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Les Livres

Sauvegarde, Journal 2001-2003, Imre Kertész

Ecrit par Olivier Verdun , le Jeudi, 27 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Récits, Actes Sud, La rentrée littéraire

Sauvegarde. Journal 2001-2003, trad. hongrois Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba, septembre 2012, 223 p. 19,80 € . Ecrivain(s): Imre Kertész Edition: Actes Sud

« La vie est une erreur que même la mort ne répare pas » (Imre Kertész, Sauvegarde, p.82).

« Depuis notre naissance, nous sommes des prisonniers condamnés à mort ; moi, le destin me le rappelle sans cesse. Et comme je suis partisan des principes raisonnables, je ne peux en vouloir à personne pour cela. De ce point de vue, Job avait la partie facile, avec son Dieu amateur de paris » (ibid., p.87).

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, il faut lire Sauvegarde, le journal que le grand écrivain hongrois a tenu de 2001 à 2003. On y découvrira un homme au soir de sa vie, diminué par la maladie de Parkinson qui restreint l’usage de sa main et qui le contraint à tenir son journal grâce à un ordinateur, – un homme profondément lucide sur le monde et sur lui-même, taraudé par les « humiliations physiques de la vieillesse », arpentant les « antichambres grises de la mort », un homme d’une sincérité absolue, à l’ironie subtile et jamais cynique, qui n’hésite pas à déclarer, avec la verve qu’on lui connaît : « Je ne suis pas un humaniste, il me reste encore quelque sentiment humain ».

Le descendant africain d'Arthur Rimbaud, Victor Kathémo

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 27 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Myriapode

Le descendant africain d’Arthur Rimbaud, 6 septembre 2012, 248 p. 19 € . Ecrivain(s): Victor Kathémo Edition: Myriapode

« Tout est verrouillé ! On passe sa vie à ouvrir des portes qui se referment aussitôt qu’on les a franchies. […] Je vous jure ! Des milliers de cadenas ! La vie n’est rien d’autre qu’un vent qui souffle dans tous les sens, buttant contre montagnes et falaises, pour finir dans un trou noir » (pages 68-69).

Assistant à Bordeaux à un spectacle mettant en scène sa propre existence, Racho revient sur sa trajectoire. Fruit d’une liaison entre son aïeule et Arthur Rimbaud, parti d’Ethiopie pour la Guinée avec sa famille, souffrant de l’incompréhension de ses pairs pour son âme d’artiste, il décide d’aller tenter sa chance en Europe où, espère-t-il, il sera mieux accueilli – notamment eu égard à sa prestigieuse ascendance.

« Mes mots étaient les formes, les reliefs que j’imprimais au chalumeau à un bidon usagé, les métaux rouillés que je passais des journées entières à lustrer, à limer, à découper, à souder dans la poussière et la touffeur de cette cité africaine pour leur offrir une expression artistique.

Les mots à moi étaient les courbes que j’imposais aux fils de fer et de cuivre, les motifs que je gaufrais sur des plaques en bois, les édifices temporaires, les stèles que je proposais à la vue, lesquelles étaient constituées d’un assemblage de bibelots.

A l’époque on me surnommait “sculpteur de la récupération“ » (p. 20).

Comprendre Sade, Marie-Paule Farina

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 27 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Comprendre SADE, Marie-Paule Farina, Yves Rouvière, Collection Essai Graphique, Max Milo éditions, mai 2012, 126 p. , 9,90 € . Ecrivain(s): Marie-Paule Farina

 

Coup de cœur pour ce court et dense essai sur Sade de Marie-Paule Farina paru en mai 2012 aux éditions Max Milo ! De Sade me restait une vague impression sulfureuse, et de fort mauvais goût, résultant d’une lecture – très jeune – d’un de ses livres. Une lecture aveugle et conforme au cliché figé dans la langue française même dont le terme sadique propulse cet auteur « au hit-parade du mal ». C’est dire si ce petit ouvrage m’était destiné !

Marie-Paule Farina, avec beaucoup d’intelligence, de culture et d’humour essaie de comprendre « comment Justine, Juliette, Léonore, Eugénie et tant d’autres, ont pu naître de l’imagination d’un homme qui, entre 27 et 74 ans, n’aura passé que dix ans à l’air libre et aura été condamné deux fois à avoir la tête tranchée alors qu’il n’y avait aucun cadavre dans le placard, seulement une immense œuvre littéraire, et une immense mystification ».

Dans un style concis et incisif, caustique et imagé, plein d’allant, intégrant de multiples citations sans jamais alourdir son propos, elle met habilement en relation la biographie de l’auteur depuis son plus jeune âge, le contexte littéraire et social, et l’évolution politique d’une époque tumultueuse.

Tais-toi et meurs, Alain Mabanckou

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Roman, La rentrée littéraire

Tais-toi et meurs, Editions de La Branche, 13 septembre 2012, 221 pages, 15 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou

 

C’est depuis sa cellule de Fresnes que Julien Makambo, alias José Montfort, écrit son histoire : celle d’un jeune Africain monté à la capitale muni de faux papiers et obligé de trouver un moyen de subsistance. Bienvenue parmi les Tontons flingueurs de Château-Rouge et de Montreuil : un monde de gangsters sapeurs, fait de voleurs et de faussaires, de filles perruquées aux formes alléchantes, de grands-pères dangereux et cruels veillant au grain au fond d’un troquet kabyle ou d’un restaurant africain qui ne paye pas de mine.

« Dans notre langue du Congo-Brazzaville, le lingala, Makambo signifie “les ennuis”. J’ignore ce qui avait piqué mes parents pour m’attribuer un tel nom qui n’est d’ailleurs pas celui de mon défunt père, encore moins celui d’un proche de la famille. Je suis maintenant convaincu que le nom qu’on porte a une incidence sur notre destin. Si ce vendredi 13 je ne m’étais pas rendu au restaurant L’Ambassade avec Pedro pour rencontrer celui qu’il qualifiait alors de “type très important” venu de Brazzaville, je ne serais peut-être pas en détention provisoire depuis un an et demi dans cette cellule de Fresnes. Mais voilà, lorsqu’on s’appelle Makambo les choses ne sont pas aussi simples ».

La réparation, Colombe Schneck

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Grasset, La rentrée littéraire

La réparation, août 2012, 224 pages, 17 € . Ecrivain(s): Colombe Schneck Edition: Grasset

 

Lituanie, ghetto de la ville de Kovno, Place de la République, 26 octobre 1943 : 2800 Juifs, en rang, les uns derrière les autres, attendent leur sort.

« Pendant les Aktions, les nazis choisissaient dans le ghetto ceux qui étaient déportés vers un camp de travail, dans le Lager. Ceux qui n’étaient pas jugés aptes au travail étaient tués. Les Juifs savaient cela, il fallait à tout prix être jugé bon pour le travail pour avoir une chance de survivre. Les nazis ne séparaient pas les mères des enfants, ils étaient assassinés simultanément ».

Parmi eux, Mary, la grand-mère, Raya et Macha, ses deux filles, Max et Ulli, ses deux beaux-fils, ainsi que Salomé et Kalman, ses deux petits-enfants. Seules, Raya, mère de Salomé, et Macha, mère de Kalman, vont survivre. Mais que s’est-il passé, ce jour-là, sur la Place de la République, avec Salomé et Kalman ?

Paris, de nos jours. Depuis la fin de la guerre, Ginda, la sœur de Macha et de Raya, qui a quitté la ville de Poniwej (Lituanie), en 1926, pour faire ses études à Paris, et Hélène, fille de Ginda et mère de Colombe (Schneck) ne disent mot au sujet de cet évènement.