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La Une Livres

Une leçon de flûte avant de mourir, Jacques-Etienne Bovard

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 28 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Campiche

Une leçon de flûte avant de mourir. 2011. Ed. Bernard Campiche (CamPoche). 216 p. 9 € . Ecrivain(s): Jacques-Etienne Bovard Edition: Campiche

Environs de Lausanne. Années 2000. Gilles Vanneau, un jeune homme de vingt-trois ans, arrive au volant d’une camionnette de location devant un vieil immeuble pour y emménager. Etudiant le jour, il travaille la nuit comme chauffeur de taxi.

L’accueil réservé par la concierge est une mise en garde sèche et sans appel. Il s’agit d’une maison de « vieux ». Première nuit, premiers sons. D’abord ceux d’un violon emplis de légèreté et de grâce, puis ceux d’un violoncelle, auxquels succèdent les modulations d’un téléviseur dont on a oublié de baisser le volume. Et, par intermittence, le bruit des chasses d’eau, agrémenté, au dehors, du « ronflement continu d’un moteur diesel » provenant du chantier voisin et le crissement des pneus sur le bitume du giratoire.

Le jour suivant son emménagement, il rencontre son vis-à-vis. Débute alors une très belle histoire d’amitié, avec ce personnage peu ordinaire, Edouard Laroche, un ancien virtuose violoniste, dont la carrière n’a pu s’épanouir ; âgé de plus de quatre-vingt ans, il désire, comme Socrate, prendre une leçon de flûte avant de mourir et étudier le violoncelle avant de s’en aller. L’alcool aidant, Edouard se confie :

L'or des rivières, Nimrod

Ecrit par Theo Ananissoh , le Lundi, 26 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Roman, Récits, Actes Sud

L’or des rivières, 2010, 126 p. 13 € . Ecrivain(s): Nimrod Bena Djangrang (Nimrod) Edition: Actes Sud

L’Or des rivières est un roman en sept récits. On peut le lire en commençant par le quatrième « chapitre » intitulé Les arbres. C’est, me semble-t-il, le moyen d’apprécier d’emblée le projet rare qu’accomplit Nimrod. Ce projet, le poète tchadien l’énonce dans le troisième récit intitulé Le retour : « Mon voyage n’avait pour unique objet que celui d’inscrire ma présence dans le paysage ». C’est le retour d’un « orgueilleux qui a les poches vides » dans un pays où la guerre, sporadique, dure depuis trente ans, dans un Tchad dont les paysages, jadis, émurent André Gide. Et comme Gide autrefois, Nimrod décrit en se décrivant et en se voyant sentir. Il parvient ainsi à ne pas rendre les armes devant une réalité qui est faite à la fois de beauté et de laideurs.

Face au pays dont, sans en avoir l’air, il n’escamote rien des afflictions, Nimrod oppose donc sa sensibilité et son esprit. C’est plus qu’un simple rempart. L’affaire est d’importance. Ce n’est pas impunément que le poète remet les pieds là où il est né. D’emblée, il s’agit de défendre et de se défendre. Les gens ici sont occupés à faire des révolutions ineptes, à rouler en Land Cruiser, à ignorer la beauté des lieux où ils se démènent ainsi. En réalité, le poète est au front. Dans Voyage au Congo, André Gide s’exclame presque : « A présent je sais ; je dois parler ». Par ces mots, il ne signifie pas qu’il doit s’engager, prendre parti, combattre, mais plutôt se défendre contre l’horreur de ce qui est, affirmer l’intégrité de son esprit.

Sous la glace, Louise Penny

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 25 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Pays nordiques, Actes Sud

Sous la glace. Novembre 2011. Actes Sud (actes noirs). 348 p. 23 € . Ecrivain(s): Louise Penny Edition: Actes Sud

 

« Sous la glace » est un livre « confortable », chaleureux, plein de bonheur de vivre. Et pourtant c’est de mort qu’il s’agit. De mort violente qui plus est, puisque l’affaire tourne autour de l’assassinat d’une femme, lors d’un match de curling, à Three Pines au Québec. Mais le policier chargé de l’enquête, lui-même familier de Three Pines, va évoluer et nous emmener avec lui, dans un monde merveilleux : un village québécois, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Montréal, à la veille de Noël.

L’inspecteur-chef Armand Gamache doit élucider une bien étrange affaire de meurtre. La très antipathique CC de Poitiers (ça ne s’invente pas !) a été assassinée en plein milieu d’un public qui regardait, lors des festivités de Noël, un match de curling. Pour ceux qui ne connaissent pas (pardon à nos ami(e)s québécois(e)s, ça existe !), il s’agit de ce jeu où on lance sur la glace une espèce de gros fromage de pierre pour atteindre une cible dessinée au bout de la piste. Tout à coup, grande agitation, on retrouve CC de Poitiers raide morte, électrocutée ! Vous avez bien lu, électrocutée, au milieu d’un public de spectateurs, sur un sol gelé.

Onze ! Xavier Deutsch

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Mijade

Onze ! Ed. Mijade, 2011, 142 pages, 7 € . Ecrivain(s): Xavier Deutsch Edition: Mijade

 

Lire une épopée est rare de nos jours, à moins de se replonger dans les récits homériques et leurs réécritures. Lire une épopée traitant d’un match de football semble du coup une gageure parfaitement insurmontable. Xavier Deutsch réussit pourtant ce pari fou d’emporter son lecteur dans une histoire qui n’a l’air de rien, dans une histoire qui ne fera pas vibrer les seuls lecteurs de l’Equipe, mais bel et bien, tout lecteur qui a du cœur.

La réalité du foot se retrouve pleinement ici, reprise dans un style neutre et éloquent où viennent poindre des références discrètes mais efficaces. Dans sa mythologie, on a déjà rejoué plusieurs fois ce scénario : une équipe d’anonymes affrontant un club de légende. La puissance des chants de milliers de personnes venant encourager les guerriers du stade. Comme l’appui fragile ou maladroit de leurs familles. Mais la lutte de ce David des Flandres contre un Goliath aussi phénoménal que l’AC Milan dépasse toutes les attentes.

Rouillon, le coach vosgien, clope au bec, attablé dans un zinc, tout droit sorti d’un roman de Simenon ainsi que son adjoint fidèle et taciturne, a décidé que seuls onze joueurs seraient présentés lors du match décisif, pas un de plus : « un collectif total », « une armée composée d’amants » qui se doit d’être invincible.

Le Dibbouk et autres textes, Jérôme Sas

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 22 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Contes

Le Dibbouk et autres textes, Ed. Société des écrivains, 13 € . Ecrivain(s): Jérôme Sas

Rien que le titre et le grimaçant bestiaire médiéval de Notre-Dame, de la couverture, vous poussent vers ce panier de très belles écritures, où l’on butinera mini nouvelles, pages simples, poèmes, allant parfois, comme la cerise tombée au fond du panier du marché, jusqu’à n’être qu’un seul vers, mais avec quelle majesté, quand tout est dit, et du malheur de vivre et du poids insupportable du passé, dans ce qui ferme le livre : « j’ai perdu le sommeil mais cela ne me dérange pas trop »…

Les deux préfaces sont incontournables, puisque l’auteur, encore jeune, a choisi de quitter la vie, et que le regard de ces deux amis-connaisseurs est le passage nécessaire pour entrer dans le livre. Ainsi, nous sont donnés les matériaux de la trace, de la Pologne d’antan aux grands camps de la mort, jusqu’en une France qui lui va mal – vêtement mal taillé, semble-t-il. Dès la préface, aussi, tombe – orage en plein été – une terrible maladie mentale, écartelée – ou, écartelante – entre abîme et  hauts sommets, qui hante la vie de Sas, et façonne son écriture même.

Dans la mythologie juive d’Europe de l’Est, le dibbouk est bien plus qu’un « simple » démon ; il habite un corps, mais peut, à l’occasion, s’habiller de l’âme d’une personne décédée (ou d’un groupe) et rend fou la personne investie. Un roman récent d’Elie Wiesel Un désir fou de danser, et les premières images du film des frères Cohen A serious man mettaient – souvenons-nous – le dibbouk à l’honneur.