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Les Livres

Des impatientes, Sylvain Pattieu

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 09 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, La Brune (Le Rouergue)

Des impatientes, Août 2012, 250 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Sylvain Pattieu Edition: La Brune (Le Rouergue)

« Elles ont poussé entre les murs, n’importe comment, herbes folles sans tuteurs, et elles se sont frayé un passage, le corps dans l’ombre, la tête tournée vers le soleil »… impatiences ? ces fleurs modestes, poussant partout, peu exigeantes en soins, gratifiantes, au bout du compte sur nos terrasses estivales, ou, impatientes ? ces filles de banlieue, là-bas, bien aussi loin que l’Équateur, de l’autre côté du périphérique.

Ce n’est pas que le sujet – jeunes issus de l’émigration ; lycée mosaïque, centre commercial au pied des barres, ou, plus chic, au cœur de Paris – soit original, ni en version documentaire, ni en version fiction ; le genre, si réussi, Entre les murs, s’étant reproduit chez nos libraires. Mais ce livre-ci apporte à la collection quelque chose d’à part ; un angle d’attaque, un rythme au dynamisme nouveau, du frais – un peu acide particulièrement réussi pour un premier roman.

L’auteur s’y connaît ; professeur de terrain, puis de faculté, expert en sociologie. Il aurait probablement pu faire 2 ou 3 mémoires sur le sujet ; il a choisi le roman ; on imagine qu’autour de lui, plus d’un a dû trouver ça « culotté »…

Deux filles pour gouvernail de cet étrange bateau, pour un voyage plus dépaysant que toutes vos vacances réunies.

La dernière nuit de Claude Eatherly, Marc Durin-Valois

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 08 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Plon

La dernière nuit de Claude Eatherly, août 2012, 344 p. 21 € . Ecrivain(s): Marc Durin-Valois Edition: Plon

Une étrange fascination. Quand la reporter-photographe Rose Martha Calther rencontre Claude Eatherly, dans l’antichambre d’un tribunal, au Texas, en 1949, elle ne se doute pas encore qu’elle nouera une relation des plus ambigües avec lui pendant près d’une trentaine d’années.

L’homme a été arrêté pour conduite en état d’ébriété. Il sera vite relâché. Pour la jeune et jolie photographe, ce Claude Eatherly, même s’il est très séduisant, n’est finalement qu’un autre de ces faits divers auxquels elle est cantonnée depuis le début de sa carrière. Sauf que…

A la sortie du tribunal, un homme vient lui raconter l’histoire de Claude Eatherly. Il travaille actuellement comme gérant de station-service, mais, pendant la seconde guerre, il a participé à la mission Hiroshima. Plus précisément, il a ouvert la voie à l’Enola Gay, qui avait lâché la première bombe atomique de l’histoire.

Eatherley a survolé le site en éclaireur pour s’assurer que les conditions étaient réunies pour procéder au largage de la bombe. Ou pas. C’était donc à lui qu’incombait la décision de larguer la bombe. Et il ne s’en remet pas.

« Il avait la conviction d’avoir endossé la responsabilité morale du premier massacre atomique de l’histoire ».

Les lisières, Olivier Adam

Ecrit par Alexandre Muller , le Vendredi, 07 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Flammarion, La rentrée littéraire

Les lisières, 22 Août 2012, 464 p. 21 € . Ecrivain(s): Olivier Adam Edition: Flammarion

 

Paul est un être périphérique, incapable de se placer au centre de son existence, toujours à ses lisières. Ecrivain, sujet à une Maladie sans nom, sorte de mélange de dépression et d'alcoolisme, il traverse une période particulièrement difficile. Sa femme vient de le quitter, ses deux enfants (Manon et Clément) sont restés vivre avec elle et sa mère est à l’hôpital. Il doit retourner à V. à la périphérie de Paris, dans cette petite banlieue où il a passé la majeure partie de son enfance. Une banlieue ni bourgeoise, ni pauvre, où il a laissé ses mauvais souvenirs de jeunesse. Des souvenirs ? Pas tant que cela, puisque Paul n’a gardé de son enfance que très peu d’images. V. lui inspire une amertume, un malaise. A V. il ne se sent pas chez lui, alors qu’y sont ses seules racines. Mais V. n’a pas vraiment d’identité, alors comment se sentir de venir d’ici ?

A l’hôpital sa mère ne le reconnaît qu’un coup sur deux. Son père et son frère s’obstinent à nier une évidence. Se sont les médicaments qui lui font perdre la mémoire, ce n’est rien. Et toujours, les rapports conflictuels avec ce père qui ne cesse de lui reprocher ce qu’il est et son frère qui le prend de haut. Tout les oppose, le fils modèle, le père sévère et lui.

L'Ile des oubliés, Victoria Hislop

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 06 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Les Escales

L’Ile des oubliés, trad. anglais par Alice Delarbre (The Island), mai 2012, 432 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Victoria Hislop Edition: Les Escales

 

Spinalonga, une île oubliée au large de Plaka, en Crète. Spinalonga, l’île des lépreux, emportant dans ses ruines les mystères du passé. Là où l’on pourrait attendre un récit historique sur ce lieu maudit où l’on parqua les lépreux à partir du début du XXe siècle, on rencontre une saga, certes sur une trame de fond véridique, mais une saga à la saveur très vite fade, malgré les nombreux atouts de l’intrigue.

Le récit s’amorce avec le retour d’Alexis sur la terre natale de sa mère Sophia, partie vivre en Angleterre. Fotini, l’amie d’enfance de cette dernière, révélera à Alexis les ombres et les secrets de son passé familial. Notons que ce personnage, témoin privilégié certes, a tout d’un narrateur omniscient, ce qui contrevient quelque peu au choix initial. Bref, on remonte dans le passé, à l’époque d’un bonheur sans faille. Eleni, l’arrière-grand-mère d’Alexis, contracte la lèpre et se voit contrainte d’abandonner son mari Giorgis et ses deux filles, Maria et Anna. A Spinalonga, les visions d’un infernal Purgatoire s’évanouissent face à un microcosme organisé et plein d’espoir. Le village ressemble à tous les villages grecs traditionnels et, parmi les victimes de la maladie, beaucoup n’en ont aucune manifestation physique visible. Eleni s’adapte à cette nouvelle vie, ponctuée par les visites de son mari qui conduit les visiteurs sur l’île, à bord de sa barque et par les amitiés qui se lient.

Du toucher, essai sur Guyotat, Antoine Boute

Ecrit par Sophie Galabru , le Mercredi, 05 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, publie.net

Du toucher, essai sur Guyotat, 3,49 € . Ecrivain(s): Antoine Boute Edition: publie.net

 

Si Antoine Boute est un écrivain et poète dont la pratique repose sur l’exploration des formes de langage, de ses détournements, de sa sonorité et ses rythmes, il n’est pas étonnant alors qu’il se soit consacré à faire parler la langue de Pierre Guyotat. Langue parlée-écrite, expérimentant ses limites, refusant sa simple fonction de représentation du réel ou de communication d’un sens ; chez Guyotat on peut bien dire que la langue ne parle pas de quelque chose, mais que quelque chose parle en elle. Cette écriture au lieu de figurer défigure, ne livrant aucun un sens, car en réalité elle se préoccupe des sens, et essentiellement de celui du tact. D’ailleurs, dans cet essai, Antoine Boute ne veut s’intéresser à l’écriture de Guyotat que sous la perspective d’une écriture qui refuse toute forme ou tout esprit pour être pure matière, pur toucher.

Si vous n’avez pas lu Guyotat, l’ouvrage en offre une introduction qui sait mêler évènements biographiques et conséquences littéraires. Hanté par la présence de la guerre, de l’esclavage prostitutionnel et du viol durant la guerre d’Algérie à laquelle il fut appelé, Pierre Guyotat ne cessa d’élaborer un langage nouveau en rupture avec les traditions, détourné de sa faculté représentative, bref un langage prostitutionnel et corporel.