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Une petite randonnée, Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Théâtre, Actes Sud/Papiers

Une petite randonnée (P.R.), Actes Sud-Papiers, 2012, 66 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto Edition: Actes Sud/Papiers

 

 

Le texte de Sonia Chiambretto s’ouvre sur une carte, un itinéraire géographique et un plan du texte en quelque sorte. Les toponymies renverront aux divers « tableaux » de la pièce. Nous pouvons suivre la fable : une troupe de théâtre part en tournée suite à des difficultés concernant le projet culturel européen, à travers les Alpes de Haute Provence. Elle s’installe dans des lieux improbables dignes des expérimentations théâtrales des années 70, depuis un abattoir, jusqu’à une bergerie en passant par un centre de secours. La fable d’ailleurs tient aussi du romanesque. Le chef de la troupe se nomme Don Quichotte, chevalier de la cause théâtrale secondé par Sancho, perchman de son état. Les scènes portent des titres de romans du dix-septième siècle : où l’on raconte l’entretien que Sancho eut avec son maître…

La circoncision, Bernhard Schlink

, le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Nouvelles, Folio (Gallimard)

La circoncision, Bernhard Schlink 2009, 90 pages, 2 € . Ecrivain(s): Bernhard Schlink Edition: Folio (Gallimard)

« Toutes les utopies commencent par des conversions » (page 70).

Andi et Sarah se rencontrent à New-York à la fin du XXème siècle. Lui est Allemand, bénéficiaire d’une bourse d’étude, elle est d’origine polonaise. Une partie de la famille de Sarah a été exterminée à Auschwitz. Ils s’aiment, et parce qu’ils s’aiment, Sarah présente Andi à sa famille. Le poids d’un passé dont ni Sarah ni Andi ne sont responsables se fait alors sentir. Les différences entre eux, qu’ils n’avaient jamais considérées comme des obstacles possibles, prennent soudain toute la place.

« Il est facile de voir des annonces, rétrospectivement. Dans la quantité de choses qu’on fait ensemble, il y a l’annonce de tout ce qui viendra plus tard – et aussi de tout ce qui ne viendra pas » (page 21).

Bernhard Schlink développe en peu de pages un récit à la fois simple et complexe, qui met le doigt sur une problématique dont la portée est universelle.

« Est-ce que finalement l’on ne supporte que ses semblables ? Naturellement, on se fait aux différences, et sans doute ne pourrait-on vivre sans elles. Mais ne doivent-elles pas rester dans certaines limites ? » (page 52).

Qu'avons-nous fait de nos rêves ?, Jennifer Egan

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 24 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Stock

Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, trad. de l’anglais (USA) par Sylvie Schneiter, 371 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jennifer Egan Edition: Stock

Tout d’abord, une envie de dire qu’on a déjà lu ça, que c’est de l’histoire ancienne : les années passées, la fuite du temps, la jeunesse un peu paumée, tatouée, « piercée », droguée, rock’n roll, beaucoup musicienne, les rassemblements de foule, la vie dans une cité sans âme, les rêves broyés, rendant à chacun son anonymat premier. Comment s’appelait-il (elle) déjà ? Refaire sa vie, la revivre à l’envers, avec des incrustations ici ou là, des arrêts sur image plus ou moins longs.

Lincoln, le fils adolescent de Sasha, l’a bien compris qui, fou de rock, apprécie la chanson à l’aune de ses pauses.

C’est l’histoire d’un petit groupe de musiciens adolescents, c’est l’histoire du monde du (show) business, des ratés de la vie, des loupés, des actes manqués, comme ces petits assemblages que fait Sasha, cleptomane, des objets dérobés, pour leur donner une autre vie, une autre chance, comme ces distorsions que fait subir à ses journées la petite fille de Sasha, décomposant et recomposant la vie de sa famille en bulles, en arbres généalogiques, en labyrinthes, en jeux fléchés où questions et réponses se mordent la queue, donnant à entendre qu’on peut tout refaire, une fois fixées les choses. Ou ces SMS dont la langue phonétique s’apprécie aussi en langage des signes : ouvrir les doigts ou les rapprocher, pour s’éloigner du texte ou de l’objet de l’échange, ou le faire venir à soi.

Merveilles d'Europe racontées aux enfants, Elisabeth Dumont-Lecornec

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 24 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

Merveilles d’Europe racontées aux enfants, mars 2012, 141 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Elisabeth Dumont-Lecornec Edition: La Martinière Jeunesse

 

Le vrai domicile de l’homme n’est pas une maison mais la route (Bruce Chatwin)

 

Quel enfant, à l’instar de cet écrivain voyageur, n’a pas rêvé devant une mappemonde d’aller traverser le Pacifique en direction des îles de Pâques ? De franchir les rugissants du Cap Horn ? D’aller explorer ce que recèlent les étranges sonorités d’Oulan-Bator ? Quel enfant ne s’est pas imaginé à bord d’une pirogue, petit Livingston des temps modernes, remontant l’Amazone ou le Congo, luttant contre de féroces crocodiles ?

Elisabeth Dumont-Lecornec offre à ces enfants, et à leurs parents curieux, un tour d’horizon du vieux continent. Loin d’être poussiéreuse, vaguement rassise ou le « has-been » de l’exotisme, l’Europe, révélée par le regard passionné et amoureux de l’historienne, nous offre un dépaysement digne des plus beaux récits de James Cook.

La ruinette, Philippe Tabary

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 23 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Le Cherche-Midi

La Ruinette, septembre 2012, 346 pages, 18 € . Ecrivain(s): Philippe Tabary Edition: Le Cherche-Midi

Contrairement à ce qui prévalait autrefois, quand, la majorité de la population vivant dans la ruralité, la maison était, sinon toujours le lieu de l’existence de plusieurs générations d’une même famille, pour le moins dans la plupart des cas celui, unique, de la vie entière d’un couple, du mariage à la mort en passant par les naissances successives et les départs des enfants, l’exigence moderne de mobilité professionnelle incite nos contemporains des classes moyennes à acquérir par anticipation la maison où ils n’iront vivre de façon permanente qu’une fois venue l’heure de la retraite.

Cette maison-là, cet asile aménagé et préparé tout au long de leur carrière respective d’inspecteur d’académie et d’institutrice, par Albert, le personnage central, et Fanny, son épouse, leur sert, en attendant le moment où ils émargeront au grand livre de la dette publique, d’épisodique résidence familiale de vacances.

Cette maison-là porte un nom prédestiné : La Ruinette.

En effet, les projets caressés sont ruinés par la disparition précoce de Fanny et par le peu d’intérêt que manifestent les enfants pour l’endroit qui était destiné, dans l’esprit de leurs parents, à devenir le centre privilégié de retrouvailles régulières.