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Sur les ossements des morts, Olga Tokarczuk

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 17 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays de l'Est, Roman

Sur les ossements des morts, traduit du polonais par Margot Carlier, Noir sur Blanc, 299 pages, 22 € . Ecrivain(s): Olga Tokarczuk

 

Conjonction adversive, conjonction des contraires, dans cette histoire, attirance et répulsion agitent les personnages. Janina Doucheyko, la narratrice, ingénieur en retraite, donne un cours d’anglais par semaine à la petite école du village en contrebas, dans ce coin glacé de montagne dans les Sudètes. Les personnages autour d’elle vont recevoir un surnom ou un prénom inventé qui devient, à ses yeux, leur véritable identité : Grand Pied dont la mort va servir à la fois de déclic et de révélateur, Matoga, son voisin immédiat, et aussi Dyzio, ancien élève qu’elle aide à traduire Blake, Bonne Nouvelle, la jeune mandchoue du dépôt-vente de vêtements, qui vont graviter autour d’elle comme de petites planètes.

Que se passe-t-il dans l’espace, dans le monde céleste, qui n’ait pas son pareil dans ce monde-ci ? Quelles influences agissent sur nos humeurs ? Et notre « arbitre » est-il si libre que cela ? Sommes-nous maîtres absolus de nos actions et de nos réactions – au sens à la fois chimique et épidermique ?

Cool, Don Winslow

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 16 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, USA, Roman, Seuil

Cool (Kings of Cool), traduit de l’anglais (USA) par Freddy Michalski, septembre 2012, 379 pages, 21 € . Ecrivain(s): Don Winslow Edition: Seuil

 

Après le succès, doublé d’une adaptation cinématographique réalisée par Oliver Stone, de Savages, paru en France en 2011, Don Winslow reprend les mêmes personnages et recommence. Certes, la fin de Savages laissait peu de place à une suite éventuelle. Et, donc, Winslow de nous livrer non pas une suite mais ce que, selon un néologisme barbare tiré du mot anglais prequel, on appelle désormais un préquelle, c’est-à-dire un épisode prenant place avant la première aventure.

Pour le lecteur, cela ressemble à s’y méprendre à un coup marketing. Le premier roman mettant en scène le trio de jeunes californiens lancés dans le business du cannabis haut-de-gamme a été un succès ? Réutilisons-les !

C’est dire si l’on a pris ce livre avec des pincettes. Parce que ce n’est pas parce qu’on a aimé Savages (même si, avec le recul, il est indéniable qu’il avait un côté tape-à-l’œil qui dissimulait ses défauts) que l’on va aveuglément apprécier ce nouvel opus, surtout après la déception qu’a été il y a seulement quelques mois la sortie d’un autre roman de Winslow, L’heure des gentlemen.

Une amie pour la vie, Laetitia Bourget et Emmanuelle Houdart

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 16 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Thierry Magnier, Jeunesse

Une amie pour la vie, octobre 2012, 40 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Laetitia Bourget et Emmanuelle Houdart Edition: Thierry Magnier

C’est une histoire d’amitié, l’histoire de l’amitié, pourrait-on dire, que nous content Laëtitia Bourget et Emmanuelle Houdart. Celles de deux jeunes femmes qui un jour deviendront deux belles vieilles. L’amitié rare, voire unique qui réunit et fait se rencontrer deux êtres dans un perpétuel mouvement de vie. L’amitié telle qu’on la rêve, telle qu’elle devrait être dans sa magie et sa pureté brute, sa marginalité de sentiment hybride dépassant l’affection et flirtant avec l’amour. A partir d’un texte concis, qui coule avec une évidence et une émotion bouleversantes, l’illustratrice s’empare de l’histoire avec grâce et puissance.

« Il était une fois deux jeunes filles aussi différentes l’une de l’autre que le jour et la nuit et aussi semblables que deux gouttes de rosée ». A chacune son démon, ses luttes, ses racines, sa découverte du monde. Puis survient la rencontre et le partage d’un repas, d’un abri ; la fin de deux solitudes. Le partage des savoirs, des réussites, des cadeaux et de la confiance ; le bienveillant regard sur la vie de l’autre, ses amours, ses réalisations ; les épreuves, la maladie, l’éloignement. Sensualité, gestes du quotidien, amours et maternité sont autant de moments évoqués et dépeints avec beauté et un humour discret. La file des prétendants portant leur cœur à la main pour l’offrir à la belle des terres de « soleil, de sel et de sable », la baignoire-cuisine et sa cohorte d’ustensiles de toutes sortes, qui réunit les deux personnages depuis leur jeunesse jusqu’à l’âge le plus avancé, en témoignent.

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski (2ème recension)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 15 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, 2012, 119 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

Daniel Grojnowski s’est toujours passionné pour l’image. Et a nourri cette passion des feux nuancés de son intellection. En effet, cet intérêt s’est modulé sous la forme d’interrogations extrêmement fécondes entrant en étreinte avec des raisonnements pointus mais clairs et problématisés, s’appuyant sur des exemples qui montrent que l’auteur est un fin connaisseur de la fin du dix-neuvième siècle, interrogations et raisonnements mêlés (car il ne s’agit pas pour les raisonnements, en faisant suite aux interrogations, de chasser ces dernières) renouvelant la vision que l’on peut avoir de cette façon qu’a le réel de tomber dans l’image, et dans l’immobilité de celle-ci : « Quelle que soit la nature et l’origine d’une image, elle m’interpelle, exige de moi que je me soumette à son évidence sensible, à la référence dont elle est médiatrice ».

Son « évidence sensible » est l’évidence du réel.

Même si dans son récent et très beau recueil de notes, Pensées simples (Gallimard), Gérard Macé s’interrogeait de cette manière : « [s]ait-on bien ce qu’on voit quand on photographie ? », Daniel Grojnowski confesse ainsi : « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique, sans parvenir à donner une réponse qui pouvait me satisfaire. Le présent essai tente d’élucider un “mystère” que l’avènement du numérique estompe, sans l’effacer ».

L'ombre d'une chance, William Burroughs

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 14 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Récits, Titres (Christian Bourgois)

L’ombre d’une chance (Ghost of chance 1991), traduit de l’anglais (USA) par Sylvie Durastanti, novembre 2012, 92 p. 7 € . Ecrivain(s): William Burroughs Edition: Titres (Christian Bourgois)

 

Dans ce court texte publié en 1991 aux Etats-Unis, William Burroughs reprend le fil des aventures du capitaine Mission, un capitaine d’aventures du XVIIIe siècle qu’il avait fait figurer dans le Havre des Saints et qui avait, depuis lors, fait des apparitions plus ou moins fugitives dans ses œuvres romanesques.

Le capitaine Mission dirige la Liberatatie, une colonie pirate qu’il a établie sur la côte ouest de Madagascar. Il y a promulgué une loi qui interdit de tuer les lémuriens sous peine d’exclusion de la colonie. Le crime est même passible de la peine de mort.

Pour les indigènes de la région, un lémurien est sacré. « En langue indigène, le terme employé pour lémurien signifie spectre, fantôme, ombre ». L’ombre ? Quelque chose à voir avec le titre du livre ?

Mission est aussi un émissaire de la Panique. La Panique, c’est le savoir que l’homme (qui est appelé ici un « Homo-sagouin ») redoute par-dessus tout : la vérité sur son origine.