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Les Livres

La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 29 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La chambre à remonter le temps. 380 pages, 22 €. Septembre 2011 . Ecrivain(s): Benjamin Berton Edition: Gallimard

En voilà un livre étrange qui mêle avec brio hyper réalisme et science-fiction.

Le narrateur, Benjamin Berton lui-même, (d’ailleurs, le bandeau du livre indique qu’il s’agit d’une « histoire vraie ») s’installe avec sa femme, Céline, et sa fille, Ana, dans une nouvelle maison au Mans. Tout commence sous les meilleurs auspices. La vie prend le tour d’un rêve.

Mais le rêve devient peu à peu bien morne, cède la place à l’ennui. Chaque jour semble le jumeau du précédent, rien ne se passe, tout est tout le temps pareil. Le boulot. Les transports. Les semaines passent en attendant les week-ends.

Il y a bien les voisins qui sortent quelque cette vie de la torpeur. Benjamin se retrouve à former une sorte de milice, loin de toutes ses convictions, pour faire des rondes la nuit et alpaguer d’éventuels délinquants, comme un taggueur qui parsème quelques murs de ses signatures colorées. Mais Le Mans n’est pas exactement le Bronx…

Et pendant ce temps là, ses rapports avec Céline se détériorent.

Coplas por la muerte de su padre de Jorge Manrique, Michel Host

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 28 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Espagne, Editions de l'Atlantique

présentation et traduction de Coplas por la muerte de su padre de Jorge Manrique, 14 €, 40 p. . Ecrivain(s): Michel Host, Jorge Manrique Edition: Editions de l'Atlantique

L’humaniste Michel Host, le subtil et discret, nous offre une magistrale traduction de Jorge Manrique. Il ravive ainsi un chef-d’œuvre de la littérature espagnole, et mondiale, parmi les plus cités et les plus proverbiales.

Le destin des apophtegmes s’origine souvent dans la mise en abîme de l’auteur. Plus l’œuvre grandit, plus l’homme diminue. Aussi, bien des chefs-d’œuvre rendent les hommes plus humains.

Dans le sillon de Homère et de Virgile, de Lucrèce même (un vrai Lucrèce où les divinités sont loin), Manrique tutoie cet universel touché par Rutebeuf et Villon.

(XXXVIII)

« Vouloir un homme vivre

quand Dieu désire qu’il meure

c’est folie ».

Le droit chemin, David Homel

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 28 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Actes Sud

Le droit chemin, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Voillot, Mars 2011. 404 pages, 23 €. . Ecrivain(s): David Homel Edition: Actes Sud

 

Montréal aujourd’hui. L’universitaire Ben Allan est en pleine crise de la cinquantaine. Il vient de gagner un prix pour une étude confidentielle consacrée à la dromomanie ou besoin de fuite, de prendre la route d’une catégorie d’hystériques au masculin. Son fils Tony le met en déroute malgré ses tentatives pour nouer le contact via la télévision. Sa femme Laura semble s’échapper et ne le comprend pas. C’est pourtant avec elle qu’il veut entamer une liaison et non avec cette jeune chargée de communication de la faculté, Carla McWatts qui le poursuit de son charme vénéneux. Mais la tentation ne le quitte pas et ce désir non assouvi est l’une des surprises et des réussites du livre.

Pour tenter de démêler cet écheveau inextricable qu’est devenue sa vie, Ben s’occupe de son père, un personnage haut en couleurs. « – Un jour, tu me remercieras de t’avoir donné une enfance malheureuse, promit-il à son fils. Ça te fera un sujet de livre ». Le vieux Morris est un juif de Chicago irascible, libidineux, transplanté au Québec pour entrer dans une maison de retraite où il sème la pagaille. Sa tirade lancée à un groupe de Juifs hassidim est un morceau d’anthologie. Ce personnage se révèle exceptionnel de cruauté, de drôlerie et de bon sens.

Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 27 Septembre 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Zulma

Murambi, le Livre des ossements, avril 2011, 269 pages, 18 €, réédition 11 ans après la sortie du livre, assorti d’une postface. . Ecrivain(s): Boubacar Boris Diop Edition: Zulma

 

Et puis, il y a ce livre là…

Rwanda des grands lacs de sang – on connaît tous : génocide, Hutu, Tutsi, machettes, images, récits, souvenirs – 1994, cadavres basculés par le lac Victoria au pays voisin des safari de lumière… débats ; rôle des occidentaux, la main sur le cœur – la France, notamment ; le passé qui ne passe pas, une fois de plus ; silence assourdissant du monde : « la coupe du monde de foot allait bientôt débuter aux États-Unis, rien d’autre n’intéressait la planète… la même vieille histoire de nègres en train de se taper dessus »… On en a lu des livres et, des beaux – pensons à Dans le nu de la vie et Une saison de machettes de Jean Harzfeld ; on en a entendu des témoignages qui laissent sans voix…

Mais il y a ce livre là… des pages serrées, millimétrées, tressées de phrases sèches qui disent tout : « sur cette rivière, le Nyabarongo, on a dénombré pendant le génocide jusqu’à 40.000 cadavres en train de flotter en même temps. On ne pouvait même plus voir l’eau… ».

Barroco tropical, José Eduardo Agualusa

Ecrit par Pierre Barbier , le Mardi, 27 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue portugaise, Métailié, La rentrée littéraire

Barroco tropical, traduit du portugais (Angola) par Geneviève Leibrich, 276 pages, 19 € . Ecrivain(s): José Eduardo Agualusa Edition: Métailié


Du baroque, Agualusa semble retenir au moins le « maniérisme », c’est à dire l’usage exacerbé d’artifices. Barroco tropical est un vrai feu d’artifices. On ne sait plus où donner de la tête et des yeux tant la désorientation (organisée) fait littéralement imploser le lecteur.

Serait-ce une des singularités des Tropiques ? L’auteur nous la fait partager en tout cas. Et ce Tropique, baroque, n’est pas triste.

Imaginez, une femme tombe du ciel (ça n’arrive pas tous les jours), votre maitresse vous quitte (ça arrive plus souvent, surtout quand il s’agit d’une maitresse), et, du coup (tropisme du pli et du dépli ?) le narrateur décide (ou ne décide pas, c’est sans doute un destin) de chercher, quêter, enquêter…

Dès lors les phénomènes deviennent phénoménaux – sans blague.

Et les personnages, bien campés et concrets, défilent et déferlent dans des tableaux d’une exposition littéralement explosive.