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Les Livres

Post-punk, no wave, indus & noise ... Philippe Robert

, le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Le Mot et le Reste

Post-punk, no wave, indus & noise, chronologie et chassés croisés, 296 p., 20 € . Ecrivain(s): Philippe Robert Edition: Le Mot et le Reste

Le post-punk : une manière de révolution musicale qui, certes, s’étaie sur la révolte du punk, en perpétue l’esprit do it yourself, mais qui, surtout, l’excède.
En interrogeant la matière sonore même, voire son support : qu’est-ce qu’une chanson ? Qu’est-ce qu’un instrument ? En analysant la pertinence de l’opposition (que réfute Luigi Russolo dans L’Art des bruits) entre son et bruit – le bruit devient alors « une composante possible », prend aussi une dimension politique en tant que rupture avec la musique qui constitue « un énième attribut du pouvoir et un lien de domination de ses sujets ».
D’où une certaine forme de déconstruction (qui n’est pas sans rapport avec l’art abstrait) de la mélodie, puis la quête d’un état pré-harmonique.
Ainsi de la no wave, très arty s’il en est, new-yorkaise d’essence, considérée telle « une exacerbation de ce que le rock contenait jusque-là de sauvagerie ».
Ainsi de la musique industrielle qui produit « un véritable mur de bruit blanc, fait de masses sonores écrasantes au point de ressembler à une sorte de silence paradoxal », peint « des paysages en fusion », invente « des martèlements infernaux allant sans cesse crescendo ».

Eros au pays de la balle jaune, Franck Evrard

Ecrit par Arnaud Genon , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Hermann

L’érotique du tennis, préface de Denis Grozdanovitch, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Franck Evrard Edition: Hermann

Peut-être se souvient-on de la lettre T de L’Abécédaire de Gilles Deleuze où le philosophe conceptualisait brillamment les jeux de Borg et de Mc Enroe. Le suédois, affirmait-il, était le représentant des principes populaires, incarnait le style d’un tennis de masse (lift, fond de court, balle haute) alors que l’américain, autre grand créateur du monde de la balle jaune se faisait le héraut d’une pratique aristocratique car inimitable (art de déposer la balle). Le tennis, selon Deleuze, était donc avant tout un sport dans lequel se posait le « problème du style ».

Même si cette « problématique » est évoquée par Franck Evrard, l’angle d’approche théorique du tennis se situe pour lui ailleurs : dans son érotique1. Alors que ce sport a souvent été  le véhicule de « valeurs hygiéniques et éthiques » (p.15), il choisit de l’appréhender comme « un spectacle sexué qui séduit par sa monstration de corps dénudés, accessoirisés, qui trouble par l’ambiguïté de ses danses sensuelles » (p.17). Mais son analyse ne s’arrête pas là : « Si une érotique du tennis se fonde nécessairement sur les rapprochements réels ou métaphoriques entre Eros (et ses motifs comme l’amour, le désir, le corps ou la séduction) et l’univers du tennis, elle ne peut occulter la dimension littéraire de la fiction et de la représentation » (p.20).

Le dernier stade de la soif, Frederick Exley

Ecrit par Frédéric Saenen , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Le Dernier stade de la soif, Préface de Nick Hornby, 446 p., 23,50 € . Ecrivain(s): Frederick Exley Edition: Monsieur Toussaint Louverture

Par le soin qu’ils apportent à leur travail, certains amoureux du livre ébranlent le préjugé si commun qui consiste à ne voir en l’éditeur qu’un illettré doublé d’un mercanti « vendeur de papier ». Monsieur Toussaint Louverture fait partie de cette noble coterie. Le dernier titre inscrit à son catalogue, déjà riche, offre à tous points de vue un incomparable bonheur de lecture.
Il y a l’objet d’abord, que l’on est surpris de dénicher dans une FNAC, isolé en marge des tables débordantes de jaquettes tapageuses et aguicheuses ; isolé, mais enfin, présent. C’est ce qui s’appelle une trouvaille. La couverture est d’un sobre carton gris foulé, dans lequel les caractères typographiques s’enfoncent de quelques microns, donnant à l’ensemble un troublant effet de relief. Et que dire de ce stupéfiant portrait, composé par la mosaïque des lettres d’un nom énigmatique, comme ressassé à l’envi par la figure contrariée que sa répétition maniaque dessine ?
En dernière page, un achevé d’imprimer, qu’on serait tenté de rebaptiser « colophon » au vu de sa sophistication déférente, nous apprend que « l’ouvrage ne mesure que 140 mm de largeur sur 195 mm de hauteur, et son dos, 23 mm ». « Néanmoins, il est immense » s’empresse d’ajouter son maître d’œuvre. Et il n’est que d’aborder la première page pour volontiers le croire sur parole…

L'honorable société, Dominique Manotti, DOA

, le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Série Noire (Gallimard)

L’honorable société, 329 p., 18 euros . Ecrivain(s): Dominique Manotti, DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

Dominique Manotti œuvre dans le roman noir social où elle instruit, avec réalisme, avec acuité, avec, s’il en est, une manière de mélancolie, l’envers de l’histoire contemporaine : le trafic d’armes (Nos fantastiques années fric), la corruption et le football (kop), la politique sécuritaire (Bien connu des services de police)…
DOA s’impose tant dans le thriller à l’américaine (Citoyens clandestins), auquel toutefois il sait donner un supplément d’âme, que dans le polar (Le serpent aux milles coupures) violent et un rien fajardien.
L’honorable société est leur rencontre.
Sur fond d’écoterrorisme, d’élection présidentielle (où, en effet, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est fortuite…) et autour de l’industrie nucléaire, sont dévoilés de certains dessous : les collusions entre la politique et la finance, d’interlopes services de police et autres barbouzeries, les arrangements entre partis supposément opposés, l’abandon du bien public au profit d’entreprises privées… Soit, donc, la généalogie du pouvoir et des logiques de domination qui, sinon par des complots, passent, disons, par des manipulations et un sens de l’intérêt bien compris.

Modèles réduits, Jacques De Decker

Ecrit par Christopher Gérard , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles

Modèles réduits, Editions de la Muette, 18€. . Ecrivain(s): Jacques De Decker


La lecture de Modèles réduits, de Jacques De Decker, s’apparente à une dégustation de pâtisserie fine. Ce touche-à-tout des Lettres nous propose un recueil de nouvelles, publiées ici ou là (et notamment dans la revue Marginales) où se conjuguent charme, humour et gravité. Nous y suivons Jacques De Decker dans son exploration du Royaume des Belges, contrée étrange, tour à tour attachante et agaçante, aux lisières du ridicule comme aux antipodes du sublime. Qu’il mette en scène le père d’un élu, grabataire (le père, pas le fils qui lui se porte bien) empli d’une ironie féroce pour le « ramassis de politiciens véreux et de démagogues éhontés » que courtise son rejeton ; qu’il raille le tabagisme (« cette folie collective qui a frappé notre culture au moment où elle s’est affichée comme la première au monde ») ou les incohérences de notre STIB régionale, Jacques De Decker ne se départit jamais d’une bonhomie de sceptique désabusé, mais un sceptique qui aime rire, attaché à la vie et à ses plaisirs, dans la plus pure tradition brabançonne. Un « ennemi des certitudes » – attitude typique d’un peuple allergique aux messies – qui scrute les lézardes de notre petit monde ;