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Les Livres

Comment parler des lieux où l'on n'a pas été ? Pierre Bayard

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? Janvier 2012, 160 p., 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Attention : Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? de Pierre Bayard est un livre qui casse les mythes, qui brise les rêves… C’est cruel, mais certains voyages, et donc certains récits, seraient trop beaux pour être vrais. Si des voyageurs, des explorateurs, des baroudeurs, des bourlingueurs ont bien sillonné la planète, d’autres, après avoir pesé les contraintes inhérentes au voyage, ont estimé qu’il était « plus sage » de fréquenter le monde « sous d’autres formes que celle du déplacement physique ». Ces « voyageurs casaniers », dont il est question dans ce livre, ne sont jamais allés dans les lieux dont ils parlent, « ce qui ne les a nullement empêchés d’être intarissables à leur propos et de nous les rendre, grâce à la force de l’écriture, souvent plus présents que n’ont su le faire ceux qui avaient jugé indispensable de s’y déplacer ». Il est vrai que l’on peut lire de la bonne littérature policière sans pour autant qu’elle soit écrite par des bandits ni des criminels.

Commençons par quelques voyageurs célèbres pour lesquels il est admis que les écrits ne sont pas – ou probablement pas – liés à un réel déplacement. Pierre Bayard les classe en plusieurs types.

Effets secondaires probables, Augusten Burroughs

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles, Héloïse D'Ormesson

Effets secondaires probables, Nouvelles traduites de l’anglais (USA) par Samuel Sfez, sortie le 23 Février 2012, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Augusten Burroughs Edition: Héloïse D'Ormesson

Délirant, peu souvent méchant, grinçant, le ton acéré d’Augusten Burroughs, révélateur. A travers un prisme déformant, un kaléidoscope de sentiments, de pensées infuses, changeant mais mettant à chaque fois l’accent sur une malformation, un travers, une anomalie, le génome d’une certaine Amérique, valant d’autant que la révélation émane d’un Américain et non du regard (souvent) critique d’un étranger. Un regard qui s’en prend, d’abord, dès l’abord, à soi-même, exagéré et caustique :

– La consommation, (p.29) « Nous – les Américains – ne voulons que des produits fabriqués en laboratoire, testés sur des femmes et des animaux, puis emballés dans du plastique et estampillés à l’image du dernier film de Disney ».

– La course au dédommagement, (p.98) « Rien n’impressionne plus les personnes – ni la gloire, ni un diplôme dans une université de l’Ivy League – qu’une grosse compensation financière à la suite d’un problème médical ».

– Les mauvaises habitudes alimentaires, (p.256) « Alors comme ça, ces enfoirés de Crocker Farms pouvaient manger des frites et des Big Mac tous les jours ? – à la cantine scolaire – Tandis que nous avions des pizzas plates au goût sucré, encore congelées au milieu ».

Chacun porte une chambre en soi, Franz Kafka

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Récits, publie.net

Chacun porte une chambre en soi. La chambre d'écriture de Franz Kafka, 56 récits brefs. Nouvelle traduction par Laurent Margantin. Préface de François Bon. 2,99 € . Ecrivain(s): Franz Kafka Edition: publie.net

 

publie.net publie des récits, récifs, de Kafka. Et ces récifs sont aussi bien amers,repères pour marins avertis, autant de nouveaux pôles d'orientation dans l'oeuvre mineure et monumentale de Kafka. La coopérative d'édition braque son microscope à effet tunnel, via la traduction magistrale et fidèle, sur des atomes ( à quand les éons?) déclinés et pondus par un des pionniers de l'écriture contemporaine (aux côtés de Joyce et de Musil, de Roussel et de Fante ). Inutile de parler de K. Il s'en tape. Et pas tant que ça.

 

Focale minime sur le process.

Bouger quelques atomes de K aujourd'hui provoque un petit champ (écolo) électrique. Les lectrices et les lecteurs authentiques risquent de se voir emportés par son arc. Ainsi projetés, nous devenons les égarés retrouvés, nous et pas nous, purs devenirs, sources d'énergie en tous les K.

L'histoire cachée du nihilisme, Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

Ecrit par Yannis Constantinidès , le Lundi, 20 Février 2012. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

L’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche, La Fabrique éditions, 2008, 310 p. 18 € . Ecrivain(s): Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

 

Le titre de l’ouvrage est prometteur : il fallait en effet une synthèse sur la notion profondément ambiguë de nihilisme, qui connaît de grandes variations de sens au cours de sa brève histoire. Le lecteur s’attend donc à voir dévoilée cette « histoire cachée » (la formule est de Nietzsche, le « premier parfait nihiliste de l’Europe » (1)). Mais la promesse n’est qu’à moitié tenue, parce qu’il n’y s’agit pas réellement, ou seulement, de faire le récit philosophique des transformations de cette notion équivoque à partir de sa première formulation par l’étrange révolutionnaire Anacharsis Cloots (2). Toute la seconde partie de l’ouvrage, mal raccordée à la première, porte essentiellement sur Heidegger et Nietzsche (ce qui explique sans doute la curieuse inversion chronologique dans le sous-titre) et s’apparente plus à un pamphlet anti-heideggérien qu’à une étude rigoureuse de leurs rapports. D’où, à l’arrivée, un assemblage hybride, aussi trouble que son sujet.

Le livre se divise en deux « partitions », la première composée par Michèle Cohen-Halimi (MCH) et la seconde par Jean-Pierre Faye (JPF), celui-ci signant le prologue et celle-là l’épilogue, dans un esprit de parfaite parité.

Une irrépressible et coupable passion, Ron Hansen

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 19 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Buchet-Chastel

Une irrépressible et coupable passion. Janvier 2012. Trad. anglais (USA) Vincent Hugon. 347 p. 21 € . Ecrivain(s): Ron Hansen Edition: Buchet-Chastel

On nous refait le coup du « Facteur » ? Encore ? Après Cain, Billy Wilder, Tay Garnett, Bob Rafelson, récemment Indridason (Betty) et combien de centaines d’autres ? Eh bien oui. Définitivement, Ron Hansen nous le refait !

On peut légitimement penser à quoi bon, que dire de nouveau, peut-on exploiter encore cette histoire usée jusqu’à la corde ? Si on se pose toutes ces questions avant lecture – et on se les pose – après lecture on ne se demande plus qu’une chose : qui et comment osera recommencer un jour ? Parce que ce livre repose sur un regard radicalement nouveau de l’histoire célébrissime du « Facteur sonne toujours deux fois » et, dans ce « radicalement » entendez bien d’une manière définitive.

Ron Hansen a choisi, pour renouveler l’histoire, de revenir simplement à l’affaire originelle ! En 1927, un couple d’amants, Ruth Snyder et Judd Gray, assassine Albert Snyder, l’époux de Ruth, dans son lit. Immédiatement soupçonnés du meurtre, les deux avouent très vite, sont jugés, condamnés à mort et exécutés en 1928.