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La Une Livres

Tu t'en vas, Magali Thuillier (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 14 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Tu t’en vas, publié en 2004 aux Ed. du Dé Bleu. . Ecrivain(s): Magali Thuillier


Tu t’en vas. Un titre qui déjà marque le ton, non pas une injonction, mais un constat. Le constat clinique d’une réalité contre laquelle l’auteur ne peut rien. Tu, c’est la grand-mère de la narratrice et ce livre qui s’adresse à elle, raconte à travers ce dialogue à sens unique, un double départ. Le premier, c’est le faux-départ, mais aussi le plus douloureux, le plus insupportable, je dirais même littéralement le plus dégueulasse. La grand-mère tant aimée ne s’habite plus, elle n’est plus là « Une étrangère s’est glissé dans ton corps. Elle prend ta voix. Elle vit chez toi. Elle me vouvoie. Je ne lui réponds pas. J’attends que tu reviennes. Reviens ». C’est la maladie, l’Alzheimer, jamais citée, mais décrite, à petites touches implacables, presque à contre cœur, comme on évacue un peu de pus d’une plaie pour ne pas que l’infection se propage, envahisse tout, jusqu’à la moindre parcelle d’amour.
C’est la maladie qui peu à peu voile et vole la grand-mère adorée. « Pas voir les signes de la maladie. Pas les voir. Pas voir. Au revoir. Pas tout de suite. Pas ma grand-mère. Pas toi. Pas moi. Pas ».

L'interrogatoire, Jacques Chessex (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 10 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Grasset

L’interrogatoire, mars 2011. 158 p. 14 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Grasset


La voix de Chessex nous revient dans un très beau dialogue de l’écrivain avec son double inquisiteur. « Je suis peut-être un assassin qui se révélera d’un seul coup. Ou un saint, que Dieu montrera à Son heure ». Amant, fils, auteur, lecteur, homme, Chessex n’en finit pas de questionner l’autre en lui, dans cet « ouvert obscur » que le texte dévoile et voile à l’infini. Les deux Chessex se sont « emboîtés et appariés comme la figure et son écrit, ou comme réfléchit le miroir ».
Avec une grande douceur et une grande lucidité, il accepte cette « loi d’Interrogatoire » : « la voix questionne, je réponds ». Seul, l’écrivain affronte tous les plis et les revers d’une voix, conscience et juge à la fois,  qui cherche à le prendre en défaut. C’est avec courage qu’il fait face aux différentes figures de la mort qui lui sont soumises et auxquelles il renvoie le bonheur renouvelé de se voir accorder un nouveau jour, les artistes aimés, les femmes et l’érotisme, le labeur d’un artisan des mots qui cherche à être juste avec lui-même.

The Corner, David Simon & Ed Burns (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 07 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Essais

The Corner, Enquête sur un marché de la drogue à ciel ouvert. 396 p. 21 € – Florent Massot . Ecrivain(s): David Simon & Ed Burns

 

De temps en temps, il est bon de refermer ses livres et de s’installer devant la télé. Avec la série américaine Sur Ecoute (The Wire en VO), elle atteint des sommets. Seuls quelques très grands films peuvent rivaliser avec. On peut l’affirmer également haut et fort : Sur Ecoute écrase la très grande majorité de la production littéraire. Qu’en déplaise aux puristes, elle peut légitimement être placée au même plan que des œuvres de Dostoïevski. Parfaitement !
Créée par le journaliste David Simon et Ed Burns, un ancien inspecteur de police, la série a été scénarisée par des pointures du polar Outre-Atlantique : Richard Price, Dennis Lehane, George Pelecanos. Et ça se voit. Les personnages sont finement écrits. Avon Barksdale, Stringer Bell, McNulty, Omar, Leaster Freamon, Kima Greggs. Marlo Stanfield, le lieutenant Cedric Daniels, Roland « Prez » Pryzbylewski, Tommy Carcetti… pour n’en citer que quelques-uns (et il y en a tant d’autres !) : chacun est une véritable série dans la série à lui seul. Transpirant d’humanité, ils évoluent en fonction des situations auxquelles ils sont confrontés et le téléspectateur change de point de vue sur eux au fur et à mesure.
Les dialogues sont écrits au cordeau et les intrigues menées avec un sens implacable du récit. Le tout dans une ambiance jazzy qui prend son temps. Sur écoute n’est pas une de ces séries qui va à toute allure à la 24. C’est ce qui ne la rend que plus addictive.

Madame Tabard n'est pas une femme, Elsa Flageul (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 03 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Julliard

Madame Tabard n’est pas une femme – 126 pages, 16 € . Ecrivain(s): Elsa Flageul Edition: Julliard

Elsa Flageul a le sens du titre. Son premier roman, paru il y a deux ans, s’intitulait " J’étais la fille de François Mitterrand ". Pour son deuxième opus, elle nous intrigue d’emblée avec cette drôle d’annonce énigmatique : " Madame Tabard n’est pas une femme ".

Si Madame Tabard n’est pas une femme, qu’est-elle donc ?

Il y a deux réponses possibles.

Hannah a six ans quand, un soir, on sonne à la porte de l’appartement dans lequel elle vit avec sa mère, Alma. Elle ouvre et apparaît un homme qu’elle ne connaît pas là, en lunettes de soleil. Il lui déclare qu’il vient voir sa mère. Elle lui demande qui elle doit annoncer et il lui réplique, dans un grand éclat de rire : « Fabienne Tabard ».

Hannah va chercher sa mère. Son visage s’éclaire et s’empourpre. Elle comprend tout de suite que la Madame Tabard en question est Antoine.

Les madones d'Echo Park, Brando Skyhorse (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 27 Mars 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, L'Olivier (Seuil)

Les Madones d'Echo Park, roman, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso, Éditions de l'Olivier, 2011. 297 p. 22€ . Ecrivain(s): Brando Skyhorse Edition: L'Olivier (Seuil)

Vous est-il arrivé, dès les premières lignes d’un livre, d’entendre, au sens physique du terme, une musique obsédante ? Avec Les Madones d’Echo Park, c’est la slide guitar de Ry Cooder qui ne vous quitte pas ! Un lieu revient, dans toutes les voix qui constituent cette œuvre, Chavez Ravine. Un immense quartier chicano de Los Angeles où s’entassaient les laissés pour compte du rêve américain et qui, pour les besoins de la construction d’un grand stade de base-ball (Dodger Stadium), a été rasé en 1960 et les « wetbacks » (dos mouillés parce qu’ils passaient à la nage le Rio Grande !) ont été chassés, éparpillés dans des taudis encore plus ignobles parce que sans âme. Et le grand Ry en a fait un album il y a 4 ou 5 ans : entre blues et texmex.  Il se rappelle : «Je fuguais en bus jusqu'aux barrios, ces bas quartiers basanés et réputés dangereux d'où émanaient de jour comme de nuit des rythmes cuivrés et joyeux, parfois terriblement nostalgiques, mais toujours épicés.» C’est là que se glisse la chanson obsessionnelle de ce récit polyphonique. Presque des nouvelles pour tout lecteur inattentif. En fait un récit unique « slidé » par des doigts, des corps, des âmes, des douleurs différentes. Le chicano brisé, nulle part chez lui, en quête d’une identité chimérique, sans cesse menacé d’être chassé de L.A. à l’autre côté de la frontière mexicaine. C’est-à-dire nulle part. Nulle part chez lui. Ni d’un côté ni de l’autre.