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Les Livres

L'Algérie ou la mort des autres, Virginie Buisson

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 03 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, Jeunesse

L’Algérie ou la mort des autres, Gallimard, Scripto, 5 janvier 2012, 112 p., 7 € . Ecrivain(s): Virginie Buisson Edition: Gallimard

 

L’Algérie ou la mort des autres est un court roman autobiographique qui narre dans une langue acérée et fulgurante six ans de guerre. Une guerre vécue par une enfant dont le père, gendarme, est muté de la Lorraine à l’Algérie. Une guerre qui de lointaine, vague rumeur noyée dans les amusements de la narratrice petite fille, se rapproche au fur et à mesure pour transformer radicalement sa vie et son regard sur les « autres » qui meurent si facilement autour d’elle. Si ce roman est paru pour la première fois en 1978, on doit à la collection Scripto, de Gallimard, une belle réédition destinée aux jeunes adultes, à l’occasion du cinquantenaire de la fin du conflit franco-algérien.

D’emblée le texte est étonnant, peut-être déroutant, mais en tout cas envoûtant : l’écriture est fragmentée, kaléidoscopique, nous proposant un incessant va et vient entre la France d’avant 1954, l’Algérie et la France d’après 1962. De petits paragraphes se succèdent comme autant de petits cristaux de couleur, composant et décomposant les paysages et les sensations d’une mémoire douloureuse.

L'armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 03 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Albin Michel

RiikaL’armoire des robes oubliées. 400 p. 20,90 € (2010) Traduit du finnois par Claire Saint-Germain . Ecrivain(s): Riikka Pulkkinen Edition: Albin Michel

« Je suis en train de pourrir. […] Ne me laisse pas putréfier, je veux rentrer à la maison », dit Elsa à son mari, Martti.

Elsa est atteinte d’une tumeur. Ses derniers jours, elle veut les passer auprès de ses proches et pas dans une chambre d’hôpital. C’est difficile pour elle d’adopter le rôle de malade. La psychologue qu’elle est avait en effet plutôt l’habitude de se consacrer à autrui.

Chaque membre de la famille avait un rôle dans les soins prodigués à Elsa.

Mattri, son mari, était peintre. Il a arrêté de peindre depuis des années, mais soudain il veut s’y remettre et réaliser un portrait de sa femme.

Eleanoora, leur fille, maigrit à l’annonce de la maladie de sa mère.

Le deux petites-filles, Anna et Maria, complètent le tableau familial.

Décharges, Virginie Lou-Nony

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 02 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Décharges, février 2012, 208 p. 18 € . Ecrivain(s): Virginie Lou-Nony Edition: Actes Sud


Il y a parfois de ces livres qui vous accrochent dès leur titre – c’est le cas de celui là – « décharges », au sens de la poubelle, mais aussi de l’adrénaline, et d’autres, bien sûr ; qui vous arrêtent par la couverture : une fillette se balance devant une maison, pas neuve, fermée, un peu abandonnée ; on ne voit de l’enfant que la tête baissée et les longs cheveux ; visage invisible. On pourrait presque se risquer à « dire » le livre, là : un balancement entre plusieurs vies, presque autiste ; des lieux difficiles, abîmés – pas un poème de fête des mères, cette histoire… qui en est pourtant une, et des plus fortes. Âmes sensibles s’abstenir, adeptes de la « bien-pensance », aussi, du reste…

C’est un livre cousu de traces de vie différentes, imbriquées comme dans un millefeuille – en nettement moins sucré, toutefois.

La vie du couple Eva/Manuel et de leurs petits, c’était au soleil, une rizerie – « Taureau ailé », peut être. La première immersion en territoire d’Eva coupe d’entrée le souffle : bruits mâles des colères ouvrières, inondation, rats, reprise improbable, licenciements ; chemin de croix de l’usine qui ferme, maison qu’on vend, transit de vie, couleurs épaisses et grasses du malheur économique : « fêtes dans le mobil home avec la farine et le beurre du secours populaire.

Mémoire morte, Donald Westlake

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 02 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Mémoire morte (Memory, 2010), trad. de l’américain par Gérard de Chergé, 384 p. Janvier 2012, 22 € . Ecrivain(s): Donald Westlake Edition: Rivages/Thriller

« Rivages » exhume un nouvel inédit de Donald Westlake. Un manuscrit étonnamment demeuré au fond d’un tiroir depuis 1963. Étonnamment, parce que Mémoire morte s’avère être, disons-le tout de go, un excellent roman.

Commençons par l’histoire. Paul Edwin Cole se réveille un beau jour dans un hôpital. Séduisant acteur new-yorkais en tournée dans le Midwest, il a été surpris en mauvaise posture par un mari jaloux qui lui a flanqué une belle raclée. Le problème, c’est que Paul en a perdu la mémoire. Non seulement son passé lui apparaît extrêmement flou mais, en plus, il tend aussi à oublier ce qui lui arrive dorénavant d’une semaine à l’autre, d’un jour à l’autre, voire d’un instant à l’autre. Sans famille, perdu à 1500 kilomètres de New-York et sans un sou, Paul va devoir trouver un moyen de rejoindre sa ville pour essayer de retrouver son ancienne vie dont il sait de moins en moins en quoi elle a pu consister.

Le thème de l’amnésie est un classique de la littérature comme du cinéma. Le mystère des mécanismes de la mémoire, de l’absence de souvenirs à leur trop plein, a hanté l’imaginaire des auteurs, de Cervantès à Philip K. Dick en passant, pour le roman noir, par George Chesbro, Sébastien Japrisot ou William G. Tapply. Westlake n’y a donc pas échappé non plus.

L'obscur travaille, Henri Meschonnic

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 02 Février 2012. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Arfuyen

L’obscur travaille, Ed. Arfuyen, Janvier 2012, Paris-Orbey, 98 p., 9 € . Ecrivain(s): Henri Meschonnic Edition: Arfuyen

Comment parler de la poésie sinon en faisant suivre les citations jusqu’à l’instant où il paraît possible que le poème se fasse entendre ? Pour ma part, j’ai toujours trouvé difficile d’écrire sur l’œuvre d’un poète, parce qu’il y a un feuilletage typique à la poésie, une épaisseur que l’on connaît, à la lecture, mais que n’arrive pas à rendre le flot continu de l’escorte du discours critique.

Cependant, rien n’empêche d’essayer. Et pour le cas présent avec le recueil d’Henri Meschonnic, L’Obscur travaille, publié cette année par l’éditeur Arfyuen, l’occasion est bienvenue. Et pour pallier aux questions que je soulevais dans mon introduction, j’ai pensé, un moment, faire une lecture approfondie du Meschonnic critique, qui œuvrait depuis 1970 dans le champ de la réflexion sur la littérature et la philosophie, en allant vers ses livres successifs autour de la poétique. Mais pour finir, et pour affronter seul à seul le silence et la quasi nudité des poèmes de cet ultime recueil, j’ai choisi la voie la plus simple, et j’ai lu, espérant pouvoir m’allier assez à l’auteur pour porter un peu de lumière sur les poèmes, sinon, sur la poésie.

Silence, donc, raréfaction des images, peu ou pas de couleurs ou de métaphores, et pour finir une impression de pas dans la neige – deux pieds de neige sur le plancher écrivait Kerouac –, d’une empreinte, laissée par un absent, de la nudité, du soustraire, la recherche d’une quintessence, d’une voix de dedans presque sourde car ténue, labile.