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Génération deux mille quoi, Matthias Vincenot

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 24.06.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Génération deux mille quoi, éd. Fortuna, avril 2015, 60 pages, 9,90 €

Ecrivain(s): Matthias Vincenot

Génération deux mille quoi, Matthias Vincenot

On fait ce qu’on peut de nos rêves /, écrit le poète Matthias Vincenot, À l’orée de l’habitude / Et des petits dégâts. Oui la Génération deux mille quoi, celle des enfants nés dans les années 80, est bien celle que nous retrouvons dans ce beau et délicat recueil « générationnel » signé par celui qui par ailleurs préside Poésie et Chanson en Sorbonne depuis 2005.

Ce corpus poétique rassemble ce qu’il reste et vit toujours dans le cœur et l’esprit de cette génération des années 2000, souvenirs d’une nostalgie bienveillante qui ne garde que les meilleurs moments d’une époque.

La génération deux-mille quoi

C’est peut-être un nom maladroit

Mais sans doute, ça correspond

À notre cul entre deux crises

Dans la volonté du possible

L’idéal du bout de la rue (…)

Même si la lucidité veille – même si la lucidité parfois « est une tragédie » –, le poète poursuit son chemin sans rien concéder ni à l’aigreur, ni à la morosité, encore moins à la haine (des autres, de l’étranger, …), pour notre plus grand bonheur, pour nous donner « un peu d’air »…

Du ressenti quotidien face aux injustices, face à la bêtise, à la violence, à la Liberté bafouée (bel et touchant hommage, p.7, dans un poème intitulé Être libre, dénonçant l’immonde / Et la bête proche, qui arme les fusils / Contre ceux qui la subissentqui la dénoncentEt qui sont Charlie) – de ce ressenti journalier Matthias Vincenot, le troubadour le poète, constate juste le vide de l’air et, sans baisser la garde, sans céder la place, s’arme d’une nostalgie délicate, de la discrétion maladroite pour FAIRE FACEet répliquer par le plus bel argument pacifique et magnanime qui demeure en ce monde accessible, palpable et non encore taxé : les mots de la poésie.

Ce soir-là j’avais peut-être

Forcé sur la grenadine

On me parlait social-traîtres

Nabila, sex-machines

C’étaient des bulles ou des billes

Juste le vide de l’air

Si ça fait lever les filles

Et les apprentis rêveurs

Où sont-ils, les mutants ?

(…)

Un jour si je leur ressemble

C’est que, le cœur sur la paille

J’aurais laissé la grisaille

Approcher la moisissure

La singularité de ce délicieux recueil constitué de 32 textes provient de la singularité de son sujet (la reconstitution chantée en poésie des préoccupations et du quotidien d’une période, celle des adolescents qui avaient 20 ans dans les années 2000) et de la singularité du style de Matthias.

Une lucidité, quelques messages politiques, un esprit de révolte qui ne baisse pas la garde, la nostalgie d’un état d’esprit fédérateur qui cimentait hier le lien social et façonnait des repères de solidarité, NOS repères… parcourent ces errements de cœur qui sont aussi serrements de cœur et qui font du bien, Au train où vont les choses… Avec ces touches d’humour discrètes et ces effluves d’amour pudiques qui tisonnent un lyrisme tout en délicatesse et dessinent en filigrane le sourire d’un poète vivant du côté de la nostalgie heureuse. Andrée Chédid qualifiait ainsi de limpide et profonde l’écriture de Matthias Vincenot. À l’image de ces soirées que le poète organise à Paris-Sorbonne en l’honneur de la Chanson et de la Poésie. Oui Matthias Vincenot pourrait réconcilier, comme l’affirme François-Xavier Maigre dans LaCroix, le grand public avec la poésie, et le texte Chanteur à message pourrait figurer une passerelle entre le poème-chanson et un public rassemblé autour de ces chants poétiques, rythmés, mélodieux, rimés et fédérateurs. Objectif non visé mais atteint !

 

Chanteur à message

Il ne vous avouera jamais

Qu’il lui est arrivé, déjà

De se sentir un peu troublé

Par Les lacs du Connemara

Ni qu’à l’école, en petit fou

Dans les couloirs, pour s’amuser

Il entonnait Le big Bisou

 

Lui c’est plus sérieux, c’est plus sage

C’est un chanteur à message

 

De même qu’il ne dira passerelle

Qu’à l’un de ses premiers émois

Il fredonnait L’avventura

Et quand il repasse, aujourd’hui

Près de chez elle, par hasard

De la buée dans le regard

Lui revient Capri, c’est fini

 

Il emploie un autre langage

Lui, c’est un chanteur à message

 

Il ne vous dira pas non plus

Qu’il a dansé La lambada

Et fait La danse des canards

La chenille qui redémarre

Sans révéler, non plus, je pense

Que dans la Saga Africa

C’était lui qui menait la danse

 

Lui, c’est le texte sans trucage

C’est un chanteur à message

 

Et si l’on parle d’aujourd’hui

Il cachera soigneusement

Qu’aux concerts de Florent Pagny

Il est toujours aux premiers rangs

Qu’il aime Zaz, évidemment

Que Maé, Miro et Fiori

N’ont plus aucun secret pour lui

 

S’il dit tout ça, c’est le chômage

Adieu, le chanteur à message

 

On se sent co-voyageurs de chansons en parcourant ce recueil générationnel où l’emploi du pronom « On » nous rassemble et des pronoms possessifs soudent « nos » souvenirs, « nos » mêmes désirs. On se sent co-voyageurs de poésies-chansons, arrachées au temps de l’air du temps que nous continuons de respirer, toute une génération encore sur la scène, notre scène, Avant les scènes / De nos comédiesinhumaines.

Matthias Vincenot nous offre dans ce corpus 32 poèmes-chansons aux vers libres, aux rimes fluides, au rythme musical (la césure de la virgule est comme un chant intérieur,  une résonance / une rayonnance musicale interne au vers).

On fredonnera encore les notes de ces rimes et les rimes de ces notes posées joliment et doucement dans ce recueil en hommage à la Génération deux mille quoi, comme le parfum de chansons inoubliées,Comme un parfum volatile, les fragrances de strophes et de couplets & refrains denses et légers, le concentré d’une époque inoubliée – effluves précieuses dans le paysage artistique de notre patrimoine culturel et de cœur. Une humanité à rejoindre, « Un amour qui dure »…

 

Murielle Compère-Demarcy

 

N.B. : Les caractères en italique dans le corps du texte, la note critique, sont des extraits du recueil.

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A propos de l'écrivain

Matthias Vincenot

 

Matthias Vincenot, né le 27 janvier 1981, Docteur es Lettres, Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, Professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne. Fondateur, organisateur et Directeur artistique, depuis 2003, du Festival DécOUVRIR de Concèze (en Corrèze) en partenariat avec l’Académie Charles Cros et France-Bleu Limousin, qui, chaque soir, accueille des poètes, des chanteurs, des musiciens et des comédiens. Devise de ce festival : « croiser poésie et chanson, univers et styles, dans un esprit d’ouverture et de découverte » : www.festivaldecouvrir.com

Douze recueils de poèmes, et de nombreux poèmes publiés en revues et en anthologies (chez Larousse, Seghers, Ellipses, au Cherche-Midi, au Temps des Cerises…).

 

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer), Poezibao, Phoenix, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret,  …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Texture, …

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2018

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front