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La Une Livres

3 balles perdues, Sylvana Perigot

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 01 Décembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

3 balles perdues, Editions Eéolienne, Juillet 2012, 140 pages, 11 € . Ecrivain(s): Sylvana Perigot

 

Malgré un titre et une couverture de polar, il ne faut pas se fier aux apparences : 3 balles perdues n’a rien d’un roman policier, même si Sylvana Perigot, experte en suspense, aime y semer des indices et brouiller les pistes pour mener son intrigue. Car ce récit qui évoque discrètement un cadavre enfoui sous les feuilles à son début, comme pour mieux l’oublier avant qu’il ne resurgisse puissamment à la surface, s’attache moins à l’énigme d’une mort qu’à celle d’une naissance, au terme d’une étrange histoire s’élaborant dans l’esprit chamboulé du héros. Trois balles perdues qui ne visent que des reflets, des images, et posent plus largement l’énigme de la vie à travers l’éveil d’une conscience au monde. Un enfantement douloureux !

Avec ce court texte édité sur un format réduit à l’agréable présentation par Eolienne, un petit éditeur corse aussi peu connu que l’auteure qu’il publie, Sylvana Perigot signe un premier roman d’une très grande originalité. 3 balles perdues est en effet un livre poético-philosophique profond et grave, mais aussi plein d’imagination, de fraîcheur et d’humour, un livre remarquablement construit et d’une très belle écriture.

Les miroirs de l'esprit, Norman Spinrad

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 30 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Science-fiction, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Les miroirs de l’esprit (Mind Game), traduit (USA) par Charles Canet, 598 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Norman Spinrad Edition: Folio (Gallimard)

 

Les miroirs de l’esprit est d’abord l’histoire de deux frustrés : Jack Weller et sa femme, Annie. Jack est réalisateur à la télé. Il dirige l’émission pour les enfants Une vie de singe. Dans sa profession, c’est le bas de l’échelon. Quant à sa femme, elle ne décroche pas les rôles qui pourraient faire décoller sa carrière d’actrice et doit se cantonner à courir les castings pour quelques apparitions dans des spots publicitaires de seconde zone.

Même si beaucoup se contenteraient de leur situation, il leur manque quelque chose. « Qu’est-ce qui manquait à leur vie ? Ils n’avaient pas besoin d’un psychiatre ou d’un conseiller conjugal pour le leur révéler. C’était la réussite, et ça, rien ne pouvait le remplacer ».

Un jour, ils sont conviés par l’un de leurs amis dans un nouveau bar à la mode : le Club transformationaliste des célébrités. Comme son nom l’indique, le club appartient à la secte des Transformationalistes. Il s’agit d’une version (à peine déguisée paraît-il) de la Scientologie.

La secte ne se cache pas des intentions qu’elle a eues en ouvrant ce bar.

Les fulgurances de Nicolas de Staël, Karin Müller

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 30 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie

Les Fulgurances de Nicolas de Staël, Editions Guéna, 2011, 87 pages, 9 € . Ecrivain(s): Karin Müller

« Ton tableau a l’odeur d’un bouquet d’étoiles de chaleur. Tout s’y passe dedans comme le cœur et l’exigence, la difficulté de notre esprit et la simplicité de notre sensibilité ardemment le demandent. Il est beau et je le regarderai longtemps. […] Fraternellement ».

René Char à Nicolas de Staël (Carte postale du 8 avril 1952)

 

Né à St-Petersburg en 1914, Nicolas de Staël perd prématurément ses parents alors que ceux-ci se trouvent en exil, en Pologne, contraints de fuir la Révolution de 1917. Un couple de nationalité russe et d’origine sarde, les Fricero, l’adopte, en 1922, lui et ses deux sœurs. Vivant désormais à Bruxelles, il y fréquente musées et galeries. Il s’adonne à la lecture des poèmes de Rimbaud, Verlaine et Baudelaire et goûte aux tragédies grecques mais c’est vers la peinture qu’il s’oriente, malgré les réticences de son père adoptif, estimant qu’il fait fausse route. Nicolas de Staël suit sa voix intérieure, contre vents et marées, et il commence une formation de peintre. Juste après ses études, il entreprend un voyage en Espagne en vélo avec l’un de ses camarades, et pour sa survie il vend et échange quelques dessins et aquarelles.

A l'ombre du jasmin, Ahmed Kalouaz

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 30 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Maghreb, La Brune (Le Rouergue)

A l’ombre du jasmin, Octobre 2012, 13 € . Ecrivain(s): Ahmed Kalouaz Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Ahmed Kalouaz écrit, « parce qu’il ne reste que ça à faire… cette vie avance, et un jour, on se dit que l’on écrit ».

Ce livre est le troisième opus d’une triade ; chaque livre égrainant une vie d’émigré. Donc, un essentiel pour la vie de nous tous… le quotidien de l’Algérien en France, son ressenti, sa mémoire, et, plus précieux que tout, son écriture ; l’écriture… Livre qui s’adresse aux siens, à la mère, bien sûr, et à ce qu’elle dévoile, à la fratrie : « si vous aviez résisté à la fièvre », leur dit-il, « j’aurais comme vous marché pieds nus, au lieu d’aller à l’école assez longtemps pour sortir du nombre, et guidé, à l’âge de huit ou dix ans, un âne, un mulet pour les travaux des champs, sort réservé à beaucoup d’enfants de ce milieu de siècle ». Car, ici, le vecteur de l’arrivée en France est à part dans le florilège habituel de l’émigration. Il y est allé de maladies, de l’obligation de protéger les enfants, et de la mort d’une fillette, la sœur inconnue, le jasmin du titre. « Tu es partie trois mois avant ma naissance » dit Ahmed à l’ombre de la sœur, « nous nous sommes connus, l’espace de trois saisons, un peu de printemps, un été de feu, un brin d’automne. J’ai touché terre dans ce cataclysme ».

Le voleur de cadavres, Patricia Melo

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Amérique Latine, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Le Voleur de Cadavres. Trad. Du portugais (Brésil) par Sébastien Roy. 218 p. 19,80 € . Ecrivain(s): Patricia Melo Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Livre étrange et fort, bousculant tous les archétypes du roman noir, le voleur de cadavres interroge sur la frontière ténue qui sépare le bien et le mal chez des personnages pourtant bien « gentils », presque touchants d’humanité.

Première surprise, le cadre de l’histoire. Loin des villes grondantes, du bitume mouillé, des néons blafards et des truands. Le narrateur/héros de l’histoire a quitté la ville qu’il ne supportait plus, Sao Paulo, pour se reposer dans une sorte de paradis terrestre, le Pantanal, dans le Mato Grosso à l’ouest de Brésil. Paradis écologique qui constitue l’écosystème le plus dense de la planète, avec un réseau extraordinaire de cours d’eau et de lacs, des forêts somptueuses et une faune d’une richesse exceptionnelle.

Notre homme va à la pêche sur le fleuve Paraguay. Il fait un temps splendide. Tout est paisible. Soudain un petit avion se fait entendre, tombe dans le fleuve nez en avant, et se plante dans l’eau devant notre pêcheur ébahi.