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Les Livres

Gîtes, Julio Cortazar

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 24 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, Gallimard

Gîtes, trad. de l’esp. par Laure Bataillon, Gallimard, Collection L’imaginaire, Mai 2012, 280 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Julio Cortázar Edition: Gallimard

 

Ce qu’il y a de fascinant dans les nouvelles de Cortázar, très représentatives de la riche littérature fantastique latino-américaine, c’est qu’elles partent quasi toujours du quotidien, de situations des plus banales, et puis, comme si la réalité commune n’était protégée que par un voile extrêmement ténu, soudain par une brèche, une faille, une déchirure, elle est envahie ou insidieusement pénétrée par d’autres réalités bien plus sombres et menaçantes, où évoluent des créatures dangereuses, effrayantes, ou pire encore. Elles montrent à quel point notre normalité, finalement, tient à peu de chose et qu’un rien peut nous faire basculer dans la folie, attiser nos pulsions les plus obscures, les plus animales, comme la statuette qui rend fou et sanguinaire dans L’idole des Cyclades et Les ménades, où un chef d’orchestre paye cher et probablement en chair, son moment de gloire, quand le concert classique se transforme en orgie carnassière, sous la conduite d’une femme vêtue de rouge. Le talent de Cortázar n’est plus à démontrer, et bien que les nouvelles de Gîtes, dont certaines figurent également dans d’autres recueils, commencent à dater – première parution chez Gallimard en 1968 – elles n’ont pas pris une ride. Elles se lisent avec toujours autant d’intérêt, de frissons et de plaisir.

Au lièvre Mort 3 + 9 = Bleu - Nouvelle revue de poésie

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 23 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Revues

Il faut saluer l’effort de Laura Vazquez et Virginie Girault pour faire vivre, vivre d’une vie d’audace et d’électricité soufflée sur l’échine du langage, de tout langage (trait, son y compris), l’innovante nouvelle revue de poésie multi-média titrée Au Lièvre Mort 3 + 9 = Bleu. C’est un « espace numérique d'expérimentations poétiques » qui « interroge notre rapport à la langue démultiplié ou radicalement modifié à la fois par les nouveautés technologiques et par les nouveaux usages de la technologie ». Ainsi, « se plaçant elle-même dans la mutation du support et du medium artistique, la revue […] est animée non seulement de lectures visuelles plurielles, mais aussi de lectures sonores. »

C’est dire sa richesse, son urgence, qui tient aussi au fait qu’elle est entièrement gratuite et disponible en ligne. S’y reporter, c’est plonger dans le vivifiant méandre d’innovations formelles et sonores, qui ont toujours trait à un pas de côté avec l’ordinaire de la prose et avec les conventions qui y sont rattachées, du moins eu égard à la doxa.

Cet espace sans limites qu’est Au lièvre mort, sans frontières autres que celles que lui confèrent notre regard, notre acte de feuilleter intense et hasardeux, vise à interroger notre rapport au langage, et à approfondir, de salvatrice façon (eu égard à notre époque douée de carcans en tous genres), nos questionnements :

On Air, Manuel Vilas

Ecrit par Benoit Laureau , le Lundi, 23 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Espagne, Passage du Nord Ouest

On Air, (Aire Nuestro), trad. de l’espagnol par Catherine Vasseur, Mars 2012, 261 p. 18 € . Ecrivain(s): Manuel Vilas Edition: Passage du Nord Ouest

 

L’art, complexe, de la décontextualisation sur fond de Blue moon

Il y a toujours « un être immortel pour écrire la douce histoire de notre monde, de notre air ». Dans son premier roman traduit en français, On Air, Manuel Vilas exploite cette mémoire intemporelle et se réapproprie « notre air » pour produire la programmation délirante des onze canaux de la chaîne de télévision On Air. « Voici la télévision du futur, celle qui ne parle ni du présent, ni du passé, mais du seul temps possible : Le Temps Sans Limite »

 

Partant du principe selon lequel « l’histoire est fiction », Manuel Vilas oppose à la téléréalité contemporaine, une téléfiction empreinte de « mysticisme gonzo » qui articule une série de reportages « hyperréalistes ». Il reconstruit ainsi notre histoire culturelle, sous forme de micro fiction, dans laquelle la mort disparaît au profit de réincarnations téléfictionnelles révélant la porosité du temps et de la mémoire.

L'histoire (presque) vraie de Cedar B. Hartley ... , Martine Murray

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 22 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Océanie, Mijade

L’histoire (presque) vraie de Cedar B. Hartley qui voulait vivre une vie peu ordinaire, trad. de l’anglais (Australie) Agnès de Ryckel, juin 2012, 235 p. 9 € . Ecrivain(s): Martine Murray Edition: Mijade

Avec cette histoire (presque) vraie, les éditions Mijade nous proposent un vrai bonheur de lecture, un objet littéraire d’un genre indéterminé mais totalement addictif. La jeune Cedar nous y raconte un pan mouvementé de sa vie d’adolescente dans un récit enlevé, ponctué de dessins naïfs à l’encre noire. Alors qu’elle rêve que quelque chose lui arrive enfin, elle se voit confrontée à toute une série d’événements qui vont l’amener à se découvrir, se dépasser et à agir sur sa destinée.

« Je me suis regardée dans le miroir pour voir de quoi j’avais l’air, et le visage de Cedar B. Hartley m’a rendu mon regard. Ce n’était pas vraiment le reflet d’une Lana Monroe, ni d’une fille célèbre ou très savante… juste un grand sourire plein d’espoir et une auréole rousse de cheveux bouclés ».

Cedar n’est pas une star, pas même l’une de ces filles sur lesquelles les garçons se retournent. Par contre, elle a une sacrée personnalité mais, ça, elle ne le sait pas encore. Parmi ses signes distinctifs : se met les doigts dans le nez pour revenir sur terre, décode les roucoulements des pigeons, participe au championnat de position de chauve-souris, adore Barnaby, son frère fugueur philosophe – il lui a appris que lorsqu’on est vraiment amoureux, on aime les trois parties de la personne : esprit, âme et corps.

Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Michel Pastoureau

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 22 Juillet 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Points

Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Points Histoire, Juin 2012, 487 pages, 10 € . Ecrivain(s): Michel Pastoureau Edition: Points

 

On ne présente plus Michel Pastoureau, historien médiéviste, qui a rencontré depuis plusieurs années un grand succès en librairie grâce à ses histoires des couleurs ou ses travaux sur les bestiaires du Moyen Âge.

Avec cette Histoire symbolique du Moyen Âge occidental, recueil d’articles de l’auteur édité initialement en 2004 au Seuil et aujourd’hui réédité en poche, on retrouve l’essentiel des thèmes chers à Michel Pastoureau et qui lui ont permis de toucher le grand public : couleurs et bestiaires, donc, qui occupent une place majeure dans l’ouvrage, mais aussi héraldique, vexillologie, végétaux, jeux, et regards portés postérieurement sur le Moyen Âge par des auteurs comme Walter Scott, Jean de La Fontaine ou Nerval.

Ouvrage à la fois érudit et grand public grâce à la plume alerte de Michel Pastoureau qui ne sacrifie jamais ni le style ni la précision des faits et des concepts, Une histoire symbolique du Moyen Âge se révèle être un livre qui allie dans le meilleur sens du terme la vulgarisation et l’exigence scientifique.