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Les Livres

L'homme qui marchait sur la lune, Howard McCord

Ecrit par Pascal Vallet , le Mercredi, 21 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

L’homme qui marchait sur la lune, Howard McCord, Coll. Totem, 2008 et 2011, Trad. De l’américain par Jacques Mailhos, 136 p. . Ecrivain(s): Howard McCord Edition: Gallmeister

Le premier mot du roman est « je », le dernier est « lumière », c’est tout dire. Ce livre est une visée, une ligne, une ligne de fuite tendue, linéaire, droite, celle de la course d’une balle, des balles, d’un tueur, l’auteur, le héros et qui s’achève éblouissante. C’est une ligne courbe aussi, ondulante, onduleuse, hier celle de la fuite dans les montagnes enneigées de la Corée en guerre, sur les vagues, aujourd’hui celle de la marche sur la montagne de la Lune, dans les rochers. Toujours menée par le « je » suceur de cartouches de cuivre, nous épousons les circonvolutions de la ligne lorsqu’elle est arabesque, marche, le souffle lorsqu’elle est course de fond, nu, attente puis tir, coup, car tout finit par une explosion, un écrasement, un arrêt, une mort, des morts.

Soyons plus clairs. L’argument est simple et court. William Gasper, un ancien militaire, cinquante ans, gaucher, frugal, « mangeant ce qu’il mange », barbu, solitaire, tueur à la retraite, marcheur aux ancêtres ordinaires mais un peu celtes, gallois, un container pour logis mais sans souci d’argent, passe son temps sur la montagne de la Lune qu’il parcourt en tous sens. Le passé le rattrape. Des tueurs le cherchent. Le trouvent. Il les trouve aussi et ça finit mal, très mal.

Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Cantier

Ecrit par Christopher Gérard , le Mercredi, 21 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Biographie, Perrin

Pierre Drieu la Rochelle, 316 pages, 22€ . Ecrivain(s): Jacques Cantier Edition: Perrin


Historien de l’empire colonial sous Vichy et biographe de Jules Roy, J. Cantier nous propose une nouvelle vie de Drieu, à la suite des précieux ouvrages de M. Serra (Les frères séparés) et de J. Lecarme (Drieu la Rochelle ou le bal des maudits). Disons tout de suite que son livre ne dépasse pas le niveau d’une honnête compilation, scolaire à souhait. Ni biographie littéraire stricto sensu, ni synthèse innovante, l’essai manque d’envergure et se lit sans passion. Peu de sources inédites, peu d’archives, aucun témoignage neuf (ainsi la bouleversante correspondance entre Drieu et son amie de cœur Victoria Ocampo – quel gisement ! – semble n’avoir été que survolée ; idem pour le riche Textes politiques). Cantier repère chez Drieu, qu’il ne comprend pas en profondeur pour ne pas l’avoir assez relu, un désir ancien de distinction, une volonté de mener les hommes au combat. Il repère bien le nietzschéisme foncier de Drieu, préparé par la lecture d’éveilleurs anglo-saxons (Carlyle, Kipling, Whitman) et affermi par la fréquentation de Sorel comme de Proudhon, mais pour l’opposer, de manière manichéenne, à la posture de Mauriac. Un a priori moralisateur traverse le livre, où il joue son rôle d’obstacle épistémologique. Ainsi, l’évolution spirituelle de Drieu, marqué par la lecture de Guénon, n’est pas comprise. De même, ses théories politiques sont à peine ébauchées.

Au pays des mensonges, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 20 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire, Contes, Israël

Au pays des mensonges, traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech, septembre 2011, 205 pages, 20 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: Actes Sud

 

Ecrit au scalpel – pas pour tuer, pour mettre à nu – ou à l’acide – pas pour blesser, pour révéler, avec une vraie force de réflexion : cela oblige à faire retour sur soi-même. De petits contes, quelque chose dit en passant mais qui accroche, qui fouille sans délimiter, un petit trou creusé qui agace, dans lequel Etgar Keret jette innocemment un mot, comme un germe « Le silence me met mal à l’aise. Si nous étions plus proches, je pourrais peut-être me taire avec lui » (p.162). On en fera ce qu’on voudra, on y trouvera ce qu’on voudra ou pourra y trouver, mais cela ne laisse pas tranquille, E. Keret y veille, regardant par-dessus l’épaule après s’être détourné de chaque nouvelle.

Des personnages qui au sens propre « se fendent » d’une histoire, d’autres empilés comme des poupées russes, des personnages aussi transformistes, malléables, profondément réceptifs à l’immédiateté et à l’absurde de la situation, des personnages qui en fait ne savent rien de la vie qu’ils vivent. A tout moment, tout peut arriver, la vie est un état d’urgence où tout peut interférer, côtoiement d’états compressés, cryptés puis/ou mis à plat. Comme ce personnage dont les poches sont pleines d’objets réunis « par réflexion et préméditation » (p.101) pour parer à toute éventualité, ne pas se laisser prendre au dépourvu par la vie, la mort, le destin.

Drood, Dan Simmons

, le Mardi, 20 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Robert Laffont, La rentrée littéraire

Drood (traduit de l’anglais par Odile Demange), 876 p., 23,50 euros. (25/08/11) . Ecrivain(s): Dan Simmons Edition: Robert Laffont

S’il est policier comme vaguement fantastique, Drood est également, et surtout, un roman intertextuel, dont les œuvres de William Wilkie Collins, ici narrateur, et Charles Dickens, lesquels furent collaborateurs, amis et rivaux, constituent en s’entremêlant la matière première.

Où, donc, les références abondent autant qu’elles trament l’intrigue : certes d’abord le fameux roman inachevé de Charles Dickens, Le mystère d’Edwin Drood, puis tout un corpus victorien, de Thomas de Quincey à Sheridan Le Fanu.

Où la mise en abîme est féconde, avec un roman, voire plusieurs, dans un autre ; avec aussi quelque chose d’un palimpseste où l’intrigue donne l’impression d’en dissimuler une autre, sous forme d’énigme éventuellement (évoquons Le Quinconce de Charles Palisser qui, de même, à partir du fond  dickensien, pose un mystère).

C’est aussi un pastiche, mais ni servile ni parasite, des romans à suspens, et jusque dans le style, de William Wilkie Collins. Et plus qu’un pastiche puisque on se demande parfois, tant la maîtrise en est impeccable, tant c’est essentialisé, qui imite qui, et si ce n’est pas Wilkie Collins qui aurait imité Dan Simmons. Autrement dit, par conséquent, une sorte d’artificialisme où la copie précèderait l’original, ou encore, et convoquons Oscar Wilde, se serait la nature qui imiterait l’art.

La bicyclette statique, Sergi Pàmies

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Samedi, 17 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, La rentrée littéraire, Editions Jacqueline Chambon

La bicyclette statique, Sergi Pàmies, traduit du catalan par Edmond Raillard, septembre 2011, 108 pages, 14,50 euros . Ecrivain(s): Sergi Pàmies Edition: Editions Jacqueline Chambon


Un auteur qui ose exprimer sa difficulté à lire Le Petit Prince de Saint-Exupéry ne peut qu’attirer notre attention. Dans sa jeunesse, Sergi Pàmies, né à Paris en 1960 de parents immigrés catalans, fréquentait les terrains vagues où régnaient les chefs de bande. Et chaque fois que l’on sonnait à la porte de l’appartement HLM, son père se tournait vers l’armoire dans laquelle, en dernier recours, il pourrait se dissimuler.

Le chemin est-il si éloigné de l’exil à l’écriture ? Sergi Pàmies nous livre une réponse qui file au long d’une vingtaine de nouvelles rassemblées dans La bicyclette statique. Le narrateur de Quatre nuits, apprenant qu’il a été engendré après que ses parents sont allés voir Le notti de Cabiria, retourne inlassablement voir les films de Fellini. Cherchant sur la toile le secret de sa conception. Le personnage principal de La Femme de ma vie doit à ses lacets défaits d’avoir rencontré celle qui partage son existence. Quant au héros de L’Illa Diagonal, c’est après s’être assuré contre le suicide, qu’il abandonne son terrible projet…