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Les Livres

Tropiques, Clément Rosset

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Tropiques, Cinq conférences mexicaines. Ed. De Minuit. 2010. 92 p. . Ecrivain(s): Clément Rosset Edition: Les éditions de Minuit

 

Clément Rosset est des plus importants philosophes actuels. Actuel parcequ'inactuel, intempestif et internel. Deleuze l'a salué comme tel. Rosset lui a rendu un hommage aussi important que celui de Foucault dans un numéro de l'Arc : Sècheresse de Deleuze. Rosset ne lui a pourtant jamais fait de courbettes. Il l'a çà et là critiqué et complété. Mais Rosset n'est pas seulement un grand philosophe. Il a brisé le mur de Berlin que certains ont érigé entre la philosophie et la littérature. D'abord en nourrissant sa philosophie de ce qui n'est pas elle (clin d'oeil à Canguilhem), il alimente sa pensée au lait d'écrivains au statut certes par forcément Lagarde et Michard : Marivaux et Gracian, Lowry et Rousseau, pour ne citer qu'eux. Ensuite, en offrant aux lecteurs une œuvre d'écrivain très accessible et très français, il s'inscrit définitivement dans la grande et belle lignée des écrivains philosophes au langage par forcément « philosophique » : Voltaire et les moralistes, les encyclopédistes, Jules Lagneau, Alain, Bergson...

Un Michel Polac ne s'y est pas trompé qui a collaboré avec Clément Rosset.

Père et fils, Larry Brown

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 06 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Père et fils (Father and son) Traduction de l’américain par Pierre Furlan Gallimard, 1996, 376 p. – Repris en Folio, n°3608, 2002, 436 p. . Ecrivain(s): Larry Brown Edition: Folio (Gallimard)

 

Le roman noir n’est jamais aussi bon que lorsqu’il vire en tragédie.

Même si ce livre évoque aussi, par son titre, la littérature russe, en reprenant celui de l’une des œuvres phares de Tourgueniev, l’histoire est très américaine et plonge dans le Sud cher à Faulkner. Ce Sud populaire et sale, de petits Blancs, au cœur d’une végétation luxuriante, battu par vents et tempêtes, où l’alcool coule à flots et le crime est toujours (trop) facile. Un décor idéal pour laisser le bien et le mal s’affronter.

Le mal, c’est Glen Davis qui sort de prison. Il y a passé trois ans pour avoir renversé un enfant au volant de sa voiture, alors qu’il conduisait en état d’ébriété. Il revient au pays, retrouve son père, Virgil, et son frère, Puppy. Mais ces années de prison ne l’ont pas calmé, bien au contraire.

Sa mère est morte pendant sa détention, mais personne n’ose révéler à Glen dans quelles circonstances de peur de se frotter à sa colère.

Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison, Arto Paasilinna

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 06 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Denoël

Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison. Trad. du finnois par Anne Colin du Terrail. Mai 2011. 343 p. 20 € . Ecrivain(s): Arto Paasilinna Edition: Denoël

 

Chaque moment de retrouvailles avec Arto Paasilinna et ses univers merveilleux (entendez bien « merveilleux » au sens de contes merveilleux) constitue une promesse – toujours tenue – de jubilation à la fois littéraire et humaine. Le maître finlandais possède cette aptitude magique à faire naître sous sa plume des univers et des êtres magnifiques de folie, d’étrangeté, de bonté, de délire. Et les histoires vont avec. Abracadabrantes, improbables, aux marges du conte fantastique et cependant tellement proches de l’humaine condition.

L’inspecteur principal Jalmari Jyllänketo, de la sûreté nationale finlandaise enquête dans le cadre pour le moins énigmatique d’un ancien Kolkhoze minier devenu  l’entreprise de culture bio la plus florissante du pays. On y fait pousser, dans les galeries souterraines, des champignons particulièrement succulents (!) et dans les champs immenses des herbes aromatiques sublimes.

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, Agnès Pierron

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 04 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, L’Entretemps, 2011, 377 p. 27 €. . Ecrivain(s): Agnès Pierron


Maxa, nom de guerre de Marie-Thérèse Beau, nom de scène de l’interprète principale du Grand-Guignol durant l’entre-deux-guerres. Nom à l’affiche de spectacles sanglants et d’un érotisme morbide. On la nomme « la Sarah Bernhardt de toutes les atrocités », « la Madone de l’horreur », « la Rachel de tous les martyres ». Colette notamment rend compte de ses interprétations. L’auteur retrace la carrière de cette actrice originale et oubliée. Maxa règne là où règne l’épouvante, dans ce théâtre des têtes coupées tant décrié et qui connut pourtant un succès fou. On peut y voir un lointain ancêtre du gore, les prémices de la Hammer.

L’essai inspiré d’Agnès Pierron nous transporte dans ce monde des spécialités : « au Grand-Guignol, on est dans les humeurs : sueur, sang, sperme ; à l’Enfer, on est dans le sec, dans le feu. Au cabaret du Néant, aussi, puisque les squelettes tombent en poussière. » Elle ranime ce peuple disparu où se pressent auteurs, metteurs en scène, artistes et directeurs de théâtre autour de la divine Maxa et de ses cris de gorge. A la fois, biographie, essai sur un genre théâtral et enquête personnelle, ce livre se dévore et nourrit le lecteur d’une multitude de références érudites et populaires ; les unes éclairant les autres, sans contradiction. Tout un art du contraste qui sied bien à cette figure singulière.

L'invention du désir, Carole Zalberg

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 03 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions du chemin de fer

L’invention du désir, novembre 2010, 80 p. 14 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: Editions du chemin de fer


C’est l’histoire d’une relation extraconjugale entre deux individus chacun en couple de son côté. L’histoire de la naissance du désir, de l’aveu de cette naissance, de sa concrétisation, jusqu’à ce qu’il se confronte à la réalité, au matériel, au pratique, au terre-à-terre qui semble si peu fait pour aller avec lui.

Sur les circonstances de la rencontre, on ne saura rien, si ce n’est qu’elle n’a pas été provoquée pour combler un quelconque manque : « Car c’est tout l’impossible de toi et moi : tu n’es pas arrivé parce que ma vie ne me suffisait pas » (page 60).

C’est aussi ce qui fait la beauté de cette chose, et sa dureté, car la fin en est connue depuis le début – même si la fin peut-être ne viendra pas, se confondant avec l’éternité.

Le mot adultère ne sera pas prononcé, car le sujet n’est pas les autres – mais eux ; et finalement, quel mal est fait ?