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Les Livres

Lawrence d'Arabie, Michel Renouard

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 05 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Folio (Gallimard)

Lawrence d’Arabie, novembre 2012, 320 p. 8,60 € . Ecrivain(s): Michel Renouard Edition: Folio (Gallimard)

 

Qui était vraiment Thomas Edward Lawrence, plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie, personnage rendu célèbre par l’interprétation de Peter O’Toole dans le film éponyme de David Lean.

Un homme à l’origine incertaine, nous dit Michel Renouard, dans la biographie qu’il consacre à ce personnage hors normes : T. E. Lawrence est né d’une relation adultère entre son père, Thomas Chapman, et une certaine Sarah Junner, gouvernante. La famille change de résidence, d’identité, et le jeune Thomas se nommera Lawrence, nom présumé du père de Sarah.

Jeune homme solitaire, ascétique, T. E. Lawrence manifeste un goût prononcé pour les siècles anciens et pour les humanités : le latin et le grec n’ont pas de secret pour lui, il traduit L’Odyssée d’Homère. Les croisades, la geste associée à cette période, le personnage de Richard Cœur de Lion, sont des marqueurs pour ce jeune homme qui délaisse les amitiés particulières, relativement répandues dans les Public Schools britanniques à cette époque, pour ne se consacrer qu’à la poésie, au rêve éveillé.

Le tireur, Glendon Swarthout (2ème recension)

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 04 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Le tireur (The Shootist, 1975), traduit (USA) Laura Derajinski, octobre 2012, 199 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Glendon Swarthout Edition: Gallmeister

« Ça doit faire longtemps que vous n’avez pas regardé un calendrier, Books. On est en 1901. Les jours anciens sont morts et enterrés et vous ne le savez même pas. Vous pensez que cette ville est juste un endroit comme les autres où faire régner une terreur de tous les enfers. Un enfer, c’en est un. Bien sûr qu’on a encore des saloons, des filles et des tables de jeu, mais on a aussi l’eau courante, le gaz, l’électricité et une salle d’opéra, on aura un tramway électrique d’ici l’année prochaine et on parle même de paver les rues. On a tué le dernier crotale dans El Paso Street il y a deux ans, dans un terrain vague ».

Lorsqu’il arrive à El Paso avec pour toutes possessions un cheval, une selle, ses colts, une montre, quelques vêtements dans une valise, un stetson, un coussin et un cancer de la prostate en phase terminale, John Bernard Books apparaît déjà comme un anachronisme dans un farwest qui entre de plain-pied dans le vingtième siècle. Depuis la mort ou la retraite de Wild Bill Hickok, John Wesley Hardin, Wyatt Earp et consorts, Books est le dernier tireur – manière pudique de dire tueur – légendaire à rouler sa bosse dans l’Ouest. Bloqué a El Paso par la maladie qui le ronge, il devient vite une attraction locale mais aussi une cible pour les rapaces qui entendent se faire un peu d’argent sur son nom et, surtout, une cible pour quelques tireurs ou aspirants tireurs de bas-étage déterminés à se faire un nom. Surtout, s’il sait bien qu’il ne vaincra pas le cancer, il entend au moins garder la main et choisir sa mort.

Françoise Sagan, ma mère, Denis Westhoff

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 03 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Arts, Flammarion

Françoise Sagan, ma mère, novembre 2012, 224 p. 35 € . Ecrivain(s): Denis Westhoff Edition: Flammarion

De Quoirez à Sagan : des images au-delà des clichés

 

La vie et l’œuvre de Françoise Sagan ont souvent, trop souvent été réduits à des clichés. Alcool, drogue, voitures, vitesse, jeux, argent, amis… Bien sûr, s’ils ont la peau dure, c’est que l’écrivain les a elle-même nourris, malgré elle, parfois. Les stéréotypes saganesques ont cela de fascinant qu’ils sont tout à la fois ceux auxquels on l’a réduite et contre lesquels elle ne s’est jamais véritablement défendue, ou de manière timide, amusée, légèrement agacée, au pire.

Les clichés photographiques ici donnés à voir, à lire ne démentiront pas cette image. Françoise Sagan a en effet eu cette enfance bourgeoise non dénuée cependant d’une certaine originalité due notamment à la figure paternelle. Les liens familiaux étaient solides et l’intimité qu’elle noua avec son frère Jacques ne fut jamais démentie. Elle a très tôt été happée par la littérature. Stendhal, Proust, Camus ou Sartre furent ceux pour lesquels elle voua une véritable admiration. Elle connut la gloire à vingt ans mais la vécut sans jamais la prendre au sérieux, avec un certain détachement, une ironie qu’incarnent si bien certains de ses personnages. Oui, elle aima les voitures et ce, dès son plus jeune âge, comme prédisposée…

Essai sur l'exotisme, une esthétique du divers, Victor Segalen

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 03 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Le Livre de Poche

Essai sur l’exotisme, une esthétique du divers, Livre de poche/ Essais . Ecrivain(s): Victor Segalen Edition: Le Livre de Poche

 

A vingt-six ans, Victor Segalen rapporte de Tahiti les éléments d’un livre qui retrace le déclin de la race maorie : les Immémoriaux. Ce Breton, médecin de la marine française, s’est libéré d’une emprise familiale et religieuse contraignante : il vient de découvrir l’œuvre de Gauguin ! Naît en lui une sorte de rébellion contre Pierre Loti et son exotisme : Il n’a fait que rendre des impressions de voyage, il en donne, à revendre. Il a dit ce qu’il a vu, ce qu’il a senti en présence des choses et des gens inattendus dont il allait chercher le choc. A-t-il révélé ce que ces choses et ces gens pensaient en eux-mêmes, et d’eux ? Segalen dénonce ses « mains prostitueuses » Segalen est un voyageur-né. D’emblée, il prévient vouloir écarter le cocotier, le chameau, le casque colonial, la peau noire sous le soleil torride. Il rappelle la définition du préfixe ex : tout ce qui est « en dehors » de l’ensemble des faits de conscience actuels, quotidiens, tout ce qui n’est pas notre « Tonalité mentale » coutumière. Comme dit à rebours Montesquieu : – Il faut que j’épuise le sujet ! Précisément : son livre n’est pas une certitude, mais une recherche qui, d’ailleurs, ne sera pas achevée…

3 balles perdues, Sylvana Perigot

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 01 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

3 balles perdues, Editions Eéolienne, Juillet 2012, 140 pages, 11 € . Ecrivain(s): Sylvana Perigot

 

Malgré un titre et une couverture de polar, il ne faut pas se fier aux apparences : 3 balles perdues n’a rien d’un roman policier, même si Sylvana Perigot, experte en suspense, aime y semer des indices et brouiller les pistes pour mener son intrigue. Car ce récit qui évoque discrètement un cadavre enfoui sous les feuilles à son début, comme pour mieux l’oublier avant qu’il ne resurgisse puissamment à la surface, s’attache moins à l’énigme d’une mort qu’à celle d’une naissance, au terme d’une étrange histoire s’élaborant dans l’esprit chamboulé du héros. Trois balles perdues qui ne visent que des reflets, des images, et posent plus largement l’énigme de la vie à travers l’éveil d’une conscience au monde. Un enfantement douloureux !

Avec ce court texte édité sur un format réduit à l’agréable présentation par Eolienne, un petit éditeur corse aussi peu connu que l’auteure qu’il publie, Sylvana Perigot signe un premier roman d’une très grande originalité. 3 balles perdues est en effet un livre poético-philosophique profond et grave, mais aussi plein d’imagination, de fraîcheur et d’humour, un livre remarquablement construit et d’une très belle écriture.