Identification

Les Livres

Chacun porte une chambre en soi, Franz Kafka

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Récits, publie.net

Chacun porte une chambre en soi. La chambre d'écriture de Franz Kafka, 56 récits brefs. Nouvelle traduction par Laurent Margantin. Préface de François Bon. 2,99 € . Ecrivain(s): Franz Kafka Edition: publie.net

 

publie.net publie des récits, récifs, de Kafka. Et ces récifs sont aussi bien amers,repères pour marins avertis, autant de nouveaux pôles d'orientation dans l'oeuvre mineure et monumentale de Kafka. La coopérative d'édition braque son microscope à effet tunnel, via la traduction magistrale et fidèle, sur des atomes ( à quand les éons?) déclinés et pondus par un des pionniers de l'écriture contemporaine (aux côtés de Joyce et de Musil, de Roussel et de Fante ). Inutile de parler de K. Il s'en tape. Et pas tant que ça.

 

Focale minime sur le process.

Bouger quelques atomes de K aujourd'hui provoque un petit champ (écolo) électrique. Les lectrices et les lecteurs authentiques risquent de se voir emportés par son arc. Ainsi projetés, nous devenons les égarés retrouvés, nous et pas nous, purs devenirs, sources d'énergie en tous les K.

L'histoire cachée du nihilisme, Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

Ecrit par Yannis Constantinidès , le Lundi, 20 Février 2012. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

L’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche, La Fabrique éditions, 2008, 310 p. 18 € . Ecrivain(s): Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

 

Le titre de l’ouvrage est prometteur : il fallait en effet une synthèse sur la notion profondément ambiguë de nihilisme, qui connaît de grandes variations de sens au cours de sa brève histoire. Le lecteur s’attend donc à voir dévoilée cette « histoire cachée » (la formule est de Nietzsche, le « premier parfait nihiliste de l’Europe » (1)). Mais la promesse n’est qu’à moitié tenue, parce qu’il n’y s’agit pas réellement, ou seulement, de faire le récit philosophique des transformations de cette notion équivoque à partir de sa première formulation par l’étrange révolutionnaire Anacharsis Cloots (2). Toute la seconde partie de l’ouvrage, mal raccordée à la première, porte essentiellement sur Heidegger et Nietzsche (ce qui explique sans doute la curieuse inversion chronologique dans le sous-titre) et s’apparente plus à un pamphlet anti-heideggérien qu’à une étude rigoureuse de leurs rapports. D’où, à l’arrivée, un assemblage hybride, aussi trouble que son sujet.

Le livre se divise en deux « partitions », la première composée par Michèle Cohen-Halimi (MCH) et la seconde par Jean-Pierre Faye (JPF), celui-ci signant le prologue et celle-là l’épilogue, dans un esprit de parfaite parité.

Une irrépressible et coupable passion, Ron Hansen

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 19 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Buchet-Chastel

Une irrépressible et coupable passion. Janvier 2012. Trad. anglais (USA) Vincent Hugon. 347 p. 21 € . Ecrivain(s): Ron Hansen Edition: Buchet-Chastel

On nous refait le coup du « Facteur » ? Encore ? Après Cain, Billy Wilder, Tay Garnett, Bob Rafelson, récemment Indridason (Betty) et combien de centaines d’autres ? Eh bien oui. Définitivement, Ron Hansen nous le refait !

On peut légitimement penser à quoi bon, que dire de nouveau, peut-on exploiter encore cette histoire usée jusqu’à la corde ? Si on se pose toutes ces questions avant lecture – et on se les pose – après lecture on ne se demande plus qu’une chose : qui et comment osera recommencer un jour ? Parce que ce livre repose sur un regard radicalement nouveau de l’histoire célébrissime du « Facteur sonne toujours deux fois » et, dans ce « radicalement » entendez bien d’une manière définitive.

Ron Hansen a choisi, pour renouveler l’histoire, de revenir simplement à l’affaire originelle ! En 1927, un couple d’amants, Ruth Snyder et Judd Gray, assassine Albert Snyder, l’époux de Ruth, dans son lit. Immédiatement soupçonnés du meurtre, les deux avouent très vite, sont jugés, condamnés à mort et exécutés en 1928.

La veuve enceinte, les dessous de l'histoire, Martin Amis

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 19 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Gallimard

La veuve enceinte, Les dessous de l’histoire (The Pregnant Widow), trad. de l’anglais (R.U.) par Bernard Hoepffner, Gallimard, Janvier 2012, 540 p. 27 € . Ecrivain(s): Martin Amis Edition: Gallimard

A réserver aux amateurs. Avec La veuve enceinte, Martin Amis fait du Martin Amis. Il y a là tout ce pour quoi ceux qui l’aiment, l’aiment. Mais aussi tout ce qui peut aussi les exaspérer. Alors, quant aux autres, qui ne connaissent pas l’auteur ou veulent le découvrir… Mais qu’importent les autres !

Martin Amis pousse cependant cette fois-ci le bouchon un (petit) peu trop loin et tombe ainsi (presque) dans une caricature de lui-même. Pour le meilleur, mais pas seulement. La veuve enceinte tire un peu trop à la ligne, frise parfois la complaisance. Les dialogues abondent et auraient gagné à être raccourcis, tout comme le livre, globalement. Mais pour les fans, il y a toujours cette verve satiriste, cet humour dévastateur qui fait mouche. Des situations décalées, des phrases percutantes, et une lucidité superbement cruelle.

Le personnage principal s’appelle Keith Nearing.

Keith… voilà un prénom qui fait jubiler tout admirateur qui se respecte de l’écrivain anglais. Un prénom qui ne peut qu’évoquer cet autre Keith, ce sublime salopard joueur de fléchettes de Keith Talent, le héros de London Fields, l’un des plus grands (si ce n’est le plus grand ?) roman amisien, l’un des monuments de la littérature contemporaine.

Revolver, Marcus Sedgwick

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 18 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Thierry Magnier

Revolver, trad. de l'anglais (R.U.) par Valérie Dayre, janvier 2012, 204 p. 11,20 € . Ecrivain(s): Marcus Sedgwick Edition: Thierry Magnier

Ce court roman nous projette au début du XXème siècle aux confins du cercle arctique. Référence à Jack London assumée : en ces terres reculées, on trime, avec juste ce peu d’espoir dans le cœur nécessaire à la survie et une arme à portée de main, au cas où. Dans une cabane perdue, Sig veille le corps de son père, Einar Andersson, mort de froid aux abords du lac gelé. Il attend de l’aide. Sa sœur et sa jeune belle-mère sont parties pour cela à la ville. Les rudes conditions du voyage n’explique pas le décès aux yeux de Sig : « pourquoi Einar était-il revenu par le chemin le plus court et le plus dangereux », lui qui connaissait le terrain par cœur ?


La question restera en suspens en raison d’un événement inattendu. Un inconnu survient, s’installe, « telle une menace, lourde, sinistre et non identifiable ». Cet homme à l’allure d’ours, réclame l’argent que lui devait le père de Sig. Or, cet argent, Sig n’en jamais entendu parler ni vu la couleur. Sa famille survit dans un dénuement extrême. Mais Gunther Wolff ne veut rien savoir : il prétend qu’Einar lui a dérobé sa légitime part d’un magot, de l’or subtilement dérobé. Car Einar était essayeur en Alaska, chargé de tester l’or amené par les prospecteurs.