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La route bleue, Kenneth White

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 24 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Récits, Le Mot et le Reste

La Route bleue, janvier 2013, 160 p. 17 € . Ecrivain(s): Kenneth White Edition: Le Mot et le Reste

 

« De toute façon, je voulais sortir, aller là-haut et voir ».

Dans La Route Bleue, récit de voyage, journal de bord, livre d’une aventure intérieure, le Labrador existe d’abord dans le souvenir de Kenneth White, par les images d’un livre d’enfance. Puis, et peut-être depuis toujours : l’envie d’aller voir. « C’est un endroit, non ? Et si c’est un endroit, ça veut dire qu’on peut y aller, il me semble ». Soit. Partons.

« Je quitte la ville de Québec. Route 175 Nord. J’aime cette pure notation mathématique placée entre deux mots lourds de sens. Le calculable et l’incalculable ». Partons pour découvrir qu’ici comme ailleurs, la civilisation, avec ses Livres et ses codes, est capable de changer le nom d’un lac. Peut-être ce lac avait-il été nommé le lac des Vagues bleues par des gens qui le connaissaient bien. Et puis des missionnaires sont passés par là. Le lac est devenu le lac Saint Jean. « Rien à voir avec la réalité perçue dans toute sa beauté ». Les missionnaires ont toujours été les ennemis des nomades, rappelle K. White. Qui poursuit sa route avec ses compagnons fantômes : Coleridge, Thoreau, Melville, Bashô, Jacques Cartier et les explorateurs du XVIème siècle. Avec également les indiens et ceux qui se donnent le nom algonkin d’Innut, les êtres humains.

40 jours de nuit, Michelle Paver

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Jeudi, 24 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Jeunesse

40 jours de nuit, Hachette, collection Black Moon, septembre 2012, 283 p. 16,90 € . Ecrivain(s): Michelle Paver

 

Hiver 1937, le brouillard tombe sur Londres et sur tous les misérables employés de bureau qui se pressent tous les soirs jusqu’à leur pauvre logement à peine chauffé. Jack Miller, 37 ans, plein d’ambitions mais désargenté, végète dans un emploi de secrétaire qu’il déteste. Rêvant à de lointains horizons qui lui feraient oublier sa morne situation, il répond un jour à l’annonce de quatre jeunes gens fortunés et bien nés qui recherchent un télégraphiste pour les accompagner dans une expédition polaire. En dépit de son aversion pour la gentry, il se présente à eux et est immédiatement accepté au sein de leur équipe.

Il s’agira de réunir des données scientifiques sur le cap norvégien de Gruhuken, dans l’archipel du Spitzberg, non loin du Pôle Nord. Dévoré par la curiosité et l’impatience, brûlant d’en découdre et de montrer ce dont il est capable à ses nouveaux compagnons, Algie, Gus, Teddy et Hugo, Jack fait sa valise. Ils embarquent tous sur le l’Isbjörn à destination de leur lieu d’hivernage. Sous l’effet de la malchance, très rapidement Teddy et Hugo doivent être rapatriés en Angleterre, ce qui n’entame en rien l’optimisme du trio restant. Equipés de huit chiens de traîneau, d’armes et de munitions, de caisses de vivres et d’huile à lampe, ils installent avec excitation leur nouveau campement arctique.

Les mâchoires du serpent, Hervé Claude

Ecrit par Gilles Brancati , le Mercredi, 23 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Les mâchoires du serpent, novembre 2012, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Hervé Claude Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Ashe, un rentier français donne un coup de main au « police officer » qui le missionne pour des investigations qu’il ne pourrait pas faire lui-même compte tenu de sa notoriété. L’anonymat de Ashe est une discrétion utile. Il devient son bras, son homme de confiance. C’est lui qui le pilote, mais Ashe prend aussi des initiatives. On retrouve un premier corps mutilé, émasculé, découpé. Les soupçons se portent tout d’abord sur une « sale bête », en principe disparue depuis longtemps, la seule qui serait capable de déchiqueter ainsi le corps d’un homme. L’animal mythique, celui qu’on croyait disparu et qui réapparaît parce qu’enfoui dans un inconscient collectif, Ashe n’y croit guère. À moins qu’il s’agisse d’anciens rituels aborigènes. On ne sait pas, personne ne sait tellement ce meurtre, puis les suivants sont monstrueux. Pourquoi cette sauvagerie ? Par sadisme, pour brouiller les pistes ?

Autant le dire tout de suite, l’enquête policière est un prétexte à une évocation de l’Australie d’aujourd’hui et de la part d’histoire qu’elle n’a pas résolue, celle d’une conquête et de l’échec de l’assimilation de la population aborigène menée à marche forcée. Jusqu’au dénouement nous rencontrons l’immensité d’un territoire qui autorise bien des excès, des exploitants miniers enrichis sans vergogne, les villes qui concentrent la population et où, comme partout, circulent l’alcool et la drogue. Le tout sur fond d’une homosexualité proposée ici sans tabou.

Ondine, Benjamin Lacombe

Ecrit par Olivier Verdun , le Mercredi, 23 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Albin Michel, Jeunesse

Ondine, Albin Michel Jeunesse, 2012, 40 p., 19 € . Ecrivain(s): Benjamin Lacombe Edition: Albin Michel

Avec Ondine, son avant-dernier album, Benjamin Lacombe prouve une fois de plus son immense talent d’illustrateur. Un album somptueux comme rincé au lavis, qui rend hommage à quelques grands maîtres – Hokusaï, Waterhouse, Millais, Rosseti. Benjamin Lacombe réinterprète le mythe d’Ondine, inspiré par les textes de Friedrich de La Motte-Fouqué et la pièce de Jean Giraudoux, et revient avec ce conte à ses amours préraphaélites.

L’histoire nous entraîne dans un monde obscur qui a pour toile de fond la « terrible Forêt-Noire ». Un monde peuplé par les esprits des eaux (les ondins) dont la douce Ondine fait partie. Née sans conscience et sans remords, recueillie par une famille de paysans pauvres mais aimants, Ondine aspire à posséder une âme. Elle doit pour cela se faire aimer d’un homme.

Un  soir, sous une pluie battante, le chevalier Hans de Ringstetten, qui s’était égaré en pleine forêt, trouve refuge chez Ulrich et Eugénie, les parents adoptifs d’Ondine. Ondine était d’une « beauté si délicate que ses traits fins se noyaient dans l’éclat de sa peau. Ses longs cheveux roux flamboyaient sur ses épaules en d’élégantes ondulations ». Comment ne pas tomber sous son charme ? Après s’être promis l’un à l’autre, Hans et Ondine scellent leur engagement d’un premier baiser au cours d’une cérémonie. Une nouvelle vie les attend dans le château de Ringstetten.

La sagesse dans le sang, Flannery O'Connor

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 22 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Gallimard

La sagesse dans le sang (Wise blood 1949). Trad. USA Maurice-Edouard Coindreau. Edition présente septembre 2012. 245 p. 7,50 € . Ecrivain(s): Flannery O'Connor Edition: Gallimard

 

 

Ce livre est une bourrasque, une tornade littéraire !

A commencer par la préface de 1959 – à ne surtout pas manquer – signée par la plume acerbe et saignante de Maurice-Edgar Coindreau, également brillant traducteur de cette œuvre. Il s’en donne à cœur-joie à propos des évangélistes qui ont toujours pullulé aux Etats-Unis :

« Il est à remarquer que, chez les femmes évangélistes tout spécialement, le démon de la chair s’éveille de bonne heure, non sans parfois troubler leur système nerveux. Mary Baker Eddy était hystérique dès son âge le plus tendre. Elle le resta jusqu’à sa mort. Crises de nerfs, convulsions, épilepsie ; catalepsie. Il fallait la calmer à grand renfort de morphine, à moins que quelque personne obligeante ne la prît dans ses bras et ne la berçât. Les bras d’homme étaient particulièrement efficaces. »