Identification

L’Alcool des vents, Michel Baglin

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 31.05.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Éditions Rhubarbe, Poésie

L’Alcool des vents, Michel Baglin, 2016, 105 pages, 15 €

Ecrivain(s): Michel Baglin Edition: Éditions Rhubarbe

L’Alcool des vents, Michel Baglin

Nous connaissions la rose des vents. L’alcool des tempêtes quand l’homme fait naufrage. Michel Baglin, lui, nous parle de L’Alcool des vents auquel il rend grâce, comme il « rend grâce » au fil du recueil aux escales des petits bonheurs qui nous tendent la main dans chaque signe de nos existences, même au cœur des forêts les plus sombres, si nous maintenons la porte ouverte, si nous nous ouvrons aux chants du Large, de la mer lointaine (« On ne peut donner rendez-vous au vent, / mais on peut laisser la fenêtre ouverte », rappelle le Proverbe cité sur le seuil de cet opus chargé d’espoirs).

 

« Je rends donc grâce à ces riens qu’on appelle

escales,

qui furent des haltes, des bivouacs, et resteront

fragments,

qui argumentent quand même en faveur d’un

feu latent,

d’une traînée de poudre, d’un fil aussi ténu que

corde sensible.

À cette ivresse qui persiste quand tout déchante

et dont je ne connais pas la cause,

qui vient de la mer sans doute, de très loin par

le sang, la rime, l’obscur vertige

et que je nomme l’alcool des vents, faute de

mieux ».

 

La photographie de Guy Bernot en première de couverture est éloquente et porte cet Alcool des vents : dans des tonalités sépia un sol semble se dérober en route vers l’horizon proche d’une lisière d’arbres guettés par la menace d’un ciel orageux d’où n’a pas déserté l’éclaircie future. Ainsi se décline, en 95 textes composés de quatre parties, respectivement intitulées : Des mots qui penchentD’élans et de lenteursAir du tempsDétours par le cœur, cet Alcool des vents de tendre et fraternelle Humanité.

 

« Ne t’étonne pas que je rende grâce, moi l’athée.

Je ne m’adresse qu’au vent, comme l’enfant que

j’étais hier

et qui aurait voulu parler aux arbres, aux bêtes,

à leur place peut-être.

Par commodité on appelle ce qui dure un peu

plus que nous le monde.

Il est sourd, et si je le remercie non de m’avoir

rien donné mais de m’avoir reçu,

C’est sans doute que je parle pour toi,

le temps de t’offrir un verre et que tu sortes de toi-même ».

 

Sans aucun doute est-ce cela, la poésie de Michel Baglin, de nous sortir de nous-même lorsque nous-mêmes dessine « nos prisons intérieures » (pour reprendre les mots de la grande poétesse Colette Gibelin).

Je m’imagine Michel Baglin comme un Copain d’abord fraternisant dans les embruns et au zinc, en toute sobriété ivre et écoute solidaire des naufrages, pour entendre et écouter des copains qui à la recherche de leurs racines se déracinèrent ou se déracineront de trop d’amour et d’attente d’une humanité mise en écart par la bêtise humaine. (Ceci reste ma personnelle interprétation). Mais quand je lis Michel Baglin et son Alcool des vents entre autres, me remonte La Mémoire et la Mer de Léo Ferré des Copains d’abord de Georges Brassens – des Copains qui savent rendre grâce et, bons vivants, s’amusent, des Trompettes de la Renommée…

 

Murielle Compère-Demarcy

 


  • Vu : 1146

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Michel Baglin

 

Michel Baglin est un écrivain français né le 25 novembre 1950 à Nogent-sur-Marne (94). Il vit en région toulousaine où il a été journaliste plus de trente ans.

Poète, nouvelliste, essayiste et romancier, il est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages publiés chez divers éditeurs.

 

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer), Poezibao, Phoenix, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret,  …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Texture, …

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2018

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front