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Les Livres

Les quatre éborgnés, Alice Massat

Ecrit par Gilles Brancati , le Mardi, 08 Janvier 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Joelle Losfeld

Les quatre éborgnés, sortie : 10 janvier 2013, 160 p. 16,90 € . Ecrivain(s): Alice Massat Edition: Joelle Losfeld

 

Bienvenue chez vous, « frères humains ». Jusqu’à quel degré ressemblons-nous aux personnages du livre. Sommes-nous Lune, Jefferson, Gaspard, Ugolin ou bien plus sûrement un peu tous à la fois au gré des circonstances de nos vies. Par choix ou par nécessité ? Car c’est le propos de ce livre : jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour satisfaire nos besoins ? Jusqu’à demander un sac rempli de billets de banque en échange d’une déclaration publique ? S’agit-il d’un « œil pour œil », d’individus en situation d’échanges permanents. Feutrée ou plus violente, la sollicitation des autres et l’ajustement de nos comportements est permanent.

Lune débute un stage dans un journal qui hésite pour sa une entre deux sujets et les traite parallèlement jusqu’au dernier moment. S’ensuivent des rencontres dans un univers beaucoup plus réduit qu’on ne le croit. La « une » la plus probable concerne un écrivain dont Lune est devenue la secrétaire par le hasard d’une rencontre et dont il est le protecteur. Elle n’a pas d’objectif précis, elle est en errance affective et professionnelle et sans les ressources qui lui offriraient une autonomie. Ses choix, comme ceux des autres, sont alors guidés par la nécessité. Elle n’y échappe pas, elle est une héroïne ordinaire.

L'éponge des mots, Saïd Mohamed

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 08 Janvier 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

L’éponge des mots, Les Carnets du Dessert de Lune, 2012, 128 pages, 12 € . Ecrivain(s): Saïd Mohamed

L’éponge des mots est un livre sans commencement, ni fin, dans lequel on entre, puis on s’assoit et on écoute. On écoute un compagnon qui nous passerait la bouteille, on boirait à même le goulot, sans faire de manières, avant de la repasser à un autre, qui serait là aussi, quelque part au bord du monde, parce que toutes les routes ont déjà été arpentées, tout a été dit, et pourtant nul n’a encore trouvé le remède au mal de vivre.

L’éponge des mots éponge le trop plein.

 

Pas de gloire à se combler d’alcool

Pour s’inventer des cataplasmes.

Boire encore et tordre le cou aux sortilèges.

Capitaine au long cours veillant sur l’histoire du hasard.

Taillader son chemin dans l’aventure des rues lisses.

Un matin pour la vie et autres musiques de scène, Françoise Sagan

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 07 Janvier 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Le Livre de Poche

Un matin pour la vie et autres musiques de scène, 2012, 240 p. 6,10 € . Ecrivain(s): Françoise Sagan Edition: Le Livre de Poche

Sagan donne de ses nouvelles

Françoise Sagan écrivait des textes courts. On le lui reprocha. Ses romans, souvent brefs, étaient soi-disant bâclés. Elle aurait pu approfondir la psychologie des personnages, creuser certaines situations, décrire plus longuement, disaient les critiques… Elle prouva avec La Femme fardée (1981) qu’elle était capable d’écrire ce long roman qu’ils attendaient.

Aujourd’hui, on apprécie à juste titre son art de la concision, de l’ellipse, cette fausse légèreté, cette façon d’effleurer, parfois, un sentiment, une impression, cet art de la touche qui prend la forme d’un adjectif bien senti. C’est là un de ses talents reconnus. Dire en peu de mots. Laisser parler les silences. Permettre au lecteur d’investir ses textes.

La preuve en est avec ce recueil, Un matin pour la vie et autres musiques de scènes qui reprend les treize nouvelles initialement publiées en 1981 auxquelles s’ajoutent quatre inédites en volume, parues dans des magazines (Elle, VSD, Playboy et La Revue de Paris) entre 1955 et 1985. L’art de la nouvelle, c’est celui de la concision, du choix restreint de personnages qui doivent rapidement acquérir une épaisseur suffisante, c’est l’esquisse d’un cadre, c’est la maîtrise de la chute… Autant d’éléments présents dans les romans de Sagan. Et déjà présents dans les romans, ils ne peuvent qu’être décuplés dans ses nouvelles.

41, Rogelio Guedea

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 07 Janvier 2013. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

41, Editions Ombres Noires, octobre 2012, traduit de l’espagnol (Mexique) par Florence Olivier, 224 p. 18,90 € . Ecrivain(s): Rogelio Guedea

 

 

Le corps de Ramiro Hernández Montes, frère d’un candidat au poste de gouverneur de l’État de Colima soutenu entre autres par les chefs de la police, est retrouvé dans le coffre d’une voiture, tué d’une balle de calibre 41 tirée dans l’oreille. Un modus operandi qui correspond à plusieurs meurtres commis dans la région et dont les victimes sont toutes des homosexuels. Les quatre policiers chargés de cette enquête sensible ne se font pas d’illusions : il convient d’étouffer l’affaire. Parallèlement à cette enquête, on suit les tribulations du Japonais, gamin livré à lui-même et initié par un adulte, le Métallo, au sexe et à la drogue en participant à des parties fines organisées dans la haute société de Colima.

En s’attaquant à ce genre de sujet glauque, Rogelio Guedea n’a choisi ni l’originalité ni la facilité. C’est que le thème de la corruption et des dérives sexuelles est rebattu et qu’il convient dès lors de vraiment l’aborder avec finesse pour offrir au lecteur une œuvre qui se démarque.

La politique du tumulte, François Médéline

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 04 Janvier 2013. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, La Manufacture de livres

La politique du tumulte, septembre 2012, 336 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): François Médéline Edition: La Manufacture de livres

 

La politique du tumulte, c’est l’histoire, en 1993, du début de la fin d’une amitié de trente ans, dont on se souvient tous, qui va servir de toile de fond à la naissance d’une histoire d’amour. Une histoire condamnée, avant d’avoir même commencé, par un barbouze chargé d’étouffer un scandale sexuel susceptible de faire ressurgir toute une série de manipulations plus anciennes qui pourraient gêner les desseins d’hommes lancés à la poursuite d’un pouvoir en vacance.

De cette intrigue complexe mêlant à l’arrière-fond des luttes intestines de la droite française de l’époque, les barbouzeries facilitées par le ministre de l’intérieur corse de l’époque, des faits-divers librement inspirés de l’affaire Ranucci et de l’affaire Alègre, émerge une impressionnante galerie de personnages. Si chacun d’entre eux détient une partie de la vérité, le travail de Secondi, barbouze omniscient, froid et calculateur, sera de faire en sorte que le puzzle ne soit pas assemblé tant qu’il ne servira pas les intérêts de ceux pour qui il travaille ou les siens propres.