Identification

La Une Livres

Notre-Dame du Nil, Scholastique Mukasonga

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 08 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Roman, Gallimard

Notre-Dame du Nil, Editions Gallimard, Collection Continents noirs, 223 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Scholastique Mukasonga Edition: Gallimard

Histoires de pensionnat – de jeunes filles, qui plus est – avec son comptant de pépiements chuchotés dans les dortoirs silencieux ; fou-rires en cours ; professeurs ridicules. Carrefour des années 60 ; pensionnat qui ressemble à s’y méprendre aux lycées de filles de notre jeunesse, rigides, abusivement rigoristes ; parfum d’ennui ; rituels immuables : fêtes de ceci, de cela, visite d’édiles, rentrée des classes… pensionnat, religieux, « bien-pensance » catholique ; pèlerinage à la Vierge ; fleurissement de l’église, mains baladeuses – bien plus encore – du père-abbé. On se reconnaît toujours : « amitiés » parfois « particulières » entre 3 ou 4 adolescentes ; rôles classiques, de la manipulatrice à la très sympa, un brin poire… on pourrait être dans tant de romans ! Peut-être dans un Françoise Mallet-Joris, vénéneux, juste ce qu’il faut, au fond des béguinages…

On pourrait… mais, vous n’y êtes pas du tout !

« Notre Dame du Nil » est un pensionnat catholique, perché près d’une des sources du grand fleuve : « les pensionnaires sont filles de ministres, de militaires haut gradés, d’hommes d’affaires… », à deux pas de Kigali, au Rwanda (« dans les nuages… parfois, mais rarement, il y a une éclaircie. On aperçoit alors, tout en bas, le grand lac, comme une flaque de lumière bleutée ») à trois encablures du génocide commençant…

Les 1001 conditions de l'amour, Farahad Zama

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 08 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Jean-Claude Lattès

Les 1001 conditions de l’amour, The many conditions of love, trad. de l’anglais Perrine Chambon, 2012, 428 p. 19 € . Ecrivain(s): Farahad Zama Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les rapports amoureux et les relations au sein du couple ne sont jamais chose simple en ce monde complexe qu’est l’Inde d’aujourd’hui.

Rehman et Usha d’une part, Aruna et Ramanujam d’autre part, en font la douloureuse expérience dans ce deuxième roman de Farahad Zama.

Rehman est musulman, Usha est hindoue. Cette appartenance à deux communautés qui ne se supportent pas constitue, d’entrée de livre, une source inéluctable, prévisible, d’obstacles et de tracas, dont on retrouve le schéma dans une bonne partie des films de Bollywood.

Aruna appartient à une famille pauvre. Ramanujam, médecin, de milieu bourgeois, subit volontiers l’influence de sa sœur, une personne acariâtre qui méprise Aruna. Ce triangle, tout aussi récurrent dans la cinématographie indienne, laisse espérer, dès que ces personnages prennent vie narrative, de désastreuses scènes de ménage…

Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 07 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Actes Sud

Le sermon sur la chute de Rome, 22 août 2012, 208 p. 19 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

Recension 1

 

Dans un petit village corse perché loin de la côte, il est de tradition que les hommes, à la fin de la journée, se retrouvent dans le petit bar local, l’épicentre de leur univers. Parmi ces hommes, nombreux sont ceux qui ont quitté le village et leur île, mais qui ont fini par revenir pour y ruminer leurs échecs, leur existence dépourvue de gloire, leurs rêves brisés, à l’instar de Marcel Antonetti, né à la fin de la première guerre mondiale. La « malédiction » se transmet d’une génération à l’autre. Des décennies plus tard, le petit-fils de Marcel, Matthieu connaîtra une expérience similaire.

A la mort de sa femme, Marcel ne veut pas s’occuper de son fils nouveau-né, Jacques, et il le confie à sa sœur. Quelques années plus tard, Jacques tombe amoureux de sa cousine, Claudie, avec laquelle il a grandi. Ils se marient (« Pour beaucoup, ce mariage n’est pas celui de l’amour mais du vice et de la consanguinité ») et ont un fils, Matthieu, et une fille, Aurélie.

Le Hobbit, J. R. R. Tolkien

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 07 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Science-fiction, Iles britanniques, Roman, Christian Bourgois

Le Hobbit, illustrations d’Alan Lee, trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, octobre 2012, 303 p. 35 € . Ecrivain(s): J. R. R. Tolkien Edition: Christian Bourgois

Difficile de présenter l’œuvre d’un auteur aussi célèbre et célébré que le sieur Tolkien après la déferlante cinématographique qui a donné corps et vie aux protagonistes de la geste du Seigneur des Anneaux dans l’adaptation de Peter Jackson. Moins connu et moins lu, le récit des aventures de Bilbo mérite cependant toute notre attention. Parce qu’il faut l’avoir lu, avant d’en voir la version filmée cet hiver, certes ; mais surtout parce que cet ouvrage recèle en germes prometteurs tout l’univers du chef d’œuvre de l’auteur, les amorces de sa future intrigue et une première étape de son travail d’écrivain, marqué par des formules, des images récurrentes, un humour singulier et une véritable poésie.

Destiné à l’origine aux enfants de l’auteur, Le Hobbit se distingue des œuvres suivantes par son style plus accessible, ses mélanges de registres, ses rebondissements. Mais on trouve déjà un récit linéaire consacré à un groupe de héros menant une quête périlleuse, des phénomènes et des êtres féériques ou monstrueux, et surtout la révélation des talents du personnage le plus anodin, véritable héros en devenir. Nous voici dans un conte où l’on chante, où l’on rit et où l’on frémit tour à tour avec enchantement.

L'un vers l'autre, en voyage avec Victor Segalen, François Cheng

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 07 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Albin Michel

L’un vers l’autre, En voyage avec Victor Segalen, 180 pages . Ecrivain(s): François Cheng Edition: Albin Michel

C’est un automatisme, de prolonger un mot par isme : capital par capitalisme, social par socialisme, charlatan par charlatanisme. L’inverse est rarissime. Un exemple : exotisme. Il fallait un esprit iconoclaste pour inventer le mot… exote : Victor Segalen, qui a toujours refusé son passé immédiat et a senti très tôt en lui quelqu’un de différent. Souffrant, dans la décennie 60, de la fermeture au monde de la Chine, l’académicien de France, François Cheng, découvrit les Lettres de Chine que Victor Segalen écrivait à sa femme, restée dans le Finistère, un finistère de l’Occident extrême. Segalen s’était insurgé très tôt contre le genre exotique de Pierre Loti ou de Claude Farrère, tous deux officiers de marine, qu’il convient de qualifier de genre colonialiste. Victor Segalen, médecin de cette même marine, définit l’exote : L’exote n’a que faire du tourisme culturel… il est allé voir ailleurs pour mieux voir au-dedans. Il sait que la rencontre avec l’Autre n’est réelle, et donc féconde, qu’à condition de s’y impliquer corps et âme, dans un décentrement vertigineux… L’exote ne voyage pas pour se fuir mais pour se chercher. Un besoin charnel d’affronter le réel. L’exotisme est tout ce qui est Autre.

Avant d’aller en Chine, Segalen rêve la Chine – la Chine antique –, non par une imagination artificielle, mais par une connaissance livresque approfondie. A cette époque, tout lettré digne de ce nom se doit de visiter la Chine, où cohabitent taoïsme, confucianisme et bouddhisme.