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La Une Livres

Pigalle : entre tapins et truands, Catherine Tardrew (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions

Pigalle : entre tapins et truands 2 volumes, Editions de La Belle Gabrielle, 2010, 120 p. et 118 p., 19,90€ chacun. . Ecrivain(s): Catherine Tardrew


Une passionnante plongée dans la légende de Montmartre, voici ce que proposent les deux volumes écrits par Catherine Tardrew. Pigalle y devient un personnage dont elle retrace les mouvances et les persistances d’une plume allègre, dépoussiérant les mythes et dévoilant de surprenants détails. La qualité iconographique participe du véritable plaisir que l’on a à se plonger dans cette lecture qui associe la rigueur scientifique et documentaire à une écriture riche et enlevée. Parmi une floraison d’ouvrages tape-à-l’œil sur la question des maisons closes, ce Pigalle : entre tapins et truands donne une image juste et contrastée de la réalité de la vie des filles et de leurs macs. La prostitution s’y révèle complexe, protéiforme, loin des jugements moraux hâtifs et des clichés en ors et velours rouge.

Le moment clé est la loi de fermeture des maisons closes initiée par Marthe Richard en 1946. Avant, Pigalle regorgeait d’établissements de tous types où l’on pouvait goûter à tous les plaisirs des sens : cabarets, bordels, bals et bastringues…

Le garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël, Classiques

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

« (…) ce pays lointain – quel est son nom déjà ? – » (p. 34), et c’est toute l’histoire des « réfugiés », ceux qui reviennent des camps, c’est aussi en grande partie, celle de la vie d’Aharon Appelfeld : revenir puiser dans son passé, pour l’écrire dans une langue qu’il doit forger, celle de sa nouvelle identité, car on a changé aussi son nom au jeune garçon. Non pas « dépouiller le vieil homme », au contraire, lui rendre, au mot près, dans cette musique nouvelle, celle dont Aharon Appelfeld dira qu’elle est celle de sa « langue maternelle adoptive ».

L’image de la mère, dont il fut orphelin très jeune se confond dans la langue qui se perd. Quand le jeune homme aura imité les chapitres de la Bible, qu’il recopie, il pourra ré-endosser tous les êtres qu’il aime. En attendant, le sommeil jette un pont entre deux états, entre deux mondes. Ce livre relate, avant tout, la réappropriation de soi, la reconstruction par la langue. Il est nécessaire au garçon de se reconnaître par les mots. A chaque instant, l’ascèse pour y parvenir : on est saisi, happé avec le jeune Aharon, par l’âpreté de la bataille qui se joue, ne pas, jamais laisser cours au désespoir.

Arguments d'un désespoir contemporain, Richard Millet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Hermann

Arguments d’un désespoir contemporain, 156 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Hermann

C’est un livre à l’image de ces eaux noires, vivantes par en-dessous, mais presqu’immobiles à l’œil ; mystérieuses, attirantes ; celles qui essaiment sur le grand plateau de Millet : Millevaches - Millesources. On les regarde, partagés entre fascination et crainte ; elles font partie d’un autre nous, lointain ; elles murmurent les origines ; elles n’invitent pas à la baignade…
Un essai, ce petit livre dense ? C’est à la fois plus vivant et plus personnel – l’homme, l’écrivain habitent chaque page, en une genèse pudique et un peu austère – on imagine qu’on aurait pu l’intituler : « souffles », « cri », ou simplement « dires ».
C’est âpre, rugueux comme le granite, bousculant comme le « Jean d’Auvergne » qui sature le Limousin en hiver ; en même temps, le son a la pureté d’un cristal. On retrouve, là, dans cet « arguments… » l’itinéraire et l’œuvre de cet auteur, définitivement haut perché, à part, dans la grande littérature.
Livre d’amour de la littérature et de la langue, qu’il faut mériter, et, pour moi, le chemin a été dur, car il faut en passer par deux ou trois choses qui sont en Millet, qui le façonnent, qu’on sait de lui, qu’on n’aime pas vraiment ! « la foule… relents de produits de chez Mac Donald… diverses sortes de métis… créolisation générale… vacarme ».

Les trois roses jaunes, Raymond Carver (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Nouvelles, L'Olivier (Seuil), Classiques

Les Trois roses jaunes, Œuvres complètes, volume V, traduit de l'anglais par Françoise Lasquin, février 2011, 182 p., 15€. . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)


Ce volume rassemble sept nouvelles, les dernières publiées du vivant de l’écrivain. Tout comme le précédent volume, Les Vitamines du bonheur, il plonge le lecteur dans un univers a priori des plus banals mais où de petits rouages se grippent, se bloquent, créant tantôt la surprise, tantôt un étrange sentiment de malaise. On est dans la quatrième dimension.
Plusieurs nouvelles mettent en scène le couple, dysfonctionnel, recomposé maintes fois, tantôt hanté par une belle-mère aux pulsions vagabondes dans Cartons, tantôt par une hypocondrie aussi soudaine qu’irrationnelle dans Débranchés. Le narrateur dans Le Bout des doigts s’enferme dans ses recherches au point de ne pas réaliser que sa femme le quitte, se trouvant rejeté « en dehors de l’histoire, relégué au rang de l’anecdote ».
Cette voix, à chaque fois différente, qui se raconte, focalisée sur son propre point de vue, donne l’impression de sombrer doucement dans la folie, une folie ordinaire faite de petites obsessions et d’inconscience, d’incompréhensions et d’un zeste de fantastique.

Le joli mois de mai, Emilie de Turckheim

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 30 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Héloïse D'Ormesson

Le Joli mois de mai, 128 pages, 14 € . Ecrivain(s): Emilie de Turckheim Edition: Héloïse D'Ormesson

Emilie de Turckheim est une menteuse. Son quatrième roman commence par une phrase que l’on ne peut évidemment pas croire : « Vous allez voir, je sais pas raconter les histoires ». Franchement, qui voudrait continuer plus loin une histoire mal racontée ? D’emblée, on sait qu’Emilie de Turckheim va s’amuser avec le lecteur. Elle lui propose un jeu, alors, jouons !
Le livre s’intitule Le Joli mois de mai. Faut-il également le croire ? Pas davantage. Car le roman s’ouvre et ce mois de mai ressemble à un mois de novembre avec toute sa gadoue. « On se croirait à l’automne ». Non seulement le temps n’est pas de la partie, mais surtout des « Parisiens » débarquent dans la vaste propriété avec chambre d’hôtes alors que d’habitude, ils ne viennent qu’à l’automne, le véritable, pour s’adonner aux plaisirs de la chasse.
Ces « Parisiens » en question sont : un inspecteur à la retraite, un couple que l’avarice rend fous, un militaire très discret et un tenancier de bordel homosexuel. Ils viennent parce que le propriétaire des lieux, Monsieur Louis, est décédé un mois plus tôt. Il a reçu une balle dans la gorge. « Il a un trou de fusil à travers lui ».