Livres

Identification

Les Livres

Le chemin qui serpentait sous les nuages, Daniel Leduc

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 29 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Publications de nos contributeurs, Poésie, Editions de l'Atlantique

Le chemin qui serpentait sous les nuages, Préface de Charles Dobzynski Editions de l’Atlantique. Collection Phoibos 2011. 100 p. 19 € . Ecrivain(s): Daniel Leduc Edition: Editions de l'Atlantique

La poésie d’aujourd’hui n’a pas bonne presse. De fait, elle n’a pas de presse du tout ! Les travaux de création, les livres ou revues de poésie sont entourés d’un immense silence médiatique, écho porté du silence de ce monde sur les œuvres de l’esprit et du cœur.

Daniel Leduc est un poète. Un fou donc qui choisit la voie déserte. Ou « le chemin qui serpentait sous les nuages ».

L’acte poétique est au cœur de toute littérature. Il est la ligne de front où le créateur plonge les mains dans la matière même de l’écriture, la langue.

Daniel Leduc est de ces pétrisseurs de glaise. Les mots sont ici l’objet d’une traque incessante, sommés de livrer sans cesse au lecteur jusqu’à la dernière goutte du sens qu’ils sont capables de charrier.


"Pour le saisir

Faut-il entendre

Ce qui est dit ?

Les invités, Charlotte Moundlic

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 28 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Thierry Magnier

Les invités, Ed. Thierry Magnier, Petite Poche, 2011, 48 p. 5 € . Ecrivain(s): Charlotte Moundlic Edition: Thierry Magnier

Une écriture sobre, proche du conte, le merveilleux en moins, pour un roman fulgurant, acerbe. Une petite histoire pour aborder la grande, l’air de ne pas y toucher et pourtant, visant juste. Juste là où ça fait mal. Là, c’est le colonialisme, c’est une nébuleuse, en marge de l’histoire que l’on ne souhaite pas faire émerger.


« Avec des gestes, on arrivait

à peu près à se comprendre.

Puis le petit a pris la parole pour

demander s’ils pouvaient rester ici.

Comme ils étaient vraiment gentils, on a accepté.

Chez nous, l’hospitalité est une valeur très importante,

on ne refuse jamais

de recevoir quelqu’un ».

Revenants, Patrice Lelorain

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Jeudi, 27 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, La Table Ronde

Revenants, 354 pages, 20 euros, août 2011, . Ecrivain(s): Patrice Lelorain Edition: La Table Ronde

Pour écrire ainsi sa vie, de l’enfance à Bois-Colombes dans les années soixante jusqu’en ces temps où les amants précisent, en se déshabillant, « je n’ai pas le sida », il faut disposer d’une langue qui ne trahit pas. D’un style précis mais propice aux éblouissements. Une légèreté à la française. Tel est le cas de Patrice Lelorain qui sait pouvoir compter sur ses mots et ses maux.

Le narrateur vit dans un appartement situé au-dessus des cabinets de dentisterie de ses parents. Les jeudis après-midi, il est bercé par les hurlements des gosses aux prises avec la roulette de sa mère. Mais il sait que ces douleurs-là ne sont pas les plus terribles que cette femme peut infliger.

« Enfant, j’imaginais que je n’étais pas le fils de mes parents, mais un petit débile adopté autour duquel on avait dressé un décor sophistiqué (…) » De décors, justement, il en est ici question, le temps qui passe se chargeant de les repeindre. D’abord enfumés, psychédéliques, avec des femmes libres, des compagnons irresponsables ou trop sérieux, des plans foireux, des rêves et de la nausée. Jusqu’aux trompe-l’œil d’aujourd’hui aux couleurs crépusculaires propres à la saison des deuils.

Les Barbares, Jacques Abeille

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 27 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions Attila

Les Barbares, mai 2011, 550 p., 25 euros. . Ecrivain(s): Jacques Abeille Edition: Editions Attila


« Ils n’arrivaient pas seuls mais eurent tôt fait d’être les maîtres. » Dès l’orée du livre, les barbares sont là, réduisant à néant la haute civilisation de Terrèbre. Un universitaire raconte… Mais raconte quoi ? Non la conquête, mais le reflux, celui de la horde dont la poussée brutale se commue presque aussitôt en une quête erratique d’un homme et d’un livre. Cet homme, c’est le « voyageur », narrateur et auteur des Jardins statuaires, celui qui cherchait le prince des barbares aux confins du monde des jardins. C’est à présent le prince qui se lance à la poursuite, accompagné du professeur, ethnographe d’un peuple en déclin.

Suite des Jardins statuaires, Les Barbares en sont également l’envers. Traducteur du livre des jardins dans la langue de Terrèbre, le professeur scrute passionnément son reflet dans le monde qu’il découvre. Auteur à son tour, accumulant des notes savantes, il signe un livre symétrique, monument nostalgique du peuple barbare, de même que Les Jardins statuaires témoignent d’un temps révolu, d’une civilisation balayée par ces barbares en train de s’éteindre.

Nos baisers sont des adieux, Nina Bouraoui

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 26 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock

nos baisers sont des adieux, mars 2010, 219 p. 18 € . Ecrivain(s): Nina Bouraoui Edition: Stock

Nina n'est ni Nina ni Bouraoui. « Un auteur n'est ni homme ni femme » déclarait Nina Bouraoui au salon du livre 2009. Nous dirons donc NB pour désigner en toute simplicité l'auteur. Et ne poserons pas la question de savoir qu'est-ce qu'un auteur ou une auteure. Foucault a déjà répondu. Et ce Nota Bene ne notera rien de bien : ce serait plutôt comme un PS, un écrit après, un article de moins, pour cligner de l'œil à Deleuze à propos de Carmelo Bene, justement.

Recomposition des dates et de certains lieux. 1975 - 2010. Ce livre est une série que l'on peut lire dans tous les sens. Partir de la fin. Plonger au milieu. Finir par le commencement. L'inconscient (nous apprit Freud) ignore le Non, la Mort et le Temps. Plongeons avec Nina dans l'affirmation, la vie et l'infini d'une mémoire. Mémoires en flux,en nappes, en éclaircies. Série de courts récits où la précision de l'écriture touche le sens de la parole donnée. Paroles et gestes des autres qui nous constituent dans nos êtres, nos libertés trop rarement respectées. Autant de perles de silence, d'actes d'amour, de regards et de présences.

Trop souvent les sectateurs de l'autofiction sombrent dans l'égofiction qui n'intéresse personne sinon leurs plumitifs narcisses. NB évite ce péril à chaque phrase, chaque mot, chaque lettre. NB est poète. Un poète est un ouvreur de sens. NB dans tous les sens. Ultrasensibilité.