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Les Livres

Allmen et le diamant rose, Martin Suter

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 03 Août 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Allmen et le diamant rose, trad. de l’allemand par Olivier Mannoni, mai 2012, 190 p. 17 € . Ecrivain(s): Martin Suter Edition: Christian Bourgois

 

Voici le deuxième volet des aventures du gentleman Johann Friedrich von Allmen, voleur et détective suisse, prince des élégances et du bon goût, aristocrate désargenté en quête d’avenir meilleur et d’espèces sonnantes et trébuchantes pour ne plus avoir à se soucier de préoccupations bassement matérielles. Toujours secondé par Carlos, son indispensable majordome, Allmen part à la recherche d’un inestimable diamant rose, dérobé selon les sources les plus probantes par Sokolov, un escroc russe spécialiste de la haute finance. Mandaté pour cette affaire par Montgomery, un homme d’affaires résolu et mystérieux, Allmen se voit rapidement plongé dans un jeu fort dangereux où de chasseur, il deviendra lui-même la proie de plusieurs individus peu commodes et surtout peu disposés à la patience et aux bonnes manières.

Le charme et l’aplomb d’Allmen se déploient avec cet humour qui avait fait la réussite du premier volume. En témoigne cet extrait où notre dandy enquêteur mène ses investigations dans un club louche sans jamais perdre son tact naturel : « Le spectacle consistait en un numéro d’aérobic totalement dénué d’érotisme et qui le laissa froid. Il regarda toutefois avec un intérêt courtois. C’est ce qu’il faisait chaque fois que quelqu’un se donnait la peine de lui présenter quelque chose ».

Cosmoz, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 03 Août 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Cosmoz, 2011, 490 p. . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

Cosmoz débute comme une biographie de Franck L. Baum, l’auteur du Magicien d’Oz. Publié en 1900, le livre connaîtra à nouveau le succès 39 ans plus tard grâce à son adaptation ciné par Victor Fleming, avec Judy Garland et la fameuse chanson Over the rainbow. Selon la bibliothèque du Congrès américain, le film serait celui qui a été le plus vu au monde.

A huit ans, Baum est atteint d’une tumeur à la langue qui lui fait faire des cauchemars au cours desquels lui apparaissent certains des personnages qui nourriront plus tard son œuvre : il y a la jeune Dorothy et son chien Toto, mais aussi l’épouvantail, le bonhomme en fer-blanc, un lion poltron, ainsi que la sorcière de l’Ouest et quelques Munchkins.

Cette biographie prend rapidement ses aises avec la réalité si bien qu’on en vient à soupçonner qu’elle n’est pas vraiment ce qu’elle prétend être. Ainsi, quand le médecin perce la tumeur du futur auteur, une brume envahit la pièce et voilà sa secrétaire tout excitée et qui se rue sur lui pour lui faire l’amour.

Plus tard, la tumeur apparaît à Baum ornée de facettes, elle prend l’allure d’une lanterne magique, puis de lèvres qui se mettent tout à coup à pousser la chansonnette. Et c’est Somewhere over the rainbow qui jaillit.

La Sirène, Camilla Läckberg

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 02 Août 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Pays nordiques, Actes Noirs (Actes Sud)

La sirène, Trad. Suédois Lena Grumbach, Juin 2012. 411 p. 23,50 € . Ecrivain(s): Camilla Läckberg Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

Faut-il ranger les livres de Camilla Läckberg au rayon littérature ? Peut-être pas, si l’on s’en tient aux qualités d’écriture ou à l’entreprise créative. Mais sans aucun doute si on entend que la littérature romanesque est aussi une machine narrative.

Parce que dans ce domaine, ce livre est redoutable d’efficacité ! Quand vous entrez dans l’engrenage de la terrible histoire qu’il raconte, vous n’en sortez en aucun cas avant le dernier mot, avant le craquement de la dernière dent du mécanisme implacable construit par notre suédoise. Toute la structure narrative est au millimètre, menant une histoire unique scandée par des chapitres mettant en scène – et en voix – les protagonistes de ce thriller haletant.

Qu’apporterait, par exemple, une citation extraite du livre ? Rien, car rien ne dépasse, rien n’emporte l’enthousiasme, rien ne soulève l’adhésion  littéraire. Mais tout est impeccablement à sa place ! Et on n’en perd pas une goutte de ce conte noir qui perd les êtres qui le vivent comme une tragédie antique.

Bon. Un extrait quand même. Pour faire le contraire de ce qui est annoncé. Pour exemple aussi de la sobriété efficace de la « machine » (ce passage rappelle irrésistiblement les nouvelles noires de Robert Bloch).

Manifeste vagabond, Blanche de Richemont

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 01 Août 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Plon

Manifeste vagabond, 2012, 126 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): Blanche de Richemont Edition: Plon

 

Ce Manifeste vagabond est un témoignage, un journal intime, un bilan, un manifeste, celui de Blanche de Richemont, une jeune femme qui s’interroge : « cela fait des années que tu cours sur les routes après un sens ; existe-t-il ? » Lorsque le retour devient difficile, lorsque « le voyage est devenu un esclavage », il faut s’arrêter, réfléchir. Écrire.

Pourquoi partir ? Parce que « les horizons ont leur mot à dire ». Parce que « notre âme n’est pas faite pour ces vies sédentaires figées dans le béton ». On part aussi, comme Blanche de Richemont, pour guérir des blessures ». Le décès d’un petit frère. Et « si la route ne nous libère pas de nos maux » mais au contraire « les met en lumière », un voyage difficile comme celui au Sinaï – « l’épreuve du feu » – permet de comprendre certaines choses sur le fonctionnement du corps et de l’âme. Partager le chemin et le bivouac met du plomb dans l’aile de quelques règles trop bien ancrées de notre société. « J’avais réalisé dans le désert que notre vie servait un autre but que la réussite ». Et lire Les clochards célestes inculque quelques idées nouvelles : « les clochards célestes savent s’emparer de leur destin, ignorant le regard de la société ». Avec tout ça, comment revenir dans « le monde des hommes » ?

Visage vive, Matthieu Gosztola

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 01 Août 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Visage vive, Gros Textes, 2011, 7 € . Ecrivain(s): Matthieu Gosztola

Quand les mots s’affolent, quand ils épuisent leur sens et se mettent à nu, ils ne peuvent plus servir qu’à dire l’indicible, tout ce qui appartient, en l’occurrence, aux choses essentielles comme l’amour. On quitte le domaine traditionnel, et l’on tombe dans le monde de l’instable ou de l’inattendu, le monde musical, par exemple, où le sens des notes n’est défini que par l’usage qu’on en fait. A moins que visage ne signifie douleur, comme dans Mater Dolorosa, on s’interroge sur la juxtaposition ahurissante, dissonante pour ainsi dire, de ces mots Visage vive, servant de titre au recueil de poèmes de Matthieu Gosztola.

Mais visage a pris un autre sens, un sens caché, il s’habille de douleur et devient féminin. « On est près de la douleur qui blesse/Vive/ Visage vive ». Visage est douleur.

Ce recueil parle de la mort d’un enfant, dans un vrai « affolement des mots des mots très caractériels ». Dans le souvenir « tout est déjà dans le visage. Il est ce qui fait toute une histoire ». Et le poète s’adresse très tendrement à l’enfant défunt : « Tu as la nuit dans les yeux/ Plus que ce que tu pourrais/ Imaginer/ Le visage est notre folie ».

Le livre tout entier est en fait un long poème sur un impossible deuil. A chaque page il n’est qu’évocation de l’enfant, « retourné à sa réception d’étoile ».