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Les Livres

J'ai décidé, Isabelle Rossignol

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Flammarion, Jeunesse

J’ai décidé, Flammarion, collection Tribal, 11 avril 2012, 224 p. 10,50 € . Ecrivain(s): Isabelle Rossignol Edition: Flammarion

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve, dans une barre d’immeubles glauque. Sa mère fait des ménages dans une maison de retraite et s’abrutit devant des séries télévisées et un plat surgelé. Son père est routier international, autant dire qu’il est absent. La vie s’écoule, morne et vide, dans un bahut forcément « pourri », trop rarement égayée par des soirées Coca avec sa voisine black, la Grosse Lulu, qui ne fréquente que l’ANPE et l’église.

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve, son avenir – et même son présent – ressemblent à un point d’interrogation. Elle se sent si nulle, si « bidon », si inutile, que depuis deux semaines elle ne bouge plus. Elle avance les yeux fermés, tournée vers son propre néant. L’esprit vide. Ou l’esprit plein. Mais plein de quoi ? Elle se le demande à chaque instant. Même son professeur de français, Madame Laugier, remarque qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve et elle est enceinte. De Ludo, le fils du patron de son père qu’elle n’a vu qu’une fois. Avec lequel elle n’a plus aucun contact depuis cette unique fois ; avec lequel elle n’a pas mis de préservatif, parce qu’elle ne savait pas comment, parce qu’elle ne voulait pas passer pour une oie blanche, parce que de toute façon, elle ne s’en souvient pas, parce qu’au fond ça n’en valait pas la peine.

14, Jean Echenoz

Ecrit par Romain Vénier , le Mardi, 16 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Les éditions de Minuit

14, Octobre 2012, 124 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Jean Echenoz Edition: Les éditions de Minuit

 

Après sa trilogie de biographies (Ravel en 2006, Courir en 2008 et Des Éclairs en 2010), dans laquelle il croquait successivement les vies du compositeur de Boléro, de l’athlète Emil Zatopek et du physicien Nikola Tesla, Jean Echenoz revient à une forme romancée qui ne s’appuie pas sur une vie documentée.

14 est un titre d’une grande simplicité : deux caractères, un nombre pour évoquer tout le terrible de la première guerre mondiale. Titre court comme l’auteur semble les apprécier, si l’on en croit ses précédents romans, court comme le livre lui-même, mais qui laisse ouvert l’éventail des possibles tant il est simple et nu : il ne fait que cadrer, poser un repère temporel. Ce titre est à l’image des livres d’Echenoz, concis, nets, parfois brutaux. Ce qui n’empêche jamais une fantaisie bien particulière qui fait leur piquant.

Soit donc ici quelques amis, ainsi qu’une fiancée qui restera en observatrice, loin des gaz et des tranchées. Les cinq, partis au front, auront tous droit à une petite attention, qui à son moment de gloire, qui à sa fin décrite par le tranchant d’une phrase de fin de paragraphe, comme on fendrait en deux une buche sur un billot, qui à une soudaine envie satisfaite, une nuit, et promesse de renouveau.

Ne pleure pas, on se reverra, Géraldine Barbe

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 16 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Editions Léo Scheer

Ne pleure pas, on se reverra, 10 octobre 2012, 150 p. 15 € . Ecrivain(s): Géraldine Barbe Edition: Editions Léo Scheer

 

« Elle a dit :

– Ne pleure pas ma petite sœur, on se reverra.

Et elle m’a serrée très fort et très gentiment dans ses bras. C’est drôle qu’elle ait dit ça parce que bien sûr on se serait revues si elle n’était pas morte mais elle est morte vingt jours après et on ne s’est pas revues » (page 65).

 

Marianne, aînée d’une fratrie de trois sœurs, meurt une nuit. La narratrice, benjamine de la famille, revient sur leur relation. Car Marianne a occupé longtemps la place du bourreau, et la narratrice, bénéficiant parfois de la protection du « bouclier » (la sœur du milieu) s’est retrouvée bien malgré elle dans le rôle de la victime.

Syndrome de Stockholm ou configuration familiale finalement classique ? A la mort de Marianne, la narratrice cherche dans le passé toutes les excuses au comportement de son aînée.

Romancero Gitano, Federico Garcia Lorca (traduit par Michel Host)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 15 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, La rentrée littéraire, Atlantique

Romancero Gitano, Romances gitanes suivies de complainte funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, Trad. espagnol Michel Host, 60 pages, 16 € . Ecrivain(s): Federico Garcia Lorca Edition: Atlantique

 

En cette période de rentrée littéraire, où l’assez bon côtoie trop souvent le médiocre voire l’affligeant, avoir ce petit livre dans les mains est comme un cadeau : le cadeau de la beauté absolue, de l’intelligence, de la langue. De la littérature enfin, en un mot. De la littérature dans son expression originelle, la poésie.

Retrouver Lorca après trop longtemps d’absence ressemble à un retour aux racines, au bercail, au territoire qu’on ne devrait jamais quitter, ne jamais oublier de revisiter. Tout y est suffocant de beauté et d’une familiarité profonde. Parce qu’on sait par cœur certains poèmes de ce recueil mais aussi, et surtout, parce qu’on prend en pleine face le souffle du « duende » lorcien, cette musique sombre, cette âme profonde et saisissante qui émane non seulement des mots de Lorca mais aussi d’un au-delà des mots, d’un point suspendu hors du temps et qu’on sait être l’Espagne, l’Andalousie dans ses gammes les plus graves. « Les sons noirs » dont parlait Lorca.

Lisez la préface de Michel Host. Elle est lumineuse dans son propos. Le duende c’est ce qui a mené Michel Host à cette traduction. A ce miracle de traduction. A la fin de cette préface, Michel Host s’inquiète :

Les oeuvres de miséricorde, Mathieu Riboulet

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Lundi, 15 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Verdier

Les Œuvres de miséricorde, août 2012, 154 pages, 14 € . Ecrivain(s): Mathieu Riboulet Edition: Verdier

On écrit avec son corps. Mathieu Riboulet le sait bien, lui qui dissèque l’objet de ses interrogations avec une application de chirurgien ou d’entomologiste. Lui qui, tel saint Thomas peint dans son incrédulité par Le Caravage, glissant son doigt dans la sainte plaie, cherche à franchir la barrière des muscles. A atteindre l’os. Y parvient.

Il y a, chez Riboulet, une manière vertigineuse de lier les mots et la chair. De ne rien construire qui tienne en l’air par la seule légèreté d’idées nullement expérimentées. Désincarnées. Et même la mémoire, insaisissable, Riboulet l’interroge en cherchant sa projection sur la géographie d’une peau ou le relief d’une ossature. Archéologue du vivant, il traque la source. Dans tous les cas, son écho.

« Je suis resté longtemps prisonnier du sentiment flottant, informulé selon lequel l’Allemagne était infréquentable. Je n’étais pas guidé par une idée, un ressentiment moins encore, mais, de fait, chez moi on n’allait pas en Allemagne (…) ». Cette gêne vis-à-vis de l’Allemagne, on peut concevoir que tous ceux qui ont dépassé la cinquantaine l’éprouvent aussi de manière diffuse. « Je n’avais jamais pu, avant cela, penser aux Allemands, à l’Allemagne, à la langue allemande, sans voir se profiler à l’horizon de ces pensées la trace du conflit qui par trois fois nous opposa, d’autant plus pernicieuse, persistante, qu’elle était héritée, non pas vécue ».