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Les Livres

Paris à vue d'oeil, Henri-Cartier Bresson

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 14 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts, Points

Paris à vue d’œil, 255 pages, 8 € . Ecrivain(s): Henri Cartier-Bresson Edition: Points

 

« Auteur : Henri Cartier-Bresson ». Oui : auteur des photos. Hormis une courte introduction du photographe, un petit texte d’analyse de Vera Feyder, trois pages de l’ami André Pieyre de Mandiargues et un paragraphe en guise de remerciements du photographe à nouveau, pas de littérature ici. Le noir et blanc seul avec ses légendes (lieu lorsqu’il est connu et date de chaque cliché), et il ne reste plus au lecteur qu’à goûter les images les yeux écarquillés.

A l’origine, les photos ont été montrées lors d’une exposition au musée Carnavalet (musée d’histoire de la ville de Paris) en 1984. Toutes ? non, la sélection du catalogue initial de l’exposition a été augmentée d’inédits. Oh, on retrouvera bien les photographies incontournables qui ont contribué à la célébrité de Cartier-Bresson, et qui font presque partie de l’imaginaire collectif (comme ce gamin avec ses deux bouteilles de rouge sous le bras, un grand sourire éclairant son visage). On en verra bien d’autres tout aussi évocatrices.

Le mur de mémoire, Anthony Doerr

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 13 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles, Albin Michel

Le mur de mémoire (Memory Wall), traduit (USA) par Valérie Malfoy, 7 février 2013, 290 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Anthony Doerr Edition: Albin Michel

 

Un voyage dans l’espace qui se double d’un voyage dans le temps.

Avec son recueil de nouvelles, Le mur de mémoire, Anthony Doerr nous conduit de l’Afrique du Sud aux Etats-Unis, en passant par la Chine, la Lituanie ou l’Allemagne. En plus de nous convier aux quatre coins du monde, il traverse aussi les époques. Mais loin de se livrer à des exercices de reconstitution historique, c’est le souvenir d’événements qui guide ses récits.

Les six nouvelles de ce recueil ont en effet pour thème la mémoire et sa persistance. Elles posent la question de savoir comment des souvenirs continuent à vivre dans le présent et, dans une certaine mesure, comment ils influent sur la vie, voire la déterminent.

Tous les personnages d’Anthony Doerr sont hantés par la perte ou la résurgence de leur passé. Le passé crée un manque parfois vertigineux. Ce qui a été mais n’est plus devient une boussole pour continuer à avancer, mais aussi un fardeau – quand il devient presque fantasme –, qui empêche d’aller de l’avant et de se construire.

Un paralogue futural, Matthieu Messagier et Malek Abbou

Ecrit par Samuel Dudouit , le Mercredi, 13 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Un paralogue futural, (avec les entrées en jeu de Michel Bulteau et Jacques Ferry), Editions Impeccables, janvier 2013, 152 pages, 20 € . Ecrivain(s): Matthieu Messagier et Malek Abbou

 

 

Ce livre écrit à deux (et deux quatre) est unique. C’est la rencontre, sur la pelouse blanche des pages, du football et de la poésie, du football passé au tamis du rêve et de la nostalgie et de la poésie la moins morte. Il s’agit donc du récit d’une des rencontres de la onzième journée du championnat de la Fédération Internationale du Football sans jeu et sans sueur (où voisinent par ailleurs L’Olympique J’étais Cigare, L’Express Inutile En Retard, Le No Nothing Sporting Club, L’Entente Thélémite de Myrelingue, L’International des Sans Fonction, L’Etoile Rouge du Silence, le Dynamo Nemo, pour n’en citer que quelques-uns). Ce livre narre donc un match inénarrable, la rencontre du Sporting Club de Trêlles et du Football Club des Ailleurs, arbitrée, nécessairement, par M. Buster Keaton.

Entre amis, Amos Oz

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 12 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Gallimard, Israël

Entre amis, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, 157 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Amos Oz Edition: Gallimard

 

Partir ? Rester ? Revenir ? Attendre ? Interrogations des personnages indécis, parmi la communauté stable, réglée, régulée, du kibboutz Yikhat. Ceux-là sont solitaires au milieu des autres, exilés d’ils ne savent où. Quelque chose leur manque, ou serait-ce plutôt qu’ils ont manqué quelque chose ? Ils refusent à ce point le contact, que le moindre geste envers eux leur semble une intrusion, un dérangement.

En ces êtres non aboutis, routiniers malgré eux, une question parfois se fait jour qu’ils refusent, ou chassent à la manière d’un insecte importun, d’un bruit lancinant, là encore un petit dérangement. Quelque chose rompt, se rompt en eux, découvrant l’abîme de la solitude la plus terrible, la plus érodante : la solitude au milieu des autres, l’enfermement en soi en milieu ouvert. A quoi donc correspondent ces escapades, ces sorties de soi et/ou du kibboutz qu’ils tentent ?

Après sa déconvenue avec Tsvi : « Luna Blank partit à l’improviste aux Etats-Unis rendre visite à sa sœur, qui lui avait envoyé un billet » (p.21).

Savannah dream, Cécilia Dutter

Ecrit par Laurent Bettoni , le Mardi, 12 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Savannah Dream, 2013, 216 pages, 16 € . Ecrivain(s): Cécilia Dutter Edition: Albin Michel

 

Cécilia Dutter vient de recevoir le prix Oulmont de la Fondation de France pour son précédent roman, Lame de fond (paru chez Albin Michel) et elle nous propose déjà son dernier opus, Savannah Dream, chez le même éditeur. Quelle santé ! Quel rythme ! Et de rythme, justement, le récit n’en manque pas.

À travers cette histoire d’adultère qui se joue dans le Vieux Sud des États-Unis, là où la moiteur des corps rivalise avec celle du climat, l’auteur convoque ses thèmes chéris, jusqu’alors traités séparément dans sa bibliographie : l’amour, le désir, la philosophie, la spiritualité. Tout cela peut-il faire bon ménage ? Sous l’orchestration magistrale de Dutter, oui. Et sans provoquer ni le moindre ennui, ni le moindre mal de tête, ni le moindre alourdissement de paupières. Pour quelle raison ? Parce que l’écriture et la construction narrative nous tiennent en haleine du début à la fin. Fin que l’on aurait souhaité – la chose est assez rare pour être signalée – voir arriver plus tard. Savannah Dream se dévore donc avec la même gourmandise que l’un de ces biscuits chocolatés et longilignes qui nous font dire : « Vous pourriez pas les faire un peu plus longs ? »