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Les Livres

Enjoy, Solange Bied-Charreton

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 19 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock

Enjoy, 2012, 240 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Solange Bied-Charreton Edition: Stock

« Tout était mort, seul l’écran était la vie ».

Charles a 24 ans et vit dans son temps. Et même plus que ça. Il est vraiment à la page parce qu’il a un compte ShowYou, le réseau social, cousin proche de Facebook, Twitter et autres.

« Tout le monde est sur ShowYou, sauf les gens qui ne sont pas dans le coup, soit la moitié de la population ».

Mais a-t-il vraiment envie d’y être ou n’y est-il pas un peu obligé ? Il y a en effet une espèce de pression sociale qui oblige à s’inscrire sur le site (« J’en étais ou, socialement, j’en serais décédé ») et ensuite à poster chaque semaine au moins une vidéo sous peine de voir son compte être désactivé. Il devient dépendant et assujetti.

« Bien qu’il ne s’agisse que de poster des photos et des vidéos, de regarder celles des autres et d’y inscrire des commentaires, ShowYou me demanda une disponibilité exponentielle. A peine arrivé chez moi, j’allumais l’ordinateur, je dînais devant, j’y restais jusqu’à tomber de sommeil. Le week-end, j’y passais parfois des après-midis entiers ».

La deuxième personne, Sayed Kashua

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Moyen Orient

La deuxième personne. Sayed Kashua. Trad. Hébreu Jean-Luc Allouche. L’Olivier février 2012. 356 p. 23 € . Ecrivain(s): Sayed Kashua Edition: L'Olivier (Seuil)

Qui, mieux qu’un Arabe israélien, peut se poser – et nous poser - la question de l’identité ? Pas seulement celle d’un citoyen arabe dans l’état d’Israël – ce serait intéressant mais un peu court – mais au-delà, de l’identité dans sa dimension la plus métaphysique.

Sayed Kashua nous raconte le destin de deux arabes israéliens – les destins plutôt, car il s’agit de deux trajectoires distinctes qui vont, en fin de compte, se croiser – dans une technique de construction qui n’est pas sans évoquer les films d’Alejandro Gonzalès Iñarritu.

L’un est « l’avocat » (on ne saura jamais son nom). Représentant type d’une moyenne bourgeoisie arabe israélienne, assurément attachée à ses racines et au destin de la Palestine, mais néanmoins citoyen israélien, loyal et – presque – fier de sa nationalité ! L’argent, la Mercédès noire, la belle maison, la piscine … Les rêves matériels (et symboliques) d’une middle class palestinienne d’Israël.


« L’avocat s’assura que sa fille avait bouclé sa ceinture à l’arrière de sa Mercédès noire, tandis que son épouse attachait le bébé dans sa Golf bleue. Hormis le jeudi, c’était sa femme qui conduisait leur fille à l’école et le bébé chez sa nourrice… »

Jésus le bon et Christ le vaurien, Philip Pullman

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Gallimard

Jésus le bon et Christ le vaurien, trad. de l’anglais par Jean Esch, (The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ), février 2012, 172 p. 16,90 € . Ecrivain(s): Philip Pullman Edition: Gallimard

Philip Pullman nous conte l’histoire de Jésus… et de son frère Christ. La mort de l’un aura donné naissance à une Eglise, la « mort de l’autre ne fait pas partie de l’histoire ». L’histoire justement aurait fondu les deux personnages en un et l’auteur nous dévoile les coulisses de ce tour de force ou de passe-passe, de ce récit fondateur et faussaire. A partir de ce singulier postulat, le romancier virtuose d’A la croisée des mondes, revisite pas à pas les récits bibliques et délivre une vision inédite de l’un des plus grands mythes de notre civilisation.

L’Evangile selon Pullman procède d’un style simple, accessible, qui rappelle quelque peu celui de Au nom de la Mère d’Erri De Luca. Une poésie lumineuse et humble. Une vraie parole apostolique. Mais l’heure n’est pas au pastiche ou à la satire. Tout le détournement repose sur la mise en parallèle des deux figures formant un couple antithétique et électrique. L’enfant Jésus manifeste un appétit de vivre en accord avec sa belle constitution et multiplie les bêtises, couvert par le chétif Christ voué aux études et à l’humilité. Les différences s’accentuent et leurs parcours s’éloignent peu à peu. Le premier-né se fait charpentier et le second étudie à la synagogue. Jésus erre et s’adresse aux gens, bientôt suivi par une cohorte de disciples, accueilli par une foule désireuse de ses messages. On connaît la suite.

La randonnée, Christophe Léon

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 16 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Thierry Magnier, Jeunesse

La randonnée. Février 2012. 116 p. 8,20 € . Ecrivain(s): Christophe Léon Edition: Thierry Magnier

Quoi de plus dépaysant pour un groupe d’adolescents qu’une randonnée en montagne ? Plus particulièrement lorsque ces ados viennent de grands espaces urbains et qu’ils ont été réunis dans un centre pour « jeunes en difficulté ». Sous l’égide d’un éducateur rasoir et sportif, Damien, Lisa, Mariam, Lukas et Jennifer vont découvrir à contrecœur les joies de la nature sauvage.

Le scénario proposé par Christophe Léon semble se dérouler de façon prévisible et reprendre des intrigues déjà vues ou lues. Or, l’auteur parvient à nous surprendre, et cela, de plusieurs façons. Tout d’abord, en donnant une version réussie des scènes consacrées : accrochages entre les ados, entre la forte tête et l’éducateur, marche en milieu hostile, pieds en feu et corps harassés, premières découvertes de la réalité de la forêt, feu de camp et guimauves grillées, nuit à la belle étoile, frayeurs et fous rires.


« Il se découvre étranger au cœur de la nuit, invité surprise d’une nature oppressante. »

 

Les ados se confrontent aux dangers réels de la nature : s’orienter, gravir un sommet, se retrouver nez à truffe avec un animal sauvage constituent de véritables défis.

Le Diable, tout le temps, Donald Ray Pollock

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Albin Michel

Le Diable, tout le temps (The Devil All The Time), 1er mars 2012, traduit de l’américain par Christophe Mercier, 376 p., 22 € . Ecrivain(s): Donald Ray Pollock Edition: Albin Michel

Le Diable, tout le temps est un livre « White Trash ». Terme qui désigne les laissés pour compte blancs des Etats-Unis, vivant dans des endroits miteux et qui essayent de joindre les deux bouts comme ils peuvent. Petits boulots, combines. Le cadre est sale et hostile, on boit, on se drogue, on se lave peu, très peu. Souvent, le seul moyen de s’arracher à sa condition est la violence.

Violent le livre l’est, assurément, et cette violence est d’autant plus palpable qu’elle est rendue par le style sec de l’auteur. Donald Ray Pollock ne se livre pas à de grandes envolées lyriques, de métaphores, de descriptions paysagères à la manière de Cormac McCarthy dont l’univers pourrait être proche (on pense à certains de ses livres comme Suttree ou Un enfant du bon dieu). Le ton est direct, froid, presque clinique. La phrase n’est jamais longue, ne s’envole pas, mais c’est pour mieux prendre à la gorge et ne plus resserrer son étreinte.

De la fin de la seconde guerre mondiale aux années 60, Le Diable, tout le temps met en scène plusieurs personnages, de l’Ohio à la Virginie Occidentale. Il y a Willard Russel, vétéran de l’enfer du Pacifique qui revient du pays hanté par des visions d’horreur. Son fils, Arvin, désemparé par le comportement de son père quand sa mère tombe malade. Carl et Sandy, un couple qui écume les routes à la recherche d’auto-stoppeurs qu’ils tueront après de sordides séances photos.