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Les Livres

La Soeur, Sándor Márai

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 19 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Albin Michel

La sœur (A Nover), traduit du hongrois par Catherine Fay, 310 p. 20 € (1946) . Ecrivain(s): Sandor Marai Edition: Albin Michel


La sœur est un modèle de construction, un Psychose avant l’heure en termes de mécanique. Où le héros n’est pas forcément celui que l’on croit. Tout du moins, celui que l’on suit pendant toute la première partie du livre disparaît tout à coup. Il laisse la place à l’un des personnages secondaires et un nouveau livre commence. Comme si La sœur était composé de deux livres en un seul, deux longues nouvelles qui se chevauchent et qui se répondent. Ou plutôt où la deuxième mange littéralement la première.

C’est le quatrième Noël de la seconde guerre mondiale et le narrateur, un écrivain, est parti passer quelques jours dans une auberge, située au sommet d’une montagne de Transylvanie. Bientôt, le temps se détraque, il se « calque sur la guerre ». Tous les occupants de l’auberge se retrouvent acculés dans l’auberge, pris au piège, comme mis « en quarantaine ». Car le lieu n’est plus franchement hospitalier. Il est humide et il sent le graillon. Pour ne rien arranger, le narrateur se retrouve en compagnie de gens avec lesquels il n’a pas envie d’échanger plus de trois mots. Sauf un : Z. Grand musicien, il est devenu « l’ombre de l’être triomphant et légendaire » qu’il a été.

Candor, Pam Bachorz

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 18 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Thierry Magnier, Jeunesse

Candor, traduit de l’anglais (USA) par Valérie Dayre, 2011, 383 p. 17 € . Ecrivain(s): Pam Bachorz Edition: Thierry Magnier

 

Candor est une cité de rêve. Tout s’y passe à merveille : pas de crime, pas de débordement, du luxe et de l’ordre. On y vit entre soi, entre personnes partageant les mêmes valeurs et les mêmes désirs. Les jeunes, en particulier, s’avèrent exemplaires : élèves parfaits, futurs citoyens modèles, investis dans toutes les tâches de la communauté, satisfaisant toutes les demandes de leurs parents.

Dans cette ville trop calme où jamais rien ne vient étonner, brusquer, choquer les habitants, résonne en permanence une douce musique. Elle joue dans les rues, dans les bâtiments. Elle est tellement familière qu’on ne la remarque plus. Or, la musique constitue le secret de cette cité magique. Emplie de messages subliminaux, elle formate les enfants des citoyens, à la demande de ces derniers, puisque l’entrée dans ce paradis entièrement sous surveillance leur a coûté fort cher. « Gardons toujours une distance respectueuse ». « La politesse avant toute chose ». « Candor est notre havre de paix ».


Scènes de vie villageoise, Amos Oz

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 17 Novembre 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Récits, Folio (Gallimard), Israël

Scènes de vie villageoise, 6,20€. . Ecrivain(s): Amos Oz Edition: Folio (Gallimard)

Pardon à ? - pour ? - ceux qui voient ces Scènes de vie villageoise comme une comédie humaine, au prétexte aussi que les personnages resurgissent d'une histoire à l'autre. Peut-être n'ont-ils pas effleuré le sommaire :


Les héritiers

Les proches

Creuser
Perdre
Attendre
Les étrangers

...Chanter
Ailleurs, dans un autre temps.

Le ParK, Bruce Bégout

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 12 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Science-fiction, La Une Livres, Roman, Allia

Le ParK, Editions Allia Avril 2010 – 152 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Bruce Bégout Edition: Allia

Sur une île privée au large de Bornéo, un milliardaire a créé le ParK. Comme son nom l’indique, c’est un parc, mais pas comme les autres. Il rassemble en effet tous les types de parcs en un seul, il est le parc de tous les parcs, la synthèse ultime qui rend tous les autres obsolètes.

Avec lui s’ouvre « une nouvelle phase dans l’ère du divertissement de masse », mais qui dépasse les notions mêmes de divertissement et de loisir.

Le ParK est immense. Sa surface est comparable à celle de la ville de Djarkata. Une année ne suffit pas pour en faire le tour et en découvrir toutes ses attractions. Des « attractions » ? Oui, mais ... pas tout à fait. Elles sont si délirantes et violentes qu’elles provoquent l’ahurissement et le malaise. Le qualificatif de « répulsions » leur sied mieux.

Le ParK tient tout autant de Disneyland que de Treblinka.

Il met en scène l’idée de parcage et rassemble en un seul lieu toutes les formes d’enclavement humain pour protéger, isoler, enfermer, domestique, classer, regrouper, exterminer. S’y côtoient une réserve animale, un parc d’attractions, un camp de concentration, une technopole, une foire aux plaisirs, des cantonnements de réfugiés, un cimetière, une kindergarten, des jardins zoologiques, une maison de retraite ou encore une prison.

Olimpia, Céline Minard

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Denoël

Olimpia, Céline Minard, 2010, 96 p. 10 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Denoël


Olimpia vitupère, invective, crache et conspue. Elle honnit ses adversaires, elle méprise ses anciens alliés, désavoue sa propre famille. Sa voix s’élève, royale et ordurière, au moment de sa chute, pour retracer son parcours de parvenue, son ascension à force d’intrigues et de luttes jusqu’au plus profond des alcôves vaticanes. Elle clame le refus d’abdiquer, toute entière défi et affront, insulte et panache. Elle dresse une dernière fois sa volonté de fer et sa verve tonitruante pour jeter sa malédiction de tyran femelle. « Ce qu’on m’ôte, je le broie, je ne l’offre pas. Ce qu’on me prend, je le détruis, ce qu’on m’ordonne, je le nie ».

Dans cet ouvrage en diptyque le lecteur reçoit comme une déflagration le monologue déchaîné d’Olimpia Maidalchini, puis découvre le récit de sa vie en forme de Vita sombre et criminelle. Car la « papesse » aspirait à un destin d’exception. « Elle deviendrait sainte à Rome, pêcheuse d’hommes comme Simon, elle multiplierait les pains dorés et tous la suivraient, la servant comme une reine ». Cette curieuse biographie qui se passe d’objectivité et multiplie les facettes du personnage, ne vient qu’en un second temps, comme pour compléter et conforter l’autoportrait que délivre la Maidalchini.