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Les Livres

Le Caire à corps perdu, Khaled Osman

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 21 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Vents d'ailleurs

Le Caire à corps perdu. Septembre 2011. 18 € . Ecrivain(s): Khaled Osman Edition: Vents d'ailleurs

« Cette révélation l’avait entièrement déboussolé. Il avait regagné précipitamment sa chambre où il avait perdu du temps à tourner en rond, sondant désespérément sa mémoire à la recherche d’un indice quelconque. Complètement affolé, il regardait autour de lui, jetait des coups d’œil dans la rue. A plusieurs reprises, il avait fouillé dans les poches de son pantalon, cherchant avec fébrilité le moindre papier qui pourrait lui servir d’indice, mais il n’y avait rien d’autre que les quelques billets froissés ».

Ce texte est un extrait du premier roman de Khaled Osman, traducteur d’œuvres de fictions d’auteurs arabes célèbres tels que Naguib Mahfoud, Gamal Ghitany, Sahar Khalifa et bien d’autres.

Raconté à la troisième personne, Le Caire à corps perdu promène les lecteurs/trices sur une échelle de temps qui oscille entre le présent d’énonciation dont la fonction est d’attribuer aux péripéties du protagoniste et à l’action des personnages une dimension réelle. Et le passé proche et lointain, notamment par le truchement d’analepses qui immergent les lecteurs/trices dans un cadre spatial et temporel qui renvoie à deux types de passé et à deux espaces différenciés lesquels contribuent à donner davantage de sens au récit et à son dénouement. D’une part, à son enfance, à l’époque où il vivait encore au Caire, à son adolescence notamment lors de ses retours sporadiques dans sa ville natale. Et d’autre part, à sa vie d’adulte en Europe où il a exilé depuis de très nombreuses années.

Le séjour à Chenecé, Jean-Paul Goux

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 20 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le séjour à Chenecé ou les quartiers d’hiver (3), mars 2012, 107 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jean-Paul Goux Edition: Actes Sud

On ouvre un tiroir, qui ouvre un tiroir, qui ouvre un tiroir… un emboîtement, un meuble à secret. « Je n’ai rien trouvé » (p. 19) : lorsqu’il découvre dans un tiroir secret de la pièce dérobée, à demi cachée sous l’escalier principal, qu’il appelle « l’armoire », cette simple phrase, comme un défi à la curiosité de l’inventeur, Alexis pense que la vieille abbaye, devenue demeure familiale de vacances pour toute une tribu généalogique de cousins et de branches ramifiées, cache en son cœur une chambre noire, une pièce secrète jamais mise à jour, crypte ou souterrain insondable.

Le narrateur se met en abyme par un ricochet de mots, de situations :


(p. 24) : « Comment penser sans penser qu’on est en train de penser, par quoi l’on est empêché de penser à quelque chose de précis ? »

(p. 28) : « L’embryon de pensée qui aurait permis d’établir une liaison avec une autre pensée… (…) »

(p. 36) : « (…) et je ne doutais pas qu’en n’en disant rien Lucien n’ait souhaité lui conserver les vertus de son rayonnement alors même qu’il me suggérait qu’il le connaissait afin que dans le secret du silence nous partagions l’indicible secret ».

Je ne suis pas Eugénie Grandet, Shaïm Cassim

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mardi, 20 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jeunesse, L'école des loisirs

Je ne suis pas Eugénie Grandet, octobre 2011, 182 pages, 10 € . Ecrivain(s): Shaïne Cassim Edition: L'école des loisirs


Quel peut bien être le point commun entre Eugénie Grandet, héroïne balzacienne de la solitude et de l’échec, Louise Bourgeois, plasticienne étrange et angoissante aux œuvres tantôt étouffantes tantôt arachnéennes, Anne-Louise Pratt, vingt ans, costumière de théâtre et sa sœur Alice Pratt, dix-sept ans, qui essaye désespérément de garder un équilibre précaire au milieu de bourrasques sentimentales menaçant de l’emporter ?

Je ne suis pas Eugénie Grandet est un écheveau de fils qui tissent quelques mois de la vie d’une adolescente peinant à ne plus aimer une sœur qui est à la fois sa mère, son amie, son modèle, sa digue, son mentor et son pygmalion. Mais c’est aussi l’histoire d’une révélation : celle d’une jeune fille qui, après avoir été bouleversée par une exposition de Louise Bourgeois et la lecture du roman de Balzac, décide qu’elle n’a pas le droit de rater sa vie. Pas le droit de suivre sa sœur parce qu’en somme l’ombre des autres nous écrase au lieu de nous abriter, parce qu’Alice ne veut pas d’un quotidien qui ne soit pas le sien.

Au pays des kangourous, Gilles Paris

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 20 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Au pays des kangourous, Editions Don Quichotte, Janvier 2012, 248 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gilles Paris

Depuis l’indépassable La vie mode d’emploi, l’enfant – qui dit « je » et sait raconter la vue (à part, bizarre) qu’on a de son œil de 10 ans – fait recette en pays littéraire. Quand il s’agit de la maladie mentale des parents – aussi – a-t-on remarqué depuis peu. J’en oublie forcément, mais, notamment, Gwenaelle Aubry a, dans un prix Femina récent, Personne, su dire ce qu’il en est de vivre à l’ombre d’un père psychotique, et Jacqueline Wilson (The illustrated mum) éclaire remarquablement la mère bipolaire de deux sœurs.

« En entrant dans la cuisine… j’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers »…

Le gamin – attachant, mieux que tous ceux de La guerre des boutons réunis – s’appelle Simon, est fils unique du Paul du lave-vaisselle, d’une Carole de mère qui travaille pour Danone, en Australie (n’est jamais là, du coup). Souvent gardé par Lola – une grand-mère comme on en voudrait tous (parents malades ou pas) : « Quand Lola m’appelle le petit, j’aime bien. Dans sa bouche, c’est comme un bonbon qui fond ».

Enjoy, Solange Bied-Charreton

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 19 Mars 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock

Enjoy, 2012, 240 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Solange Bied-Charreton Edition: Stock

« Tout était mort, seul l’écran était la vie ».

Charles a 24 ans et vit dans son temps. Et même plus que ça. Il est vraiment à la page parce qu’il a un compte ShowYou, le réseau social, cousin proche de Facebook, Twitter et autres.

« Tout le monde est sur ShowYou, sauf les gens qui ne sont pas dans le coup, soit la moitié de la population ».

Mais a-t-il vraiment envie d’y être ou n’y est-il pas un peu obligé ? Il y a en effet une espèce de pression sociale qui oblige à s’inscrire sur le site (« J’en étais ou, socialement, j’en serais décédé ») et ensuite à poster chaque semaine au moins une vidéo sous peine de voir son compte être désactivé. Il devient dépendant et assujetti.

« Bien qu’il ne s’agisse que de poster des photos et des vidéos, de regarder celles des autres et d’y inscrire des commentaires, ShowYou me demanda une disponibilité exponentielle. A peine arrivé chez moi, j’allumais l’ordinateur, je dînais devant, j’y restais jusqu’à tomber de sommeil. Le week-end, j’y passais parfois des après-midis entiers ».