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Les Livres

Les profanateurs, Martial Caroff

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Les Profanateurs, Ed. Gulf Stream, 2012, 223 p., 13,50 € . Ecrivain(s): Martial Caroff Edition: Gulf Stream Editeur

Avec Les Profanateurs, nous voilà plongés dans la Grèce Antique, découvrant la deuxième aventure d’un enquêteur sorti des sentiers battus. Antisthène, philosophe créateur de l’école des Cyniques et disciple de Socrate, est le héros ingénieux et fort en gueule de ce roman noir à la mode antique. Doté d’acolytes truculents et d’une liberté de paroles sans limites, il empoigne la vérité de sa main crasseuse et se fait le censeur irrévérencieux des plus grands comme le contempteur des bassesses de ses contemporains.


« Vois mes élèves ! Fils de chevaliers, de commerçants ou même d’esclaves, peu m’importe ! Je ne les reçois qu’à trois conditions : qu’ils soient vifs d’esprit, qu’ils acceptent de s’habiller pauvrement et qu’ils crachent sur les conventions et sur les bouffis d’or comme toi et les tiens ! »


Nous voici donc en 415 avant J.-C., à Athènes. Alors que le stratège Alcibiade assaille la Sicile, des scandales inouïs secouent la cité : les statues d’Hermès se réveillent mutilées et la cérémonie des Mystères d’Eleusis se trouve tristement parodiée. En ces temps de guerre, tous les présages comptent et les rumeurs vont bon train.

Vie animale, Justin Torres

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Vie animale (We the animals). Trad de l’anglais (USA) par Laetitia Devaux. janvier 2012. 142 p. 18 € . Ecrivain(s): Justin Torres Edition: L'Olivier (Seuil)

La lecture de ce livre est un véritable basculement dans un univers littéraire « autre », une authentique rupture avec le paysage éditorial ambiant. Tant en ce qui concerne l’écriture, syncopée, haletante, stylo au poing comme on dit « caméra au poing » pour traquer au plus près l’étrange spectacle des êtres dans l’incroyable hypothèse qu’est une famille nucléaire, que dans le portrait de personnages plus qu’improbables et pourtant d’une familiarité absolue !

La famille du narrateur. Paps, Ma et les trois frères (en le comptant, il est le plus jeune). Tous déjantés ? Oui, en apparence, gueulards, brutaux, un peu (!) cruels, rigolards, imprévisibles.

« Quand on se battait, on se battait avec des bottes et des outils, des tenailles qui pincent, on attrapait tout ce qui nous tombait sous la main et on le jetait ; on voulait plus de vaisselle cassée, plus de verre brisé. On voulait plus de fracas. »

Le fracas est le fil rouge de ce roman familial pas comme les autres. Le bruit et la fureur. Et la fragilité des êtres aussi, et surtout. Parce que, dans la dérive de cette famille pauvre et marginale, il surnage quand même de l’amour. Un amour étrange et dévastateur qui laisse peu de place à l’épanouissement des trois frères.

Les poings sur les îles, Elise Fontenaille et Violeta Lopiz

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Contes, Jeunesse, Le Rouergue

Les poings sur les îles, septembre 2011, 15€ . Ecrivain(s): Elise Fontenaille et Violeta Lopiz Edition: Le Rouergue


Les poings sur les îles est le premier album d’Elise Fontenaille, qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai aux Editions du Rouergue. Si elle a plutôt l’habitude des textes longs destinés aux plus grands, elle s’est lancée avec succès dans la rédaction de cet opus en duo avec la plasticienne espagnole Violeta Ruiz, qui publie, elle, pour la première fois en France.

Les poings sur les îles est un album enchanteur dédié à tous les grands-pères du monde. Le narrateur a 6 ans, il apprend à lire et à écrire ; les mercredis et les dimanches il se rend chez Luis, son pépé, qui vit dans une petite maison entourée d’un jardin fabuleux et foisonnant d’oiseaux et de fleurs plus colorées les unes que les autres. Luis s’est installé ici il y a longtemps, quittant l’Espagne

« quand il avait onze ans. Il a traversé les montagnes, les collines, la campagne, et puis il est arrivé en France. Il fuyait la guerre et la misère, papa m’a dit il n’a pas eu d’enfance. »

Potemkine ou le troisième coeur, Iouri Bouïda

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 25 Janvier 2012. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, Gallimard

Potemkine ou le troisième cœur. Traduit du russe par Sophie Benech, janvier 2012, 162 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Iouri Bouïda Edition: Gallimard

Quand un film change une vie.

Paris, 1926. En prenant son ticket de cinéma pour aller voir l’une des toutes premières séances du Cuirassé Potemkine, de Sergueï Eisenstein, Fiodor Ivanovitch Zavalichine, dit Théo, n’imaginait pas que « soixante quinze minutes après le début de la séance, sa vie allait connaître un changement irréversible. »

En tant que militaire, il avait participé à la répression de 1905 et « c’est seulement alors, en découvrant sur l’écran sur qui il avait tiré bien des années auparavant, que cet homme dit avoir compris l’horreur du crime auquel il avait participé sans s’en rendre compte ».

Il se rend à la police en se déclarant coupable d’avoir commis un crime épouvantable.

« Un hasard m’a ouvert les yeux et j’ai compris que j’étais un criminel. J’ai commis un crime, il y a vingt et un ans, et je viens seulement de l’apprendre… A l’époque, je croyais juste exécuter un ordre. Je croyais tirer sur des insurgés, et voilà que maintenant, j’ai découvert que ce n’étaient pas des insurgés, mais des femmes et des enfants. »

Les petites bêtes de Tatsu Nagata

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 25 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Les petites bêtes de Tatsu Nagata, traduit du japonais par Thierry Dedieu, 192 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Tatsu Nagata Edition: Seuil Jeunesse

Parmi la profusion d’ouvrages sur les animaux, proposée par l’édition jeunesse, la production de Tatsu Nagata dénote très nettement. Dans ses albums de sciences naturelles destinés aux tout-petits, il allie une extrême simplicité à une efficacité redoutable et à un humour omniprésent. L’exercice est enlevé, pertinent et bigrement intelligent. Il raconte ce qu’un scientifique en herbe est susceptible d’observer, à l’instar du professeur Nagata, scientifique reconnu et amoureux de la nature et croqué avec réussite dans de savoureux autoportraits.

Les petites bêtes de Tatsu Nagata rassemble huit de ces albums.  L’illustration sur une double page est accompagnée d’une phrase-clé offrant une observation sur l’animal étudié. Les images sont sobres et drolatiques, elles jouent sur des gammes de couleurs épurées et franches. Le propos énonce une réalité scientifique tout en laissant une grande place à l’humour, soit par contraste avec l’image, soir par effet d’exagération. De la même façon, les illustrations prêtent souvent à rire : tantôt elles jouent sur la personnification de l’animal, les lunettes à huit verres de l’araignée, le ver de terre attablé ou la fourmi éleveuse de pucerons en sont de bons exemples ; tantôt elles prennent au pied de la lettre la phrase correspondante, ainsi, face à l’escargot, « la tortue est rapide » et semble courir, alors qu’en hiver, il reste au fond de sa coquille, dotée d’une cheminée fumante.