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Les Livres

Pssica, Edyr Augusto

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 06 Avril 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Asphalte éditions

Pssica, février 2017, trad. Portugais (Brésil) Dinhiz Galhos, 142 pages, 15 € . Ecrivain(s): Edyr Agusto Edition: Asphalte éditions

 

Phrases courtes et sèches, style minimaliste, l’auteur entasse les dialogues à même le corps du texte, pas de tiret, ni de guillemets, ni de retour à la ligne. Il ne s’encombre pas de fioritures, nous sommes ici dans le brut du brut, à l’image de la brutalité dont il est question dans ce roman très noir. Les amateurs de belles littératures resteront sur leur faim, le sujet étant ce qu’il est, l’auteur ne cherche pas à en tirer une esthétique. Le malaise que ressent le lecteur est un moindre mal au regard de l’histoire de Jane, ex-Janalice, une collégienne de 14 ans, dont le petit ami n’a rien trouvé de mieux que faire circuler dans le collège via les réseaux sociaux une vidéo de leurs ébats, une fellation plus exactement. Humiliée, rejetée par tous, y compris ses parents, Janalice est envoyée chez une tante à Belém. Livrée à elle-même, elle se met à errer dans le centre-ville et chaque nuit se fait violer sous la menace, par le compagnon de sa tante. La blancheur de sa peau, sa beauté exceptionnelle et des formes déjà très avantageuses malgré ses 14 ans attirent rapidement la convoitise. Elle fait connaissance avec une fille qui traîne dans la rue et qui est en couple avec un vieux junkie. Profitant de sa naïveté, ces deux derniers la vendent à des trafiquants. Janalice se fait kidnapper en plein jour et en pleine rue.

Petite Philosophie de l’Amour, Alain de Botton

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 06 Avril 2017. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, J'ai lu (Flammarion)

Petite Philosophie de l’Amour, trad. anglais Raymond Las Vergnas, 318 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Alain de Botton Edition: J'ai lu (Flammarion)

A l’heure des réseaux sociaux, il est réjouissant de relire la Petite Philosophie de l’Amour (1993), premier roman de l’Anglais Alain de Botton (1969) : c’est comme s’offrir un bain de jouvence moderne dans une romance d’une époque qui semble à la fois tellement proche et tellement éloignée. Proche par certaines de ses préoccupations, par le mode de vie du narrateur et son aimée, Chloé ; éloignée par le temps et la façon dont il s’écoule, par la possibilité encore offerte de ne pas vivre dans l’instantanéité. Un roman serait à écrire sur l’amour au temps des communications fusant dans l’éther à toute vitesse ; ce n’est pas encore le cas pour cette histoire-ci.

Cette histoire-ci est donc narrée par un jeune homme moderne, qui prend l’avion pour se rendre de Paris à Londres et, contre toute probabilité (le calcul est effectué : une chance sur 5840,82), rencontre une jeune femme pour laquelle il a le coup de foudre. De cette rencontre inopinée naît une romance, racontée à la première personne en vingt-quatre chapitres aux titres programmatiques, puisque l’on va « Du Fatalisme Romantique » aux « Leçons de l’Amour » en passant par « De l’Authenticité », « Du Marxisme » (Groucho, pas Karl) ou encore « De la Peur du Bonheur ». Comme le montre l’intitulé de ces chapitres, cette romance est l’occasion pour Alain de Botton de poser quelques réflexions sur l’amour, sur le couple, sur l’attachement que l’on éprouve envers autrui.

A Rome avec Nanni Moretti, Paolo Di Paolo & Giorgio Biferali

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 05 Avril 2017. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Italie, Quai Voltaire (La Table Ronde)

A Rome avec Nanni Moretti, mars 2017, trad. italien Karine Degliame-O’Keeffe, 176 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Paolo Di Paolo & Giorgio Biferali Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

 

Deux jeunes essayistes romains (l’un né en 1983, l’autre en 1988) tentent, par cet essai à la fois intime et très documenté, de montrer la relation particulière qu’un cinéaste noue avec la Ville éternelle.

Onze films, de Je suis un autarcique (1976) à Mia madre (2015), se déroulent à Rome, prennent Rome, non seulement comme toile de fond à des intrigues, mais encore comme parties essentielles de la vie d’un cinéaste qui ne peut décemment se passer de sa ville comme on ne peut le faire de sa propre mère. Du Monte Mario à Ostiense, en passant par Nomentana, le quartier Prati, Monteverde (où vécurent Pasolini et le cinéaste lui-même), Garbatella, tout Rome défile, jusqu’à montrer des coins tout à fait périphériques, des vues des bourgs plus éloignés encore. En ce sens, Moretti ne fait là que poursuivre une longue tradition de cinéastes romains puisant à la capitale des pans entiers de leurs films (De Sica, Monicelli, Scola, Emmer, Di Gregorio, Pasolini, Fellini…).

Le portrait véritable, Jean Frémon

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 04 Avril 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, Fata Morgana

Le portrait véritable, mars 2017, ill. originales Jaume Plensa, 64 pages, 13 € . Ecrivain(s): Jean Frémon Edition: Fata Morgana

 

Jean Frémon aime les contes : il l’a déjà souvent prouvé. Il aime autant les images et s’en est fait le défenseur autant dans ses écrits qu’en tant que « galeriste ». Il danse dans leur cadre, file dedans pour ne plus s’arrêter. Il leur donne de la gaieté par celle que provoquent ses six contes réunis ici et illustrés par un de ses artistes fétiches (Jaume Plensa) auquel il a consacré un superbe ouvrage, Lilliput, aux éditions de la Galerie Lelong.

Apologues et anecdotes, inventées ou non, deviennent l’image des images. L’écriture est riche d’une grâce adolescente, et la lumière semble prendre feu au vol de la rosée de l’herbe. Les gouttes d’eau roulant sur la terre froide deviennent des coraux, des cristaux. Et tout est à l’avenant.

Le poète accepte le sensible comme source première de l’intuition et de la connaissance, l’art fertilise les mots, et les mots l’art, manière de ne pas limiter les capacités des différents langages à décrire le monde dans l’ensemble, les limites de l’humain à connaître.

Antinéa mon amour, Sophie Caratini

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 03 Avril 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Thierry Marchaisse

Antinéa mon amour, janvier 2017, 415 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sophie Caratini Edition: Thierry Marchaisse

 

Antinéa, c’est le désert, celui du Sahara, et c’est l’amour, le grand, celui – peut-être un des plus puissants – qu’on peut porter à des lieux bien autant qu’à des gens.

Ici, c’est celui d’un militaire, Jean Du Boucher – personnage réellement historique (1910-1998) ayant vécu son odyssée dans les années Trente, mais, n’en doutons pas, c’est aussi celui de l’auteur, l’anthropologue Sophie Caratini, qui connaît son Afrique Saharienne sur le bout de la souris et sait en parler, à la hauteur de ces griots d’Afrique racontant sous les acacias  ou au bord des tentes nomades : « La démesure du désert, la vue qui porte au loin sur l’horizon circulaire, le cheminement dans les oueds que j’ai souvent parcourus, l’abreuvoir aux puits où j’ai déjà bu, les silhouettes des rochers qui m’entourent… tout cela est à moi… je m’étonne de la force de ce lien que je sens grandir saison après saison et me demande si ce ne serait pas plutôt moi qui appartiens au désert que l’inverse », dit Du Boucher.