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Les Livres

Onze ! Xavier Deutsch

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Mijade

Onze ! Ed. Mijade, 2011, 142 pages, 7 € . Ecrivain(s): Xavier Deutsch Edition: Mijade

 

Lire une épopée est rare de nos jours, à moins de se replonger dans les récits homériques et leurs réécritures. Lire une épopée traitant d’un match de football semble du coup une gageure parfaitement insurmontable. Xavier Deutsch réussit pourtant ce pari fou d’emporter son lecteur dans une histoire qui n’a l’air de rien, dans une histoire qui ne fera pas vibrer les seuls lecteurs de l’Equipe, mais bel et bien, tout lecteur qui a du cœur.

La réalité du foot se retrouve pleinement ici, reprise dans un style neutre et éloquent où viennent poindre des références discrètes mais efficaces. Dans sa mythologie, on a déjà rejoué plusieurs fois ce scénario : une équipe d’anonymes affrontant un club de légende. La puissance des chants de milliers de personnes venant encourager les guerriers du stade. Comme l’appui fragile ou maladroit de leurs familles. Mais la lutte de ce David des Flandres contre un Goliath aussi phénoménal que l’AC Milan dépasse toutes les attentes.

Rouillon, le coach vosgien, clope au bec, attablé dans un zinc, tout droit sorti d’un roman de Simenon ainsi que son adjoint fidèle et taciturne, a décidé que seuls onze joueurs seraient présentés lors du match décisif, pas un de plus : « un collectif total », « une armée composée d’amants » qui se doit d’être invincible.

Saltimbanques, Marie Desplechin et Emmanuelle Houdart

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 18 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Thierry Magnier, Jeunesse

Saltimbanques, 2011, 51 p. 27,50×37cm, 21,50€. . Ecrivain(s): Marie Desplechin et Emmanuelle Houdart Edition: Thierry Magnier

Venez, Mesdames et Messieurs, petits et grands… Entrez dans le cirque le plus époustouflant ! Venez découvrir une galerie de personnages hors-du-commun ! L’Homme Tronc et le Colosse, la Femme à barbe et les Sœurs siamoises, le Musicien sans bras ni jambes et la Sirène… Mais venez surtout découvrir la fragile humanité de ces artistes, de cette galerie de freaks dont la monstruosité devient une sublime parure.

« J’ai toujours aimé les fleurs. Elles ont la légèreté qui me manque. Elles cachent aussi, au creux de leurs corolles, mille petites monstruosités qui me plaisent. Jolies sans doute, elles sont surtout étrangement vivantes. »

Les dessins d’Emmanuelle Houdart transportent le lecteur dans un univers de rêve à la fois étrange et attirant où les couleurs d’enluminure rivalisent avec des détails pleins de poésie et d’humour. Sous les courbes et volutes, sous les difformités délicates et les savants tatouages, on sent l’affection de l’artiste pour ses saltimbanques, ses bateleurs inouïs. Marie Desplechin a tissé des liens entre eux, inventé ou plutôt révélé leurs secrets et les trames de leurs destins. Elle a même instauré une forme de suspens quant à l’identité du mystérieux narrateur et à la façon dont il relie les différentes histoires et délivre les portraits des autres personnages.

L'enchanteur. Nabokov et le bonheur, Lila Azam Zanganeh

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 17 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Biographie, Récits, L'Olivier (Seuil)

L’Enchanteur. Nabokov et le bonheur. Trad. (anglais USA) Jakuta Alikavazovic. Octobre 2011. 228 p. 20 € . Ecrivain(s): Lila Azam Zanganeh Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Que faire de mieux, quand on écrit un livre qui porte le nom de bonheur dans son titre, que d’en faire un livre plein de bonheur ? Lila Azam Zanganeh n’y manque pas ! Son Nabokov, l’Enchanteur, est un remède contre toute forme déclarée ou pernicieuse, de déprime.

Ce livre est d’abord, bien sûr, une déclaration d’amour passionné à Vladimir Nabokov. « C’est là que j’ai découvert la texture du bonheur ». Rien moins ! Il nous faut avouer que cette entrée surprend a priori : Nabokov n’est pas – toujours – l’écrivain qui incarne le bonheur dans notre imaginaire de lecteur. On y voit volontiers des ombres, des malaises, une sexualité compliquée. Humbert Humbert, le héros de Lolita, ne symbolise guère un ciel sans nuage ! Non. C’est ailleurs que Lila Azam Zanganeh va chercher, au cœur de l’œuvre du maître, une source intarissable de bonheur. «  La joie profonde qu’inspirent Lolita ou Ada prend sa source ailleurs, dans une expérience de la marge et des limites (au sens quasi mathématique d’ouverture), qui devient celle de la poésie. Et cette poésie est félicité ou, comme le disait VN dans sa langue maternelle, en russe : blazhenstvo »

Rue Darwin, Boualem Sansal

Ecrit par Nadia Agsous , le Vendredi, 16 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Maghreb, Gallimard

Rue Darwin, coll. Blanche, août 2011, 255 p., 17,50 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard


La quête des origines


« Va retourne à la rue Darwin ». C’est par cette phrase qui exprime à la fois une recommandation et le mystère que l’écrivain algérien d’expression française, Boualem Sansal, nous invite à nous immerger dans le corps de son dernier roman, Rue Darwin.

Narrée dans un style simple au sens pourtant profond, l’histoire de Yazid, dit Yaz, le personnage principal, nous entraîne, par le truchement d’une écriture intimiste, au cœur de son pèlerinage à rue Darwin. Ce lieu-mémoire où il passe « une semaine sainte ». Son objectif ? Percer le secret de sa naissance. Et tordre le coup à ce sentiment d’illégitimité et de honte qui ne cesse d’étreindre son cœur par la faute de ce mystère qui plane sur sa filiation.

Et lors de son voyage initiatique, Yaz revient sur les traces de son enfance et de son adolescence. Réveille les douleurs archaïques. Fait face à ses démons. Brise le silence. Et nous propulse dans le monde de sa défunte grand-mère, Lala Sadia dite Djéda, riche propriétaire et femme puissante.

Ablutions, Patrick deWitt

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 12 Décembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Actes Sud

Ablutions, notes pour un roman, 2010, 197 p. Trad. (anglais canada) Philippe Aronson . Ecrivain(s): Patrick DeWitt Edition: Actes Sud

Commencer sa vie par des petits boulots est souvent un des grands chemins pour entrer en littérature. Les vérités concrètement vécues aiguisent la plume de ceux qui ont la chance de sentir couler un sang d’encre dans les veines. Le bon éditeur extrait du fond de la terre le mineur. Quel meilleur observatoire de l’humanité que le métier de barman à Los Angeles ? Le narrateur se tutoie et s’impose des injonctions. Tu feras ci, tu feras ça. Parler de. Parler, dire son fait, leur fait. Parler des habitués. De la femme fantôme. De bidule. De machin. De ta femme. De la femme saoule. Toute la construction est là alors qu’on la croyait à venir. Car les notes, ces dérives reptiliennes, fuient les aphorismes et les formules. Gary DeWitt raconte ses souvenirs de pêche par le menu. Il a laissé filé le bouchon et les poissons ont mordu. Grand seigneur, DeWitt a le génie de les rendre à leur milieu. Mieux : le prédateur, en un mimétisme distancié, fait partie de ses propres proies. Le Whisky est le ruisseau, la rivière, le fleuve, la mer. Il faut nager. « Si jamais tu te faisais attaquer par un requin, tu pourrais ensuite nager dans l’océan sans la moindre crainte… » (p. 26). Et DeWitt nage avec majesté et discrétion. Il s’est coulé dans le moule.

L’écume des nuits est de la cocaïne pure. « Et tu palpites comme un poisson hors de l’eau ». Il remonte toujours à la surface. Instinct de survie ?