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Les Livres

Chroniques de l'occident nomade, Aude Seigne

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 15 Février 2012. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Zoe

Chroniques de l’Occident nomade, octobre 2011, 144 p., 16 € . Ecrivain(s): Aude Seigne Edition: Zoe

Un jour, devant « la mer scintillante comme un désert bleu », c’est la révélation. « Le désert de glace aveugle et défile alors que le ciel est d’un bleu pâle infini. J’ai quinze ans mais je ne me suis jamais réveillée sur un tel panorama et des milliers de générations d’humains ont dû le faire tous les jours avant moi. Quelque chose craque en moi ce jour-là, une paroi se rompt sans crier gare, la possibilité de l’abîme se dévoile en même temps que celle du bonheur absolu ». Reprenant les réflexions de Nicolas Bouvier, Aude Seigne découvre que l’état nomade a quelque chose à lui apprendre. « On ne sait pas très bien pour quoi on s’embarque quand on commence à voyager, mais comme dans un roman, tout est déjà là dès l’incipit ». Alors Aude Seigne est partie. Ce livre est une pause dans l’errance de cette jeune « bourlingueuse du XXIe siècle », un moment d’écriture, un point sur elle-même, avant d’autres probables départs.

Pour la voyageuse, le voyage permet toujours de se découvrir soi-même – même si l’on pense se connaître, « il y a des moments où je ne sais plus très bien d’où viennent certains confins de moi-même » – et permet de vérifier que voyage et amours sont étroitement liés. « Comment aller à la rencontre de l’autre ? C’est la question de l’amour, de l’amitié, c’est aussi la question des voyages ».

La symétrie ou les maths au clair de lune, Marcus du Sautoy

Ecrit par Christophe Gueppe , le Lundi, 13 Février 2012. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Symétrie, ou les maths au clair de lune, Essai traduit de l’anglais par Raymond Clarinard, 528 p. 26 € . Ecrivain(s): Marcus du Sautoy Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Comment devient-on mathématicien ? Et qu’est-ce que c’est que les mathématiques ? S’agit-il d’une succession de nombres sans fin, de calculs fastidieux et de symboles abstraits et incompréhensibles, accessibles aux seuls initiés ? Ce sont à ces questions que répond l’auteur, professeur de mathématiques à Oxford, dans un langage d’une clarté limpide qui est un modèle de pédagogie. Car il ne se contente pas de nous faire comprendre un pan du monde mathématique, mais il nous le fait aussi aimer. Il nous fait rentrer dans la subjectivité du chercheur, qui va à la rencontre des mystères de la nature. Lui qui initialement s’est essayé à l’apprentissage des langues, a été rebuté par leur caractère aléatoire et arbitraire, et il a très vite compris qu’elles ne pourraient satisfaire son désir de logique et de sens. Seule, la rencontre fortuite, mais pour laquelle il a su se rendre disponible, d’un professeur de mathématiques, lui a fait comprendre que celles-ci étaient aussi un langage, porteur de significations.

Les dépossédés, Steve Sem-Sandberg

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 12 Février 2012. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Récits, Robert Laffont

Les dépossédés, traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira (De Fattiga i Łódź), août 2011, 587 p. 22 € . Ecrivain(s): Steve Sem-Sandberg Edition: Robert Laffont


Les dépossédés relate l’histoire du ghetto de Łódź de 1940 à 1945, reprenant les faits dont témoignent la Chronique et les archives du ghetto et divers documents cachés par les résistants. L’auteur a décidé d’y articuler fiction et faits authentiques pour délivrer un récit insoutenable, prenant et atrocement vraisemblable. S’il transpose et adapte l’Histoire, il ne trahit pas la mémoire. Il œuvre pour transmettre.


« Le mensonge commence toujours dans le déni.

Il est arrivé quelque chose – pour autant, on se refuse à l’admettre.

Ainsi commence le mensonge ».

De bons voisins, Ryan David Jahn

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

De bons voisins (acts of violence), Actes Sud Actes noirs. Décembre 2011. Trad. de l’anglais (USA) par Simon Baril. 270 p. 21 € . Ecrivain(s): Ryan David Jahn Edition: Actes Noirs (Actes Sud)


Tiré d’un fait divers réel, ce roman est conçu comme une pièce de théâtre noire. « De bons voisins » se déroule autour d’une scène centrale : le meurtre, effroyablement violent, de Kat dans la cour de son immeuble. Autour, comme le choeur des tragédies antiques, les « voisins » qui regardent depuis les appartements, immobiles dans leur propre misère, leur peur, leur lâcheté, la perte de toute humanité. Aucun ne bouge.

La plume de Ryan David Jahn, dépouillée, sans effets de style ce qui rend encore plus insoutenable la réalité rapportée, se déplace alors comme une caméra dans un long travelling tournant autour de la cour centrale. Le décor fait irrésistiblement penser au célébrissime « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock. De chapitre en chapitre, le lecteur se déplace d’appartement en appartement, découvrant peu à peu les abîmes existentiels des habitants, torturés par la pauvreté, la dépression, la solitude, la vieillesse.

L'enfant et la nuit, Olivier Balazuc et Emmanuel Polanco

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 07 Février 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, Jeunesse

L’Enfant et la nuit, Gallimard jeunesse, 2012, 64 p. 22 €. (Livre CD) . Ecrivain(s): Olivier Balazuc et Emmanuel Polanco Edition: Gallimard

Récit initiatique et conte lyrique, L’Enfant et la nuit offre à son public un spectacle total ; spectacle dans un fauteuil qu’il pourra lire, voir et écouter en une association subtile. En une seule nuit et comme dans un rêve, les craintes les plus anciennes se réveilleront et prendront forme, les monstres et la mort se feront les alliés inattendus du rire et les enfants seront transportés dans un monde inquiétant et curieux.

Le jeune Virgile pénètre au cœur de la nuit pour ramener le jour. Dans sa chambre, sa sœur a peur, dans la sienne, leur mère malade se repose. Mais dans ce parcours obscur surgissent des êtres malfaisants, des rêves et des cauchemars. La belle mais cruelle reine Noctilia et son fidèle valet, le savant Evariste, attendent les jeunes noctambules pour les effrayer et se saisir de leurs larmes, composant essentiel de leur élixir de beauté éternel. « Un mirifique édulcorat », un « substrat de jeunesse » capable de donner naissance à cette « Eve nouvelle / Fruit de la science et du scapel » qu’incarne la reine de la Nuit. Virgile devra échapper à leurs pièges et ne pas céder aux mirages de la nuit.