Identification

Les Livres

Ressacs, Yann Dupont

Ecrit par Marie Elora Bernard , le Vendredi, 08 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions Kirographaires

Ressacs, 201 pages, 17,95 € . Ecrivain(s): Yann Dupont Edition: Editions Kirographaires

Louis, le narrateur, est un jeune homme timide dont l’attitude va devenir détestable voire dérangeante. Le ton est donné dès les premières pages : alors que sa seconde femme est en train d’accoucher, il n’est pas auprès d’elle, préférant la tromper sous le toit conjugal. A côté de cela, il nous narre sa jeunesse, sa rencontre avec son premier amour, Jeanne, et son premier mariage (arrangé) avec Elizabeth. Les sentiments ne sont pas réciproques et si Louis a épousé cette femme, c’est parce qu’il n’a pas été capable de dire « non » à sa famille, d’assumer ses sentiments pour une autre femme. Un mariage par dépit.

« Ni belle, ni laide, Elizabeth avait le caractère agréable. Une bonne éducation et de bonnes manières. Pour un arrangement familial, j’aurais pu m’en accommoder ».

Cette histoire ne fait pas partie de celles possédant une réelle intrigue mais elle en reste, néanmoins, complexe. Si Louis se repent plus ou moins de ses actions, cela manque d’originalité mais cela reste efficace. Yann Dupont emmène le lecteur dans le Paris des années cinquante et soixante, en peignant un portrait des bourgeois pour lesquels laisser le choix des amours n’est qu’impossible. Par conséquent, l’ambiance peut être lourde entre mariage arrangé, honneur, famille, respect et adultère. Ce dernier thème est celui qui risque le plus de déranger puisqu’il paraîtra tour à tour intolérable et compréhensible.

Ce qui est arrivé à M. Davison, Jon McGregor

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Nouvelles, Christian Bourgois

Ce qui est arrivé à M. Davison. Trad. Anglais Christine Laferrière février 2013. 295 p. 17 € . Ecrivain(s): Jon McGregor Edition: Christian Bourgois

 

Jon McGregor est définitivement de la lignée des écrivains qui se coltinent avec la langue même, la matière de l’expression. Les nouvelles qu’il nous offre dans ce recueil constituent une sorte de laboratoire d’écriture nouvelliste. Aucun des textes ne ressemble à un autre par la forme : phrases brisées, répétitions, inventaires, documents administratifs ou techniques, et même listes de noms propres, tout y passe comme dans une sorte d’exploration des canons de l’écriture. Dans la deuxième nouvelle, on a même un brouillon de poème, celui qu’est en train d’écrire l’héroïne de l’histoire : page de gauche la nouvelle et son déroulé, page de droite le poème de la femme en « work in progress »

 

« Quand vient l’aurore

Quand la première lueur pénètre depuis l’est

Le ciel est de la couleur des billes.

D’un gris médiocre et vitreux » (En hiver le ciel)

Visage de feu, Marius von Mayenburg

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 07 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Théâtre, L'Arche éditeur

Visage de feu, traduction de l’allemand par M. Blezinger, L. Muhleisen et G. Milin, 63 p. 14 € . Ecrivain(s): Marius von Mayenburg Edition: L'Arche éditeur

 

Feuergesicht, le titre allemand de la pièce de Marius von Mayenburg plus encore que sa traduction en français, Visage de feu, dit dans son mot unique la puissance de ce qui brûle Kurt, le jeune adolescent en pleine puberté, personnage central de l’œuvre : frère incestueux, fils pyromane, lecteur incendiaire du grec Héraclite.

Pourtant la pièce semble nous installer dans une logique de peinture sociale. La middle class allemande constitue la liste des personnages. Le père, Hans est ingénieur, sa femme sans nom reste au foyer pour s’occuper de leurs deux enfants : Kurt donc et sa sœur Olga. Cette dernière a un petit-ami, Paul, amateur de moto, en conflit avec son propre père pour de sombres histoires d’argent. Les voici attablés prenant leur repas comme l’indique la première didascalie du texte (p.9) de même p.39. Ils devisent tous les quatre sur un quotidien dérisoire. Nous retrouvons les parents dans leur chambre à coucher, Hans lisant les faits divers dans son journal. Mais assez vite, la respectabilité bourgeoise vole en éclats. Dans la salle de bain, la mère fait sa toilette intime sous les yeux de son fils indigné de cette impudeur. Peu à peu, d’ailleurs, les parents et les enfants vont s’éloigner les uns des autres. Tout n’est qu’apparence au fond. Le texte de la pièce est une ouverture au sens musical du terme. Il s’agit du cri organique de la naissance poussé par Olga et Kurt :

Voodoo Land, Nick Stone

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 06 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

Voodoo Land (King Of Swords, 2007), traduit de l’anglais par Samuel Todd, février 2013, 672 p. 8,60 € . Ecrivain(s): Nick Stone Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Après Tonton Clarinette, Nick Stone a décidé d’écrire un prequel des aventures de son détective, Max Mingus. On le retrouve donc à Miami en 1981, alors qu’il est encore flic, avec son coéquipier Joe Liston. Là, les deux amis se trouvent confrontés à des morts étonnantes liées à un culte vaudou et à un énigmatique chef de gang haïtien, Salomon Boukman, que l’on a d’ailleurs aussi eu l’occasion de croiser dans le premier roman de Nick Stone.

Mingus et Liston se lancent donc à sa poursuite dans une ville gangrénée par la violence et la corruption. Écartelé entre son désir de rendre la justice, ses instincts violents et autodestructeurs qu’il peine à réprimer et sa fidélité à celui qui l’a pour ainsi dire modelé, son chef, le tyrannique Eldon Burns, Max Mingus s’enfonce dans une enquête trouble, faite de chausse-trappes et de faux-semblants, dans laquelle il finira peut-être enfin par trouver une forme de rédemption.

Verlaine emprisonné, Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier

Ecrit par Eddie Breuil , le Mercredi, 06 Mars 2013. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Poésie, Gallimard, Arts

Verlaine emprisonné, Musée des Lettres et Manuscrits et Gallimard, janvier 2013, 237 p. 29 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier Edition: Gallimard

L’exposition présentée au Musée des Lettres et Manuscrits recouvre une période phare pour comprendre la poésie et la personne de Paul Verlaine. Son emprisonnement (après avoir tiré au pistolet sur Rimbaud) engendre une réflexion autant sur sa poésie que sur son rapport avec Rimbaud. Il va entre autre mûrir le projet du recueil Cellulairement, écrivant en prison quelques-uns des poèmes du recueil, les envoyant à Rimbaud, qui les recopie. L’exposition propose un ensemble important de documents, et le catalogue qui l’accompagne se présente ainsi comme un outil de première main pour toute personne s’intéressant à cette période, grâce à la reproduction (et donc la mise à disposition) de documents rares ou inédits, manuscrits, documents administratifs, etc.

Néanmoins, pour la confection du volume, quelques idées ont été mises en pratique : un texte courant où Verlaine est tutoyé (pour échapper apparemment au côté supposé « rébarbatif » du discours documentaire ou historicisant…) et des tentations d’élargir le sujet, notamment par des comparaisons (le poète en prison, etc.). Parmi les ouvertures proposées, on trouve une évocation de Jean Genet (p.26), on regrettera simplement qu’il n’ait pas été fait référence à la raison d’une des arrestations de Jean Genet : arrêté en mai 1943 pour avoir dérobé une édition de luxe des Fêtes galantes de… Verlaine.