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Les Livres

Beat Hotel, Barry Miles

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Biographie, La rentrée littéraire, Le Mot et le Reste

Beat Hotel, trad. de l’anglais Alice Olatron, septembre 2011, 300 p. 23 €. . Ecrivain(s): Barry Miles Edition: Le Mot et le Reste

Generation B. Aujourd’hui, chacun se prend pour une grande star de la création artistique. Dit Jérôme Bourgeois. Sans doute se rappelle-t-il le mot de Warhol en 1968 : Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale. Nous sommes, à présent, dans le futur. Et ce futur-ci est notre présent. Et Jérôme Bourgeois n’aura pas forcément droit ici à son quart d’heure.

Bien avant la X Generation, il y eut la Beat Generation. C’est Kérouac qui lança la formule en 1948.  Holmes en publia le manifeste dans le New York Times Magazine, le 16 Novembre 1952 : The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself.

Le mouvement Beat est né contre les préjugés et le puritanisme américain d’après-guerre. Alcools, drogues et délires doivent être repensés en termes d’effets et non de causes. Produit par et surtout dans le Système (ici réhabilité…), le mouvement Beat est dépréciation revendiquée par ironie sur son sort, synchronisation et coïncidence, instantanés et connexions, arc électrique tendu en vécu expérimental et Universel historique.

Les invités, Charlotte Moundlic

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 28 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Thierry Magnier

Les invités, Ed. Thierry Magnier, Petite Poche, 2011, 48 p. 5 € . Ecrivain(s): Charlotte Moundlic Edition: Thierry Magnier

Une écriture sobre, proche du conte, le merveilleux en moins, pour un roman fulgurant, acerbe. Une petite histoire pour aborder la grande, l’air de ne pas y toucher et pourtant, visant juste. Juste là où ça fait mal. Là, c’est le colonialisme, c’est une nébuleuse, en marge de l’histoire que l’on ne souhaite pas faire émerger.


« Avec des gestes, on arrivait

à peu près à se comprendre.

Puis le petit a pris la parole pour

demander s’ils pouvaient rester ici.

Comme ils étaient vraiment gentils, on a accepté.

Chez nous, l’hospitalité est une valeur très importante,

on ne refuse jamais

de recevoir quelqu’un ».

Les Barbares, Jacques Abeille

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 27 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Attila

Les Barbares, mai 2011, 550 p., 25 euros. . Ecrivain(s): Jacques Abeille Edition: Attila


« Ils n’arrivaient pas seuls mais eurent tôt fait d’être les maîtres. » Dès l’orée du livre, les barbares sont là, réduisant à néant la haute civilisation de Terrèbre. Un universitaire raconte… Mais raconte quoi ? Non la conquête, mais le reflux, celui de la horde dont la poussée brutale se commue presque aussitôt en une quête erratique d’un homme et d’un livre. Cet homme, c’est le « voyageur », narrateur et auteur des Jardins statuaires, celui qui cherchait le prince des barbares aux confins du monde des jardins. C’est à présent le prince qui se lance à la poursuite, accompagné du professeur, ethnographe d’un peuple en déclin.

Suite des Jardins statuaires, Les Barbares en sont également l’envers. Traducteur du livre des jardins dans la langue de Terrèbre, le professeur scrute passionnément son reflet dans le monde qu’il découvre. Auteur à son tour, accumulant des notes savantes, il signe un livre symétrique, monument nostalgique du peuple barbare, de même que Les Jardins statuaires témoignent d’un temps révolu, d’une civilisation balayée par ces barbares en train de s’éteindre.

Nos baisers sont des adieux, Nina Bouraoui

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 26 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock

nos baisers sont des adieux, mars 2010, 219 p. 18 € . Ecrivain(s): Nina Bouraoui Edition: Stock

Nina n'est ni Nina ni Bouraoui. « Un auteur n'est ni homme ni femme » déclarait Nina Bouraoui au salon du livre 2009. Nous dirons donc NB pour désigner en toute simplicité l'auteur. Et ne poserons pas la question de savoir qu'est-ce qu'un auteur ou une auteure. Foucault a déjà répondu. Et ce Nota Bene ne notera rien de bien : ce serait plutôt comme un PS, un écrit après, un article de moins, pour cligner de l'œil à Deleuze à propos de Carmelo Bene, justement.

Recomposition des dates et de certains lieux. 1975 - 2010. Ce livre est une série que l'on peut lire dans tous les sens. Partir de la fin. Plonger au milieu. Finir par le commencement. L'inconscient (nous apprit Freud) ignore le Non, la Mort et le Temps. Plongeons avec Nina dans l'affirmation, la vie et l'infini d'une mémoire. Mémoires en flux,en nappes, en éclaircies. Série de courts récits où la précision de l'écriture touche le sens de la parole donnée. Paroles et gestes des autres qui nous constituent dans nos êtres, nos libertés trop rarement respectées. Autant de perles de silence, d'actes d'amour, de regards et de présences.

Trop souvent les sectateurs de l'autofiction sombrent dans l'égofiction qui n'intéresse personne sinon leurs plumitifs narcisses. NB évite ce péril à chaque phrase, chaque mot, chaque lettre. NB est poète. Un poète est un ouvreur de sens. NB dans tous les sens. Ultrasensibilité.

Si mal enfouis, Ludovic Degroote

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Octobre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Editions Potentille

Si mal enfouis, 2007, 07 € . Ecrivain(s): Ludovic Degroote Edition: Editions Potentille

Cette critique effilochée pour dire l’effiloché de la lumière, faible loupiotte mais durable comme un visage dans la bourrasque du rien.

L’écriture de Ludovic Degroote est magnifique d’intranquillité.

Les choses sont ces échardes qui se cachent dans les choses. Alors, prendre soin de ce qui va arriver :

« ne sommes pas tous / si bien faits que cela / pour naître / il faudrait mettre sa bouche / dans la bouche du monde / et puis surveiller / en cas de mémoire ».

Vivre, c’est, d’abord, poser les pieds sur le sol, essayer de trouver un horizon qui ne soit pas un poids mort en soi, qui ne soit pas cette matière friable et dure et dure vraiment et pourtant de nuage qui nous rend si légers dans notre douleur, comme un ballon qui s’accroche au mur du ciel, ces moments d’angoisse.

La vie, c’est ce qui veut être deux et ce qui reste un peu esseulé, solitude approfondie par le fait d’être accompagné du soi incompréhensible qui est l’autre, tenu détaché de lui par l’angoisse, par cette eau brouillée qui fait le visage à l’intérieur un peu plongé :