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Les Livres

le Garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld (2ème article)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

Une traversée de l’Europe jusqu’en Israël qui amène Erwin, le garçon qui ne voulait pas dormir, à devenir Aharon ; qui transforme un réfugié en soldat paysan, pionnier d’un Etat en devenir ; qui transforme les rêves et l’irrépressible sommeil en une vocation d’écrivain.

Aharon Appelfeld évoque avec justesse le parcours de son narrateur adolescent, happé par les résurgences du passé et les racines familiales qu’il perd peu à peu au sein d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture et surtout d’une nouvelle langue qui vient supplanter sa langue maternelle. Le monde du rêve prend le pas sur la réalité vécue, permettant au fil ténu du souvenir de perdurer.

« Cette nuit-là je ressentis une solitude infinie. Il me semblait que la rupture avec mes parents et avec leur langue, commencée pendant la guerre, était en passe d’être consommée. Par ma faute, j’en étais persuadé. Je n’avais fait aucun effort pour conserver la chaleur de leur langage. Une pensée me traversa l’esprit : Marc avait dû faire le même constat avant de mettre fin à ses jours. »

Les Foudroyés, Paul Harding

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

Les Foudroyés, 186 p. 15 € . Ecrivain(s): Paul Harding Edition: Le Cherche-Midi

 

Le livre débute alors que George agonise sur son lit de mort, victime d’un cancer en phase terminale. Il est installé dans le séjour de sa maison. Séjour dans lequel sont installées de nombreuses horloges. George était en effet horloger. Les membres de sa famille, enfants, petits-enfants, viennent veiller sur lui.
Huit jours avant de mourir, George commence à avoir des hallucinations. La maison, par exemple, s’effondre tout à coup sur lui. Mais George se souvient également. Mais est-ce un vrai souvenir ? Ou est-ce une autre forme d’hallucination ?
« Allongé sur son lit de mort, George avait envie de revoir son père. Il avait envie d’imaginer son père ».
Il se souvient donc de son père, Howard. Vendeur itinérant, il sillonnait les routes du pays sur sa carriole, disparaissant parfois de la maison pendant des semaines. Son père était épileptique. S’il s’arrangeait pour cacher ses crises à ses enfants, George en fut témoin de quelques-unes qui le secouèrent, notamment, quand, au cours de l’une d’elles, son père le mordit.

Pigalle : entre tapins et truands, Catherine Tardrew

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres

Pigalle : entre tapins et truands 2 volumes, Editions de La Belle Gabrielle, 2010, 120 p. et 118 p., 19,90€ chacun. . Ecrivain(s): Catherine Tardrew


Une passionnante plongée dans la légende de Montmartre, voici ce que proposent les deux volumes écrits par Catherine Tardrew. Pigalle y devient un personnage dont elle retrace les mouvances et les persistances d’une plume allègre, dépoussiérant les mythes et dévoilant de surprenants détails. La qualité iconographique participe du véritable plaisir que l’on a à se plonger dans cette lecture qui associe la rigueur scientifique et documentaire à une écriture riche et enlevée. Parmi une floraison d’ouvrages tape-à-l’œil sur la question des maisons closes, ce Pigalle : entre tapins et truands donne une image juste et contrastée de la réalité de la vie des filles et de leurs macs. La prostitution s’y révèle complexe, protéiforme, loin des jugements moraux hâtifs et des clichés en ors et velours rouge.

Le moment clé est la loi de fermeture des maisons closes initiée par Marthe Richard en 1946. Avant, Pigalle regorgeait d’établissements de tous types où l’on pouvait goûter à tous les plaisirs des sens : cabarets, bordels, bals et bastringues…

Le garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

« (…) ce pays lointain – quel est son nom déjà ? – » (p. 34), et c’est toute l’histoire des « réfugiés », ceux qui reviennent des camps, c’est aussi en grande partie, celle de la vie d’Aharon Appelfeld : revenir puiser dans son passé, pour l’écrire dans une langue qu’il doit forger, celle de sa nouvelle identité, car on a changé aussi son nom au jeune garçon. Non pas « dépouiller le vieil homme », au contraire, lui rendre, au mot près, dans cette musique nouvelle, celle dont Aharon Appelfeld dira qu’elle est celle de sa « langue maternelle adoptive ».

L’image de la mère, dont il fut orphelin très jeune se confond dans la langue qui se perd. Quand le jeune homme aura imité les chapitres de la Bible, qu’il recopie, il pourra ré-endosser tous les êtres qu’il aime. En attendant, le sommeil jette un pont entre deux états, entre deux mondes. Ce livre relate, avant tout, la réappropriation de soi, la reconstruction par la langue. Il est nécessaire au garçon de se reconnaître par les mots. A chaque instant, l’ascèse pour y parvenir : on est saisi, happé avec le jeune Aharon, par l’âpreté de la bataille qui se joue, ne pas, jamais laisser cours au désespoir.

Arguments d'un désespoir contemporain, Richard Millet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Hermann

Arguments d’un désespoir contemporain, 156 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Hermann

C’est un livre à l’image de ces eaux noires, vivantes par en-dessous, mais presqu’immobiles à l’œil ; mystérieuses, attirantes ; celles qui essaiment sur le grand plateau de Millet : Millevaches - Millesources. On les regarde, partagés entre fascination et crainte ; elles font partie d’un autre nous, lointain ; elles murmurent les origines ; elles n’invitent pas à la baignade…
Un essai, ce petit livre dense ? C’est à la fois plus vivant et plus personnel – l’homme, l’écrivain habitent chaque page, en une genèse pudique et un peu austère – on imagine qu’on aurait pu l’intituler : « souffles », « cri », ou simplement « dires ».
C’est âpre, rugueux comme le granite, bousculant comme le « Jean d’Auvergne » qui sature le Limousin en hiver ; en même temps, le son a la pureté d’un cristal. On retrouve, là, dans cet « arguments… » l’itinéraire et l’œuvre de cet auteur, définitivement haut perché, à part, dans la grande littérature.
Livre d’amour de la littérature et de la langue, qu’il faut mériter, et, pour moi, le chemin a été dur, car il faut en passer par deux ou trois choses qui sont en Millet, qui le façonnent, qu’on sait de lui, qu’on n’aime pas vraiment ! « la foule… relents de produits de chez Mac Donald… diverses sortes de métis… créolisation générale… vacarme ».