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Les Livres

Monstre sacré, Donald Westlake

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 16 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Rivages/Thriller

Monstre sacré, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Bondil, Rivages/Thriller, 2011, 271 p. 18,50 €. . Ecrivain(s): Donald Westlake Edition: Rivages/Thriller

Délaissant momentanément Dortmunder et sa clique de sympathiques cambrioleurs, Donald Westlake nous entraîne dans une plongée en eaux troubles, dans un roman des plus noirs au sein du monde du spectacle, roman publié en 1989 aux Etats-Unis et resté inédit en français. C’est au cœur de la mémoire de Jack Pine qu’accède le lecteur. Pine est un acteur déchu, une star adulée, riche et droguée. Entre deux évanouissements, une crise de panique et grâce à de multiples remontants offerts par le diligent majordome Hoskins, il donne, par intermittences, au bord de sa piscine, une interview à Michael O’Connor, reporter au magazine People.

« Il y a des choses que je n’avouerai jamais à cet interviewer. Des brutes épaisses ne pourraient me les arracher, ils peuvent toujours essayer si ça les amuse.

En même temps… mais est-ce le même temps ou un autre moment ? Un autre lieu ? D’un autre côté, alors, il y a des choses que je ne m’avouerais même pas à moi-même. En fait, je suis tellement malin, tout là-haut sur cet autre côté, que je ne vais même pas m’avouer quelles sont ces choses que je ne m’avouerai pas. Et dire qu’il y a en a pour prétendre que la drogue affecte le cerveau ; pas le mien, mec ! »

Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Ecrit par Paul Martell , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Les Vaches de Staline, Stock La Cosmopolite, 524 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

Après l’énorme succès obtenu par Purge l’an dernier, les éditions Stock publient l’un des précédents livres de Sofi Oksanen, paru initialement en 2003, Les Vaches de Staline.

Les vaches de Staline, c’est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent là-bas pour se moquer de la propagande soviétique qui assurait que le régime produisait des vaches exceptionnelles.

« La vache de Staline, c’est une chèvre ». Une chèvre toute maigre, comme Anna, une brindille de quarante kilos qui souffre de troubles alimentaires. Anna ne sait pas manger. Elle est boulimarexique, c’est-à-dire qu’elle est à la fois boulimique et anorexique.

Pour soulager son ventre « interminablement avide de sucreries », elle ingurgite des quantités astronomiques de nourriture, de quoi nourrir un régiment pendant plusieurs jours.


« Je me suis mise à mesurer le temps en kilocalories », dit-elle.


Mary Ann en automne, Armistead Maupin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Mary Ann en automne, 317 pages, 21 € . Ecrivain(s): Armistead Maupin Edition: L'Olivier (Seuil)


Voilà un épisode de plus – le 8 – des « Chroniques de San Francisco ». On y retrouve les beaux et charnus personnages, disons aussi goûteux, notamment féminins qui habitent cet univers à la fois dépaysant et pourtant familier de la série fétiche de l’auteur américain.

Mary Ann en automne est déjà raconté par la couverture de l’Olivier : un bout du Golden Gate – forme et couleur caractéristique – émerge à peine d’un brouillard ? D’une mer ? façon statue de la liberté, dans le sable de la « vieille » « Planète des singes ». Et, déjà, on a cet automne de la vie – échecs et maladies confondues – cette nostalgie, plus sucrée qu’amère, ce mixte déceptions / amitiés de cocon qui colorent ce livre définitivement humain et attachant.

Mary Ann (« elle animait une grande émission TV à la fin des années 80 ») revient – rivages de la cinquantaine – à Frisco. « Si seulement il y avait un truc avec cette colline : la vue sur l’île d’Alcatraz par exemple, les cornes de brume ou l’odeur des planches moussues sous ses pieds, qui lui permettrait de renouer avec son paradis perdu… » Échecs intimes, menace de cancer suspendue… l’automne, mais pas l’Indien et ses fulgurances de la côte Est.

Premier bilan après l'apocalypse, Frédéric Beigbeder

Ecrit par Myriam Thibault , le Mercredi, 14 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Grasset, La rentrée littéraire

Premier bilan après l’apocalypse, essai 423 pages, 20€. . Ecrivain(s): Frédéric Beigbeder Edition: Grasset

Dans la préface de ce Premier bilan après l’apocalypse, il s’agit tout d’abord d’une volonté de Frédéric Beigbeder de dire haut et fort que la mort du livre sur papier est dramatique. Le livre électronique n’étant évidemment en rien comparable à un vrai livre papier que l’on peut toucher, sentir, palper, annoter…

Mais ce livre est également une envie de faire son propre classement après le Dernier inventaire avant liquidation, sorti en 2001, aux Editions Grasset, où Frédéric Beigbeder commentait les « 50 premiers livres du siècle », à partir d’un classement établi par la FNAC et Le Monde.

Aujourd’hui, Frédéric Beigbeder souhaite garder 100 livres. On trouve des auteurs classiques comme Paul-Jean Toulet, F.S. Fitzgerald, Raymond Radiguet, Jean Cocteau, ou le grand J.D. Salinger (Beigbeder était parti à sa recherche aux Etats-Unis, le résultat étant un film de Jean-Marie Périer : « L’attrape-Salinger »). Mais on trouve aussi de grands auteurs contemporains, tels que Bret Easton Ellis, Régis Jauffret, Patrick Modiano, Jean-Jacques Schuhl, ou Philip Roth. Parfois au hasard de quelques pages, cachées, certaines femmes font surface, bien que difficilement. Ce Premier bilan après l’apocalypse est un classement tout à fait personnel, et à son image.

L'unique objet de mon désir, Frédéric Teillard

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 13 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Galaade éditions

L’unique objet de mon désir, Frédéric Teillard, 30 août 2011 . Ecrivain(s): Frédéric Teillard Edition: Galaade éditions

Les écrivains ne sont sans doute jamais aussi bons que lorsqu’ils écrivent un sujet qu’ils connaissent par cœur. Ainsi Frédéric Teillard met-il en scène un écrivain en panne d’inspiration, qui tourne autour du pot plutôt que d’y rentrer. Sa voix alterne avec celle d’Alix, son épouse partie chez son amant en Normandie tout en prétextant qu’elle est à l’autre bout de la France. Resté à Paris, Gilles se pose mille questions, tandis qu’Alix voit son bonheur un peu gâché de ce qu’elle s’en pose presque autant. Déchirée entre deux hommes, de cet éternel dilemme entre passion et raison, entre quitter et rester, elle se confie à son journal intime – elle écrit, précisément quand son mari trompé n’y parvient pas.

« Je ne peux ni quitter Gilles ni retourner auprès de lui désormais. Vivre sans toi m’est impossible, vivre avec toi excède mes forces » (page 96).

« Je ne savais plus rien, je ne pouvais ni quitter Gilles, ni Nino, seulement trahir chacun d’eux lorsque j’étais avec l’autre » (page 121).

Il n’est pas si fréquent que l’on soit entraîné dans les tribulations d’un écrivain moyen sans en passer par les clichés de l’artiste maudit, avec son cortège de sentiments négatifs et de pensées noires, du désespoir à l’auto flagellation en passant par l’incompréhension dont le concerné se sent victime et son envie récurrente de tout cesser.