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Les Livres

Revue Harfang N°41, novembre 2012

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 27 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Revues

 

Le N°41 de la revue Harfang (novembre 2012) est largement consacré aux prix 2012 de la nouvelle. Didier Daeninckx bien sûr, prix Goncourt de la nouvelle cette année. Lunatik, prix inter’halles. Marie Pontacq, prix de la nouvelle de la ville d’Angers (organisé par la revue Harfang) pour son recueil « coup de sang sous les flamboyants ».

Aussi ce N° commence par des entretiens et une nouvelle de chacun des trois.

Dans l’entretien avec Marie Pontacq, cette dernière dit : « un roman c’est encore trop construit, trop mental. » Il y a dans cette réflexion la source et l’identité particulière de la nouvelle, dont on sait, par les plus grands écrivains, qu’elle est un genre à part entière en littérature. Une nouvelle ne peut être que forte, naturelle, évidente. La brièveté oblige évidemment à ce que Freud aurait appelé : déplacement et condensation – concepts que Freud applique au rêve, et il est intéressant de se demander les liens énonciatifs qui existent entre la structure du rêve et celle d’une nouvelle. Morceaux de réel, substitutions symboliques, concentration des signifiants, que de convergences !

Géographie des baleines, Manuèle Peyrol

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 27 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Géographie des baleines, Editions De Fallois, octobre 2012, 248 p. 18 € . Ecrivain(s): Manuèle Peyrol

L’enfance rend-elle imperméable aux mensonges et aux faux-semblants des adultes ? Selon Manuèle Peyrol, la réponse pourrait être positive si l’on est, comme le principal personnage de son roman, Marie, dotée d’une lucidité à toute épreuve et d’une perspicacité hors norme.

Marie est âgée de cinq ans en 1940. Elle demeure dans un appartement bourgeois avec vue sur le port d’Oran. Tout pourrait se passer très normalement à ceci près que Marie a, déjà, décelé dans l’attitude des adultes un côté ridicule qui la conduit à assimiler ces derniers à des baleines, en raison de la perception de leur taille, aussi démesurée que celles des vraies baleines.

Des échos de conversation tenues entre ses parents parviennent aux oreilles de Marie, des bribes de phrases captées dans les propos des habitants de son immeuble qui semblent se présenter comme des échantillons représentatifs de la société coloniale de l’époque : la « dame russe », ainsi que l’appelle Marie, en raison de son origine russe blanche, monsieur Pinchina, élégant, urbain, cultivant le raffinement, dont on apprend la judéité, la concierge Madame Visconti, la servante Amina, qui va conduire avec Marie quelques dialogues piquants sur les « Indigènes » et la transformation de l’Algérie : « Ils disent que c’est la France mais nous ne sommes pas des Français. Eux sont chez eux, et nous aussi nous sommes chez eux, même si nous sommes chez nous… »

Personnages secondaires, Alejandro Zambra

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 26 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, L'Olivier (Seuil)

Personnages Secondaires, traduit de l’Espagnol (Chili) par Denise Laroutis, 167 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Alejandro Zambra Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Le roman des enfants seuls

 

Le roman d’Alejandro Zambra est un subtil mélange d’introspection de soi et de la répercussion de l’Histoire sur les générations antérieures et présentes. Les pages fouillent nerveusement l’histoire de la vie quotidienne des pères et des fils pendant cette période sanglante pour le Chili que sont les années 80.

« Mon roman, c’est le roman des parents, je l’ai pensé à ce moment-là, je le pense maintenant. Nous avons grandi dans cette croyance que le roman, c’était celui des parents. En les maudissant et aussi en nous réfugiant, soulagés, dans cette ombre qu’ils nous faisaient. Pendant que les adultes tuaient ou étaient tués, nous dessinions dans un coin. Pendant que le pays s’effondrait par morceaux, nous, nous apprenions à parler, à marcher, à plier les serviettes en forme de bateaux, d’avions. Pendant que le roman se déroulait, nous, nous jouions à cache-cache, à pas vu pas pris, à disparaître ».

Musique Absolue, une répétition avec Carlos Kleiber, Bruno Le Maire

Ecrit par Etienne Orsini , le Lundi, 26 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Gallimard

Musique absolue Une répétition avec Carlos Kleiber, août 2012, 109 p. 11,90 € . Ecrivain(s): Bruno Le Maire Edition: Gallimard

 

Que ces messieurs des hémicycles et autres palais lambrissés me pardonnent : abstraction faite de toutes considérations politiciennes, c'est rarement que je fais confiance à leur plume lorsque je me mets en quête d'un roman à lire. Ma conviction en la matière est qu'on ne peut bien servir à la fois le pouvoir et le sensible.

Le bref opus de Bruno Lemaire, ancien ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, aini que de la Ruralité et l'Aménagement du territoire  (ouf !) m'oblige à ranger mes a priori au placard.

Musique absolue, sous titré une répétition avec Carlos Kleiber, fait renaître la figure du grand chef d'orchestre autrichien (1930-2004) pressenti en son temps pour prendre la succession de Karayan à la tête de l'Orchestre Philarmonique de Berlin.

La balade de Pell Ridley, Meg Rosoff

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 26 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel, Jeunesse

. Ecrivain(s): Meg Rosoff Edition: Albin Michel

Un matin, qui semble une aube comme les autres, voit une jeune fille seller son cheval et partir vers le nord, accompagnée d’un garçonnet monté en croupe. Pour tout bagage, un baluchon contenant un peu de pain, une bouteille de bière et une maigre bourse : l’argent de sa dot.

Discrète, elle évite les villages connus et les rencontres inopportunes pour s’enfoncer dans les bois les plus touffus, jusqu’à ce qu’elle puisse se fondre dans l’anonymat de la plus grande foire aux chevaux du comté : celle de Salisbury. Fuir, voilà ce que cette jeune fille déterminée a dans la tête. Fuir Nomansland, son village miséreux ; fuir sa maison engloutie dans la peine par un père alcoolique, fornicateur, joueur et mauvais prédicateur ; fuir son mariage arrangé avec Birdie, le riche et timide fils du forgeron ; fuir un destin rectiligne qui la ferait ressembler à sa mère et à toutes les autres femmes de cette Europe du 19ème siècle.

« Une maison pleine d’enfants ? Un seul coup d’œil à sa mère – avec son corps usé et déformé, ses problèmes de fuites urinaires et de varices, et ses seins pendants comme deux vieilles outres – lui faisait rejeter une telle perspective. Et, pire que la dégradation physique, il y avait la déception qui ronge le cœur, les corvées quotidiennes, la monotonie d’une telle existence. (…) Je n’en veux pas, jamais je n’en voudrais ».