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Les Livres

Générosité, Richard Powers

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 30 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

Générosité, 480 pages, 22 € . Ecrivain(s): Richard Powers Edition: Le Cherche-Midi

Thassa Amzwar est une jeune femme heureuse. Un peu trop même pour certains. Elle est tout le temps contente. « C’est comme si elle prenait de l’ecstasy en continu ». Rien ne semble pouvoir lui enlever son sourire des lèvres et l’empêcher de voir la vie en rose. « Cette Algérienne possédait quelque chose de contagieux. Impossible de résister à son allégresse : c’était comme avoir 7 ans et se retrouver à dix heures de son huitième anniversaire ».
« Quand le temps se gâte, son ravissement augmente. Elle arrive en classe sous une averse glacée, la tunique et le pantalon trempé, les cheveux chocolat collés en tresse sur les épaules. Elle se plante dans l’encadrement de la porte […] et rit comme si elle revenait de Disneyland. “Quel temps ridicule ! C’est fantastique !” »
Pour son professeur Russel Stone, cet état perpétuel d’optimisme ne va pas de soi. Etre tout le temps heureux ? Irradier de bonheur ? Propager sa félicité à son entourage, comme une véritable contagion ? C’est d’autant plus anormal que Thassa Amzwar ne présente pas le « profil » pour être heureuse. Elle est en effet une « enfant de la mort », une traumatisée. Algérienne, elle s’est réfugiée au Canada après que ses parents aient été tués lors d’émeutes en Kabylie. Ensuite, elle a déménagé à Chicago pour y suivre des études dans l’objectif de devenir réalisatrice.

Charly 9, Jean Teulé

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 27 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Julliard

Charly 9 de Jean Teulé 2011, 232 p. 19 €. . Ecrivain(s): Jean Teulé Edition: Julliard

Poisson d'avril ! Il y a au moins une raison de se délecter avec Charly 9. Au milieu du livre, on saura pourquoi les facétieux accrochent des poissons dans le dos le 1er Avril. Cela remonte aux lendemains de la Saint-Barthélémy.

Le chapitre 2 du livre est très court :


-2-

Dimanche 24 Août 1572

(Saint-Barthélémy)


Bien sûr, mille autres motifs de plaisirs éclabousseront les lectures. Bonheur des mots, d'époque et d'aujourd'hui, savants et crus, et inversement. Jubilation détendue à chaque ligne. Étonnements et suspensions. Voilà un livre gai. On respire. On sourit. On oublie.

Mauvais genre, Naomi Alderman

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, L'Olivier (Seuil)

Mauvais genre. Traduit de l’anglais par Hélène Papot. 380 p. 22 € . Ecrivain(s): Naomi Alderman Edition: L'Olivier (Seuil)

C’est rare un livre qui commence par la chute. Enfin je veux dire « une » chute mais elle pèse tant tout au long de cette histoire ! James Stieff vient d’être admis à Oxford, rêve qui dort dans le giron de tout jeune anglais issu de la middle class. Il court, dans le plaisir de l’air glacé et d’un corps parfait, élastique, qui le porte comme un ressort. Il court, au devant d’une vie brillante qui l’attend sûrement. Son pied pose sur une plaque de verglas et il tombe. Lourdement. Tendons et ligaments craquent. La douleur s’abat sur lui. Elle ne le lâchera plus. La douleur physique bien sûr, qui reviendra, nauséeuse, tout au long des années Oxford et au-delà, mais, en même temps, s’annoncent toutes les autres douleurs qui vont s’accumuler jusqu’à l’horreur pendant les temps qui s’ouvrent ce jour-là.

Tout dans ce roman semble évoquer la traditionnelle histoire de la jeunesse dorée d’Oxford : la maison de Mark, l’ami immensément riche, dans laquelle toute une bande de garçons et filles va vivre pendant les trois années d’étude. Fêtes, délires, dérives, rêves, cynisme de la jeunesse. On croit un moment que nous sommes devant une histoire classique, très british, presque déjà connue. Mais quelle erreur !

Le musée de l'innocence, Orhan Pamuk

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

Le musée de l’innocence, 674 pages, 25 € . Ecrivain(s): Orhan Pamuk Edition: Gallimard

Qu’est-ce qui fait un grand livre ? Une histoire originale et savamment construite ? Des personnages remarquablement campés auxquels on s’identifie ? Un style qui vous emporte ? Une force qui vous pousse à tourner les pages les unes après les autres, qui ne fait jamais relâcher votre attention, même à une heure avancée de la nuit ? De l’émotion ? Du suspense ? Des interrogations qui poussent le lecteur à remettre en question ses façons d’être et d’agir ? Une fin à la hauteur de tout ce qui précède ?
Tous les ingrédients sont réunis dans le dernier livre d’Orhan Pamuk, Le musée de l’innocence et l’auteur les utilise à merveille. Après Istanbul et D’autres couleurs, il revient (enfin !) au roman avec Le musée de l’innocence, pour la première fois depuis son Prix Nobel de 2006.
Au début du livre, Kemal se souvient du moment le plus heureux de sa vie. C’était quand il embrassait l’épaule de Füsun. Il avait 30 ans, elle en avait 18. Quelques jours plus tard, Kemal devait se fiancer avec Sibel, une femme que tout le monde trouvait parfaite pour lui. Lui aussi était d’accord avec cette idée. Il savait qu’il se sentirait bien aux côtés de Sibel tout sa vie durant.

Pfff, de Hélène Sturm

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Joelle Losfeld

Pfff, 234 p, 18€. . Ecrivain(s): Hélène Sturm Edition: Joelle Losfeld

Premier roman. Coup de maître. Maîtrise de la plume, de la matière des mots, des références et des codes en un bestiaire invraisemblable et cohérent. Des références explicites : Beckett, Musil, Melville. Des références implicites : les inventions de Rabelais et la légèreté minutieuse de Queneau. Des codes : Craven A… toute une époque, baignée de Léo Ferré ? Des signes, retournés : Jaboulay et Chapoutier en Dupont et Dupond, en Schwartz et Negger ? Clins d’œil tous azimuts mais sans débordement ni facilité. Fin de l’éloge. Place aux limites. Sans limites, pas d’éloge.


Au-delà des trouvailles, et sans doute fusent-elles en abondance, on risque de se perdre ou d’être perdu. Est-ce volontaire ? Pfff est un pur « milieu » : ça commence au hasard Odile. A la fin, on reste sur la faim. On est emporté au milieu du désir et des désirs. Un flux héraclitéen râpé par les techniques formelles d’un Raymond Roussel.