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Les Livres

Nues, Bénédicte Heim

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Les Contrebandiers

Nues, 2011, 15 euros. . Ecrivain(s): Bénédicte Heim Edition: Les Contrebandiers

Nues. Ce sont bien des femmes, deux très belles femmes, qui le sont, nues, et non les hommes qui les regardent, un peintre, un photographe, qui ne sont que regard, que désir, que déchiffrement du regard et du désir, que volonté de retourner leurs vêtements, et même leur peau, et même leur intériorité la plus absolue, qu’elle soit de l’ordre de la psyché ou de l’organique, à la façon du narrateur de Lolita expliquant que « [s]on seul grief contre la nature était de ne pouvoir retourner Lolita comme un gant et plaquer [s]es lèvres voraces contre sa jeune matrice, son cœur inconnu, son foie nacré, les raisins de mer de ses poumons, ses deux jolis reins ». Et cette mise du désir sur le corps désiré suivant le scalpel et l’acide se passe dans un souffle, d’une seule façon de poser les yeux qui apparaît pourtant comme une caresse. Ces hommes sont des artistes mais avant tout des hommes nourrissant de leur désir d’homme leur œuvre, c’est-à-dire leur désir d’absolu, leur désir d’inscription de l’absolu sur la toile et sur le papier photographique d’abord via le bain révélateur du regard, cherchant à mettre à nu jusqu’à la nudité même de ces deux jeunes femmes afin de faire affleurer ce qui les constitue en propre et qui serait transmutable en art. On l’aura compris : tous ces personnages ne sont qu’un prétexte à faire qu’une parole sur le désir et la vérité du désir ait lieu.

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Récits, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard


Il faut s’asseoir au coin d’un feu imaginaire et écouter le merveilleux conteur qu’est Erri De Luca, ce livre mince comme un papillon ouvert dans les mains qui gardent le poids des images contenues dans les pages. Des pages, qui, quand elles sont tournées, restent présentes quelque part. La langue de De Luca est nue, rocailleuse parfois, un peu à l’image de l’homme qui aime les choses simples, le café, les aliments que l’on trempe dans la tasse et que l’on mange en s’ébouillantant presque, en écoutant le chant du silence, à l’ombre des arbres qui murmurent leur solitude. Ou le cœur pris dans le chant des grillons.

Ici la langue de ce grand écrivain atteint l’épure (grâce aussi au talent de Danièle Valin – cet ouvrage fut initialement publié en italien en 2009), suivant les fils d’un premier conte (« Le poids du papillon ») qui est presque une parabole (le livre est constitué de deux courts textes) et suivant l’harmonie d’un récit (« Visite à l’arbre ») non pas clôturant l’ouvrage mais le suspendant dans un silence plein de tous les mots qui se sont précipités jusque-là avec leur rudesse et leur simplicité chantante, un silence qui se découvre, presque à sa propre surprise, harmonique.

Sur le haschich, Walter Benjamin

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Christian Bourgois

Sur le haschich. 2011. Traduit de l’allemand par Jean-François Poirier. 128 p. 6 € . Ecrivain(s): Walter Benjamin Edition: Christian Bourgois


Il faut saluer la réédition des textes intitulés « sur le haschich » de Walter Benjamin par Christian Bourgois dans la collection «Titres ». Ces textes sont des notes prises par l’auteur ou par les participants aux protocoles, séances durant lesquelles la prise de drogue, haschich ou mescaline, avait pour but l’observation et la retranscription des effets sur la pensée.

Derrière la description parfois aride de ces effets, ou derrière quelques fulgurances dans la succession des images et des pensées, on ne peut occulter « la volonté de savoir » qui aura animé le philosophe. Non pas un simple savoir répondant à une légitime curiosité, (on ne peut pas ne pas penser à Baudelaire) mais un savoir qui s’inscrit dans le projet révolutionnaire pour lequel il veut mettre en œuvre les « terra incognita » de la pensée que peuvent révéler ces expériences.

On est loin, ici, de la consommation actuelle du haschich, qui correspond plus à une volonté de « rêver la vie plutôt que de la vivre », la révolution de Benjamin se fondant essentiellement sur le renversement d’un ordre établi, ordre qu’aujourd’hui on ne remet pas en question avec le haschich, mais qu’on oublie grâce à l’euphorie qu’il engendre.

La dernière bagnarde, Bernadette Pécassou-Camebrac

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 02 Juin 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Flammarion

La Dernière bagnarde, Bernadette Pécassou-Camebrac, Flammarion, 2011, 312 pages, 20 €. . Ecrivain(s): Bernadette Pécassou-Camebrac Edition: Flammarion


La campagne menée par Albert Londres dans les années 20 et 30 a permis la fermeture des bagnes en 1938 (Au bagne, 1923 ; Maisons de supplices, 1936). Effectifs dès le XVIIIe siècle, les bagnes portuaires vont offrir à partir de 1848 la possibilité aux prisonniers de vivre une aventure exotique dans les bagnes d’outre-mer. Si Cayenne a pu faire l’objet de rêveries de la part de Jean Genet dans Miracle de la rose, ce nom évoque surtout l’horreur d’un enfer. Aujourd’hui, l’histoire des bagnes est connue, elle a été de nombreuses fois mise en fiction. On peut penser au film Papillon où un Dustin Hoffman aussi timoré qu’ingénieux tente de périlleuses évasions au côté de l’intrépide Steve Mac Queen.

La Dernière bagnarde apporte un nouveau volet à cette sombre histoire du bagne : celle des convois de femmes, soit prêt de deux mille bagnardes livrées à elles-mêmes et à de multiples tortionnaires, sans espoir de retour. Le récit se concentre autour de la figure de Marie Bartête qu’Albert Londres rencontra bel et bien en 1923.

Mensonges, Valérie Zenatti

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, L'Olivier (Seuil)

Mensonges, Avril 2011. 92 p. 10 € . Ecrivain(s): Valérie Zenatti Edition: L'Olivier (Seuil)

Fugues et variations sur le thème de … Aharon Appelfeld. Il fallait oser écrire après et sur un tel magicien de l’écriture ! Valérie Zenatti l’a fait, avec amour, talent, énergie, passion.

Mensonges est un exercice de style sur l’acte littéraire et les chemins qu’il autorise. « F for Fake » disait Orson Welles dans un film célèbre sur l’art des faussaires. Ca ne veut pas dire que Valérie Zenatti triche avec Appelfeld. Certes non. Elle compose, à partir des thèmes chers au grand Aharon, des nouvelles brèves, ciselées, qui vont constituer une gamme de « mensonges » littéraires.

La première, « apparence », contient dans son titre le défi d’écriture. Valérie Zenatti fait en quatre pages l’ « autobiographie » d’Erwin, le jeune héros d’ « un garçon qui voulait dormir » et double d’Aharon Appelfeld. Biographie qui semble continuer/compléter le roman du maître et qu’elle avoue, en bout de texte, fausse, bien sûr.

 

Je ne m’appelle pas Aharon Appelfeld.