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Les Livres

"Oh...", Philippe Djian

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Oh…, 237 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Philippe Djian Edition: Gallimard

Voilà ce que c’est : lire un livre d’un auteur qu’on connaît, de ci, de là, mais pas à fond ; on voit le nom, et la gueule, plus que l’œuvre ; une traînée lumineuse, de néon médiatique. On en attend un peu tout, sans savoir au juste quoi…

Mais, pourtant, Vengeances en 2011, et évidemment, 37°2 le matin de 85 !! des trouées qu’on n’est pas prêt d’oublier ; de grands coups de bleu électrique dans la pile de livres…

Alors, on entre en lecture à petites bouchées silencieuses ; on hume – ça ne peut qu’être là derrière ! Ce parfum un peu synthétique (fraise Tagada, en meilleur) ; ces couleurs criardes à la californienne, ce climat de thriller américain transféré, mine de rien, sur un sable atlantique bien de chez nous… on renifle, et, oh !! ça ne vient pas, c’est comme éventé ! Philippe ! Il est passé où, votre univers ?

Et bien, non, ce Oh… (on aura remarqué que ce n’est pas : oh !!!) ne fait pas partie du troupeau familier des bouquins du bonhomme. Il s’est comme échappé, ailleurs. Du coup, on lit çà et là, quelques bémols navrés : bien tiède, ce Djian, bien mollasson, bien plus cuit – mitonné, même, parfois un peu rance, que le cru auquel il nous habituait… du sexe, certes, mais… de cette tristesse existentielle et bourgeoise dont il a souvent fait son ragoût, mais… du sang – un peu – une violence, au bout, plus française qu’américaine… du Chabrol, peut-être, plus que le film noir d’outre atlantique.

Blood Hollow, William Kent Krueger

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi, La rentrée littéraire

Blood Hollow, 13 septembre 2012 trad. anglais (USA) Sophie Aslanides, 480 p. 20 € . Ecrivain(s): William Kent Krueger Edition: Le Cherche-Midi

 

Troisième volet de ce qui semble être une trilogie, après Aurora, Minnesota et Les neiges de la mort, les amateurs d’enquête policière ne pourront qu’adorer Blood Hollow, mais même ceux qui ne sont pas particulièrement attirés par le genre, auront du mal à ne pas se laisser happer par ce roman dense, riche et captivant. L’événement qui a secoué la petite et tranquille ville d’Aurora dans le Minnesota, va prendre rapidement l’allure d’un séisme. L’enquête est minutieusement menée par Corcoran « Cork » O’Connor, conjointement avec sa femme. Cork est un ex-flic de Chicago et l’ex-shérif de la petite ville. Mi-Irlandais, mi-Anishinaabeg, c’est un personnage très attachant, épris de vérité et de justice, reconverti un peu malgré lui dans la vente d’hamburgers, au bord du lac d’Iron Lake. Une sorte de retraite suite à un conflit dramatique. Sa femme Jo est l’avocate qui va prendre en charge la défense du présumé coupable. Coupable de meurtre, celui de la jeune Charlotte Kane, fille d’une des familles les plus riches de la ville. Le suspect est un ex-petit ami, Solemn Winter Moon, un Ojibwe vivant sur la réserve, déjà connu des services de la police pour diverses infractions et son impulsivité notoire. Cork et Jo O’Connor le connaissent bien et sont tous deux quasi persuadés de son innocence, malgré les preuves qui l’accablent.

Rue des voleurs, Mathias Enard

Ecrit par Etienne Orsini , le Jeudi, 13 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Rue des voleurs, août 2012, 252 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Mathias Enard Edition: Actes Sud

 

Avoir 20 ans à Tanger, en 2011 alors que le Printemps arabe éclot plus ou moins bruyamment dans les pays voisins et que la crise économique sape l’Europe du sud…

Chassé par ses parents pour avoir séduit sa cousine, le jeune Lakhdar, après de longs mois d’errance et de misère, parvient à refaire surface en entrant – grâce à son ami Bassam – au service du « Groupe musulman pour la Diffusion de la Pensée coranique ». Plus enclin à zyeuter les jolies touristes européennes qu’à prier, il jouit toutefois au sein de ce groupuscule d’une tranquillité appréciable. Son poste de libraire s’accorde à son penchant pour la littérature, même si les ouvrages qu’il vend n’ont que peu de rapport avec les polars qu’il aime tant. A cette période, il fait la connaissance de Judit, une Catalane qui étudie l’arabe, et s’en éprend. Dès lors, les événements s’enchaînent : un soir, avec Bassam et les autres membres du groupe, il est entraîné à son corps défendant dans une bastonnade visant le libraire « impie » d’à côté. Quelques jours plus tard éclate l’attentat de la Place Argan à Marrakech. Bizarrement, la clique de la Pensée coranique s’est volatilisée la veille, le laissant seul dans une maison qui peu de temps après est incendiée.

Pike, Benjamin Whitmer

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 13 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

Pike, trad. Jacques Mailhos, 13 septembre 2012, 264 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Benjamin Whitmer Edition: Gallmeister

 

Lorsque Gallmeister vous annonce sur un bandeau du « noir dans toute sa splendeur », il ne faut pas s’attendre à être trompé sur la marchandise. Cette « jeune » maison d’édition (créée en 2006) spécialisée en littérature américaine compte dans son catalogue une collection poche, « Totem », et trois collections grands formats « Nature Writing », « Americana », « Noire ». Pike, le premier roman Benjamin Whitmer est catalogué, on s’en douterait, dans la troisième, aux côtés de Edward Abbey, Craig Johnson, William G.Tapply, Jim Tenuto et Trevanian.

Un premier roman a parfois tendance à refroidir le lectorat. On se souviendra pourtant que les éditions Gallmeister ont eu le génie de publier le très, très fameux Sukkwan Island, œuvre numéro 1 d’un dénommé David Vann. Roman qui non content d’avoir été un véritable succès éditorial fut récompensé en 2010 par le prix Médicis étranger. Notons que David Van a mis dix années à réussir à publier son livre aux États-Unis, tiré à 800 exemplaires et qu’il aura fallu attendre la générosité des lecteurs français pour qu’il soit enfin reconnu dans son pays d’origine. Ceci dit, mon propos ne cherche aucunement à comparer Pike et Sukkwan Island. Quoique.

Les désarçonnés, Pascal Quignard

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 12 Septembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Récits, Grasset, La rentrée littéraire

Les désarçonnés, 12 septembre 2012. 20 € . Ecrivain(s): Pascal Quignard Edition: Grasset

 

Comme d’habitude, la dernière œuvre en date de Pascal Quignard, Les Désarçonnés, va en désarçonner plus d’un. Et tant pis pour ceux qui tomberont de la monture ! Il s’agit de l’opus VII du cycle Dernier Royaume, ouvert en 2002 par « les Ombres errantes » couronné alors du Goncourt.

Quignard poursuit sa quête du sens possible – des sens possibles – de l’invraisemblable monde des hommes. A la manière des Anciens. Une manière inimitable qui mêle à la pure réflexion philosophique une culture classique impressionnante et surtout une écriture impeccable, ordonnée comme un langage en soi, comme un à-part-la-langue. C’est cette tresse énonciative qui élabore, livre après livre, une musique unique, fascinante, celle de Quignard dont on connaît la passion pour la Folia et ses phrases éternellement les mêmes, éternellement autres. Opus VII dit-on, très justement. Variations sur les thèmes de la guerre, de la violence, de la faim, du pouvoir, de la décomposition morbide et du sexe bien sûr, de la différence sexuelle et de sa syntaxe, qui est au fond la grande affaire de Quignard.