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Les Livres

La grande maison, Nicole Krauss

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

La grande maison. Traduit de l'anglais (USA) par Paule Guivarch. 334 p 22 € . Ecrivain(s): Nicole Krauss Edition: L'Olivier (Seuil)


« La Grande Maison », on ne l’apprend qu’au dernier chapitre, c’est le grand Temple disparu de Jerusalem. C’est la « maison » purement immatérielle que fabriquent les bribes de mémoire millénaire des juifs du monde.

Titre énigmatique pour un livre qui l’est de bout en bout. Au rugby, on dirait qu’il alterne les temps forts et les temps faibles. Nicole Krauss a fait le choix de bâtir son roman dans une architecture complexe et très apparente : la première partie, il y en a huit, s’intitule « L’audience est ouverte », la cinquième aussi. Le titre de la  deuxième partie « Trous de nage » se retrouve à la septième. Et ainsi de suite. Seules la partie centrale, la plus longue « Mensonges d’enfants » et la dernière, la plus courte, « Weisz » sont uniques dans leur intitulé. On voit le projet : construire une trame délocalisée (New-York, Londres, Jerusalem …), des héros multiples et peu à peu mener aux liens qui font sens d’ensemble. On pense irrésistiblement aux films d’Iñarritu, « Amours chiennes », « 21 grammes » et « Babel », construits sur le même schéma.

Les Forêts de l'impossible, Jean Orizet

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Le Cherche-Midi

Les forêts de l’impossible (œuvre en prose 1), 2011, 466 p, 21 € . Ecrivain(s): Jean Orizet Edition: Le Cherche-Midi

Encyclopédiste, archiviste, promoteur, éditeur, Jean Orizet est un passeur, passeur de poésie, passeur de vie, passeur de vies et d’œuvres.
Poète lui-même et méta-poète, il est l’inventeur de l’entretemps.
Qu’est-ce que l’entretemps ? Par le mot-valise, le concept est construit. L’entretemps est une création. Fil rouge, lien initiatique, accord fraternel, l’entretemps dénote une ambition modeste et une lucidité audacieuse.
Depuis le voyageur absent jusqu’à la publication récente du tome 1 de ses Œuvres en prose, JO, (Je Olympien – qu’il me pardonne) cultive la terre des mots, les siens et ceux des autres, pour, génér(h)eusement, offrir à la dégustation quelques millésimes choisis. Les géants tutoient les méconnus et la dégustation savante suggère des découvertes.
Ici sont rappelées les valeurs sûres. Ainsi les grands crus : Apollinaire, Blanchot, Bonnefoy, Borges, SJ Perse, Bosquet, Char, Gracq, Mallarmé, Michaux, Césaire, Nerval, Neruda, Pessoa, Prévert, Reverdy, Rimbaud, Rilke, Valéry, Verlaine, Virgile, Segalen…
Et là s’offrent à la main tendue : Kowalski, Levet, Brauquier, Cavafis, et… Fred.
JO ouvre grande la fenêtre à Fred. Qui est donc Fred ?

Une saison à Gaza, Katia Clarens

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Jean-Claude Lattès

Une saison à Gaza, voyage en territoire assiégé, avril 2011, 339 p. 19€ . Ecrivain(s): Katia Clarens Edition: Jean-Claude Lattès


J’avais oublié que le livre avait un sous-titre : voyage en territoire assiégé… En ouvrant ce livre, je pensais y trouver un témoignage, bien sûr, Katia Clarens dit ce qu’elle a vu, bien sûr la vie est difficile pour les Gazaouis, c’est une évidence, mais comme on dit il ne s’agit pas de ça, bien sûr, mais j’ai eu beaucoup de mal à me remettre de ce livre, beaucoup de mal à faire la part des choses, beaucoup de mal à me tenir quitte de cette impression de retrait, de défensive quand on présente ainsi tous les torts dans le même plateau. Il n’y a pas d’équilibre possible, et pas de possibilité d’équilibre – même et surtout dans ce divorce à l’amiable et non au mieux disant appelé par nombre d’Israéliens –, il n’y a pas de paix possible, et ce livre quoi qu’il en dise, ne porte pas de message de paix. Il statue : aux « autres » de faire le premier pas, de lâcher du lest, de relâcher la mise.
Il me semble qu’un reporter, immergé à Ashkelon ou Beersheba, zones privilégiées des tirs du Hamas depuis Gaza, aurait pu, de la même manière, rapporter ces faits.

Post-punk, no wave, indus & noise ... Philippe Robert

, le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Le Mot et le Reste

Post-punk, no wave, indus & noise, chronologie et chassés croisés, 296 p., 20 € . Ecrivain(s): Philippe Robert Edition: Le Mot et le Reste

Le post-punk : une manière de révolution musicale qui, certes, s’étaie sur la révolte du punk, en perpétue l’esprit do it yourself, mais qui, surtout, l’excède.
En interrogeant la matière sonore même, voire son support : qu’est-ce qu’une chanson ? Qu’est-ce qu’un instrument ? En analysant la pertinence de l’opposition (que réfute Luigi Russolo dans L’Art des bruits) entre son et bruit – le bruit devient alors « une composante possible », prend aussi une dimension politique en tant que rupture avec la musique qui constitue « un énième attribut du pouvoir et un lien de domination de ses sujets ».
D’où une certaine forme de déconstruction (qui n’est pas sans rapport avec l’art abstrait) de la mélodie, puis la quête d’un état pré-harmonique.
Ainsi de la no wave, très arty s’il en est, new-yorkaise d’essence, considérée telle « une exacerbation de ce que le rock contenait jusque-là de sauvagerie ».
Ainsi de la musique industrielle qui produit « un véritable mur de bruit blanc, fait de masses sonores écrasantes au point de ressembler à une sorte de silence paradoxal », peint « des paysages en fusion », invente « des martèlements infernaux allant sans cesse crescendo ».

Eros au pays de la balle jaune, Franck Evrard

Ecrit par Arnaud Genon , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Hermann

L’érotique du tennis, préface de Denis Grozdanovitch, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Franck Evrard Edition: Hermann

Peut-être se souvient-on de la lettre T de L’Abécédaire de Gilles Deleuze où le philosophe conceptualisait brillamment les jeux de Borg et de Mc Enroe. Le suédois, affirmait-il, était le représentant des principes populaires, incarnait le style d’un tennis de masse (lift, fond de court, balle haute) alors que l’américain, autre grand créateur du monde de la balle jaune se faisait le héraut d’une pratique aristocratique car inimitable (art de déposer la balle). Le tennis, selon Deleuze, était donc avant tout un sport dans lequel se posait le « problème du style ».

Même si cette « problématique » est évoquée par Franck Evrard, l’angle d’approche théorique du tennis se situe pour lui ailleurs : dans son érotique1. Alors que ce sport a souvent été  le véhicule de « valeurs hygiéniques et éthiques » (p.15), il choisit de l’appréhender comme « un spectacle sexué qui séduit par sa monstration de corps dénudés, accessoirisés, qui trouble par l’ambiguïté de ses danses sensuelles » (p.17). Mais son analyse ne s’arrête pas là : « Si une érotique du tennis se fonde nécessairement sur les rapprochements réels ou métaphoriques entre Eros (et ses motifs comme l’amour, le désir, le corps ou la séduction) et l’univers du tennis, elle ne peut occulter la dimension littéraire de la fiction et de la représentation » (p.20).