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Enfants de poussière, Craig Johnson

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Samedi, 25 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Enfants de poussière (Another man's mocassins), traduction de Sophie Aslanides. Editions Gallmeister, collection Noire. Sortie le 23 février. . Ecrivain(s): Craig Johnson Edition: Gallmeister

 

Ceux qui ne connaissent pas encore Walter Longmire et les autres (imaginez une petite communauté de fans qui hésitent en permanence entre partager ce plaisir et le garder pour soi) vont être gâtés : dans la quatrième aventure* du shérif d'Absaroka County, vous aurez deux Walt pour le prix d'un.

Le Walter Longmire qui doit s'occuper de sa fille en pleine convalescence après son agression à Philadelphie (voir L'Indien Blanc), doit résoudre ses problèmes de relations intimes avec son adjointe (un grand moment !) et surtout enquêter sur la mort d'une jeune asiatique retrouvée en bordure de route.

Et le Walter Longmire, jeune enquêteur dans la Police des marines, envoyé pour enquêter sur un trafic de drogues qui a causé la mort d'un jeune marine. Le cadre est bien différent : le Vietnam, en 67/68, quelques jours avant que Têt, ne soit plus jamais, pour des millions d'Américains, une simple fête de nouvel an asiatique mais une offensive vietnamienne qui a changé le cours de la guerre.

Le onzième pion, Heinrich Steinfest

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 25 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Carnets Nord

Le onzième pion (Die feine Nase der Lilli Steinbeck, 2007), Carnets Nord, janvier 2012, traduit de l’allemand par Corinna Gepner, 416 p. 20 € . Ecrivain(s): Heinrich Steinfest Edition: Carnets Nord

Georg Stransky vit une vie d’une sécurisante banalité avec son épouse et sa fille jusqu’au jour où une pomme traverse la fenêtre de leur cuisine. Le lendemain, Georg a proprement disparu.

Chargée de l’enquête, Lilli Steinbeck relie ce qui semble être un enlèvement à une série de huit disparitions. La séduisante inspectrice au nez difforme va dès lors commencer une enquête qui la mènera de l’Allemagne à l’Extrême-Orient russe en passant par la Grèce, le Yémen et l’île Maurice, accompagnée par un vieux détective grec obèse immunisé contre la mort, au cœur d’un jeu qui dépasse l’entendement humain et qui semble manipulé par des puissances supérieures.

Einstein avait raison : non Dieu, ou en tout cas les dieux ne jouent pas aux dés. Ils jouent à un autre jeu, aux règles complexes, et qui ne semble pas toujours laisser beaucoup de place au hasard.

On l’aura compris, une fois de plus, Heinrich Steinfest se lance dans une histoire qui prend pour prétexte une enquête policière et utilise un certain nombre de codes du polar pour nous livrer tout autre chose… on ne sait trop quoi d’ailleurs, tant s’entremêlent les genres, motifs et réflexions différents.

La biche ne se montre pas au chasseur, Eloïse Lièvre

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 24 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

La biche ne se montre pas au chasseur, Editions D’un noir si bleu, 4 février 2012, 156 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Eloïse Lièvre

Jeune mariée, la narratrice sent naître le désir d’enfant. Avec son époux, ils choisissent une date symbolique pour le concevoir. Dans leurs parcours respectifs, tout a toujours fonctionné, ils ont toujours obtenu ce qu’ils souhaitaient. Mais pour une fois, ça coince. La volonté n’est pas tout.

« Si nous avions réussi dès le premier essai, j’aurais exulté […] Si le miracle avait eu lieu aussitôt, nous prenant de court, déboussolés, nous aurions basculé dans cette peur géante avec une insouciance elle-même effroyable, nous n’aurions pas eu le temps de voir venir, pas le temps des questions obligées des personnes responsables, de nous demander si l’on faisait bien, si c’était le moment, si, finalement, c’était une bonne idée » (page 17).

Commence alors pour la narratrice « cette attente d’avant la vraie, qu’on ne nomme pas, qui n’existe pas » (page 28), matinée de petites jalousies du quotidien envers ses amies mères, et envers toutes celles qui arborent leur progéniture en étendard comme pour mieux démontrer l'incapacité de la narratrice à procréer ; alourdie du poids sans cesse croissant de la pression collective, ou de ce que la narratrice croit en percevoir et qui rejaillit sur son mental (« Dans les tenailles de l’attente, je ne me reconnais plus non plus, je ne suis que la moitié d’une femme » page 34) ; jalonnée de rendez-vous médicaux, plus désagréables et intrusifs les uns que les autres.

Les Impurs, Caroline Boidé

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 24 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Serge Safran éditeur

Les Impurs, Editions Serge Safran, décembre 2011, 159 p. 15 € . Ecrivain(s): Caroline Boidé Edition: Serge Safran éditeur

 

Le sujet, déjà – un garçon algérien, juif, amoureux d’une fille musulmane au temps de la guerre d’Algérie – n’est pas si fréquent et vaut qu’on ait de l’appétit pour ce petit volume blanc, à peine moucheté de rouge, que propose Serge Safran.

Mais ce livre est tellement autre chose !

L’histoire d’amour elle-même ; amenée avec un fracas de bataille dès le premier chapitre : le coup de foudre (l’expression semble avoir été inventée, là). Sa déclinaison, ronflant comme un orage méditerranéen ; une passion à la sensualité chaude, plus érotique, au vrai, que crue : « je portais ma bouche à sa toison, douce et épicée, au goût de chorba »… On s’en serait douté ; l’histoire est impossible entre ce David et cette Malek ! « un juif et une musulmane en Algérie auraient fait des vauriens, des bons à lyncher, des morts nés aux racines calcinées… » bah ! Direz-vous, du Roméo et Juliette parfumé aux épices ?

Plutôt un tragique noir et bleu qui, parfois, aurait un parfum de Sophocle : drame, absence, deuil ; récit parfaitement épuré ; amour/mort. Mais l’affaire se nourrit de l’Histoire, celle de l’Algérie des années 55-61 (Alger, Batna, au pied des Aurès).

Comment parler des lieux où l'on n'a pas été ? Pierre Bayard

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? Janvier 2012, 160 p., 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Attention : Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? de Pierre Bayard est un livre qui casse les mythes, qui brise les rêves… C’est cruel, mais certains voyages, et donc certains récits, seraient trop beaux pour être vrais. Si des voyageurs, des explorateurs, des baroudeurs, des bourlingueurs ont bien sillonné la planète, d’autres, après avoir pesé les contraintes inhérentes au voyage, ont estimé qu’il était « plus sage » de fréquenter le monde « sous d’autres formes que celle du déplacement physique ». Ces « voyageurs casaniers », dont il est question dans ce livre, ne sont jamais allés dans les lieux dont ils parlent, « ce qui ne les a nullement empêchés d’être intarissables à leur propos et de nous les rendre, grâce à la force de l’écriture, souvent plus présents que n’ont su le faire ceux qui avaient jugé indispensable de s’y déplacer ». Il est vrai que l’on peut lire de la bonne littérature policière sans pour autant qu’elle soit écrite par des bandits ni des criminels.

Commençons par quelques voyageurs célèbres pour lesquels il est admis que les écrits ne sont pas – ou probablement pas – liés à un réel déplacement. Pierre Bayard les classe en plusieurs types.