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Les Livres

Tendez-nous la main, Abdel Belmokadem

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mercredi, 20 Juin 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Récits, Anne Carrière

Tendez-nous la main, février 2012, 200 p. 19 € . Ecrivain(s): Abdel Belmokadem Edition: Anne Carrière

 

Abdel Belmokadem est un enfant du Mas du Taureau, le quartier de Vaulx-en-Velin devenu en octobre 1990 le théâtre des plus importantes violences urbaines qu’ait connues la France depuis la guerre. A l’époque, Abdel Belmokadem a 22 ans. Il débute une carrière de boxeur professionnel. Pendant les émeutes, il se sert de sa position pour s’interposer entre la police et les jeunes. Sa vocation de médiateur est née. Il sera un an plus tard le premier médiateur nommé dans le cadre de la politique de la ville, avant de devenir conseil municipal et de créer sa propre structure de médiation et d’insertion de jeunes en difficulté dans les zones urbaines sensibles. Il a fait recruter et former des milliers de personnes en dix ans.

« Avec ce livre, je veux montrer qu’on peut renoncer à la fatalité, ne pas vivre sa différence comme une injustice, mais comme une force et un point d’appui. J’ai eu la chance de rencontrer sur ma route des personnes d’autres milieux sociaux, qui ont cru en moi et m’ont aidé à grandir. Mon histoire est la démonstration que tout est possible, à condition de le vouloir et d’oser faire un pas vers l’autre. Ce livre est un message d’espoir mais aussi une alerte : aujourd’hui les quartiers sont étrangement calmes. Jamais la situation des jeunes n’y a été aussi dure. Il est urgent de leur tendre la main ».

La saison froide, Catherine Lafrance

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 19 Juin 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

La saison froide, Les Editions La Presse, octobre 2011, 303 p. 28,60 € . Ecrivain(s): Catherine Lafrance

 

Yellowknife, territoire au nord du Canada. La morsure du froid donne des crampes, sauf aux ours qui rôdent. Et pourtant. Elle pose ses valises dans le Grand Nord. Montréal-Yellowknife, huit jours de route. Journaliste, elle a décroché le poste le moins convoité. Après une rupture, son souhait est de changer de vie :

« J’encaisse le coup. Mon pouls s’accélère subitement. Mon souffle devient saccadé. Les idées se bousculent dans ma tête. Je vois les dernières années défiler à toute allure. […] En ouvrant la portière, tu me regardes, et tu souris sans conviction. Puis tu démarres sous un ciel qui se déverse, anthracite, et les feux arrière de ton auto vont se perdre au bout de la rue ».

Elle ouvre la porte sur le Grand Nord. Terra incognita. Ultima Thule. Elle tombe sous le charme :

« Ma vie, peu à peu, s’est lovée au creux de cette baie, cette baie immense qui vient mourir au pied de la ville comme si le lac rendait son dernier souffle. Et quelquefois, je me dis que nulle part ailleurs je ne ferais corps avec le paysage autant qu’ici ».

Revue 303 : on tire aussi la culture en pays de Loire !

Ecrit par Elisa Amaru , le Mardi, 19 Juin 2012. , dans Les Livres, La Une Livres, Revues

Revue 303, arts, recherches, créations

Clin d’œil aujourd’hui à une publication alternative qui vous sert le must de la Culture aux petits oignons, en tranches, façon mijoté en série, faisant écho dans nos pages à une question sidérante d’actualité entre Beauté et Toc. Les ricochets sont faciles. Surtout lorsqu’ils coulent sous le sens. Née il y a 27 ans du besoin de transmettre une empreinte culturelle forte, comme du désir d’unir les pôles Recherche, Art et Création depuis la région unique des Pays de la Loire, la Revue 303 s’anime d’un souffle explorateur prêt à nous remettre les boussoles à l’air ! De superbe facture, forçant l’exigence dans la richesse des thèmes abordés, voici un cabinet de curiosités éditoriales qui lorgne ses utilités du côté de l’Indispensable, et ses hommages proches du Nécessaire. En effet, la politesse intellectuelle n’a pas d’heurts, et l’équipe à la barre de la Revue 303 connaît son alphabet sur le bout des lettres en exhibant la partie le plus charnue de son anatomie : l’esprit. Mi-livre d’art, mi-catalogue d’expo, cet hybride iconoclaste publie quatre trimestriels d’une centaine de pages et un hors-série de 250 pages par an. Puisant une inspiration gourmande et bestiaire au sein des références identitaires phares de la région Loire vineuse, riche d’Histoire et profuse en cépées, sa ligne éditoriale étend ses serments de la mode à l’architecture, des Arts outsider jusqu’à la linguistique, en passant par le sport, le voyage, les légendes arthuriennes, Jacques Demy et le patrimoine littéraire de Loire, avec Gracq et Verlaine en témoins.

Ici comme ailleurs, Lee Seung-U

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 18 Juin 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Roman, Zulma

Ici comme ailleurs, 2012, trad. du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, 220 p. 21 € . Ecrivain(s): Lee Seung-U Edition: Zulma

 

Kafkaïen est le premier qualificatif qui vient à l’esprit en lisant ce roman, pour l’univers dans lequel il se déroule et l’absurdité qui émane du parcours du personnage principal. Yu est muté par sa boite, le Gangsan Complex Resort, à Sori, une ville perdue entre un lac et des montagnes à l’Ouest du pays. « Lorsque, dans son guide, il a lu que “la petite ville de Sori, du fait de sa topologie particulière avait servi de lieu de bannissement”, son cœur s’est de nouveau mis à balancer ».

L’histoire démarre sur ses mots qui donnent d’emblée le ton :

« Le vent a des hurlements de bête féroce. Au moment de quitter sa voiture, Yu a l’impression qu’un molosse enragé se jette sur lui. Il a un mouvement de recul. Le long des rues, papiers sales et sacs plastique tourbillonnent sous la bourrasque. Quelques véhicules cahotent sur la chaussée éventrée en soulevant des nuages de poussière ocre. Les rares passants, silencieux, font la gueule ».

Ici comme ailleurs est un roman hybride, indéfinissable. Il tient du polar, du roman noir, psychologique, métaphysique, à la limite du fantastique, et on pense à des films de cet extrêmement riche cinéma sud-coréen, en particulier ceux de Kim Ki-Duk, qui de même échappent à toute définition.

Le ravin du chamelier, Ahmad Aboukhnegar

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 18 Juin 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Moyen Orient, Sindbad, Actes Sud

Le ravin du chamelier, Actes Sud, Sinbad, (2012), trad. de l’arabe (Egypte) par Khaled Osman, 207 p. . Ecrivain(s): Ahmad Aboukhnegar Edition: Sindbad, Actes Sud

Il arrive qu’une caravane s’égare, et dresse le camp à proximité d’une oasis.

Il arrive que, le temps d’une veillée, les nomades et les sédentaires, refoulant leur antagonisme atavique, partagent le méchoui, dans un lieu neutre, à l’écart du douar, à l’écart de la piste.

Il arrive que les chameliers reprennent ensuite l’itinéraire ancestral en abandonnant un des leurs, pour le punir d’avoir, par étourderie, mis la troupe en péril.

Il arrive qu’un chamelon partage tout avec son jeune maître qui le consulte et tient compte de ses avis, et qu’ils fument ensemble la gôza.

« Dans quelques jours et encore moins de nuits, mon père rentrera, alors je me réveillerai de ce cauchemar ». Le chamelon hocha la tête…

Il arrive que, tout en espérant qu’un jour la caravane repasse et que lui soit rendu son rang dans la file, le chamelier adolescent, son chamelon empli de sagesse et une chamelle blessée s’installent dans un ravin sauvage où les villageois ne doivent, par tabou, jamais poser le bout du pied, et où règne, sur un monde de djinns et d’animaux des ténèbres, un couple de gigantesques seigneurs serpents.