Identification

Les Livres

Le plus bel âge, Joanna Smith Rakoff

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 20 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Presses de la Cité

Le plus bel âge, traduit par Catherine Barret, août 2010, 620 p. 23 € . Ecrivain(s): Joanna Smith Rakoff Edition: Presses de la Cité

Qu’est-ce qui fait qu’un livre devient un coup de cœur ? Ce doit être un concours de circonstances personnelles, une alchimie…

A New-York, quatre filles et deux garçons, amis d’université, débutent dans la vie « active ». Tous rêvent et espèrent, mais le sort ne pourra les contenter tous, et la réalité se révèle bien différente. Les destins se croisent, les êtres se rapprochent et s’éloignent, les couples se font et se défont, les univers professionnels s’ouvrent ou se ferment.

Cette « chronique d’une génération perdue » porte surtout en elle la quête d’une place dans la société qui ne peut accorder autant d’attention à chacun.

Avec une profondeur que l’on retrouve presque exclusivement chez les auteurs étrangers, et en plus des 600 pages très denses, Joanna Smith Rakoff dresse un portrait sensible et exhaustif de ses six protagonistes.

Leurs ambitions, leurs concessions, le temps qui passe, la vie qui distend les liens et rend les échanges les plus personnels simplement conventionnels… Tout cela est dépeint à merveille.

L'enfant, le renne et le loup, Sabine du Faÿ et Nicolas Duffaut

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mardi, 20 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Seuil, Jeunesse, Seuil Jeunesse

L’enfant, le renne et le loup ; Seuil jeunesse ; 32 p. 13.50€ . Ecrivain(s): Sabine du Faÿ, Nicolas Duffaut Edition: Seuil Jeunesse

Clair de Lune, un petit garçon Tsaatane, vit dans son tipi au nord de la Mongolie, entouré de son père, de sa mère enceinte et de leur troupeau de rennes. Un jour, comme le veut la tradition de ce peuple, Clair de Lune est suffisamment grand pour élire un jeune compagnon au sein de la harde. Un faon blanc s’approche, ils se frottent le nez, ils se choisissent. Ce sera sa monture, son ami, son auxiliaire, au cœur de ce récit initiatique.

Une nuit, un loup s’approche. Le père «se lève d’un bond, enfile son lourd manteau de fourrure,  prend son fusil et sort dans la nuit noire. » Pour ne plus rentrer.

Petit chaperon rouge au milieu des bois de la taïga et du blizzard acéré du nord, Clair de Lune et son renne partent à la recherche du père. Si l’écriture de Sabine du Faÿ reste dans une veine très sobre et se cantonne à la réécriture plutôt classique du motif de l’enfant qui par ses qualités morales sauve un membre un membre adulte de la communauté, on appréciera les illustrations de Nicolas Duffaut. Ses acryliques rendent admirablement la démesure et l’hostilité glacée de ces paysages quasi sibériens. D’immenses conifères gris ployant sous le vent et la neige, le ciel uniformément vide et blanc, et, petite silhouette fragile juchée sur son renne, Clair de Lune qui s’avance bravement en quête de son père.

L'enfant de la neige, Henri Gougaud

Ecrit par Valérie Debieux , le Lundi, 19 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

L’enfant de la neige, 2011, 288 p., 19,50 € . Ecrivain(s): Henri Gougaud Edition: Albin Michel


C’est bientôt Noël. Un feu de cheminée ronronne et il est plaisant de se mettre face à l’âtre, d’aiguillonner les bûches et se plonger ensuite dans la lecture de l’ouvrage L’enfant de la neige. Quel bonheur de le lire à haute voix, en famille, comme au temps jadis, car si les traditions se perdent, à nous de les faire revivre.

Henri Gougaud nous enchante par ses mots, sa plume, sa douceur, son élégance et sa façon généreuse de conter les histoires. Les siennes. On tourne les pages au rythme d’un vent doux, et l’esprit s’envole vers un monde lointain, et sa fable nous projette au-delà des cimes, celles dont nous n’avions pas même idée.

Ce livre narre l’histoire d’un enfant, prénommé Jaufré, retrouvé sans toit, en hiver, au XIIème siècle. L’enfant est élevé par un Père prieur et une nourrice. Tous deux lui donnent à la fois l’affection et une éducation solide et studieuse jusqu’au jour où, l’enfant devenu grand, emboîte le pas d’une vie de troubadour et quitte son village. Il part « le cœur aimant mais la tête pleine de vent ». Il y revient sept ans plus tard.

Saltimbanques, Marie Desplechin et Emmanuelle Houdart

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 18 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Thierry Magnier, Jeunesse

Saltimbanques, 2011, 51 p. 27,50×37cm, 21,50€. . Ecrivain(s): Marie Desplechin et Emmanuelle Houdart Edition: Thierry Magnier

Venez, Mesdames et Messieurs, petits et grands… Entrez dans le cirque le plus époustouflant ! Venez découvrir une galerie de personnages hors-du-commun ! L’Homme Tronc et le Colosse, la Femme à barbe et les Sœurs siamoises, le Musicien sans bras ni jambes et la Sirène… Mais venez surtout découvrir la fragile humanité de ces artistes, de cette galerie de freaks dont la monstruosité devient une sublime parure.

« J’ai toujours aimé les fleurs. Elles ont la légèreté qui me manque. Elles cachent aussi, au creux de leurs corolles, mille petites monstruosités qui me plaisent. Jolies sans doute, elles sont surtout étrangement vivantes. »

Les dessins d’Emmanuelle Houdart transportent le lecteur dans un univers de rêve à la fois étrange et attirant où les couleurs d’enluminure rivalisent avec des détails pleins de poésie et d’humour. Sous les courbes et volutes, sous les difformités délicates et les savants tatouages, on sent l’affection de l’artiste pour ses saltimbanques, ses bateleurs inouïs. Marie Desplechin a tissé des liens entre eux, inventé ou plutôt révélé leurs secrets et les trames de leurs destins. Elle a même instauré une forme de suspens quant à l’identité du mystérieux narrateur et à la façon dont il relie les différentes histoires et délivre les portraits des autres personnages.

L'enchanteur. Nabokov et le bonheur, Lila Azam Zanganeh

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 17 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Biographie, Récits, L'Olivier (Seuil)

L’Enchanteur. Nabokov et le bonheur. Trad. (anglais USA) Jakuta Alikavazovic. Octobre 2011. 228 p. 20 € . Ecrivain(s): Lila Azam Zanganeh Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Que faire de mieux, quand on écrit un livre qui porte le nom de bonheur dans son titre, que d’en faire un livre plein de bonheur ? Lila Azam Zanganeh n’y manque pas ! Son Nabokov, l’Enchanteur, est un remède contre toute forme déclarée ou pernicieuse, de déprime.

Ce livre est d’abord, bien sûr, une déclaration d’amour passionné à Vladimir Nabokov. « C’est là que j’ai découvert la texture du bonheur ». Rien moins ! Il nous faut avouer que cette entrée surprend a priori : Nabokov n’est pas – toujours – l’écrivain qui incarne le bonheur dans notre imaginaire de lecteur. On y voit volontiers des ombres, des malaises, une sexualité compliquée. Humbert Humbert, le héros de Lolita, ne symbolise guère un ciel sans nuage ! Non. C’est ailleurs que Lila Azam Zanganeh va chercher, au cœur de l’œuvre du maître, une source intarissable de bonheur. «  La joie profonde qu’inspirent Lolita ou Ada prend sa source ailleurs, dans une expérience de la marge et des limites (au sens quasi mathématique d’ouverture), qui devient celle de la poésie. Et cette poésie est félicité ou, comme le disait VN dans sa langue maternelle, en russe : blazhenstvo »