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Les Livres

L'autre vie de Valérie Straub, Stéphane Padovani

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 05 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

L’autre vie de Valérie Straub, 2012, 60 p. 5 € . Ecrivain(s): Stéphane Padovani Edition: Quidam Editeur

Valérie Straub « n’aspire plus qu’à la tranquillité des pierres ». Elle a passé plusieurs dizaines d’années en prison pour des idées mises en application de la manière la plus violente. Elle a tué pour ces idées-là, pour un idéal de justice, pour un monde meilleur, elle était jeune, rebelle, déterminée. « Ce combat, il t’a fallu quand même le mener jusqu’au bout, jusqu’à la mélancolie, jusqu’à une certaine forme de folie, au fond d’une prison ». Et quand elle en sort, c’est pour entrer dans un monde qu’elle ne reconnaît plus.

« Les gens t’ont oubliée. Ne reste vaguement que le bruit superficiel de tes éclats, d’armes ou de voix, dans un espace social replié comme un linge dans une armoire de réfectoire ».

Une ancienne compagne de cellule, Isa, va l’accueillir et l’aider à faire ses premiers pas, et la femme de son petit frère qu’elle avait à peine connu et qui est décédé, vient lui confier un journal qu’il n’a écrit, tout au long de ses années, que pour elle. Un journal plein d’amour mais aussi de questionnements, face au vide, que cette sœur inaccessible et constamment en révolte avait laissé suite à son arrestation. Valérie ne sait pas trop ce qu’être libre pourra bien vouloir signifier dans une société qui a poursuivi son cours vers quelque chose qu’elle et ses compagnons d’armes avaient combattu de toute leur âme.

La grande et fabuleuse histoire du commerce, Joël Pommerat

Ecrit par Marie du Crest , le Dimanche, 04 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Théâtre, Actes Sud/Papiers

La grande et fabuleuse histoire du commerce, Actes Sud-Papiers, 72 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Joël Pommerat Edition: Actes Sud/Papiers

Entre 1967 et 1969, Michel Vinaver écrivait Par-dessus bord, pièce dans laquelle il était question d’une entreprise française menacée par la concurrence américaine. Vinaver ridiculisait les méthodes du marketing triomphant. Joël Pommerat en 2012 s’attache à peindre le monde de la vente, de la prospection à domicile. Le titre est ironiquement grandiose et épique : la grande et fabuleuse histoire du commerce sera incarnée par un groupe de commerciaux, de V.R.P. de base, de vendeurs comme l’annonce la liste des personnages. Ils sont au nombre de cinq, ils écument une région définie en quête de clients. Ils n’ont pas d’intimité : ils n’apparaissent sur le plateau que dans des chambres d’hôtel impersonnelles et qui constituent l’unité de lieu (unique et multipliée). Ces chambres sont des territoires de transit où les personnages vont et viennent (entrée et sortie). Elles peuvent d’ailleurs devenir des scènes de théâtre improvisées.

Pommerat construit l’action selon un diptyque chronologique et historique. La première partie de la pièce couvre les années 60, parenthèse enchantée de l’économie française. Les vendeurs expérimentés ont entre cinquante et soixante ans. Franck lui, est une jeune recrue qui devra faire ses preuves dans le métier de la vente en suivant les conseils de ses collègues. L’apprentissage relève d’un jeu théâtral dérisoire, de travestissement. André l’ancien endosse le rôle de la cliente et Franck lui donne la réplique en jouant son propre rôle de débutant. Le jeu s’accompagne d’une didascalie de mise en scène : il ferme une porte imaginaire et va s’asseoir.

Je sauve le monde quand je m'ennuie, Guillaume Guéraud

Ecrit par Cathy Garcia , le Dimanche, 04 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Je sauve le monde quand je m’ennuie, illustrations nb de Martin Roméro, collection zig zag, octobre 2012, 96 p. 7 € . Ecrivain(s): Guillaume Guéraud Edition: Le Rouergue

 

Voilà un petit livre bien drôle et plein d’énergie qui prend le parti des rêveurs, des têtes en l’air, des touchent pas terre. Le pouvoir de l’imagination versus les tables de multiplication. Eugène, alias le Capitaine Sans-Gêne, s’est donné pour mission de sauver le monde des méchants, et de protéger tout particulièrement Lisa.

« Lisa est la plus jolie fille de toute l’école. Elle est forte en tout. Et tout le monde est amoureux d’elle. Même moi ».

Hélas, même Kévin, qui est « le gros costaud de la classe. Tout le monde veut être son ami. Sauf moi ».

Et en réalité, ou plutôt de l’autre côté de la réalité, en vérité, Kévin a été mis à terre et massacré bien plus d’une fois, par le capitaine Sans-Gêne, alias le cavalier le plus intrépide, le chevalier plus fort que les Jedi, le meilleur joueur de foot de la galaxie…

Anton Tchékhov, l'amour est une région bien intéressante

Ecrit par Lionel Bedin , le Samedi, 03 Novembre 2012. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Récits

Anton Tchékhov, L’Amour est une région bien intéressante, Correspondance et Notes de Sibérie, Trad. russe Louis Martinez, Éd. Cent pages, 2012 . Ecrivain(s): Anton Tchékhov

 

C’est entre avril et juillet 1890 qu’Anton Tchékhov effectue un voyage à travers la Sibérie vers l’Extrême-Orient russe, pour vérifier ce qu’on en dit, pour témoigner de la réalité de cette province isolée, pour voir le katorga (le bagne) situé dans l’île-prison de Sakhaline, un asile pour bannis et reclus. « Après l’Australie jadis, et Cayenne, Sakhaline est le seul endroit où il soit possible d’étudier une colonisation formée par des criminels ». Outre les tentatives pour le dissuader, il y a d’abord les questions sur l’utilité de ce voyage. « Admettons que mon voyage ne serve à rien, qu’il soit entêtement et caprice ; réfléchissez un peu et dites-moi ce que je perds en partant ? » On ne perd jamais rien en voyageant : « même si ce voyage ne m’apporte strictement rien, se peut-il malgré tout qu’il n’y ait pas sur sa durée deux ou trois jours dont je ne me souvienne toute ma vie avec enthousiasme ou amertume ? ». Il veut donc aller voir, écouter, étudier. Il en reviendra transformé.

Le voyage « aller » durera trois mois. La grand-route sibérienne – « la plus grande et apparemment la plus affreuse route du monde » – est assez sûre : on parle bien de vagabonds qui égorgent parfois « une misérable vieille pour lui prendre sa jupe et s’en faire des chaussettes », mais aussi des cochers qui ne volent pas leurs clients.

B comme bière, Tom Robbins

Ecrit par Alexandre Muller , le Vendredi, 02 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Récits, Gallmeister

B comme bière, trad. USA François Happe, 2 novembre 2012, 160 p. 8,60 € . Ecrivain(s): Tom Robbins Edition: Gallmeister

A la manière d’une chronique

 

Lorsque mon ami m’a rendu mon livre (Féroces infirmes retour des pays chauds), il se tenait assis dans un fauteuil. L’objet littéraire tournait et retournait entre ses mains respectueuses. Sa voix était calme et tout son être dégageait encore de la passion qui l’avait emporté sur ces territoires dont il revenait.

Je savais, quant à moi, depuis mon premier Tom Robbins (Une bien étrange attraction) que ce genre de lecture relevait de l’expérience presque psychédélique. Le terme n’est pas vain, la comparaison entre l’acide et Robbins pourrait sans doute être soutenue (j’ai expérimenté Robbins mais jamais l’acide, mon avis est que l’un est pour la littérature ce que l’autre est aux stupéfiants). « C’était incroyable » dit mon ami.

Si je me permets d’introduire mon article par une anecdote, c’est pour dissuader tout lecteur attaché à la littérature classique de pénétrer le dédale de comparaisons rocambolesques, de situations abracadabrantesques, de personnages survoltés, de scènes féeriques, accouchés par Tom Robbins.