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Les Livres

Zola Jackson, Gilles Leroy

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 24 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Zola Jackson, 2010, 152 pages, 5,10 € . Ecrivain(s): Gilles Leroy Edition: Folio (Gallimard)

Alors qu’un véritable fléau, l’ouragan Katrina, est sur le point de s’abattre sur la Nouvelle Orléans, l’institutrice en retraite, Zola Jackson, se souvient. La dernière visite de son fils. Sa maladie. Elle pourrait fuir, se faire secourir mais elle reste envers et contre tout. Car on ne quitte pas cette ville. Elle l’aime et elle la subira jusqu’à la lie. Bientôt, emprisonnée par les éléments, elle lutte pour survivre et ne doit son salut qu’à sa chienne Lady. Face à l’ouragan, elle fait front, seule, comptant sur ses ressources et son habitude du phénomène. La description de la catastrophe est percutante.

« Les corps flottent sur le ventre, tous sans exception. Et tous ont les bras en croix, telles des outres chrétiennes.

Parfois, sur le dos d’un corps, on discerne un rat embarqué. Un rat en croisière. C’est formidable ».

Zola Jackson est une sacrée bonne femme. Incarnation de la solitaire, elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle conspue Dieu qui n’est même pas capable de veiller sur les siens. Elle a éduqué tous les gamins du coin, en élevant un garçon métis et sensible qui ne parvint jamais à se fondre dans la masse. Ambition maternelle satisfaite, Caryl devient un brillant historien. Seul bémol, il est homosexuel. Mais, tout en râlant après le compagnon de son fils, elle accepte car elle l’aime d’un amour inconditionnel.

Pas son genre, Philippe Vilain

Ecrit par Myriam Thibault , le Dimanche, 24 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions, Grasset

Pas son genre, 187 pages, 15€. . Ecrivain(s): Philippe Vilain Edition: Grasset


Un jeune professeur de philosophie parisien est muté dans le nord de la France, à Arras. Il se sent seul. Il est nostalgique de Paris, et est en manque d’une certaine ambiance, totalement absente dans cette sombre ville du nord. On se rend vite compte que ce jeune homme a une fâcheuse tendance à l’indécision lorsqu’il s’agit de son engagement auprès des femmes.

Un jour, chez le coiffeur, une jeune femme, sa coiffeuse, qui au départ ne provoque en lui qu’une totale indifférence, va peu à peu l’intéresser.

Cette femme est coiffeuse, habite à Arras. Lui est professeur de philosophie, et parisien. Un inévitable et grand fossé se situe entre leurs deux niveaux sociaux. Un fossé qu’ils vont, et surtout lui, croire surmontable. Jusqu’au jour où.

Philippe Vilain nous trace ici une histoire d’amour. Plutôt banale, mais toute en finesse. Il nous décrit une histoire peu à peu affectée par les différences d’origines sociales, les différences de milieux sociaux, et les différences d’ambitions. Elle est fascinée par lui, par son statut de professeur. Une barrière est déjà créée.

Les nouveaux contes de la cité perdue, Richard Bohringer

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 20 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles

Les nouveaux contes de la cité perdue, 2011, 175 p, 15 €. . Ecrivain(s): Richard Bohringer Edition: Flammarion

Les schizoanalystes auront ici des grains à moudre. Mais pour quelle farine ? Et pour quel pain ?

Tout le monde ou presque aime bien Richard Bohringer. Il est humain, très humain, hyper humain. Il parle comme tout le monde, il se met en colère comme tout le monde et c’est pour ça qu’on l’aime bien, Richard Bohringer.  D’écrans en librairies, d’occident en accidents, le monde des animateurs criticopolitiques sourit à sa bonne gueule, sacrée gueule. RB sort du 7ème art et livre son 7ème livre.

Les résumés du livre sont partout, alors…

Mais voilà, sur le fond :
 rien de nouveau sous le soleil ! Le malheur, encore le malheur, on veut bien, oui, mais quelques épices d’humour, une pincée de distance, une once d’ironie même, une fraction homéopathique d’aromates sauvages ou autres herbes eussent agrémenté une lecture haptique ou l’eussent rendue moins contrainte voire obligée.

Mais voilà, sur la forme : « Moi j’ai pas de syntaxe : mon style c’est la syncope… » entendons-nous à l’envi sur nombre de tuyaux archi communicants. Et préfère l’impair de la sainte taxe de la sainte coupe – pourquoi pas ? – car RB nous y invite, façon post Ferré, mais vraiment post post. Et puis ça continue.

Le mécanicien des roses, Hamid Ziarati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 19 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Editions, Thierry Magnier

Le Mécanicien des roses, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 2011, 366 p. 22 €. . Ecrivain(s): Hamid Ziarati Edition: Thierry Magnier


Une fois n’est pas coutume, taisons-nous et ouvrons le livre à la première page. Savourons.

« Le village était éclairé par une lune bossue de printemps, affaissée sur un nuage solitaire.

Les tziganes, appuyés à la charrette, jouaient de leurs instruments. Un chant résonnait, tantôt triste pour célébrer un amour douloureux, tantôt joyeux pour fêter un amour éclos et réciproque.

Zoleikha virevoltait autour des feux de joie, insouciante à la présence des fidèles, telle une phalène amoureuse de sa mortelle bougie ».

Dès les premiers mots, ce roman agit tel un envoûtement, offrant l’une après l’autre ses circonvolutions poétiques. Sa force est d’employer les ressorts du conte, gracieux mais emplis de force et de sagacité, pour dire les réalités d’un pays blessé. D’une époque à l’autre, on y a sabré les droits des hommes et nié les femmes, bafoué la beauté et gâché la douceur de vivre. Hamid Ziarati expose, avec justesse et pudeur, le destin de cinq personnages, liés, tels les surgeons des roses à la racine mère, dans une fresque où l’Iran se dérobe et se démasque à chaque page.

Allmen et les libellules, Martin Suter

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 17 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Langue allemande, Christian Bourgois

Allmen et les libellules, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, 2011, 166 p. 17 €. . Ecrivain(s): Martin Suter Edition: Christian Bourgois

Un gentleman collectionneur désargenté, un majordome guatémaltèque mystérieux, une héritière déjantée et sexy, des coupes art déco très précieuses, de l’élégance, de la séduction, des rebondissements cocasses, quelques méchants très méchants, un soupçon de roman noir, voilà les ingrédients du dernier Martin Suter, premier d’une série policière consacrée au personnage éponyme, Johann Friedrich von Allmen ; tout un programme.

Les ficelles ne sont pas nouvelles, mais elles fonctionnent. Les talents d’enquêteur d’Allmen ne valent pas ceux d’un Sherlock Holmes, ni même ceux d’un Rouletabille ; ses compétences en matière de cambriolage feraient probablement sourire Arsène Lupin. Pourtant, Allmen et son acolyte Carlos emportent l’adhésion du lecteur. Car ce personnage de dilettante qui aime « sécher la vie », il faut le reconnaître, nous est immédiatement sympathique. Il occupe sa riche demeure qui ne lui appartient plus, fréquente des endroits surannés et se plonge avec délectation dans ses livres, en « toxicomane de la lecture » pour « échapper à la réalité ». En guise de subsides, il revend les œuvres d’art qu’il avait autrefois dérobées. Jusqu’au jour où un dernier larcin entraîne une série de  désagréments des plus malencontreux l’obligeant à mener sa propre investigation.