Identification

La Une Livres

Wake, Lisa McMann

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 14 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

Wake, septembre 2012, 224 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Lisa McMann Edition: La Martinière Jeunesse

 

Janie Hannagan a dix-sept ans, et elle a sommeil. Depuis qu’elle a cinq ans, elle a peur de s’endormir, non parce qu’elle souffre d’insomnies récurrentes ou craint le noir, mais par peur des cauchemars et des rêves des autres. Car Janie est une capteuse, une personne dotée d’un don particulier, celui de pénétrer dans les songes de ses voisins immédiats et de les influer. Témoin de leurs terreurs absolues, de leurs secrets inavoués, de leurs désirs les plus troubles, Janie se débat, engluée dans une histoire qu’elle rejette.

Parce qu’être une capteuse est loin d’être facile, d’autant plus si les soucis d’une vie difficile vous rongent de l’intérieur. Avec un père inexistant, une mère alcoolique, des habits de récupération, des aides sociales trop rares, des surgelés dans le frigo et aucune amie, il est suffisamment difficile pour la jeune fille de s’intégrer dans le huppé lycée de Fieldridge. Alors de surcroît, avoir à gérer des évanouissements, des cécités fulgurantes et des spasmes ressemblants à des attaques cérébrales à chaque fois qu’elle est happée par le songe d’un dormeur voisin, bonjour l’insouciance ! Janie évite donc tout contact avec les gens de peur d’être l’observatrice impuissante de certains cauchemars : pas de soirées pyjama, pas de voyages scolaires et surtout pas d’hospitalisation.

Nouvelles du pays, Sefi Atta

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Nouvelles, Actes Sud

Nouvelles du pays. Trad. Anglais (Nigéria) Charlotte Woillez. Novembre 2012. 359 p. 23 € . Ecrivain(s): Sefi Atta Edition: Actes Sud

L’écriture de Sefi Atta relève de l’extraordinaire, rien moins. On sourit, on rit franchement, à chaque histoire, à chaque page souvent et pourtant, peu à peu, presque sans s’en apercevoir, le lecteur est bouleversé jusqu‘au fond de l’âme par ces nouvelles qui racontent la misère de l’Afrique, la double misère des femmes africaines, la triple misère des femmes africaines et musulmanes.

Souffrances itinérantes et universelles, que ces femmes soient au pays – alors objets de toutes les maltraitances de la vie, de la culture locale et des hommes - ou émigrées dans les pays développés - objets alors des humiliations et de l’exploitation économique et sexuelle - ou encore marginales par désespoir, comme cette femme inoubliable de la nouvelle intitulée « Dernier voyage » et qui passe de la cocaïne du Nigéria en Angleterre par avion, en avalant des dizaines de sachets de caoutchouc remplis de blanche qu’elle évacuera à l’arrivée par des « voies naturelles » :

 

« Elle doit faire attention avec l’huile : s’il y en a trop, son ventre risque de sécréter des sucs gastriques et de dissoudre le latex. Les sachets sont trop gros, pas faciles à avaler. Quand ils descendent, ses oreilles se bouchent, sa poitrine se contracte. »

Homo erectus, Tonino Benacquista

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Folio (Gallimard)

Homo erectus, Folio 2012, 305 pages . Ecrivain(s): Tonino Benacquista Edition: Folio (Gallimard)

Chaque jeudi, à Paris, dans un endroit secret qui n’est jamais le même, des hommes racontent devant d’autres hommes la nature et l’évolution des rapports qu’ils entretiennent ou ont entretenus avec une ou plusieurs femmes, puis cette assemblée extraordinaire se sépare, sans un commentaire autorisé sur aucune des « confessions », sur l’annonce de l’adresse de la session suivante.

Ce pourrait être la scène d’un nouvel Heptaméron qui aurait pour règles singulières que les participants ne se connaissent pas, ne déclinent pas leur identité, ne cherchent pas à en savoir plus que ce qui est narré, ne se parlent pas, ne se rencontrent point hors de l’étrange atelier qu’ils cessent de fréquenter quand ils en ont envie.

Or dans Homo erectus, trois des personnages qui se sont trouvés un même soir en ce cercle mystérieux enfreignent ce règlement : tout en assistant épisodiquement aux soirées occultes, ils se retrouvent ponctuellement à la terrasse d’un café, confrontent le bilan négatif qu’ils se font de leur relation passée avec le deuxième sexe, puis en tirent leçon, chacun à sa façon, chacun avec la morale qu’il prend la décision d’adopter dorénavant, pour se tracer, délibérément, obstinément, une vie nouvelle fondée sur un changement radical de conduite vis-à-vis de la gent féminine.

Les fidélités successives, Nicolas d'Estienne d'Orves

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 12 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Albin Michel

Les fidélités successives, 715 p. 23 €, Août 2012 . Ecrivain(s): Nicolas d'Estienne d'Orves Edition: Albin Michel

 

Comment expliciter les sinuosités d’un parcours de vie ? Comment les justifier, lorsque ces dernières deviennent difficilement compréhensibles ou injustifiables au final ?

C’est la méthode que semble avoir adoptée Nicolas d’Estienne d’Orves dans son roman Les fidélités successives. L’origine de l’intrigue du roman est familiale : deux frères, Victor et Guillaume Berkeley, vivent, dans l’entre deux-guerres, une enfance paisible dans les Iles anglo-normandes, plus précisément dans l’île de Malderney, sous la férule d’une mère protectrice, passablement autoritaire, Virginia Berkeley, veuve remariée avec un certain Philip qui vit sous le toit familial. Une particularité : Victor et Guillaume, tout en étant de nationalité britannique, parlent le français sans accent…

Un homme, Simon Bloch, est un ami de la famille, à laquelle il rend visite régulièrement par bateau. Ses visites sont l’occasion pour Guillaume, qui se languit et s’ennuie de ce mode de vie trop prévisible, trop calme, de cette île où il ne se passe jamais rien, d’entrevoir une autre vie par les récits que lui fait Simon Bloch, qui est producteur de films et de pièces de théâtre à Paris. Il décide Guillaume à le suivre à Paris.

Solaire, Ian McEwan

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 12 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

Solaire, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, 400 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Ian McEwan Edition: Folio (Gallimard)

 

Le monde selon Michael Beard

 

Il faut reconnaître que Ian McEwan nous présente ici un personnage qui n’a rien pour nous plaire. En effet, Michael Beard a eu tout ce qu’il fallait pour être heureux. En tant que scientifique, ses travaux lui ont permis d’avoir le Prix Nobel. De ce fait il se voyait propulsé au sommet de l’intelligentsia londonienne et du monde. Cependant, il rate tout. Divorcé quatre fois, au moment où s’ouvre l’intrigue, son cinquième mariage bat de l’aile. Michael Beard bien qu’il soit narcissique, est bien conscient de sa chute. Il sait qu’il ne produit plus rien de méritant quant à ses travaux. Il vit sur ses lauriers. Le présent fuit et Michael Beard semble rester sur la touche. Il est présenté comme grossier, lâche et quelque peu irresponsable. Son image d’homme séduisant, intelligent et dynamique appartient désormais à un passé révolu. Lucide et n’étant pas dupe des clameurs du monde, le scientifique vieillissant se rend bien compte de sa transformation vers le pire :