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Les Livres

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 26 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Phébus

Certaines n’avaient jamais vu la mer, trad. USA Carine Chichereau, 142 p. 15 € . Ecrivain(s): Julie Otsuka Edition: Phébus

Julie Otsuka a déjà été remarquée par son premier roman Quand l’empereur était un dieu, publié chez le même éditeur qu’aujourd’hui. En effet, elle a impressionné son public par la précision de l’écriture et par la recherche historique qu’elle a dû effectuer pour restituer une période de l’Histoire américaine méconnue. Il s’agit de la déportation des Japonais- Américains dans les camps car ils étaient soupçonnés de pactiser avec l’ennemi. Avec ce roman-ci, Julie Otsuka persiste et signe. Elle met en lumière cette fois la destinée des femmes japonaises mariées à des époux résidant aux Etats Unis au début du siècle. Ces femmes traversent l’océan pour les rejoindre :

« Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu’en voyant notre mari pour la première fois, nous n’aurions aucune idée de qui il était ».

Le roman ne se concentre pas sur une seule figure féminine censée porter sur ses épaules le symbole de la Femme bafouée. Julie Otsuka opte pour une autre stratégie narrative. Les noms propres se diluent dans un « nous » collectif qui rassemble toutes les voix perdues en une seule énumérant comme on égrène des chapelets de soutras la lente descente en enfer, les désillusions, des rêves brisés et un destin résigné de femmes muettes, asservies, avilies par des maris rustres et des patrons méprisants.

Le meilleur des jours, Yassaman Montazami

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 26 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Sabine Wespieser

Le Meilleur des Jours, août 2012, 144 p. 15 € . Ecrivain(s): Yassaman Montazami Edition: Sabine Wespieser

 

Ce livre, le premier de Yassaman Montazami, est un émouvant hommage au père, une manière de conjurer la perte et de faire vivre encore cette forte figure familiale au travers de l’écriture. Un père original, épris de justice, généreux et impertinent, doté d’un grand talent pour les pitreries, qui fut surnommé à sa naissance, en 1940, plusieurs semaines avant terme, Behrouz – en persan « le meilleur des jours ». Un enfant miraculé, premier né d’une famille aisée de Téhéran, et qui survécut grâce aux soins d’une mère, qui n’eut de cesse ensuite toute sa vie de veiller obsessionnellement à ce qu’il ne manque de rien. Behrouz est mort d’un cancer à Paris en 2006, et sa fille a alors pris le crayon pour l’immortaliser et nous plonger ainsi dans l’histoire de sa famille, avec un pied en France, l’autre en Iran.

Son père est envoyé faire des études à Paris vers la fin des années 60, il a d’ailleurs été éduqué en français, comme bon nombre d’enfants de la bourgeoisie téhéranaise de l’époque. Il se trouve alors « pris dans une ivresse sans limite devant la vastitude des connaissances qu’il pouvait acquérir à Paris » et comme ses parents lui assurent leur soutien pécuniaire, après avoir épousé Zahra, dans un élan romantique lors d’un retour à Téhéran, il restera un éternel étudiant.

Le dernier Lapon, Olivier Truc

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Métailié

Le dernier Lapon. septembre 2012. 453 p. 22 € . Ecrivain(s): Olivier Truc Edition: Métailié

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » - la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

Deux policiers (un homme et une femme) mènent l’enquête. Lui, c’est Klemet, un indigène sami justement. Elle, c’est une jeune femme, policière de fraîche date, Nina. Ils forment un tandem attachant et sympathique. Klemet, vieillissant, désabusé par une vie médiocre, bougon mais au coeur d’or. Nina, jolie, intelligente et d’un sérieux à toute épreuve.

Une petite randonnée, Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre, Actes Sud/Papiers

Une petite randonnée (P.R.), Actes Sud-Papiers, 2012, 66 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto Edition: Actes Sud/Papiers

 

 

Le texte de Sonia Chiambretto s’ouvre sur une carte, un itinéraire géographique et un plan du texte en quelque sorte. Les toponymies renverront aux divers « tableaux » de la pièce. Nous pouvons suivre la fable : une troupe de théâtre part en tournée suite à des difficultés concernant le projet culturel européen, à travers les Alpes de Haute Provence. Elle s’installe dans des lieux improbables dignes des expérimentations théâtrales des années 70, depuis un abattoir, jusqu’à une bergerie en passant par un centre de secours. La fable d’ailleurs tient aussi du romanesque. Le chef de la troupe se nomme Don Quichotte, chevalier de la cause théâtrale secondé par Sancho, perchman de son état. Les scènes portent des titres de romans du dix-septième siècle : où l’on raconte l’entretien que Sancho eut avec son maître…

La circoncision, Bernhard Schlink

, le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Nouvelles, Folio (Gallimard)

La circoncision, Bernhard Schlink 2009, 90 pages, 2 € . Ecrivain(s): Bernhard Schlink Edition: Folio (Gallimard)

« Toutes les utopies commencent par des conversions » (page 70).

Andi et Sarah se rencontrent à New-York à la fin du XXème siècle. Lui est Allemand, bénéficiaire d’une bourse d’étude, elle est d’origine polonaise. Une partie de la famille de Sarah a été exterminée à Auschwitz. Ils s’aiment, et parce qu’ils s’aiment, Sarah présente Andi à sa famille. Le poids d’un passé dont ni Sarah ni Andi ne sont responsables se fait alors sentir. Les différences entre eux, qu’ils n’avaient jamais considérées comme des obstacles possibles, prennent soudain toute la place.

« Il est facile de voir des annonces, rétrospectivement. Dans la quantité de choses qu’on fait ensemble, il y a l’annonce de tout ce qui viendra plus tard – et aussi de tout ce qui ne viendra pas » (page 21).

Bernhard Schlink développe en peu de pages un récit à la fois simple et complexe, qui met le doigt sur une problématique dont la portée est universelle.

« Est-ce que finalement l’on ne supporte que ses semblables ? Naturellement, on se fait aux différences, et sans doute ne pourrait-on vivre sans elles. Mais ne doivent-elles pas rester dans certaines limites ? » (page 52).