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Un certain Pétrovitch, Fabrice Lardreau

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 20 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Editions Léo Scheer

Un certain Pétrovitch, Editions Léo Scheer, 31 août 2011, 240 p. 18 € . Ecrivain(s): Fabrice Lardreau Edition: Editions Léo Scheer

Patrick Platon Pétrovitch est un antihéros dans toute sa splendeur. Chef comptable au physique passe-partout, il n’est guère estimé dans l’entreprise qui l’emploie (dans laquelle règne le fameux principe d’incompétence défini par Peter et rappelé par Pétrovitch-Lardreau (page 217) : Avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d’en occuper la responsabilité.) – pas plus que dans la vie en général : même le serveur du resto voisin n’a aucune considération pour lui.

Et tout le monde ignore que, la nuit, Pétrovitch enfile le costume de l’homme-araignée et s’apprête à sauver la planète, puisqu’en apparence, sa vie peut se résumer à métro, boulot, dodo – à ce détail près que le métro est ici un RER, le B, bientôt théâtre de l’acte héroïque qui concourra à faire la renommée de Pétrovitch.

« Dans trois minutes, l’écran bleu clignotera, affichant “train à l’approche”. Je monterai à 7h46 dans l’avant-dernière rame, située juste en face des escalators (j’aime figurer en pole position), et voyagerai à travers la banlieue parisienne.

Compagnie : Régie autonome des transports parisiens.

Destination : Gare du Nord.

Durée estimée du trajet : vingt-deux minutes.

Mélomane, Bernard Pignero

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 20 Octobre 2011. , dans Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman

Mélomane, Editions Les Vanneaux, 2011, 20 € . Ecrivain(s): Bernard Pignero

Ce roman porte en son cœur le nœud vibrant de la musique, tant le tissu romanesque faisant s’entremêler les évocations de cet univers et les précisions qui ont trait au chant lyrique nous permettent d’être habités par elle, et de retourner vers elle, ouvrant telle pochette de disque, telle autre, glissant la promesse de soleil, disque vibrant de micro-rayures, dans le lecteur pour que le souffle s’empare de nous, nous ravisse.

Mais la musique est bien plus que cela dans Mélomane, aussi n’est-ce pas à proprement parler un roman sur la musique. Elle est le cadre qui permet que soit vraiment approché par l’auteur le sentiment amoureux, dans toute l’étendue de son déploiement, c’est-à-dire dans la façon qu’il a d’être relié à la matérialité des nerfs et à l’immatérialité des pensées.

Si l’opéra permet qu’ait lieu dans toute sa précision l’indéfinition de l’amour – indéfinition qui a néanmoins valeur de définition puisqu’elle permet que soit approché ce trouble (ce flou de la conscience et cette certitude organique) dans ses plus précises circonvolutions –, c’est parce qu’il va jusqu’à apparaître véritablement comme la métaphore de l’amour, étant indéfectiblement relié au ressenti le plus profond, le plus organique, étant un « un art de la nostalgie. Un art pour des gens qui connaissent avec précision les exigences de leur sensibilité ».

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 19 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Grasset, La rentrée littéraire

Retour à Killybegs, Août 2011, 334 pages, 20€ . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

Killybegs, petite ville portuaire située à l’extrémité d’un bras de mer, au Nord de l’Irlande, dans le comté de Donegal. Décembre 2006, Tyrone Meehan, ancien haut responsable de l’IRA, homme connu et respecté, revient sur ses terres. Là où son histoire a commencé il y a plus de quatre-vingt ans. Il y retrouve le souvenir de sa misère, celui d’un père nationaliste, alcoolique et brutal et celui d’une mère épuisée par les naissances et l’indigence. Le père décédé, la famille déménage à Belfast mais la situation ne s’améliore guère. Au contraire. À la pauvreté dont les briques rouges crasseuses des maisons se font l’écho, viennent s’ajouter la haine, la peur, la violence et la mort. Une seule voie se dessine pour lui : l’IRA. Il s’y engage, il a seize ans. La prison, il connaît. L’atrocité des geôles révulsantes de puanteurs, il l’a endurée.

Aujourd’hui, il attend sa mort. Lui, le « héros », celui qui a trahi les siens. Ils le savent et lui sait qu’ils viendront l’exécuter.

« J’ai écouté le silence. L’hiver de mon enfance, avec Noël au loin. J’ai salué mon retour. Les malheurs de ma mère. Les poings de mon père. J’ai revu mes frères, mes sœurs, entassés dans le grand lit, par terre sur les paillasses. J’ai compté leurs ombres dans l’obscurité. Salut à tous, mes amours. La nuit va être longue. La plus longue nuit qu’un homme ait vécue. Et même s’il se relève, le jour ne viendra plus. Ni le printemps, ni l’été, rien d’autre que la nuit ».

Montecore, un tigre unique, Jonas Hassen Khemiri

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 18 Octobre 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Le Serpent à plumes

Montecore, un tigre unique, traduit( suédois) par Max Stadler et Lucille Clauss, réédition Avril 2011, 376 pages, 22€. . Ecrivain(s): Jonas Hassen Khemiri Edition: Le Serpent à plumes

Montecore, un tigre unique délivre la correspondance électronique entre deux personnages improbables, Jonas, jeune écrivain prometteur, et Kadir le meilleur ami d’Abbas le père de Jonas. Le sujet en est Abbas lui-même, qui serait devenu, après un parcours rocambolesque de la Tunisie à la Suède, un photographe renommé. Or, Jonas souhaite écrire un livre sur son père et Kadir se propose de son propre chef de l’aider. Pour l’ami, le père est un héros. Pour le fils, c’est un pauvre looser. Qui des deux nous délivrera « l’histoire historique » de ce self-made-man ? Une troisième voix intervient ; celle d’Abbas, à travers des lettres écrites à Kadir et transmises par ce dernier à Jonas.

La drôlerie du livre repose sur la tentative hagiographique du bon Kadir qui veut à tout prix faire ressortir l’éclat de la biographie d’Abbas et ses conseils littéraires à Jonas, tous plus ridicules les uns que les autres. Le tout dans un impossible mélange de formulations d’arabe littéraire, d’allusions paillardes, disco ou pop et de politesses alambiquées. Le lecteur comprend très vite que cet ami certes perdu de vue mais tout à fait désireux de révéler au fils la véritable histoire, la saga héroïque de son paternel, n’a rien d’un historien objectif. En effet, ce brave panégyriste  enjolive la réalité comme on peint une enluminure mais avec des couleurs fluo.

Hymne, Lydie Salvayre

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 18 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Seuil, La rentrée littéraire

Hymne, aout 2011, 240 pages, 18 euros . Ecrivain(s): Lydie Salvayre Edition: Seuil


Woodstock, 18 aout 1969, 9 heures du matin. Ils sont vingt mille, fatigués, endormis, là depuis trois jours, trois jours de fête, de musique. Ils sont vingt mille, sur les quatre cent cinquante mille, qui auront attendu. C’est la presque fin du festival, le premier du genre, trois jours dans la boue, les images qui existent l’attestent, trois jours  de  musique, Bob Dylan, Carlos Santana, les Who, bien d’autres encore. Jimi Hendrix entame, ce matin, ce qui restera un cri d’amour et de désespoir, The Star Spangled Banner, l’hymne national américain, et vingt mille personnes seront abasourdies par la puissance du cri, l’énormité du son, et la solitude du musicien.

C’est là l’origine du beau texte de Lydie Salvayre, ce matin duquel personne ne sera sorti indemne, texte écrit comme la musique de Hendrix, une respiration haletante, aux syncopes magistrales, aux harmonies rugueuses. Lydie Salvayre écrit sous la dictée de cette musique dont elle dit qu’elle fut « un cri insoutenable, insoutenablement beau, et paradoxalement libérateur ». Pour elle, ces trois minutes et quelque quarante secondes concentrent les blessures du musicien et « tous les refus d’une jeunesse que l’avidité, la brutalité et le prosaïsme de la société d’alors révulsaient jusqu’à la nausée ».