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Les Livres

Le voyage d'hiver, Georges Perec

Ecrit par Célia M. Grzegorska , le Jeudi, 18 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Seuil

Le voyage d’hiver, octobre 1993, 33 pages, 5,10 € . Ecrivain(s): Georges Perec Edition: Seuil

 

Nous voici en août 1939. Dans l’immense bibliothèque de Denis Borrade, l’un de ses amis, le professeur de lettres Vincent Degraël erre en quête du livre qui lui dérobera son sommeil. Après avoir feuilleté quelques pages de différentes œuvres, il découvre un ouvrage nommé Le voyage d’hiver qui, dès les premières pages, se révèle si fascinant qu’il se retire immédiatement pour le lire entièrement. L’auteur, Hugo Vernier, est un illustre inconnu qui a forgé son histoire en deux parties : l’une minuscule, l’autre bien plus fournie, plus lyrique, plus puissante. Totalement captivé mais soudain saisi par une étrange sensation de déjà-vu, Vincent Degraël se rend compte, peu à peu, que l’ouvrage reprend mot à mot les formules les plus célèbres d’auteurs symbolistes ou de prosateurs renommés, de Victor Hugo à Mallarmé, en passant par le troublant Lautréamont. D’abord intrigué, voire quelque peu amusé par cet immense plagiat, le narrateur bascule dans un étrange vertige lorsqu’il comprend que l’ouvrage a été publié en 1864, soit avant que tous les auteurs « plagiés » n’aient encore écrit leurs propres ouvrages…

Une princesse au palais, Cécile Roumiguière et Carole Chaix

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 18 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Thierry Magnier, Jeunesse

Une princesse au palais, 29 août 2012, 40 p. 19 € . Ecrivain(s): Cécile Roumiguière et Carole Chaix Edition: Thierry Magnier

Dans la salle du Café du Palais, elle attend sa grand-mère parmi les clients qui se croisent et se succèdent, les créatures étranges, les objets qui se pressent et s’animent soudain. Le patron est un magicien. La dame antilope se tait. Un ange du temps veille. Deux lapins nommés Peek et Poke commentent les faits et gestes de la jeune fille qui n’aura bientôt plus besoin d’eux. Comme le flux qui parcourt son corps, comme ce mouvement irrépressible du temps qui s’écoule, les personnages atterrissent et repartent du café dans de vastes mouvements : les religieuses se régalent, les amoureux se racontent des secrets, les demoiselles du théâtre s’égayent le temps d’un café…

« La salle est pleine.

Hirondelles noir et blanc sans fil où se poser, le serveur et deux serveuses virevoltent.

Elle, elle sourit en les regardant avancer en crabe entre deux tables, un seau à champagne dans une main, un plateau en équilibre dans l’autre.

Les voix chuchotées, les mots qui fusent, les ordres de plats lancés en cuisine, les odeurs de viandes rôties, de chocolat noir et de fromages mêlées…

c’est le moment qu’elle préfère ».

Orchidée fixe, Serge Bramly

Ecrit par Etienne Orsini , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Orchidée fixe, août 2012, 286 p. 18 € . Ecrivain(s): Serge Bramly Edition: Jean-Claude Lattès

 

En 1942, fuyant la France occupée pour gagner l’Amérique, Marcel Duchamp fait escale trois semaines à Casablanca. Cherchant à tuer le temps qui le sépare de l’arrivée du transatlantique, il se met en quête d’un bar où il pourrait jouer aux échecs. On lui signale l’Eden. Il en franchit le rideau de perles et découvre rien moins qu’un petit tripot rassemblant chaque jour la même douzaine d’habitués. Regardé d’abord de travers puis ignoré par le microcosme des joueurs de cartes, il est finalement pris en sympathie par le patron de l’estaminet, René Zafrani, alias le Baron de la Cale.

C’est avec une intrigue « infra mince » que Serge Bramly s’engouffre dans une brèche de la biographie de l’artiste. Il parvient pourtant, à partir de là, à bâtir un roman alerte, déroulant sa trame dans l’espace (entre Tel-Aviv, Paris et les Etats-Unis) et dans le temps (entre l’époque de la guerre et la nôtre). Les différentes atmosphères sont parfaitement restituées et en particulier les aspects de la vie des Européens dans le Protectorat marocain (tracasseries administratives au débarquement ; entassement dans les camps d’hébergement ; liens avec la France de Vichy et sa tutelle nazie). Les personnages sont tous plausibles, allant essentiellement par paires : la narratrice – arrière-petite-fille de René Zafrani – et l’historien d’art ; Duchamp et Zafrani.

Nulle part dans la maison de mon père, Assia Djebar

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Maghreb, Babel (Actes Sud)

Nulle part dans la maison de mon père, 452 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Assia Djebar Edition: Babel (Actes Sud)

 

Peut-on prendre congé de son existence, dire adieu à sa propre personne, à son passé ? C’est la voie apparemment décrite par Assia Djebar dans un roman, autobiographique, Nulle part dans la maison de mon père. Ce père, instituteur, seul indigène de son village ayant accédé à cette fonction, est immensément sévère, rigoriste. Il élève l’héroïne en l’entourant d’une protection qui entraîne, bien vite, l’apparition de toutes sortes d’interdits : vestimentaires, relationnels. Le puritanisme est de rigueur.

Pourtant, l’héroïne du récit parvient à échapper, un peu, à cette atmosphère familiale pesante ; elle est admise dans un internat, y fait la connaissance de camarades musulmanes comme elle, et de pensionnaires européennes. Elle y découvre les joies de la lecture, de la complicité intellectuelle avec Mag, Jacqueline, Farida. Elle goûte à la liberté de mouvement, ayant la faculté de retourner dans son village à chaque fin de semaine.

Cette jeune femme est torturée par toutes sortes d’interrogations : l’émancipation intellectuelle va-t-elle de pair avec l’émancipation des mœurs si étroitement contrôlés dans cette Algérie coloniale ? Que représente son père, censeur omniprésent dans sa conscience d’enfant, dans sa vie : un protecteur ou un castrateur impitoyable ?

J'ai décidé, Isabelle Rossignol

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Flammarion, Jeunesse

J’ai décidé, Flammarion, collection Tribal, 11 avril 2012, 224 p. 10,50 € . Ecrivain(s): Isabelle Rossignol Edition: Flammarion

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve, dans une barre d’immeubles glauque. Sa mère fait des ménages dans une maison de retraite et s’abrutit devant des séries télévisées et un plat surgelé. Son père est routier international, autant dire qu’il est absent. La vie s’écoule, morne et vide, dans un bahut forcément « pourri », trop rarement égayée par des soirées Coca avec sa voisine black, la Grosse Lulu, qui ne fréquente que l’ANPE et l’église.

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve, son avenir – et même son présent – ressemblent à un point d’interrogation. Elle se sent si nulle, si « bidon », si inutile, que depuis deux semaines elle ne bouge plus. Elle avance les yeux fermés, tournée vers son propre néant. L’esprit vide. Ou l’esprit plein. Mais plein de quoi ? Elle se le demande à chaque instant. Même son professeur de français, Madame Laugier, remarque qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve et elle est enceinte. De Ludo, le fils du patron de son père qu’elle n’a vu qu’une fois. Avec lequel elle n’a plus aucun contact depuis cette unique fois ; avec lequel elle n’a pas mis de préservatif, parce qu’elle ne savait pas comment, parce qu’elle ne voulait pas passer pour une oie blanche, parce que de toute façon, elle ne s’en souvient pas, parce qu’au fond ça n’en valait pas la peine.