dit-on et que sait-on vraiment d’eux ? Quelle est la vie à Sam Dent ?