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La Une Livres

Communiqué N°10, Samuel Gallet

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 15 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Théâtre

COMMUNIQUE N°10 Editions espaces 34, 2011, 90 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Samuel Gallet

Samuel Gallet a choisi une citation de la poétesse argentine A. Pizarnik comme seuil à sa pièce de théâtre Communiqué n°10. Faut-il trouver refuge ou pas dans la réalité vraie, telle est l’interrogation posée à l’œuvre qui suivra ? La réalité de la pièce nous replonge dans des évènements qui ont lieu à la fin de 2005. Des émeutes ont débuté en Seine-Saint-Denis dans les banlieues et ont gagné d’autres territoires périurbains du pays. Dans la pièce, un chauffeur de 28 ans, Hassan, veut venger la mort de son jeune frère Lakhdar tué par un vigile, Damien, au moment où il volait un véhicule sur un parking. La ville sans nom, architecture de no man’s land, sert de décor à des émeutes, menées par un groupe d’enfants qui régulièrement lancent sur les ondes des messages, des communiqués de guerre civile et urbaine. Il y en aura dix. Générations révoltées, enfants de travailleurs maghrébins exploités. Samuel Gallet nous plonge dans une dramaturgie de friches, de zones périphériques, plongées dans les ténèbres. Toutefois la « vérité » comme force supérieure introduit une parole surnaturelle et métaphysique, celle d’un vieil homme  qui dit et redit : « Je suis mort oui ou non ». Dans un cimetière, à la fin de la pièce, il devient le père de Hassan, celui qui prononce la parole tragique parodoxale : « C’est pas les morts qu’il faut venger Hassan mais les vivants qui demeurent et que les morts regrettent ».

Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 14 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Biographie, Récits, Seuil, La rentrée littéraire

Lumières de Pointe-Noire, janvier 2013, 286 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou Edition: Seuil

 

C’est du côté de l’enfance et de l’adolescence que nous emmène Alain Mabanckou dans ce très beau récit autobiographique qui dévoile aussi bien les souvenirs de l’écrivain que les étapes de ce voyage de retour sur les terres natales après vingt-trois d’absence. Rien de moins facile que de revenir et d’affronter les morts comme les vivants, les inévitables chamboulements du réel balayant les traces de la mémoire, le sentiment de l’altérité, d’être devenu un étranger dans son propre pays.

« J’erre dans le quartier Voungou en cette fin d’après-midi. Peut-être pour rechercher des indices qui me rappelleraient les vadrouilles de mon enfance dans les parages. Je reste parfois immobile pendant quelques secondes, persuadé que ceux-ci ne pourraient me dévoiler le vrai visage de choses qui se bousculent dans ma mémoire et dont les contours sont devenus imprécis avec le temps. Ceux qui me croisent pressentent que je ne suis pas d’ici – ou plutôt ne suis plus d’ici – car qui, en dehors des fous de la ville, oserait par exemple s’attarder sur un tas d’immondices, sur une carcasse d’animal ou s’émouvoir devant le caquètement d’une poule dont on ignore ce qu’elle fait sur un des étals d’un marché désert ».

Carole, je vais te tuer ! Franck Linol

Ecrit par Olivier Bleuez , le Lundi, 14 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars

Carole, je vais te tuer !, Geste Editions, Collection Le geste noir, novembre 2012, 271 p. . Ecrivain(s): Franck Linol

 

Dans ce livre, tout tient dans l’histoire. Disons-le tout de suite : il ne faut pas chercher une écriture originale, ni une ambition littéraire dans l’exploration des sentiments humains ou une recherche de la compréhension du monde, un saisissement du monde dans lequel nous baignons. Non pas que l’auteur en soit incapable. D’ailleurs nous sommes heureusement incapables de répondre à cette question car dès les premières pages, nous embarquons clairement dans un roman de genre. Ce livre est à classer exactement dans la catégorie « romans policiers ».

À la première page du livre, nous savons déjà qu’Alex (le personnage principal) a décidé de tuer sa femme Carole, plus précisément qu’il va la tuer à la place de se donner la mort… Sans aller trop loin dans les détails de l’histoire, détails qui font l’intérêt exclusif du livre, on comprend vite que Carole a changé radicalement du jour au lendemain et qu’elle a mis fin à leur couple en jetant à la figure d’Alex tout ce qu’elle a dû jouer comme comédie pendant leur histoire d’amour. C’est peut-être la seule facette du livre qui aurait pu amener un peu d’originalité : le creusement de cette rupture, son absence de rationalité. Quelques phrases mises dans la bouche de Carole sont intéressantes (même si elles laissent sur notre faim !). Comme cette lettre qu’Alex trouve un matin alors que Carole est déjà partie travailler :

La tunique de glace, William T. Volmann

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 12 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Le Cherche-Midi, La rentrée littéraire

La Tunique de glace (The Ice-Shirt), traduit de l’anglais (USA) par Pierre Demarty janvier 2013, 680 p. 22 € . Ecrivain(s): William T. Volmann Edition: Le Cherche-Midi

 

La Tunique de Glace est l’un des « Sept rêves » de William T. Vollmann, une saga monumentale dont, à ce jour, quatre volumes ont été publiés : les volumes 1 (La Tunique de glace), 2 (Fathers and Crows, 1992, inédit en français), 3 (Argall : The True Story of Pocahontas and Captain John smith, 2001, inédit en français) et 6 (Les Fusils, 1994, Le Cherche-Midi, repris en Babel).

Dans ses Sept rêves, William T. Vollmann cherche à créer une « Histoire symbolique » de l’Amérique, c’est-à-dire un récit de ses origines et de ses métamorphoses. Et Vollmann n’est, bien heureusement pour nous, pas un historien ! Avec lui, la vérité n’est pas toujours littérale. Il prend ses aises avec elle. Il mélange les récits, triche sur les emplacements et les descriptions, détourne ses sources (l’auteur nous l’avoue, mais le profane n’y verra sans doute que du feu…).

Pour Vollmann, cette infidélité permet « une appréhension plus profonde de la vérité ». Il dit qu’il fait dans ce Rêve plusieurs choses qui n’ont, à strictement parler, aucune justification, mais à ses yeux, cela signifie qu’elles sont « parfaitement valables ».

Toi, Zoran Drvenkar

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 12 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Langue allemande, Roman, Sonatine

Toi, traduit de l’allemand par Corinna Gepner, octobre 2012, 567 p. 22 € . Ecrivain(s): Zoran Drvenkar Edition: Sonatine

 

Un serial-killer insaisissable, cinq adolescentes aux prises avec des mafieux pas commodes, une fuite vers la Norvège, des scènes de bagarre tarantinesques, des meurtres en pagaille et de la drogue comme Mac Guffin. Voilà déjà réunis les ingrédients d’un bon thriller, tout à fait dans les règles de l’art. Un parmi d’autres, vous direz-vous. Certes, mais voilà un thriller de choix, un roman très noir pour les amateurs de grande littérature. Toi a du style, de l’élégance et surtout une composition des plus incroyables.

Zoran Drvenkar installe son lecteur dans le récit palpitant fait par le Voyageur, de ses premiers crimes ; un premier niveau de lecture déjà prenant, bien vite mis de côté pour confronter le lecteur à une série de personnages adolescents hauts en couleur. Un groupe de filles vraiment bien vu où se dévoile chaque personnalité dans un chapitre dédié, deux garçons liés d’amitié et au monde du crime de différente façon.