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Les Livres

Nouvelles du pays, Sefi Atta

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Nouvelles, Actes Sud

Nouvelles du pays. Trad. Anglais (Nigéria) Charlotte Woillez. Novembre 2012. 359 p. 23 € . Ecrivain(s): Sefi Atta Edition: Actes Sud

L’écriture de Sefi Atta relève de l’extraordinaire, rien moins. On sourit, on rit franchement, à chaque histoire, à chaque page souvent et pourtant, peu à peu, presque sans s’en apercevoir, le lecteur est bouleversé jusqu‘au fond de l’âme par ces nouvelles qui racontent la misère de l’Afrique, la double misère des femmes africaines, la triple misère des femmes africaines et musulmanes.

Souffrances itinérantes et universelles, que ces femmes soient au pays – alors objets de toutes les maltraitances de la vie, de la culture locale et des hommes - ou émigrées dans les pays développés - objets alors des humiliations et de l’exploitation économique et sexuelle - ou encore marginales par désespoir, comme cette femme inoubliable de la nouvelle intitulée « Dernier voyage » et qui passe de la cocaïne du Nigéria en Angleterre par avion, en avalant des dizaines de sachets de caoutchouc remplis de blanche qu’elle évacuera à l’arrivée par des « voies naturelles » :

 

« Elle doit faire attention avec l’huile : s’il y en a trop, son ventre risque de sécréter des sucs gastriques et de dissoudre le latex. Les sachets sont trop gros, pas faciles à avaler. Quand ils descendent, ses oreilles se bouchent, sa poitrine se contracte. »

Homo erectus, Tonino Benacquista

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Homo erectus, Folio 2012, 305 pages . Ecrivain(s): Tonino Benacquista Edition: Folio (Gallimard)

Chaque jeudi, à Paris, dans un endroit secret qui n’est jamais le même, des hommes racontent devant d’autres hommes la nature et l’évolution des rapports qu’ils entretiennent ou ont entretenus avec une ou plusieurs femmes, puis cette assemblée extraordinaire se sépare, sans un commentaire autorisé sur aucune des « confessions », sur l’annonce de l’adresse de la session suivante.

Ce pourrait être la scène d’un nouvel Heptaméron qui aurait pour règles singulières que les participants ne se connaissent pas, ne déclinent pas leur identité, ne cherchent pas à en savoir plus que ce qui est narré, ne se parlent pas, ne se rencontrent point hors de l’étrange atelier qu’ils cessent de fréquenter quand ils en ont envie.

Or dans Homo erectus, trois des personnages qui se sont trouvés un même soir en ce cercle mystérieux enfreignent ce règlement : tout en assistant épisodiquement aux soirées occultes, ils se retrouvent ponctuellement à la terrasse d’un café, confrontent le bilan négatif qu’ils se font de leur relation passée avec le deuxième sexe, puis en tirent leçon, chacun à sa façon, chacun avec la morale qu’il prend la décision d’adopter dorénavant, pour se tracer, délibérément, obstinément, une vie nouvelle fondée sur un changement radical de conduite vis-à-vis de la gent féminine.

Les fidélités successives, Nicolas d'Estienne d'Orves

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 12 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Les fidélités successives, 715 p. 23 €, Août 2012 . Ecrivain(s): Nicolas d'Estienne d'Orves Edition: Albin Michel

 

Comment expliciter les sinuosités d’un parcours de vie ? Comment les justifier, lorsque ces dernières deviennent difficilement compréhensibles ou injustifiables au final ?

C’est la méthode que semble avoir adoptée Nicolas d’Estienne d’Orves dans son roman Les fidélités successives. L’origine de l’intrigue du roman est familiale : deux frères, Victor et Guillaume Berkeley, vivent, dans l’entre deux-guerres, une enfance paisible dans les Iles anglo-normandes, plus précisément dans l’île de Malderney, sous la férule d’une mère protectrice, passablement autoritaire, Virginia Berkeley, veuve remariée avec un certain Philip qui vit sous le toit familial. Une particularité : Victor et Guillaume, tout en étant de nationalité britannique, parlent le français sans accent…

Un homme, Simon Bloch, est un ami de la famille, à laquelle il rend visite régulièrement par bateau. Ses visites sont l’occasion pour Guillaume, qui se languit et s’ennuie de ce mode de vie trop prévisible, trop calme, de cette île où il ne se passe jamais rien, d’entrevoir une autre vie par les récits que lui fait Simon Bloch, qui est producteur de films et de pièces de théâtre à Paris. Il décide Guillaume à le suivre à Paris.

Solaire, Ian McEwan

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 12 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

Solaire, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, 400 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Ian McEwan Edition: Folio (Gallimard)

 

Le monde selon Michael Beard

 

Il faut reconnaître que Ian McEwan nous présente ici un personnage qui n’a rien pour nous plaire. En effet, Michael Beard a eu tout ce qu’il fallait pour être heureux. En tant que scientifique, ses travaux lui ont permis d’avoir le Prix Nobel. De ce fait il se voyait propulsé au sommet de l’intelligentsia londonienne et du monde. Cependant, il rate tout. Divorcé quatre fois, au moment où s’ouvre l’intrigue, son cinquième mariage bat de l’aile. Michael Beard bien qu’il soit narcissique, est bien conscient de sa chute. Il sait qu’il ne produit plus rien de méritant quant à ses travaux. Il vit sur ses lauriers. Le présent fuit et Michael Beard semble rester sur la touche. Il est présenté comme grossier, lâche et quelque peu irresponsable. Son image d’homme séduisant, intelligent et dynamique appartient désormais à un passé révolu. Lucide et n’étant pas dupe des clameurs du monde, le scientifique vieillissant se rend bien compte de sa transformation vers le pire :

Jim Morrison, Jean-Yves Reuzeau

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 11 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Folio (Gallimard)

Jim Morrison, 425 pages, octobre 2012 . Ecrivain(s): Jean-Yves Reuzeau Edition: Folio (Gallimard)

 

L’inévitable subjectivité d’une biographie peut s’avérer plus que positive. C’est le cas de celle consacrée au chanteur des Doors, Jim Morrison, par Jean-Yves Reuzeau, pour qui cet ouvrage n’est pas un coup d’essai. L’auteur a le double mérite, outre l’écriture, de présenter Jim Morrison comme le poète qu’il fut tout au long de sa courte vie et comme une réelle et profonde solitude. Il eût été facile de mettre l’accent sur la « bête de scène », de montrer d’abord et avant tout les déboires judiciaires qui vont précipiter sa chute, autant de pièges auxquels l’auteur échappe.

Le poète tout d’abord, celui à qui, dès le plus jeune âge, « la lecture s’impose comme une passion dévorante ». Il découvre très tôt Kerouac, Ginsberg, les philosophes présocratiques le passionnent alors qu’il n’a pas vingt ans. Mais ce sont les poètes qui auront rapidement sa préférence, comme Rimbaud et William Blake. Le côté visionnaire du poète français le retiendra longtemps, jusque dans ses chansons. Lui-même se définissait comme « un homme de mots », sans doute l’aspect le plus important qu’il faille aussi retenir de Jim Morrison. Tous les textes des chansons des Doors seront des poèmes, incantatoires souvent, qu’il met en musique aves le groupe.