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Les Livres

La balade de Pell Ridley, Meg Rosoff

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 26 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel, Jeunesse

. Ecrivain(s): Meg Rosoff Edition: Albin Michel

Un matin, qui semble une aube comme les autres, voit une jeune fille seller son cheval et partir vers le nord, accompagnée d’un garçonnet monté en croupe. Pour tout bagage, un baluchon contenant un peu de pain, une bouteille de bière et une maigre bourse : l’argent de sa dot.

Discrète, elle évite les villages connus et les rencontres inopportunes pour s’enfoncer dans les bois les plus touffus, jusqu’à ce qu’elle puisse se fondre dans l’anonymat de la plus grande foire aux chevaux du comté : celle de Salisbury. Fuir, voilà ce que cette jeune fille déterminée a dans la tête. Fuir Nomansland, son village miséreux ; fuir sa maison engloutie dans la peine par un père alcoolique, fornicateur, joueur et mauvais prédicateur ; fuir son mariage arrangé avec Birdie, le riche et timide fils du forgeron ; fuir un destin rectiligne qui la ferait ressembler à sa mère et à toutes les autres femmes de cette Europe du 19ème siècle.

« Une maison pleine d’enfants ? Un seul coup d’œil à sa mère – avec son corps usé et déformé, ses problèmes de fuites urinaires et de varices, et ses seins pendants comme deux vieilles outres – lui faisait rejeter une telle perspective. Et, pire que la dégradation physique, il y avait la déception qui ronge le cœur, les corvées quotidiennes, la monotonie d’une telle existence. (…) Je n’en veux pas, jamais je n’en voudrais ».

L'Emeraude, Mario Soldati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard, Italie

L’émeraude, traduit de l’italien Nathalie Bauer, Gallimard-Le Promeneur, octobre 2012, 368 p. 26,50 € . Ecrivain(s): Mario Soldati Edition: Gallimard

 

L’émeraude est l’une des dernières œuvres du prolifique Mario Soldati qui y apparaît sous la figure d’un double, tout comme lui écrivain italien. Dans ce récit, Soldati fait se confondre et se succéder rêve et réalité pour traduire sa vision de l’écriture, ainsi que le montre Pier Paolo Pasolini dans son Avant-propos : « il a institué une identité entre écrire et rêver ». « De même que le rêve produit l’avenir en élaborant le vécu, de même l’écriture produit l’avenir en élaborant l’expérience ».

« Ce rêve, je le construisais, le compliquais, l’embrouillais, le dédoublais ; ce rêve captieux, aventureux, féerique, je le faisais dans le seul but d’atteindre un fragment de ma réalité mesquine, de mon petit moi ».

Le narrateur se trouve à New York en compagnie de sa femme. Il y rencontre un étrange vieillard, « vieille tante ou vieux maquereau, sans doute les deux », qui le reçoit lors d’un dîner étrange. Le comte Gagliani lui révèle son pouvoir occulte et entrouvre pour lui les portes de l’avenir. Il annonce également à son hôte qu’il va partir à Saorge dans le Sud de la France, à la recherche d’une émeraude d’exception qui a appartenu à son père et qui doit lui revenir. Après cette séance de parapsychologie, le narrateur s’engage seul dans ce voyage, se rendant dans le village indiqué.

Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck

, le Vendredi, 23 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Les éditions de Minuit

. Ecrivain(s): Julia Deck Edition: Les éditions de Minuit

 

Avant de se rendre chez son psychanalyste, Viviane passe acheter une ou deux viennoiseries. Est-ce un hasard ? Est-ce signifiant ? La psychanalyse ne serait-elle à ses yeux qu’une viennoiserie, de même qu’on appelle péjorativement chinoiseries des bibelots bon marché qui évoquent l’Asie ? L’héroïne du roman de Julia Deck semble ne plus croire à sa cure. Elle dit au médecin :

« Cher monsieur, cher docteur. […] Ça fait trois ans que vous me promenez avec cette histoire, trois ans que c’est du pareil au même. Si vous ne pouvez rien pour moi, il faut le dire, j’irai voir ailleurs ».

Car le mari de Viviane vient de la quitter pour une jeune fille, une « jeune et fraîche imbécile », lui laissant un bébé sur les bras. C’est pourquoi elle attend de son psychanalyste une aide concrète, immédiate. Or celui-ci lui joue le sketch centenaire de l’analyste qui n’intervient pas : « vous suggérez que je l’ai poussé vers la porte » avance Viviane à propos de son mari ; « je ne suggère rien, c’est vous qui le dites » répond-il.

Lubie : le peintre des fleurs et son grain de folie, Frédéric Clément

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 23 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts, Albin Michel

. Ecrivain(s): Frédéric Clément Edition: Albin Michel

Frédéric Clément est de retour avec un nouvel album, Lubie. Ce nouvel opus transporte le lecteur au cœur du XVIIe siècle, en compagnie d’un jeune artiste peintre, Jan Breughel, fils de l’illustre « Pieter Breughel, dit l’Ancien ».

Pas facile d’être le « fils de » pour ce jeune orphelin, qui n’a de cesse de peindre des paradis où apparaissent des « lions à côté d’antilopes, des loirs douillettement endormis entre les serres de faucons » ou encore des « chats lovés entre les pattes de chiens, le tout parsemé de fleurs, plumeuses comme des oiseaux ». Toute la noblesse se précipite pour acheter ses « bagatelles ». Tout semble lui réussir. Pourtant. Jan a une hantise : à chacun de ses anniversaires, « aux premières chaleurs de l’été et aux premiers coquelicots », surgit Lubie, « démone aux ailes cramoisies ». Coquine, elle se faufile alors par le couloir de son oreille, se cale sur son col et lui souffle des diableries.

Puis, imperceptiblement, l’érosion des ventes fait son œuvre, le temps prend son temps. « Un an passe. Deux ans filent. Trois ans coulent. Cinq ans courent. Dix ans fuient comme de l’eau glisse entre ses doigts et ses pinceaux. Dans son atelier, les bouquets fleurissent, les paradis paradent. Mais les gens d’Anvers passent et repassent en souriant sans acheter le moindre tableau ».

L'employé, Guillermo Saccomanno

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 22 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Asphalte éditions

L’employé (El Oficinista), trad. espagnol (Argentine) Michèle Guillemont, 172 p. 18 € . Ecrivain(s): Guillermo Saccomanno Edition: Asphalte éditions

L’employé. C’est le titre du livre, c’est aussi la fonction de son protagoniste principal. Mais c’est aussi son nom. Comme tous les autres personnages du livre, il n’est désigné que par sa fonction. L’univers est bureaucratique : on pense tout de suite à Kafka.

L’employé reste tard à son travail. Ce n’est pas que son travail lui plaise, mais « il préfère retarder autant que possible son retour au foyer » pour des raisons qu’il serait dommage de révéler.

Son travail est pourtant loin d’être un havre de paix. Ses collègues ne peuvent être que des ennemis. La tension et la violence latente sont d’autant plus vives qu’elles sont accompagnées de non-dits.

« Ce matin, à son arrivée, il comprend qu’un licenciement va avoir lieu. Un garçon bien mis attend à la réception, près de l’accès principal aux bureaux. Une jeune fille ou un jeune homme à cette place signifie, chacun le sait, le remplacement d’un membre du personnel. Les nouveaux attendent, prêts à occuper un poste et à entrer immédiatement en fonction, tandis que les employés commencent leur journée dans la crainte, en se demandant qui va être remplacé, qui sera licencié. Le jeune aux cheveux gominés, au costume gris, à la chemise blanche et à la cravate bleue, est posté là tel un soldat en faction ».