Identification

Les Livres

Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, Yassin Temlali

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 23 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Maghreb, Barzakh (Alger)

Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, 2011. 233 p. 11 € . Ecrivain(s): Yassin Temlali Edition: Barzakh (Alger)

Les tragédies élucidées à la lumière de l'esthétique


« Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres », du journaliste algérien Yassin Temlali, est un voyage à travers la création artistique contemporaine marquée par les bouleversements politiques du pays. Il n'est pas étonnant que Yassin Temlali interroge le drame de la guerre civile à travers le sensible, lui le passionné des arts, dont la jeunesse fut secouée par l'Histoire, avec la révolte nationale d'Octobre 1988 - qui consacra le multipartisme avec ses centaines de morts - suivie du terrorisme à partir de 1992.

L'ouvrage rassemble des articles de l'auteur, publiés pour la majorité sur Babelmed, dont le fil conducteur est la décennie noire (1990-2000), l'avènement du terrorisme faisant resurgir une autre période bouleversante de l'Algérie, la guerre de libération nationale. Une partie des chroniques est consacrée à des entretiens avec des créateurs ou des analystes. Le journaliste donne ici la parole à d'éminents historiens, tels Deho Djerbel, René Gallissot ou Mohammed Harbi, afin de questionner le présent à travers les blessures du passé, mais aussi à des écrivains et cinéastes pour mieux connaître leur approche esthétique.

Le pont international, Silvia Baron Supervielle

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 23 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Roman, Gallimard

Le pont international, 176 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Silvia Baron Supervielle Edition: Gallimard


Quelque chose échappe. Comme dans l'œuvre poétique de Silvia Baron Supervielle un infime déplacement ouvre des horizons, champs insoupçonnés de l'improbable, glissant de perspective en perspective. Ainsi Amalia : "Dans la chaleur du sable, elle ne bouge pas, comme entraînée intérieurement vers le ciel". (p.27)

Un vieux monsieur, Antonio Haedo, a des souvenirs qui lui viennent de l'âme plus que de la tête et du cœur. Assis dans un fauteuil devant la fenêtre, il marche dans son souvenir. A sa mémoire personnelle fait écho une mémoire imaginative, celle des livres dont il arrange et poursuit différemment la vie des personnages : "Antonio a également l'impression d'avoir été imaginé par son cousin -écrivain-, comme il soupçonne son cousin d'incarner le héros d'un livre". (p.29).

Le point de départ est Fray Bentos, petit village entre deux pays, l'Uruguay et l'Argentine, reliés par ce pont international qui donne son titre au livre : "(…) une nuit elle franchira le pont pour oublier enfin". (p.57) Les personnages s'enchantent de l'autre côté. Rien n'y est pareil, une autre vie peut commencer.

Les Centuries, Thomas Traherne

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Novembre 2011. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Iles britanniques, Arfuyen

Les Centuries, Editions Arfuyen, septembre 2011, trad. de l'anglais par Magali Julien. 17€ . Ecrivain(s): Thomas Traherne Edition: Arfuyen

Peut-on attirer l'attention des lecteurs sur une oeuvre remarquable du répertoire anglo-saxon, et qui ne concerne pas, à notre sens, que les lecteurs de littérature mystique. Regardons si vous le voulez le livre que publie Arfuyen dans sa très belle collection Ombre. Il s'agit, en vérité, d'une prose rare et qui fut d'accès difficile longtemps, y compris dans sa langue maternelle (on reconnaît là le talent de Gérard Pfister, le fondateur des cahiers d'Arfuyen, qui scrute avec une lucidité sans pareille les textes de cette espèce). Ainsi le public francophone peut goûter à un texte très original de Thomas Traherne, mystique gallois du XVIIème siècle traduit ici par Magali Jullien et présenté par Jean Mambrino.

Les Centuries, livre extraordinaire des années seize cents au pays de Galles, passent notre nouveau siècle avec une vigueur incomparable, comme celle que provoquent parfois l'altitude, ou les grandes joies imaginées des jardins suspendus, des sommets. C'est donc avec ce programme que nous appellerons "holderlinien", que ce poème touche à l'excellence et au vital. On pourrait même aventurer l'idée hardie que ces strophes préfigurent, dans sa conception de la déité, le Grand Horloger des Lumières, tant tout y paraît brillant, organisé, presque rationnel.

La Soeur, Sándor Márai

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 19 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Albin Michel

La sœur (A Nover), traduit du hongrois par Catherine Fay, 310 p. 20 € (1946) . Ecrivain(s): Sandor Marai Edition: Albin Michel


La sœur est un modèle de construction, un Psychose avant l’heure en termes de mécanique. Où le héros n’est pas forcément celui que l’on croit. Tout du moins, celui que l’on suit pendant toute la première partie du livre disparaît tout à coup. Il laisse la place à l’un des personnages secondaires et un nouveau livre commence. Comme si La sœur était composé de deux livres en un seul, deux longues nouvelles qui se chevauchent et qui se répondent. Ou plutôt où la deuxième mange littéralement la première.

C’est le quatrième Noël de la seconde guerre mondiale et le narrateur, un écrivain, est parti passer quelques jours dans une auberge, située au sommet d’une montagne de Transylvanie. Bientôt, le temps se détraque, il se « calque sur la guerre ». Tous les occupants de l’auberge se retrouvent acculés dans l’auberge, pris au piège, comme mis « en quarantaine ». Car le lieu n’est plus franchement hospitalier. Il est humide et il sent le graillon. Pour ne rien arranger, le narrateur se retrouve en compagnie de gens avec lesquels il n’a pas envie d’échanger plus de trois mots. Sauf un : Z. Grand musicien, il est devenu « l’ombre de l’être triomphant et légendaire » qu’il a été.

Candor, Pam Bachorz

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 18 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Thierry Magnier, Jeunesse

Candor, traduit de l’anglais (USA) par Valérie Dayre, 2011, 383 p. 17 € . Ecrivain(s): Pam Bachorz Edition: Thierry Magnier

 

Candor est une cité de rêve. Tout s’y passe à merveille : pas de crime, pas de débordement, du luxe et de l’ordre. On y vit entre soi, entre personnes partageant les mêmes valeurs et les mêmes désirs. Les jeunes, en particulier, s’avèrent exemplaires : élèves parfaits, futurs citoyens modèles, investis dans toutes les tâches de la communauté, satisfaisant toutes les demandes de leurs parents.

Dans cette ville trop calme où jamais rien ne vient étonner, brusquer, choquer les habitants, résonne en permanence une douce musique. Elle joue dans les rues, dans les bâtiments. Elle est tellement familière qu’on ne la remarque plus. Or, la musique constitue le secret de cette cité magique. Emplie de messages subliminaux, elle formate les enfants des citoyens, à la demande de ces derniers, puisque l’entrée dans ce paradis entièrement sous surveillance leur a coûté fort cher. « Gardons toujours une distance respectueuse ». « La politesse avant toute chose ». « Candor est notre havre de paix ».