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Les Livres

Michel Foucault, Un très beau feu d’artifice, Revue Critique n°835

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 07 Février 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Revues, Les éditions de Minuit

Michel Foucault, Un très beau feu d’artifice, Revue Critique n°835, décembre 2016, 11,50 € Edition: Les éditions de Minuit

 

Michel Foucault à la croisée

Pour un lecteur qui n’a que l’intelligence de deux ou trois livres de Michel Foucault, il est évidemment d’un intérêt supérieur de parcourir le numéro de décembre dernier de la Revue Critique, qui se consacre encore une fois au philosophe, lui qui a rayonné dans le monde, et qui a ouvert des voix de recherches dans le monde des idées. Cette œuvre d’ailleurs n’est pas encore totalement défrichée, sachant qu’il reste des milliers de pages manuscrites, ce qui laisse entendre le travail bibliographique ou génétique qu’il reste à accomplir (même si M. Foucault ne voulait pas de publications posthumes, et a interrogé la question de l’auteur avec virulence). Ainsi, pour ce lecteur dont je parle, le statut même de philosophe est tendancieux, car on voit également chez Foucault un homme de lettres à la croisée de l’histoire, de la phénoménologie, de la sémantique et du structuralisme, et aussi un écrivain tout simplement. Ce n’est d’ailleurs qu’un aspect de la livraison de Critique, dans la mesure où elle colle avec une certaine actualité, celle du passage de l’œuvre de Foucault dans la Bibliothèque de la Pléiade.

La Porte de la mer, Youcef Zirem

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 07 Février 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

La Porte de la mer, éd. Intervalles, juin 2016, 141 pages, 16 € . Ecrivain(s): Youcef Zirem

 

Les miracles de la résilience


A peine entame-t-on la lecture de La porte de la mer, le dernier roman de Youcef Zirem, qu’une onde de choc parcourt notre corps et soulève notre cœur. Le malaise ! L’horreur ! Une scène de violence extrême nous prend à la gorge et masque notre vue. Dans un lieu reculé, loin de la ville et de sa foule terrorisée par la violence qui s’est enracinée dans la vie quotidienne de tout-e un-e chacun-e, une jeune femme est violée par son père ! Quelques années plus tard, Amina, la protagoniste de cette histoire qui nous montre une société sous les feux de la violence, de la répression et de la terreur, raconte : « J’étais presque hypnotisée et ne lui opposai aucune résistance. Il me fit allonger sur l’herbe sèche et se retrouva sur moi. Au bout de quelques minutes, Il poussa un affreux cri de jouissance et je sentis couler le sang dégagé par mon hymen ».

Jours obscurs, Jean-Claude Pirotte

Ecrit par Philippe Leuckx , le Samedi, 04 Février 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Le Cherche-Midi

Jours obscurs, janvier 2017, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Pirotte Edition: Le Cherche-Midi

 

 

Le dernier volume de poésies de Pirotte est un livre copieux, rassemblant près de cent quatre-vingts poèmes, versifiés, souvent rimés, classiques par certains côtés, très libres d’inspiration. Huitains, dizains, douzains, dans une belle alternance, souvent en hommage ou en écho de poètes aimés (Perros, Follain, Supervielle, Venaille, Lubin…).

Écrits pour la plupart en 2011, à la période des déménagements (La Panne, Beurnevésin), ces poèmes s’immiscent dans les terroirs chers au poète : l’enfance, le village, la mère, les rues de bleds paumés, coupés du monde, les rites du soir, les livres chéris.

Certains, ouvertement, se rattachent à l’école de Follain et aux descriptions insolites de la quotidienneté :

Paris poème bleu, Rocío Durán-Barba

Ecrit par France Burghelle Rey , le Samedi, 04 Février 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Paris poème bleu, éditions La Porte . Ecrivain(s): Rocío Durán-Barba

 

Le recueil de Rocío Durán-Barba, dédié à sa mère et illustré par elle-même de belles encres parisiennes, mérite grandement une relecture régulière.

Dès les premières pages, énergie et enthousiasme que manifeste une accumulation de riches adjectifs et substantifs emportent l’adhésion du lecteur qui vibre déjà à cette première chute : « Je n’étais pas devant la Ville / J’étais dedans ».

Métaphore du destin, à la fois fixe et mobile, le lieu est à explorer : « J’inventai un domicile ». Le temps aussi dans les bruits du jour et de la nuit : « Je cherchais des réponses ».

Le récit poétique avance, ponctué par les passés-simples, marqué dans sa durée par les imparfaits. Avec une vivacité dont rend compte la liberté de la versification : strophes longues ou courtes, alexandrins ou vers brefs. L’amour de la vie s’y manifeste, toutes les formes d’art sont évoquées au moyen de nombreux verbes d’action et au milieu de « La Ville géante », des beautés de sa nature : « L’avis de l’oiseau du petit matin », de ses foules : « millions de souliers pressés ».

Ivanhoé, Walter Scott

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 03 Février 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

Ivanhoé, avril 2016, trad. anglais Henry Suhamy, 880 pages, 8,70 € . Ecrivain(s): Walter Scott Edition: Folio (Gallimard)

 

Dans un texte qui ne cesse de remuer les neurones du lecteur amateur (au sens premier, celui qui aime), Calvino posait la question cruciale : pourquoi lire les classiques ? Sa réponse finale est satisfaisante : pour le plaisir de les avoir lus. Mais franchement, pourquoi se taper les huit cents pages d’Ivanhoé (1819), le neuvième roman de Walter Scott (1771-1832) alors qu’il suffit de regarder les cent quarante minutes de Robin des Bois, d’un autre Scott (Ridley de son prénom), pour avoir grosso modo la même histoire ? Car après tout, on la connaît par cœur, l’histoire de Richard Cœur de Lion qui revient de Palestine pour détrôner son félon de frère, ce Jean qu’une enfance passée sous influence disneyienne incitera à tout jamais à voir sous les traits d’un lion aussi malingre que sournois sous sa couronne trop richement ornée pour être honnête, et ce avec l’aide d’un Robin des Bois que Kevin Costner dans une autre adaptation n’interprétait pas trop mal, à la réflexion. D’autant que, finalement, ce roman intitulé Ivanhoé raconte une histoire qui se déroule pour l’essentiel sans son personnage principal, puisque celui-ci est blessé quasi à sa première apparition et reste allongé durant plus de cinq cents pages. Bref, aussi classique qu’il soit, la question se pose : pourquoi lire Ivanhoé en 2016 alors qu’on sait depuis longtemps que les usurpateurs sont au pouvoir et que, comme chantait le groupe anglais Housemartins sur Flag Day, « too many Florence Nightingale, not enough Robin Hoods » ?