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La Une Livres

Il était une rivière, Bonnie Jo Campbell

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Jean-Claude Lattès

Il était une rivière (Once upon a river), Trad (USA) Elisabeth Peellaert, janvier 2013. 394 p. 22 € . Ecrivain(s): Bonnie Jo Campbell Edition: Jean-Claude Lattès

 

Si Margo ne parsemait pas sa route d’aventures érotico-sentimentales, on pourrait dire de ce livre qu’il nous replonge dans un style, un univers, un genre littéraire que beaucoup d’entre nous ont dû connaître et aimer dans leur adolescence. On regarde du côté de « Jody et le faon » de Marjorie Kinnan Rawlings, ou encore de Tom Sawyer de Mark Twain. Tous les ingrédients y sont. A commencer par le titre du livre qui emprunte la fameuse formule des contes pour enfants : Once upon … Il était une fois.

La rivière bien sûr et d’abord. Il s’agit de la Stark, affluent de la Kalamazoo qui se jette dans le lac Michigan. La géographie déjà nous mène dans les contrées célèbres de la littérature (Hi Jim Harrison !). Elle est présente tout au long de ce roman, lieu pullulant de vie au rythme des saisons. Margo, l’héroïne, va la parcourir sans cesse, chassant, pêchant, cherchant sa mère qui l’a quittée quelques années plus tôt, la laissant seule avec son père qui vient d’être tué lors d’une altercation entre voisins. La rivière, comme chemin initiatique et lieu de toutes les magies naturelles.

D’emblée, le décor est planté, fascinant, écrin qui a porté tant d’œuvres et d’auteurs en Amérique :

Ce qu'aimer veut dire, Mathieu Lindon (2ème recension)

, le Jeudi, 07 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Folio (Gallimard)

Ce qu’aimer veut dire, 312 pages, 2013 pour l’édition poche . Ecrivain(s): Mathieu Lindon Edition: Folio (Gallimard)

 

Lire un roman dont les personnages nous sont déjà connus est l’assurance d’entrer immédiatement dans le vif du sujet. Nous faisons l’économie de bien des descriptions. Ainsi, l’attrait des séries balzaciennes, ou encore d’Arsène Lupin… Chez Mathieu Lindon, c’est différent : les personnages sont réels. Il s’agit du philosophe Michel Foucault, ainsi que de l’écrivain et photographe Hervé Guibert. On croise aussi le mythique éditeur des éditions de Minuit, Jérôme Lindon, le père du narrateur, dont se dessine un superbe portrait en creux.

Le narrateur est invité à passer un été chez Michel Foucault, rue de Vaugirard à Paris, pendant que ce dernier prend quelques vacances. Avec ses amis, Mathieu va en faire sa propre maison. Et le lieu de diverses expérimentations : il teste notamment de nombreuses drogues, fait des rencontres. Et par le truchement de cet appartement, de cette salle d’opération, c’est Michel Foucault que Mathieu Lindon souhaite atteindre dans son récit : « j’ai envie de rendre hommage à Michel, mais comment par un livre, lui à qui ses propres livres rendent mille fois plus hommage que d’autres ne sauraient faire ? ».

L'art de la résurrection, Hernan Rivera Letelier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Amérique Latine, Roman, Métailié

L’art de la résurrection, trad. de l’espagnol (Chili) Bertille Ausberg, 228 p. 19 € . Ecrivain(s): Hernan Rivera Letelier Edition: Métailié

Il y a des moments de grâce. Celui d’être entré dans ce livre en est un. Pur et complet « repas de littérature » ; quelque chose de la découverte d’un vin exceptionnel ; on sort avec l’état joyeux de la presque ivresse, la dernière page tournée ; un goût particulier qui reste sur les lèvres, qu’on n’oubliera pas ; une envie immédiate de partager avec ceux qu’on aime ; bref, un grand cru que ce bouquin !

Une magie qui s’inscrit d’emblée dans la grande littérature sud-américaine. Ce livre et son histoire, ses énormités, ses fantasmes ; odeurs et couleurs, ne peut appartenir qu’à la haute lignée des Garcia Marquez, et autres Alejo Carpentier ; Isabel Allende, et ses figures habitées aussi, du reste. Mais, Garcia Marquez, surtout, pour le son « barocco » et, pour cette histoire, quasi « hors sol »… Baroque est le mot qui passe en tête, tout au long du fleuve dépaysant de L’art de la résurrection. Typique opposition entre un fond de tableau unicolore et immobile (là, couleur-désert), et la multitude des personnages loufoques et agités, mélangeant allègrement réel et imaginaire.

Sobre est le décor : désert du Chili du nord ; concessions de salpêtre, à quelques encablures d’Antofagasta. « Toute la sphère du ciel était une solitude bleue, sans la moindre possibilité de petit nuage égaré loin de son troupeau blanc. C’était dimanche dans le désert, et dès le matin, la journée menaçait d’embraser les quatre coins de l’horizon : il allait faire une chaleur d’enfer ».

Liquidations à la grecque, Petros Markaris

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Bassin méditerranéen, Roman, Seuil

Liquidation à la grecque, 2012, trad. du grec Michel Volkovitch, 327 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Petros Markaris Edition: Seuil

 

Grandeurs et limites de Robin des Bois

 

C’est à la Grèce de la tourmente, de l’angoisse et du lendemain incertain, retentissement de la crise économique, que s’intéresse Liquidations à la grecque, dernier roman de Pétros Márkaris, et bien sûr au crime, au sens large, puisqu’il s’agit d’un roman policier.

En suivant l’enquête du commissaire Charitos, meurtre après meurtre, le narrateur nous plonge dans la Grèce actuelle et dans le système financier. Le commissaire mène son investigation dans une Athènes rythmée par les embouteillages, causés par les grèves et l’agitation sociale. La tension des masses se faufile, de passage en passage, au cours des déplacements de Charitos. Une poignée d’hommes, riches et puissants, demande à la majorité de se serrer la ceinture, de trimer plus. Dans l’angoisse, parfois le désespoir, cette majorité dans un premier temps calcule ses centimes, recourt à la débrouille, réinvente la solidarité pour ne pas sombrer. Sauver l’immeuble en feu, dans le brouillard de la fumée, c’est ce qu’exige le pyromane. A la violence souterraine, silencieuse, aux allures légales, répond la violence lisible, sur soi ou pour contester par la lutte.

L'interrogatoire, Jacques Chessex (2ème recension)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie, Le Livre de Poche

L’Interrogatoire, 144 pages, 5,60 € février 2013 (Poche) . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Le Livre de Poche

Chessex vu par lui-même

 

Jacques Chessex pressentait peut-être la mort à venir en se livrant à cet examen de conscience qu’est L’Interrogatoire, texte posthume publié deux ans après la disparition de l’écrivain suisse, suite à un malaise cardiaque, et que Le Livre de Poche réédite aujourd’hui.

Chessex y entame un dialogue avec lui-même ou plutôt, avec l’Autre qui parle en lui et qui l’amène à se dire, à tout dire dans une sorte de maïeutique autobiographique dénuée de toute complaisance et de tout narcissisme.

L’auteur, à travers la trentaine d’entrées de cet interrogatoire, dresse un autoportrait où le plus intime – la sexualité, tradition toute rousseauiste – côtoie les réflexions sur l’écriture, sur la relation à Dieu, à la religion, à la mort. Ici la parole semble libérée et l’interrogateur « inquisiteur », cette voix intérieure qui le « traque », n’a pas vraiment à lever le ton pour que la plume glisse sur le papier. Les aveux faits ne sont pas arrachés, ils sont donnés, comme offerts au lecteur, avant qu’il ne soit trop tard… D’ailleurs, Chessex le note lui-même : « je me suis mis à aimer cette épreuve sans trêve. Le questionnement qui fouille mon âme, mon esprit, mon corps bientôt réduit en cendres »…