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Les Livres

Et tout s’effondre Journal du camp de Vught, Klaartje de Zwarte-Walvisch

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Samedi, 09 Juillet 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Et tout s’effondre Journal du camp de Vught, Klaartje de Zwarte-Walvisch, traduit du néerlandais par Mireille Cohendy, Editions Notes de nuit, juin 2016, 182 pages, 18 € . Ecrivain(s): Klaartje de Zwarte-Walvisch

 

Klaartje de Zwarte-Walvisch est une sorte d’Anne Franck. Comme elle, elle vécut à Amsterdam et fut condamnée à mort par la barbarie nazie. D’elle, il ne reste rien ou presque. Juste quelques photographies et surtout son journal. La couturière néerlandaise qui ne s’était pas fait enregistrer en tant que juive comme la loi l’exigeait, et qui commit l’erreur de ne pas entrer en clandestinité, fut arrêtée avec son mari en mars 1943 : elle mourut à Sobibor en Pologne.

Son journal part du jour de son arrestation jusqu’à celui où elle quitte la Hollande pour la Pologne. L’auteur y décrit la vie au camp de Vught où seront détenus 12000 juifs. Ce sont d’abord les enfants du camp qui partent à Sobibor. Klaartje de Zwarte-Walvisch décrit – entre autres – cet événement qui fait trembler d’effroi tout le camp : « Nous ne pouvions le concevoir. S’est-il jamais passé une chose pareille dans le monde ? Qu’est-ce que cela signifiait ? ». L’auteur n’a pas d’illusion sur la réponse.

Boxing-Club, Daniel Rondeau

Ecrit par Jean Durry , le Vendredi, 08 Juillet 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Grasset

Boxing-Club, mars 2016, 141 pages, 14 € . Ecrivain(s): Daniel Rondeau Edition: Grasset

 

 

« Je m’entraîne dans une grange où j’ai perdu mon sac […]. La boxe m’aère la tête ; elle libère en moi une force insoupçonnée et me confère un étrange sentiment de légèreté. Elle me donne du punch pour m’installer, affûté, à ma table de travail ».

Daniel Rondeau s’est pris de passion pour la boxe « sur le tard et sans avertissement » ; de fait, il est rare que l’on découvre les heurts et les bonheurs du « noble art » à… 56 ans. En ayant éprouvé dans son corps et son esprit les sensations combien intenses, c’est avec justesse qu’en écrivain reconnu il sait trouver les mots pour décrire en une centaine de pages – assorties de sa jolie préface au catalogue de la vente publique de la collection du peintre Eduardo Arroyo, le 22 octobre 2015 – cet univers, ses rites, et ses protagonistes.

Purity, Jonathan Franzen

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 07 Juillet 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Purity, mai 2016, trad. l’anglais (USA) Olivier Deparis, 750 page, 24,50 € . Ecrivain(s): Jonathan Franzen Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Les romanciers anglo-saxons ont, par tradition, le sens du récit et de la narration, voilà une assertion que le nouveau roman de Jonathan Franzen ne dément certes pas. Dans cet ouvrage, chacun des personnages se fraye une voie difficile vers le succès, l’amour, la justice, le bonheur et toute forme d’épanouissement qui lui semble accessible et acceptable. Ce cheminement est aussi géographique : nous sommes transportés de la Silicon Valley à Manhattan, en passant par le Berlin-est de la Stasi, un journal d’investigation de la ville de Denver et une ONG, le Sunlight Project, fondée en Bolivie par le célèbre hacker et lanceur d’alerte Wolf.

Les trajectoires des trois personnages principaux, Purity ou Pip Tyler, Andreas Wolf et Tom Aberant, connaissent des similitudes troublantes : dans leur jeunesse, Andreas et Tom tissent une passion amoureuse avec deux femmes aux prénoms parallèles, Annagret et Anabel, dont les déséquilibres s’accordent un temps à ceux de leurs amants ; les mères de Pip et d’Andreas sont un fardeau pour l’un comme pour l’autre, bien que ces relations névrotiques et conflictuelles ne soient pas de même nature. Ainsi, les rapports de Pip avec sa mère sont « totalement pervertis par l’aléa moral, une expression utile apprise en cours d’économie à l’université. Elle était comme une banque trop essentielle à l’économie de sa mère pour faire faillite, une employée qui peut tout se permettre parce qu’elle se sait indispensable ».

L’Ombre animale, Makenzy Orcel

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 06 Juillet 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

L’Ombre animale, janvier 2016, 352 pages, 20 € . Ecrivain(s): Makenzy Orcel Edition: Zulma

 

« Entre Toi et l’enfant mal élevée, l’insoumise, il y avait un monde, que dis-je une éternité, j’appartenais à la musique du vent, elle au songe, à un lieu sans raison d’être ».

 

Ne serait-on pas plus vivant mort que vivant en silence dans le monde des hommes ?

C’est à cette question que Makenzy Orcel souhaite répondre, dans son très beau poème, « vers la lumière » à la fin de son texte :

« … je ne suis pas morte, je vais à ma rencontre, je t’avais prévenu, ça n’a absolument rien à voir avec une histoire, je ne ferai toujours que vomir, crier, pour ne pas m’étouffer, la parole des morts est une parole solitaire, car les vivants sont des vases vides, ils n’ont d’écoute que pour eux-mêmes… »

Un texte qui aborde la narration sans une ponctuation comme pour clamer sans s’arrêter cette histoire violente, noire et qui libère son trop-plein à chaque virgule, à chaque secousse.

La Main de brouillard, Nicolas Rozier

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 06 Juillet 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Le Castor Astral

La Main de brouillard, mars 2016, 70 pages, 12 € . Ecrivain(s): Nicolas Rozier Edition: Le Castor Astral

1. Marcher sur les traces d’un « poète noir » (A. Artaud) revient à fouler la cendre brûlante surgissant – rutilante et rugissante toujours – de la fosse sépulcrale d’« où l’oubli dans sa galerie des morts / dresse ses entailles d’incandescence ». Pour que se rallument, se lèvent, reviennent la flamme noire et ces brandons de l’incendie de ces gisants, laminés de leur vivant, retournés encore dans leur tombe jusqu’à nous, ici par une Voix « surpoétisant » – celle de l’auteur Nicolas Rozier –, sa voix surpoétisant le chant infernal de l’un d’entre eux, Francis Giauque. Marcher sur les traces de ce poète de spectrale brume revient à prendre le risque de fouler la cendre brûlante. Nicolas Rozier commet, prend le risque de cette expérience scripturale de l’extrême.

Nicolas Rozier remue dans La Main de brouillard ces fonds embrasés dévorés – ils le furent, brûlés vif, jusqu’au hurlement de l’extinction – par le tournoiement des braises raclant / égorgeant / éventrant la moelle convulsive des trépidations de l’âme au cri palpable des suppliciés, écartelés, déchirés par le tripalium de la conscience prise dans la galaxie abyssale foudroyante du questionnement, dont Francis Giauque fut, Rare parmi les Rares, Astre parmi les Anéantis aux côtés d’Antonin Artaud, Vincent van Gogh, Jacques Prevel (célébré notons-le par l’auteur à l’occasion du centenaire de sa naissance, dans Jacques Prevel, poète mortel, en cette même année 2016 aux Éditions de Corlevour), Jean-Pierre Duprey, Jean-Pierre Begot, etc.