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Les Livres

Une vie d'ours, Christophe Fourvel et Janik Coat

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 01 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse

Une vie d’ours, Le Baron perché, septembre 2012, 32 p. 16,30 € . Ecrivain(s): Christophe Fourvel et Janik Coat

 

Un papa ours, une maman ours et des oursons… mais pas de Boucle d’Or dans cet album surprenant et délicat. Il ne s’agit pas d’une réécriture du conte en effet mais d’une leçon de vie indispensable : celle des générations qui se succèdent, de l’écoulement du temps qui compose une vie et conduit à la mort, avant de relancer un cycle nouveau. A partir d’un sujet complexe, les auteurs réalisent une œuvre évidente et sincère.

A partir de petits détails du quotidien de notre famille ours, se dessine ce processus presque intangible : une cruche que le plus fort peut soulever lorsqu’elle est pleine, une truite que le plus adroit parvient à pêcher avec facilité, une tarte aux mûres que l’on fait trop cuire, une cruche qui devient trop lourde à porter, un poisson que l’on laisse échapper. La vitalité, la force se transmettent, circulent d’une génération à l’autre : c’est « parce que la nature est bien faite ». Les ours dessinés sur le même modèle : de grands yeux ronds, un lourd museau noir, une allure trapue, ne se distinguent que par un accessoire (fleur, chapeau, vêtement de couleur) et leur taille qui évolue au fur et à mesure que les pages se tournent. Comme des ours gigognes en somme.

La déesse des petites victoires, Yannick Grannec

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mercredi, 31 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Anne Carrière

La Déesse des petites victoires, août 2012, 470 pages, 22 € . Ecrivain(s): Yannick Grannec Edition: Anne Carrière

 

 

Kurt Gödel est un mathématicien génial, auteur d’un des plus célèbres théorèmes mathématiques du XXe siècle : le théorème d’incomplétude. Pour simplifier honteusement : tout système axiomatique est incomplet dans le sens où l’on pourra toujours trouver une proposition indécidable, c’est-à-dire qu’il sera impossible de démontrer qu’elle est vraie ou fausse. C’était aussi une personnalité très perturbée dont la vie a constamment flirté avec la folie pour finir par y plonger complètement : Gödel s’est laissé mourir de faim de peur d’être empoisonné. Yannick Grannec nous emmène dans une maison de retraite en 1980, quelques années après la mort de Gödel, auprès de sa veuve, dépositaire des papiers personnels de Gödel : notes, réflexions, démonstrations… C’est Anna, vingt-huit ans, documentaliste à Princeton, qui est chargée d’approcher l’irascible veuve de Gödel pour la persuader de remettre les archives personnelles du génie (Nachlass : « succession », au sens d’héritage intellectuel) au prestigieux institut de Princeton : l’IAS.

Lever de rideau sur Edward Hopper, Karin Müller

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 31 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts

Lever de rideau sur Edward Hopper, Editions Barley- Guéna, 2012, 112 pages, 9 € . Ecrivain(s): Karin Müller

 

 

« Il n’est pas difficile de peindre une scène ou un motif. Ce qui est difficile, c’est d’exprimer une pensée par la peinture. La pensée est fluide, mais ce que vous appliquez sur la toile est concret, et cette résistance tend à diriger la pensée ». Edward Hopper

 

Octobre 2012. Le coup d’envoi est donné au Grand Palais de Paris et c’est le photographe Ferrante Ferranti qui a eu carte blanche pour monter la nouvelle exposition sur Edward Hopper. Des amis de Josephine et Edward Hopper (Bryan et Barbara O’Doherty) ont décrit cette exposition comme « la plus belle et la plus éloquente sur Edward Hopper, qu’ils n’aient jamais vue ». Bryan, critique d’art et ami de l’artiste, est également venu à Paris pour y présenter son film Hopper’s silence.

Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, Oeuvres (Pléiade)

, le Mardi, 30 Octobre 2012. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Poésie, Gallimard

Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Œuvres, sous la direction de Jean Canavaggio, collaboration de Claude Allaigre, Jacques Ancet et Joseph Pérez, Gallimard, Pléiade, 11 octobre 2012, 1184 pages, 45 € jusqu’au 28 février 2013 Edition: Gallimard

Sainte Thérèse, brûlez pour nous. Il y a peut-être quelque chose de dérangeant à apostropher ainsi un docteur de l’Eglise. N’allons pas trop vite, et pas trop loin. Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada (1515-1582), réformatrice du Carmel, est entrée dans l’imaginaire collectif, entre autres, grâce à la statue du Bernin, que l’on peut voir à Rome, à Santa Maria della Vittoria. Elle y est extatiquement torturée par une jouissance physique et mystique. L’amour brûle, embrase. Ainsi, Thérèse.

Saint Jean de la Croix – Juan de Yepes Álvarez (1542-1591) – brûlez pour nous. Là encore, n’allons pas si vite. De La Nuit obscure à La Vive flamme de l’amour, l’éros et l’agapè se confondent parfois, mais nous ne pouvons rien comprendre avec nos réflexes modernes. En fin de compte, nous les lisons, Thérèse et Jean, avec ce que nous rassemblons de notre culture, et avec ce que nous sommes, des êtres du XXe et du XXIe siècles, petits lecteurs de petite transcendance. Les temps ont passé. Fui. Tourné, qui sait. C’est à Vladimir Jankélévitch que l’on doit la diffusion du « je ne sais quoi » – le « no sé qué » – qui nous a fait vibrer, dans une émission de Pivot. On entendait parler – reparler – de Jean de la Croix. Pour des raisons – sur des fondements – philosophiques.

Charles, prisonnier du Cyclope, Alex Cousseau

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mardi, 30 Octobre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Charles, prisonnier du cyclope, 20 septembre 2012, illustré par Philippe-Henri Turin, 40 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Alex Cousseau Edition: Seuil Jeunesse

Ouf, deux ans plus tard arrive enfin le deuxième tome des aventures de Charles le petit dragon, qui, après avoir appris à voler et cracher du feu (Charles à l’école des dragons, ibid.), poursuit son apprentissage du vaste monde. Tout comme le jeune lecteur d’ailleurs, abasourdi par des mots aussi iconoclastes que « Balbuzard » ou « troglodytes ».

C’est dire que l’imagination de notre tandem d’auteur/illustrateur va loin. Dès la première page, nous sommes transportés dans un spectaculaire univers aux couleurs chamarrées et envahissantes (ouvert, l’album se déploie quand même sur 60 cm x 40 cm… De quoi muscler les bras des plus petits !).

Comme hypnotisés par l’iris vert et mordoré du jeune dragon, nous partons pour un long périple initiatique du Nord au Sud de l’Europe ; car c’est bien connu, « les voyages forment la jeunesse » ! A l’instar d’Ulysse, qui ne désirait qu’Ithaque, Charles cherche désespérément des amis dans tous les cieux. Il parcourt les nuées gelées des pôles et les mers de glaces hostiles, où il tente vainement sa chance auprès de morses mafflus et d’Inuits rageurs qui font fi d’un si encombrant compagnon. Notre ami, pas découragé pour deux sous, poursuit sa quête tout en égrenant ses vers de mirliton sous les étoiles. Car Charles est le dragon « aux semelles de vent » de la littérature enfantine. Tout est prétexte à rimer, même les déconvenues, et c’est en déclamant qu’il quitte cet ingrat et glacial pays pour se réchauffer le cœur en Sicile.