Identification

Les Livres

L'amour en miettes, Catherine Siguret

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

L’amour en miettes, Janvier 2012, 14 € 50 . Ecrivain(s): Catherine Siguret Edition: Albin Michel

Chagrin d’amour, rupture et deuil… Sujet probablement le plus traité en littérature, depuis les tragédies antiques, jusqu’aux plus récents romans, sans oublier les « Bérénice », et tous les autres rapportés par les « petits classiques Larousse » de notre lointain lycée ; « mille e tre » a dit quelqu’un ; au moins !

Alors, écrire un autre livre sur le sujet, voilà bien du culot, du courage, aussi… à moins qu’au fond ce soit au bout, un autre sujet ! On imagine pourtant ces cohortes de lecteurs voguant dans le silence ouaté de « leur » librairie, et « œillant » – c’est là, le regard si particulier du chasseur de livre – sur la pile de L’amour en miettes… chagrin d’amour… certains pourraient ne pas vouloir accoster à ce port là (connu, trop convenu) ; et bien, ils auraient tort : ça vaut vraiment le voyage, ce pays de Catherine Siguret.

Fine, très fine mouche, l’auteur, écrivaine madrée, qui capte ses lecteurs par le biais d’un abécédaire, de « dépendre » à « jeter tout », en passant par « larmes » ou « dormir » ; ainsi, nous évitant l’auto-larmoyante et psycho-affective écriture qui sent son canard illustré de chez mon coiffeur. Tout au contraire, une approche distanciée, en apparence, qui fait son chemin de A à presque Z, avec, quand on ouvre le livre, une impression de dire beaucoup – le sérieux de l’abécédaire – mais sans y toucher frontalement ; on est plutôt ici, dans les cercles concentriques.

Les poings sur les îles, Elise Fontenaille et Violeta Lopiz

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Contes, Jeunesse, Le Rouergue

Les poings sur les îles, septembre 2011, 15€ . Ecrivain(s): Elise Fontenaille et Violeta Lopiz Edition: Le Rouergue


Les poings sur les îles est le premier album d’Elise Fontenaille, qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai aux Editions du Rouergue. Si elle a plutôt l’habitude des textes longs destinés aux plus grands, elle s’est lancée avec succès dans la rédaction de cet opus en duo avec la plasticienne espagnole Violeta Ruiz, qui publie, elle, pour la première fois en France.

Les poings sur les îles est un album enchanteur dédié à tous les grands-pères du monde. Le narrateur a 6 ans, il apprend à lire et à écrire ; les mercredis et les dimanches il se rend chez Luis, son pépé, qui vit dans une petite maison entourée d’un jardin fabuleux et foisonnant d’oiseaux et de fleurs plus colorées les unes que les autres. Luis s’est installé ici il y a longtemps, quittant l’Espagne

« quand il avait onze ans. Il a traversé les montagnes, les collines, la campagne, et puis il est arrivé en France. Il fuyait la guerre et la misère, papa m’a dit il n’a pas eu d’enfance. »

L'homme à la carrure d'ours, Franck Pavloff

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

L'homme à la carrure d'ours. Janvier 2012. 208 p. 15 € . Ecrivain(s): Franck Pavloff Edition: Albin Michel


Laponie russe. Finlande à l’Ouest. Mer de Barents au Nord et mer Blanche au Sud. Années 2010. Toile de fond : Voulkor, une ancienne ville minière russe rasée ; ses galeries servent d’entrepôt aux déchets nucléaires depuis près de vingt ans.


« Puis un jour d’automne, l’harmonie entre les hommes et la terre arctique fut tranchée par un ordre d’évacuation d’urgence signé des Autorités, doublé d’un décret sans appel ordonnant au trust de détruire l’usine et les docks de la baie, de faire sauter à l’explosif les immeubles de Voulkor et de colmater les puits des galeries de mine. […] Tout fut enseveli sous des tonnes de ciment et de mâchefer amenées par des cargos non identifiés qui se frayèrent un passage parmi les sous-marins nucléaires à l’abandon dans la baie. […] Plus aucun obstacle ne s’opposa au vent du nord. Sur les cartes de protection civile, les Autorités, gommant le nom des villes martyres, hachurèrent un large quart de cercle reliant la baie à la Plaine. Les fjords poubelles et l’isthme de terre lapone rongées de galeries bourrées de déchets d’origine inconnue furent rayés de la carte ».

Potemkine ou le troisième coeur, Iouri Bouïda

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 25 Janvier 2012. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, Gallimard

Potemkine ou le troisième cœur. Traduit du russe par Sophie Benech, janvier 2012, 162 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Iouri Bouïda Edition: Gallimard

Quand un film change une vie.

Paris, 1926. En prenant son ticket de cinéma pour aller voir l’une des toutes premières séances du Cuirassé Potemkine, de Sergueï Eisenstein, Fiodor Ivanovitch Zavalichine, dit Théo, n’imaginait pas que « soixante quinze minutes après le début de la séance, sa vie allait connaître un changement irréversible. »

En tant que militaire, il avait participé à la répression de 1905 et « c’est seulement alors, en découvrant sur l’écran sur qui il avait tiré bien des années auparavant, que cet homme dit avoir compris l’horreur du crime auquel il avait participé sans s’en rendre compte ».

Il se rend à la police en se déclarant coupable d’avoir commis un crime épouvantable.

« Un hasard m’a ouvert les yeux et j’ai compris que j’étais un criminel. J’ai commis un crime, il y a vingt et un ans, et je viens seulement de l’apprendre… A l’époque, je croyais juste exécuter un ordre. Je croyais tirer sur des insurgés, et voilà que maintenant, j’ai découvert que ce n’étaient pas des insurgés, mais des femmes et des enfants. »

Les petites bêtes de Tatsu Nagata

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 25 Janvier 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Les petites bêtes de Tatsu Nagata, traduit du japonais par Thierry Dedieu, 192 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Tatsu Nagata Edition: Seuil Jeunesse

Parmi la profusion d’ouvrages sur les animaux, proposée par l’édition jeunesse, la production de Tatsu Nagata dénote très nettement. Dans ses albums de sciences naturelles destinés aux tout-petits, il allie une extrême simplicité à une efficacité redoutable et à un humour omniprésent. L’exercice est enlevé, pertinent et bigrement intelligent. Il raconte ce qu’un scientifique en herbe est susceptible d’observer, à l’instar du professeur Nagata, scientifique reconnu et amoureux de la nature et croqué avec réussite dans de savoureux autoportraits.

Les petites bêtes de Tatsu Nagata rassemble huit de ces albums.  L’illustration sur une double page est accompagnée d’une phrase-clé offrant une observation sur l’animal étudié. Les images sont sobres et drolatiques, elles jouent sur des gammes de couleurs épurées et franches. Le propos énonce une réalité scientifique tout en laissant une grande place à l’humour, soit par contraste avec l’image, soir par effet d’exagération. De la même façon, les illustrations prêtent souvent à rire : tantôt elles jouent sur la personnification de l’animal, les lunettes à huit verres de l’araignée, le ver de terre attablé ou la fourmi éleveuse de pucerons en sont de bons exemples ; tantôt elles prennent au pied de la lettre la phrase correspondante, ainsi, face à l’escargot, « la tortue est rapide » et semble courir, alors qu’en hiver, il reste au fond de sa coquille, dotée d’une cheminée fumante.