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Les Livres

Perplexe, Marius von Mayenburg

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 28 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Théâtre, L'Arche éditeur

Perplexe, trad. de l’allemand Hélène Mauler et René Zahnd, 2012, 78 p. 14 € . Ecrivain(s): Marius von Mayenburg Edition: L'Arche éditeur

A l’occasion de la création en France de la pièce à Lyon en mars 2013 au Théâtre des Ateliers

 

Perplexe /Perplex paraît en 2010 en Allemagne. La même année, son auteur Marius von Mayenburg monte sa propre pièce à Berlin à la Schaubühne. Cette double entreprise relève sans nul doute de la perplexité du théâtre interrogé par Mayenburg. L’étymologie du mot perplexe (perplexus en latin) met en lumière « l’enchevêtrement » qui sous-tend le texte qui jamais n’établit de coupures, de pauses. Le texte est tout au contraire un flot, un glissement de réplique l’une sur l’autre. Au début s’entremêlent des didascalies et des répliques d’un duo (figure d’un couple revenant de vacances). Ces didascalies portent surtout sur la mobilité des corps tandis que le texte s’englue dans la redite par la reprise d’un mot : courrier-Robert-courant-usine électrique-interrupteur… Premier effet de décalage comique. Certains pourraient penser aux deux couples anglais de La cantatrice chauve, les Smith et les Martin : Eva et Robert puis Judith et Sebastian. Le premier couple rentre dans son appartement après des vacances à l’étranger. Il est question du courrier arrivé pendant leur absence, de la facture d’électricité restée impayée. Leurs amis, Judith et Sebastian ont eu la charge de s’occuper de leur domicile. Leur conversation relève de la banalité absurde :

Précis de recomposition, Anne Teyssiéras

Ecrit par Grégoire Meschia , le Jeudi, 28 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Poésie

Précis de recomposition, Editions de Corlevour, 2013, 96 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anne Teyssiéras

 

Ça commence par la fin du monde et la découverte d’un Nouveau Monde, celui d’Anne Teyssiéras. Nouveau car éternellement renouvelé. Mais son univers, ses lecteurs le connaissent. Se consacrant à l’écriture dès 1958, elle a publié de nombreux recueils de proses poétiques dans un style particulier qu’on lui reconnaît. Comme point de repère pour ne pas se perdre dans son œuvre abondante, remarquons Golem, qui en 2000 a été considéré comme la synthèse et le faîte de ses créations poétiques. Elle continue d’écrire. Ecrire pour ne pas oublier, pour ne pas être oubliée. Ecrire pour vivre, pour montrer qu’elle est vivante. Ecrire pour créer mais aussi pour recréer.

Dans son Précis de recomposition, publié aux éditions Corlevour, elle recompose encore une fois son passé, le passé de tous par les mots : elle navigue entre ses expériences personnelles et de grands événements planétaires, comme el Descubrimiento par exemple. En réponse au Précis de décomposition de Cioran (mais aussi en relisant d’autres auteurs auxquels elle fait référence en notes), elle redonne vie à un territoire laissé en friche par le philosophe. Le présent chez elle est nécessairement lié à la mémoire et se constitue toujours par rapport à un passé qui n’est jamais très loin. Sa prose si poétique n’en est pas moins philosophique et difficile à décoder.

Profanes, Jeanne Benameur

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 27 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Profanes, janvier 2013, 288 p., 20 € . Ecrivain(s): Jeanne Benameur Edition: Actes Sud

Avec Profanes, Jeanne Benameur signe un livre étonnant à tout point de vue remarquable, un livre vibrant et chaleureux, revigorant, qui vient à la rencontre du lecteur pour lui faire partager cette « émotion du monde », cette passion de la vie qui semble la sienne. Elle lui conte pourtant une bien curieuse histoire tournant autour de la mort accidentelle d’une jeune fille, et de son père qui ne s’est jamais remis de ce drame. Chirurgien aguerri, il n’avait pas osé à l’époque prendre le risque d’opérer lui-même sa fille. Sa femme  ne lui avait pas pardonné et l’avait quitté…

Tous les ingrédients d’un mélo sont là mais Jeanne Benameur n’a pas la plume complaisante et ce n’est manifestement pas ce qui intéresse cette auteure qui paraît s’exprimer par la voix de son héros : « Ce n’est pas la mort qui m’intéresse, c’est la vie. Le sacré (…) ce qui relie les deux ». Le sacré, un mot qui n’est pas pour elle réservé à la religion et désigne quelque chose d’inconnu qui dépasse l’homme sans pour autant lui être extérieur, quelque chose se trouvant « au cœur-même de l’homme » détenteur d’une parcelle de divin et donc gardien du temple avec ses semblables. Ainsi, ce livre émancipateur qui s’attaque au paradoxe de la vie et de la mort et célèbre le culte de la « vie trébuchante » en mettant en scène des Profanes s’adresse-t-il à des « âme[s] imparfaite[s] », à « des hommes et des femmes » qui comme eux doutent et peuvent tous néanmoins « approcher ce qui fait le cœur de la vie ».

Nouilles froides à Pyongyang, Jean-Luc Coatalem (2 recensions)

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 27 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Grasset

Nouilles froides à Pyongyang, Récit de voyage, 2013, 17,60 € . Ecrivain(s): Jean-Luc Coatalem Edition: Grasset

 

Recension 1

 

« Où allons-nous, nous qui n’allons nulle part dans ce pays qui n’existe pas ? » est une phrase du livre qui aurait pu se trouver en exergue au début de Nouilles froides à Pyongyang, récit dans lequel Jean-Luc Coatalem raconte un voyage en Corée du Nord effectué au printemps 2011 – donc avant la disparition du « Cher Leader » Kim Jong-il, remplacé depuis par son fils Kim Jong-un. Un voyage un peu particulier, très encadré, très contrôlé, mais qui livre au final un « journal de voyage, attentif mais distant, amusé parfois, jamais dupe ». Allons voir.

Avant de glisser sur la « rampe des longitudes », Jean-Luc Coatalem et son ami Clorinde obtiennent, sous prétexte de consulting en tourisme, des visas pour un pays « sur lequel on en sait moins que sur nos galaxies lointaines ».

L'ange Esmeralda, Don DeLillo

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 26 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles, Actes Sud

L’Ange Esmeralda (The Angel Esmeralda: Nine Stories), traduit (USA) Marianne Véron, 252 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud

 

L’Ange Esmeralda est un recueil de nouvelles écrites par Don DeLillo entre 1979 et 2011. A côté de ses romans, l’occasion nous est donnée d’apprécier une autre facette du talent de l’auteur, sur des formats courts, facette que l’on avait déjà pu découvrir avec son dernier ouvrage, Point Oméga, une novella déjà bien moins longue que ses habituels écrits.

DeLillo est aussi brillant en novelliste qu’en romancier par sa capacité à planter le décor, d’incarner des personnages, et de créer une tension avec peu d’effets.

L’Ange Esmeralda est un concentré de Don DeLillo, une sorte de miroir de son œuvre, une évocation de ses thématiques. Comme ses romans, les neuf nouvelles de ce recueil sont tantôt brillantes, ultra brillantes, avec leur écriture précise, mais tantôt aussi un peu poussives, à cause d’une certaine tendance à la pseudo philosophie, de dialogues un peu théoriques, pleins de formules, de sentences dont l’auteur a parfois tendance à abuser (mais c’est ce qui fait aussi son charme et pourquoi on l’aime).