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Les Livres

Presse-People, Carl Hiaasen

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 13 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman

Presse-People (Star Island, 2010), Éditions Des Deux Terres, mai 2012, traduit de l’anglais (USA) par Yves Sarda, 392 p. 20 € . Ecrivain(s): Carl Hiaasen

 

On se demandait, depuis que Denoël avait cessé de publier Carl Hiaasen, si un éditeur français allait finalement reprendre la publication de ses romans. C’est finalement le cas des Éditions des Deux Terres qui non seulement sortent un nouveau livre de l’auteur floridien, mais en profitent aussi pour rééditer Cousu Main, roman de 1989 quasiment introuvable aujourd’hui. Une publication simultanée qui a toute sa raison d’être puisque Cousu Main et Presse-People ont en commun d’accueillir Blondell Wayne Tatum, dit Chimio, tueur psychopathe défiguré doté d’un taille-gazon à la place de son avant-bras amputé par un barracuda amateur de montres.

C’est donc sans surprise que l’on se trouve une nouvelle fois projeté dans une aventure délirante au cœur d’une Floride envahie de promoteurs véreux et de politiciens corrompus et protégée par Skink, ancien gouverneur probe exilé dans les Everglades d’où, entre deux passages sur la route pour récupérer les animaux écrasés qui lui serviront de repas, il pourchasse les parasites qui entendent aggraver encore l’emprise des touristes et des programmes immobiliers sur les quelques terres sauvages encore épargnées.

L'exactitude des songes, Denis Grozdanovitch

Ecrit par Olivier Verdun , le Vendredi, 13 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts, Le Rouergue

L’exactitude des songes, textes et photographies de Denis Grozdanovitch, 2012, 128 p. 22 € . Ecrivain(s): Denis Grozdanovitch Edition: Le Rouergue

 

« La vision photographique se distingue par une aptitude singulière à découvrir de la beauté dans tout ce que l’on peut apercevoir mais que l’on néglige habituellement comme offrant un aspect trop ordinaire » (Susan Sontag, Sur la photographie).

 

Le titre du dernier opus de Denis Grozdanovitch, L’exactitude des songes, paru en janvier 2012 aux Éditions du Rouergue, a la beauté mélancolique des oxymores, des vieilles photos sépia, des murs lézardés, des amitiés burinées par le temps.

L’auteur publie ici des photographies prises de 1978 à aujourd’hui, accompagnées de textes courts, empreints d’une lenteur contemplative, tant il s’agit de cueillir, au cœur des choses, la poésie latente qui y gît. – Écrire avec la lumière, sur une plage temporelle de plus de trente ans, impressions fugitives, visions, enthousiasmes, comme pour les ressusciter, puisque, nous le rappelle Denis Grozdanovitch en une manière d’hommage à Marcel Proust, « on ne vit réellement sa vie qu’après coup ».

Une étrange histoire d'amour, Luigi Guarnieri

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Italie

Une étrange histoire d’amour. trad. italien Marguerite Pozzoli. mai 2012. 220 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Luigi Guarnieri Edition: Actes Sud

Si vous aimez les vents et marées du grand romantisme, voici un roman, de haute tenue, qui va vous embarquer loin des bonaces !

Le thème pourrait tromper cependant. Les trois héros de cette histoire forment un très classique trio amoureux. Un couple marié, un jeune amant éperdu d’amour pour l’épouse. Mais quand vous saurez les noms des protagonistes vous commencerez à vous douter de la vague tumultueuse qui va s’écraser. Le jeune homme s’appelle Johannes Brahms. Le couple c’est Robert et Clara Schumann !

Le jeune « Hannes », éperdu – tout d’abord – d’admiration pour son maître spirituel, se présente un jour de septembre 1853 au domicile des Schumann. S’en suivra une relation passionnelle incandescente et – nous sommes en pleine époque romantique – destructrice. Maître/élève d’abord, avec les oscillations consubstantielles inscrites dans ce couple de forces : admiration, respect, amour « paternel » et « filial », jalousies, haine. Un déferlement ravageur, qui va emmener les deux hommes dans ses eaux tumultueuses. Et puis, bien sûr, l’amour foudroyant du jeune Johannes pour la belle, l’intelligente, la « royale » Clara Schumann. Elle est alors la pianiste la plus connue dans le monde, adulée, ovationnée, demandée partout et par tous !

Le dernier roi des juifs, Jean-Claude Lattès

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 11 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Roman, Julliard

Le dernier roi des juifs, Editions Nil, mars 2012, 305 p. avec les annexes (historique, chronologie, carte), 20 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Lattès Edition: Julliard

Le livre ne s’annonce, ni comme un essai, ni comme une recherche historique, ni comme un roman. Au lecteur de décider, ou – c’est probable – de ne pas trancher ; les 3 facettes conviennent parfaitement et font l’originalité et la richesse de cet ouvrage.

Le dernier roi des juifs est tout à la fois ; chacun y puisera des savoirs, un dépaysement, une réflexion sur le monde, à travers la vie classiquement déroulée dans son champ chronologique, de ce Marcus Julius Agrippa, élevé dans les ors romains, proche des plus puissants, descendant d’Hérode, devenu, sur le tard, roi de Palestine et des Juifs de la Diaspora.

Un voyage imaginaire, d’abord, plein de sons, de visions – « au pays de… » ; magnifique film (pas un mauvais péplum) d’où l’on sort, réjoui, réchauffé de la lumière du Palatin, éclaboussé de traversées en galère, avec en bouche, des goûts (« fin du fin, le loir et les tétons de truie nappés de garum »), fasciné par l’arrivée devant Tibériade, frissonnant de  peur dans Alexandrie en proie au pogrom – le premier de toute l’Histoire… émotions, affects, déchaînement des passions dignes des Atrides (et, pas moins de Racine ; on croise Bérénice) ; personnages forts, tous historiques, mais que JC Lattès façonne, manipule, construit en toute liberté ; pas de doutes, on a avec ce livre le « la » du bon roman ; trame, conventions, rythme !

Dénommé Gospodin, Philipp Löhle

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 11 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Théâtre

Dénommé Gospodin, (traduction All. Ruth Orthman), bilingue Presses Universitaires du Mirail, 2010, 151 p. 13 € . Ecrivain(s): Philipp Löhle

Pièce présentée au festival d’Avignon en 2011 et reprise au théâtre des Ateliers à Lyon en avril 2013. Mise en scène de Benoît Lambert.

 

La pièce de Löhle, aux accents beckettiens, créée à Bochum en 2007 au théâtre unter Tage/ Schauspielhaus, est bel et bien un texte de théâtre. Au seuil du texte, Sie (elle) parle d’un homme à l’abandon du monde : Tja, seine… Welt stand Kopf / Ouais son… monde est sens dessus dessous. Succession de monologues à la manière du chœur antique, portés tantôt par une voix féminine, tantôt par une voix masculine ; dialogues-scènes au nombre de treize que les noirs séparent. Tout se construit autour du drôle de gars qu’est Gospodin (Monsieur en russe) et à qui Greenpeace (« une organisation merdique ») a enlevé son cher lama. Il croise tour à tour des amis, des gens de sa famille qui ne le comprennent pas, et qui eux, s’inscrivent dans la logique sociale de notre époque : Anette, sa petite amie, Andi, le pilote, Norbert l’artiste, Sylvia la bobo… Aux yeux de Gospodin, ils incarnent ce qu’il appelle les petits-bourgeois « die Spiesser ». Ils cherchent à persuader Gospodin à rentrer dans le rang, parfois avec des arrière-pensées cupides mais en vain. Gospodin alors se réfugie dans le sommeil ou le silence.