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Les Livres

Dépouilles, Eric Pessan

Ecrit par Benoit Laureau , le Lundi, 30 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Dépouilles, Éditions de l’Attente, 143 pages, 16 € . Ecrivain(s): Eric Pessan

Le silence des morts

Éric Pessan est auteur de romans, de pièces de théâtre, de fictions radiophoniques et de poésie. Aussi il n’est pas surprenant de percevoir ce nouveau roman au croisement des genres, des univers. Dépouilles est une œuvre polyphonique, bruyante, dans laquelle l’auteur se joue de la multiplicité des situations et des interlocuteurs. Ce carnet de notes funèbres, empreint de poésie, met en scène l’altérité, la confrontation de chacun à la dépouille, à ce corps-mort encombrant, chéri ou redouté.

Le rapporteur des paroles qui composent le corps du texte pourrait être un fantôme, ou plus vraisemblablement un employé de pompes funèbres, celui, discret et silencieux, qui se fait témoin des pleurs et effusions lors de la présentation des morts aux familles. Les propos ainsi rapportés, bribes solitaires ou échanges animés, se sont tous déroulés à cet instant précis, celui de la mise en bière, qui précède la fermeture du cercueil. Ces paroles anonymes sont libérées de manière anarchique – collées, juxtaposées – ou organisées sous forme de dialogue. Entre le roman polyphonique et la pièce de théâtre, les chapitres se succèdent, alternant chœurs et solos. Certains même sont dédiés au décor, quelque fois « vu du ciel ». Nous sommes spectateurs et contemplons cette scène à la fois de l’intérieur et de l’extérieur.

Nos ancêtres les Gaulois, Jean-Louis Brunaux

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 30 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Points

Nos ancêtres les Gaulois. 327 p. 9 €. Points Histoire. Juin 2012. . Ecrivain(s): Jean-Louis Brunaux Edition: Points

 

« Nos ancêtres les Gaulois… ». Que voilà une phrase que tous les Français, jeunes et moins jeunes ont entendu. La plupart, d’ailleurs l’ont entendu en dehors de l’école même si, de fait, c’est bel et bien à un cours d’histoire que l’on serait tenté de la rattacher. Mais les leçons d’histoire de la Troisième République ont laissé des traces. Tout comme Astérix, d’ailleurs. Faisant des Gaulois un élément de notre imaginaire collectif, un lieu de mémoire tel que pensé par Pierre Nora, plus qu’un véritable objet  d’Histoire pour le Français moyen. De là un certain nombre de stéréotypes entrés avec forces dans notre mémoire collective : des grands blonds vêtus de braies, combattants rugueux, vivant dans des huttes au milieu des forêts où ils chassent le sanglier entre l’érection de deux menhirs et ne craignant qu’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête.

 

Ce sont ces idées reçues que Jean-Louis Brunaux propose de revisiter à la lumière des textes antiques et des sources archéologiques les plus récentes, nous permettant de découvrir une Gaule parfois proche, parfois éloignée, de ces stéréotypes.

Le singe et l'épi d'or (un conte du Mexique), Claire Laurens et Martine Bourre

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 29 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse

Le singe et l’épi d’or (un conte du Mexique), Editions Rue du Monde, juin 2012, 44 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Claire Laurens et Martine Bourre

 

Quelle est la plante dorée qui nourrit les enfants mexicains et les enfants de leurs enfants depuis des temps lointains ? Et surtout, comment leur est-elle parvenue ? Voici l’objet de ce superbe conte qui nous révèle que le premier épi de maïs a été découvert par un jeune singe astucieux puis partagé avec les hommes en échange de leur aide.

Fort de sa trouvaille et ravi du goût sucré de ce fruit inconnu, le singe cache son trésor sous les racines d’un vieux palmier. Mais l’arbre veille et décide de s’emparer de l’épi pour s’en faire une couronne et se proclamer roi de la forêt. A son retour, le singe découvre le vol et demande des explications au palmier. L’arbre ne répond pas, faisant mine de dormir. Le singe le menace de chercher le feu et de lui faire retrouver la parole. Appelé à l’aide, le feu refuse, menacé à son tour par le singe de se faire éteindre par l’eau de la rivière… Le singe se trouve à chaque fois éconduit par le personnage auquel il demande de l’aide et le menace d’un danger plus grand. Mais la chaîne des demandes et des menaces se brise lorsqu’il rencontre les villageois. « Chasseurs, jaguar, fourmilier, rivière, feu… l’étrange cortège, tel un serpent en furie, poursuit sa course à travers la forêt, semant la panique chez les oiseaux ».

Gîtes, Julio Cortazar

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 24 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, Gallimard

Gîtes, trad. de l’esp. par Laure Bataillon, Gallimard, Collection L’imaginaire, Mai 2012, 280 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Julio Cortázar Edition: Gallimard

 

Ce qu’il y a de fascinant dans les nouvelles de Cortázar, très représentatives de la riche littérature fantastique latino-américaine, c’est qu’elles partent quasi toujours du quotidien, de situations des plus banales, et puis, comme si la réalité commune n’était protégée que par un voile extrêmement ténu, soudain par une brèche, une faille, une déchirure, elle est envahie ou insidieusement pénétrée par d’autres réalités bien plus sombres et menaçantes, où évoluent des créatures dangereuses, effrayantes, ou pire encore. Elles montrent à quel point notre normalité, finalement, tient à peu de chose et qu’un rien peut nous faire basculer dans la folie, attiser nos pulsions les plus obscures, les plus animales, comme la statuette qui rend fou et sanguinaire dans L’idole des Cyclades et Les ménades, où un chef d’orchestre paye cher et probablement en chair, son moment de gloire, quand le concert classique se transforme en orgie carnassière, sous la conduite d’une femme vêtue de rouge. Le talent de Cortázar n’est plus à démontrer, et bien que les nouvelles de Gîtes, dont certaines figurent également dans d’autres recueils, commencent à dater – première parution chez Gallimard en 1968 – elles n’ont pas pris une ride. Elles se lisent avec toujours autant d’intérêt, de frissons et de plaisir.

Au lièvre Mort 3 + 9 = Bleu - Nouvelle revue de poésie

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 23 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Revues

Il faut saluer l’effort de Laura Vazquez et Virginie Girault pour faire vivre, vivre d’une vie d’audace et d’électricité soufflée sur l’échine du langage, de tout langage (trait, son y compris), l’innovante nouvelle revue de poésie multi-média titrée Au Lièvre Mort 3 + 9 = Bleu. C’est un « espace numérique d'expérimentations poétiques » qui « interroge notre rapport à la langue démultiplié ou radicalement modifié à la fois par les nouveautés technologiques et par les nouveaux usages de la technologie ». Ainsi, « se plaçant elle-même dans la mutation du support et du medium artistique, la revue […] est animée non seulement de lectures visuelles plurielles, mais aussi de lectures sonores. »

C’est dire sa richesse, son urgence, qui tient aussi au fait qu’elle est entièrement gratuite et disponible en ligne. S’y reporter, c’est plonger dans le vivifiant méandre d’innovations formelles et sonores, qui ont toujours trait à un pas de côté avec l’ordinaire de la prose et avec les conventions qui y sont rattachées, du moins eu égard à la doxa.

Cet espace sans limites qu’est Au lièvre mort, sans frontières autres que celles que lui confèrent notre regard, notre acte de feuilleter intense et hasardeux, vise à interroger notre rapport au langage, et à approfondir, de salvatrice façon (eu égard à notre époque douée de carcans en tous genres), nos questionnements :