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Les Livres

Mauvaises passes, Mohamed Al-Azab

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 01 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Seuil

Mauvaises passes (Wuqûf mutakarrir), traduit de l’arabe égyptien par Emmanuel Varlet, Seuil, format kindle février 2013, 176 pages . Ecrivain(s): Mohamed Al-Azab Edition: Seuil

 

Nous est familier, dans le roman, l’usage de la troisième personne, qui instaure, entre le personnage « IL » et le narrateur, la distance maximale.

Nous sommes habitués, également, à l’emploi du JE, qui abolit cette distance pour donner l’illusion que le narrateur et le héros sont une seule et même personne.

Mohamed Al-Azab, pour ce roman court et dense, a fait le choix d’une autre perspective, beaucoup moins courante : le narrateur s’adresse au personnage principal en utilisant le TU.

Certes nous connaissons des exemples de romans à la deuxième personne (La Modification, de Michel Butor, ou Un homme qui dort, de George Pérec, pour ne citer que ceux-là). Dans ces exemples, le narrateur s’adresse au lecteur, et l’institue, de gré et de force, héros du récit.

Ce que je crois, Jacqueline de Romilly

Ecrit par Guy Donikian , le Vendredi, 01 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Editions de Fallois

Ce que je crois, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jacqueline de Romilly Edition: Editions de Fallois

 

Certains livres sautent aux yeux dès les premières lignes. Tout se condense dans les premiers mots et tout reste à dire en raison même de ces  mots. Jacqueline de Romilly dans Ce que je crois, publié quelque quatre décennies après son écriture, donne au lecteur du 21ème siècle des sujets de réflexion que le temps n’a pas rendus désuets. Ce sont en effet les événements de mai 68 qui ont déclenché chez l’helléniste ce besoin de dire ce que son « amitié vieille de plusieurs décennies avec la Grèce Antique » a suscité comme questions à l’actualité d’alors, en 1974. Et les éditions de Fallois publient ce texte en 2012.

Des convictions d’abord, comme une antienne : « Je crois d’abord que la vie est belle et mérite d’être aimée. Cela ne veut pas dire que tout y soit rose. Mais ce qui me choque est que l’on n’en poursuive pas les beautés, obstinément ». Jacqueline de Romilly commence sa réflexion par ces belles phrases, en ajoutant qu’elle n’est pas de ces naïfs qui s’obstinent à ignorer la réalité. Elle a eu son lot de difficultés, et c’est précisément ce qui l’a conduite à éprouver autant de joie à vivre.

Bonjour Dinosaure, Dwellstudio

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 01 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse

Bonjour Dinosaure, Editions Hélium, livre cartonné avec rabats, février 2013, 9,50 € . Ecrivain(s): Dwellstudio

 

Bonjour Dinosaure est un petit livre-jeu cartonné de format carré qui propose aux enfants, à partir de 2 ans, de faire un petit pas timide dans l’univers des dinosaures. On est loin ici des monstres terrifiants des documentaires pour plus âgés puisqu’au fil des pages on rencontre ces immenses reptiles sous forme de silhouettes aux couleurs pastel et au regard placide (même le Tyrannosaure !). L’auteur étant un studio de design américain, on se trouve ici dans une démarche plus graphique et ludique que réaliste, et les enfants seront enchantés de cette première rencontre préhistorique.

A chaque page, il s’agit de découvrir qui se cache derrière les rabats découpés de la végétation des premiers âges : fougères colorées, rochers gris et lisses, palmiers aux vastes ombelles ; chacun abrite un saurien différent. Les tout petits rencontreront donc en toute sérénité les plus emblématiques des dinosaures : T-Rex, stégosaure, vélociraptor et brachiosaure ; ils se familiariseront aussi avec la chronologie d’une journée puisqu’à chaque double-page correspond un moment (aube, matin, midi et soir). L’enfant observera la course du soleil et le déplacement des ombres ; on pourra aussi lui faire observer la coexistence de nombreuses espèces, elles aussi dissimulées dans l’image : mammifères, amphibiens et papillons jouent dans les rameaux des fougères.

Perplexe, Marius von Mayenburg

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 28 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Théâtre, L'Arche éditeur

Perplexe, trad. de l’allemand Hélène Mauler et René Zahnd, 2012, 78 p. 14 € . Ecrivain(s): Marius von Mayenburg Edition: L'Arche éditeur

A l’occasion de la création en France de la pièce à Lyon en mars 2013 au Théâtre des Ateliers

 

Perplexe /Perplex paraît en 2010 en Allemagne. La même année, son auteur Marius von Mayenburg monte sa propre pièce à Berlin à la Schaubühne. Cette double entreprise relève sans nul doute de la perplexité du théâtre interrogé par Mayenburg. L’étymologie du mot perplexe (perplexus en latin) met en lumière « l’enchevêtrement » qui sous-tend le texte qui jamais n’établit de coupures, de pauses. Le texte est tout au contraire un flot, un glissement de réplique l’une sur l’autre. Au début s’entremêlent des didascalies et des répliques d’un duo (figure d’un couple revenant de vacances). Ces didascalies portent surtout sur la mobilité des corps tandis que le texte s’englue dans la redite par la reprise d’un mot : courrier-Robert-courant-usine électrique-interrupteur… Premier effet de décalage comique. Certains pourraient penser aux deux couples anglais de La cantatrice chauve, les Smith et les Martin : Eva et Robert puis Judith et Sebastian. Le premier couple rentre dans son appartement après des vacances à l’étranger. Il est question du courrier arrivé pendant leur absence, de la facture d’électricité restée impayée. Leurs amis, Judith et Sebastian ont eu la charge de s’occuper de leur domicile. Leur conversation relève de la banalité absurde :

Précis de recomposition, Anne Teyssiéras

Ecrit par Grégoire Meschia , le Jeudi, 28 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Poésie

Précis de recomposition, Editions de Corlevour, 2013, 96 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anne Teyssiéras

 

Ça commence par la fin du monde et la découverte d’un Nouveau Monde, celui d’Anne Teyssiéras. Nouveau car éternellement renouvelé. Mais son univers, ses lecteurs le connaissent. Se consacrant à l’écriture dès 1958, elle a publié de nombreux recueils de proses poétiques dans un style particulier qu’on lui reconnaît. Comme point de repère pour ne pas se perdre dans son œuvre abondante, remarquons Golem, qui en 2000 a été considéré comme la synthèse et le faîte de ses créations poétiques. Elle continue d’écrire. Ecrire pour ne pas oublier, pour ne pas être oubliée. Ecrire pour vivre, pour montrer qu’elle est vivante. Ecrire pour créer mais aussi pour recréer.

Dans son Précis de recomposition, publié aux éditions Corlevour, elle recompose encore une fois son passé, le passé de tous par les mots : elle navigue entre ses expériences personnelles et de grands événements planétaires, comme el Descubrimiento par exemple. En réponse au Précis de décomposition de Cioran (mais aussi en relisant d’autres auteurs auxquels elle fait référence en notes), elle redonne vie à un territoire laissé en friche par le philosophe. Le présent chez elle est nécessairement lié à la mémoire et se constitue toujours par rapport à un passé qui n’est jamais très loin. Sa prose si poétique n’en est pas moins philosophique et difficile à décoder.