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Les Livres

Revue Le Grognard N°19 : autour du sentiment océanique

Ecrit par Olivier Verdun , le Mercredi, 08 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Revues

N° 19 (septembre 2011) de la Revue Le Grognard, 86 p.

Numéro 19 (septembre 2011) de la Revue trimestrielle Le Grognard, Littérature, Idées, Philosophie, Critique et Débats, coordonné par C. Arnoult et Goulven Le Brech, 86 pages, ISBN 978-2-84712-307-4


La dernière livraison du Grognard, dont la facture n’est pas sans rappeler les revues mythiques et anarchistes du 19ème siècle (La PlumeLa Revue Blanche, Le Mercure de France, L’En dehors, L’Unique, L’Ordre Naturel, La Mêlée), nous propose une plongée dans le sentiment océanique que Romain Rolland définit comme « le fait simple et direct de la sensation de l’éternel ». Intuition plutôt que sentiment, en ce que l’expérience océanique présente la double caractéristique d’être à la fois subjective et objective : vécue de l’intérieur par l’individu, elle s’impose à sa conscience comme un événement objectif, pour ne pas dire transcendant.

De Tchounang-tseu à John Cowper Powys, en passant par Jean Grenier, Henri Michaux, Jean Levi (spécialiste de la pensée chinoise), Geneviève Bianquis (co-fondatrice de la revue Études germaniques), l’approche du sentiment océanique, qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, se veut à la fois poétique, littéraire et philosophique.

Un territoire, Angélique Villeneuve

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Mardi, 07 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Phébus

Un territoire, janvier 2012, 152 pages, 15 euros, . Ecrivain(s): Angélique Villeneuve Edition: Phébus

Ce n’est pas l’histoire qui importe vraiment. C’est l’émotion que l’écriture est capable de créer à partir du motif et qui dit quelque chose en dehors de l’histoire. Et puis si, quand même ! L’histoire compte. Ces deux adolescents qui maltraitent leur tante, c’est intéressant. La violence faite aux adultes est si rarement abordée. Si honteuse.

Dans son dernier roman, Un territoire, Angélique Villeneuve place au centre de son texte une femme au « gros corps lourd » à « l’air de vache (…) au cerveau piétiné ». Un être invisible dans son pavillon modeste et qui vit sous le joug d’un Garçon et d’une Fille. Deux adolescents haineux envers eux-mêmes et envers le monde. Et qui n’ont qu’Elle sous la main pour se venger d’être ce qu’ils sont.

Cela pourrait être sordide. C’est dur. L’écriture singulière, poétique et incarnée d’Angélique Villeneuve, transcende le roman. Le personnage d’Elle est merveilleux d’humilité, de constance. De compréhension dans son acceptation de la situation qu’elle plonge dans une histoire qui enveloppe l’instant. On ne peut s’empêcher de reconnaître en Elle les personnages campés par la superbe actrice Yolande Moreau. Ces femmes plus proches du monde ouvrier que de celui des traders voraces, havres malmenés, ultimes refuges. Possédant une lumière à laquelle leurs renoncements ont donné une incandescence particulière. Une unité intérieure.

L'enfant et la nuit, Olivier Balazuc et Emmanuel Polanco

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 07 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, Jeunesse

L’Enfant et la nuit, Gallimard jeunesse, 2012, 64 p. 22 €. (Livre CD) . Ecrivain(s): Olivier Balazuc et Emmanuel Polanco Edition: Gallimard

Récit initiatique et conte lyrique, L’Enfant et la nuit offre à son public un spectacle total ; spectacle dans un fauteuil qu’il pourra lire, voir et écouter en une association subtile. En une seule nuit et comme dans un rêve, les craintes les plus anciennes se réveilleront et prendront forme, les monstres et la mort se feront les alliés inattendus du rire et les enfants seront transportés dans un monde inquiétant et curieux.

Le jeune Virgile pénètre au cœur de la nuit pour ramener le jour. Dans sa chambre, sa sœur a peur, dans la sienne, leur mère malade se repose. Mais dans ce parcours obscur surgissent des êtres malfaisants, des rêves et des cauchemars. La belle mais cruelle reine Noctilia et son fidèle valet, le savant Evariste, attendent les jeunes noctambules pour les effrayer et se saisir de leurs larmes, composant essentiel de leur élixir de beauté éternel. « Un mirifique édulcorat », un « substrat de jeunesse » capable de donner naissance à cette « Eve nouvelle / Fruit de la science et du scapel » qu’incarne la reine de la Nuit. Virgile devra échapper à leurs pièges et ne pas céder aux mirages de la nuit.

Les mille automnes de Jacob de Zoet, David Mitchell

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Lundi, 06 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, L'Olivier (Seuil)

Les mille automnes de Jacob de Zoet, trad. de l'anglais par Manuel Berri, janvier 2012, 704 p. 24 € . Ecrivain(s): David Mitchell Edition: L'Olivier (Seuil)

Après quatre romans qui lui ont valu l’étiquette irritante d’auteur postmoderne (ou pis, post-postmoderne), David Mitchell se tourne vers une saga plus linéaire, placé à l’aube du dix-huitième siècle, au Japon.

Jacob de Zoet est un jeune clerc qui a rejoint la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales. Ses compétences et son sérieux devraient redresser les comptes de la Compagnie et lui assurer de rentrer au pays plus riche et plus apte à marier sa promise, embrassée une fois avant le départ... Ses compétences et son romantisme seront sa perte. Sur Dejima, près de Nagasaki, il découvre que cette île artificielle à l'autre bout du monde est gangrénée par la corruption, la roublardise et la suspicion.

Il fait la connaissance de deux personnages auxquels son destin va être lié. Orito Aibagawa, jeune sage-femme érudite et Uzaemon, un traducteur – car la langue est un barrage filtrant, une frontière supplémentaire : les étrangers ne sont pas autorisés à apprendre le japonais. On verra que Da-Zû-To (De Zoet) parviendra à franchir cette montagne là aussi.

Jacob de Zoet va tomber amoureux d'Orito mais le poids de la loi et des traditions écrase cet amour dans l’oeuf. Pis, Orito est enlevée et envoyée dans le temple Shiranui, digne de Sade, où les femmes deviennent des esclaves sexuelles.

La grandeur Saint-Simon, Jean-Michel Delacomptée

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 05 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Biographie, Gallimard

La Grandeur, Saint-Simon. Gallimard (L’un et l’autre). Novembre 2011. 222 p. 19 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Delacomptée Edition: Gallimard

 

C’est un chemin étroit et rare qui est emprunté par ce livre, et de façon plus générale, par cette collection « L’un et l’autre » de Gallimard. Disons d’abord ce que cela n’est pas : ce n’est pas une biographie. Le titre de ce livre particulier aurait pu le laisser entendre. Une biographie de Saint-Simon. Ce n’est pas non plus une œuvre de fiction ! Et n’étant ni l’un ni l’autre, on retrouve le nom de la collection : c’est « l’un et l’autre ».

A la fois mises en situation fictionnelles, dialogues fictionnels, événements mineurs fictionnels et pourtant tout ce récit des années « Mémoires » de Saint-Simon s’appuie sur une solide et rigoureuse connaissance biographique de l’homme Saint-Simon et de l’œuvre saint-simonienne.

On y retrouve avec délectation l’observateur génial des mœurs de la cour et des courtisans du temps de Louis XIV et Louis XV. Le moraliste intransigeant et militant qui, à sa manière, dénonce déjà les travers d’une monarchie qu’il voit avec préscience en train de scier la branche sur laquelle elle est assise.