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Les Livres

Noé Nectar et son étrange voyage, John Boyne

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 02 Janvier 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

Noé Nectar et son étrange voyage, novembre 2012, illustrations Oliver Jeffers, traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Gibert, 255 pages, 13 € . Ecrivain(s): John Boyne Edition: Gallimard Jeunesse

 

 

Voilà un roman original et atypique qui aborde, avec grâce et imagination, un sujet aussi grave que la mort d’un parent. À contre-courant des mangas et des histoires truffées de gadgets high-tech. L’étrange voyage de Noé Nectar est doté de ce qu’on pourrait appeler un charme d’antan, renforcé par les illustrations en noir et blanc qui semblent sortir tout droit d’un vieux manuel scolaire. Un récit à tiroirs, renfermant bon nombre de surprises, qui, tout en épinglant quelques travers, porte à l’honneur des valeurs humaines comme le courage, la persévérance, l’amour du travail bien fait, l’entraide, l’engagement et l’importance de la relation humaine qui est bien plus essentielle que la réussite dans le monde extérieur. En effet, rien ne sert de courir vite, si nous n’arrivons pas à temps là où nous sommes réellement attendus par ceux qui nous aiment vraiment. C’est aussi un très bel hommage au travail des mains, à l’artisanat dans ce qu’il a de plus noble.

Une heure de jour en moins, Jim Harrison

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 22 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Poésie, Flammarion

Une heure de jour en moins, septembre 2012, Trad USA Brice Matthieussent, 220 p. 19 € . Ecrivain(s): Jim Harrison Edition: Flammarion

 

Si Jim Harrison est probablement l’un des plus célèbres romanciers américains, son œuvre poétique, énorme (des dizaines de recueils) et éblouissante reste fort méconnue en France. Les maisons d’édition, plus promptes à traduire les romans, rechignent à la poésie – de Jim Harrison soit-elle – signe des temps où la poésie, cœur battant de la littérature, est fort mal lotie. C’est donc à Flammarion qu’il faut adresser ici le premier compliment, car la maison nous offre avec « Une heure de jour en moins », non seulement un recueil étincelant de l’art de Jimmy mais, qui plus est, dans une traduction impeccable de Brice Matthieussent. Et il y a déjà bien longtemps que le dernier recueil de poèmes du maître du Michigan nous a été proposé en français (1998 à « la table ronde » : « l’éclipse de lune de Davenport »)

C’est par la poésie que Jim Harrison a commencé son œuvre. Il y a fondé les grands thèmes qui traverseront ses romans. « Elle m’habite tout entier et pour toujours » (interview à « L’Express » en 2004)

L'inconscience, Thierry Hesse

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 20 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil)

L'inconscience. 325 p. 19 € . Ecrivain(s): Thierry Hesse Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Il y a , souvent pour le plus grand bonheur des lecteurs, ces romans qu'on dit de «  littérature française  actuelle». Ils raflent souvent haut la main, les grands prix littéraires, ceux qui font la «  une » du 20 H, et ce n'est pas rare de les retrouver «  transformés » sur nos toiles, valorisés, du coup par ces acteurs, français, eux aussi, qui habitent nos imaginaires familiers... French touch, à leur manière,  ces livres ; franchouillards, jamais.

Le décor est premier, mais un peu estompé, pour ne pas faire dans du Balzac ronflant. Province, le plus souvent ; pas forcément versus-vacances. Ici, c'est de Lorraine qu'il s'agit ; celle d'avant les «  Fleurance en partance de Mittal ». Face bourgeoise et particularismes locaux : Metz ; un peu plus loin, Toul. D'un Nord aussi, sans les lumières flamandes et riches de Lille, qui résonne grande précarité du fin fond des provinces, jadis portant haut le drapeau de la classe ouvrière : Roubaix, pas moins !  «  Carl et lui continuaient à marcher sur le sol aux trois quarts gelés de cette ville où tous deux étaient nés au milieu du siècle dernier. Ils avaient sous les yeux la flèche en béton de l'église Sainte Thérèse dans un ciel bleuâtre clouté d'étoiles... »

L'amour de Phèdre, Sarah Kane

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 19 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Théâtre, L'Arche éditeur

Amour de Phèdre, traduit de l’anglais Séverine Magois, 76 p. 10 € . Ecrivain(s): Sarah Kane Edition: L'Arche éditeur

Les débuts de Sarah Kane sur la scène théâtrale anglaise furent retentissants ; sa première pièce Blasted (Anéantis) montée au Royal Court theatre en 1995 provoqua le scandale en raison de sa violence supposée. Sa dernière pièce, 4.48 Psychosis, fut une œuvre posthume publiée en 2000 après son suicide au King’s college hospital. Œuvre foudroyante aux sept pièces radicales.

S. Kane est née en 1971 dans l’Essex et étudie le théâtre à l’université de Bristol. Son œuvre est aujourd’hui lue, traduite et jouée dans le monde entier.

 

Phèdre est le théâtre. Phèdre est le tragique, l’humanité tragique, la féminité tragique. Tragédie grecque d’Euripide, tragédie latine de Sénèque, tragédie classique de Racine, opéra baroque de Rameau, opéra de Massenet…

Le tragique de la tragédie redit et transforme la question de la violence du désir et de la parole de ce désir. Il faut arriver à avouer. Les anciens écrivent de la poésie mythologique : Hippolyte sert Artémis contre Vénus chez l’auteur grec. Racine met en vers les cris de ses personnages toujours rattrapés par le destin et les dieux. Les modernes n’ont plus recours à la tragédie, l’homme est encore plus livré à lui-même, tragiquement nu.

La demeure éternelle, William Gay

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 19 Décembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Seuil

La demeure éternelle (The Long Home) traduit de l’anglais (USA) Jean-Paul Gratias, septembre 2012, 339 p. 21 € . Ecrivain(s): William Gay Edition: Seuil

Dans les années 1940, dans une région reculée du Tennessee, Dallas Hardin règne par la terreur sur Mormon Springs. Après avoir fait son nid dans la demeure de Thomas Hovington, s’arrogeant son commerce d’alcool clandestin et sa femme, Hardin apparaît comme intouchable, multipliant menaces, vengeances et meurtres en toute impunité. Jusqu’à ce que le jeune Nathan Winer croise sa route et celle d’Amber, la fille de Hovington. C’est que si Nathan n’a jamais su ce qu’était devenu son père, disparu dix ans plus tôt, Hardin, lui, le sait bien, puisqu’il l’a tué de ses propres mains.

Dans ce premier roman (deuxième publié en France), William Gay joue la partition classique de la lutte du Bien contre le Mal. Sous le regard de William Tell Oliver, vieux voisin qui l’a pris sous son aile et cache bien mal ses blessures et son remords de n’avoir jamais affronté Hardin, Nathan, malgré son apparente innocence, va peu à peu prendre conscience de l’inéluctabilité du combat qui l’opposera à celui qui règne sans partage sur ce bout de Tennessee abandonné par la loi des hommes, et où seule la volonté de Dieu, du diable ou de quelques forces ambivalentes de la nature (le gouffre, symbole central, qui apparaît sur le terrain de Hovington en ouverture du livre sert autant à dissimuler les méfaits qu’à les faire ressurgir) peut instaurer un certain ordre.