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Listomania, l'encyclo qui dit tout sur tout, collectif

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 24 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

Listomania, L’encyclo qui dit tout sur tout ; collectif ; septembre 2012 ; 288 p. 19,90€ Edition: La Martinière Jeunesse

 

Listomania est un livre dont le titre porte son contenu : la connaissance est convertie en listes, ayant pour point commun unique un chiffre. Par exemple « 11 catastrophes humaines » jouxtent « 14 catastrophes naturelles » et précèdent « 23 succès littéraires internationaux ». L’encyclo qui dit « tout sur tout » le fait avec humour et avoue bien volontiers qu’en plus d’être maniaque, elle se veut exhaustive, déjà dépassée, graphique, absurde, pointue, in et out, touche à tout et touche tout le monde…

On la feuillette, on la pose, on la reprend, on sourit, on lit un article aux autres, on le commente, on pouffe, on la repose, on la prête, on l’admire (parce que oui, elle est jolie, pleine de couleurs vives, de graphismes élégants et de logos tordants). On soupire, on lève les yeux au ciel – à quoi ça sert bon sang de connaître le titre de « 14 films avec des lapins géants » ?- on en parle aux voisins, à ses parents, à ses amis et pourquoi pas à son canari, juste avant de consulter la liste des « 19 animaux de la littérature ».

Mensonges d'été, Bernhard Schlink

Ecrit par Patryck Froissart , le Dimanche, 23 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Nouvelles, Gallimard

Mensonges d’été, 2012, (Sommerlügen), trad. allemand Bernard Lortholary. 290 p. 21 € . Ecrivain(s): Bernhard Schlink Edition: Gallimard

 

Sept nouvelles, d’une longueur plutôt inhabituelle, ont été regroupées dans ce recueil sous l’appellation générique : « Histoires ».

Le titre en présente explicitement le thème général.

L’intrigue de L’arrière-saison commence et se poursuit comme au cinéma hollywoodien : Suzan, une dame riche, et Richard, un musicien pauvre à qui elle ne révèle pas sa richesse, se rencontrent et s’aiment. Comme de bien entendu, il est très fâché quand il découvre la vérité. Comme il se doit, ils se réconcilient, bien qu’il supporte mal ce qu’il ressent comme une dépendance, un état inférieur. Comme on s’en douterait, pour corser l’histoire, elle est américaine, il est européen, elle se projette dans l’avenir, il porte en lui le poids de l’Histoire du vieux continent.

« Vous autres Européens, vous êtes des pessimistes. Vous venez de l’Ancien Monde et vous ne pouvez imaginer que le monde devienne nouveau et les êtres humains aussi… »

We are l'Europe, Jean-Charles Massera

Ecrit par Marie du Crest , le Dimanche, 23 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Verticales

We are l’Europe, octobre 2009, 242 p. 20 € . Ecrivain(s): Jean-Charles Massera Edition: Verticales

Notre époque aime à rendre opaque la réalité en produisant à foison des discours « d’expertises économiques, financières, sociologiques », des verbiages de professionnels de la communication et d’autres encore. Jean-Charles Massera puise dans ces eaux troubles du langage manipulé et manipulateur pour modeler un langage dramatique qui lui soit propre. C’est dans cette logique qu’il faut comprendre sa pièce WE are l’Europe.

WE are l’Europe (le projet Wale) fait écho à We are la France. En 2008 donc, il réalise un montage de plusieurs de ses textes extraits de Amour, gloire et CAC 40, France, guide de l’utilisateur, Jean de La Ciotat, la légende. Benoît Lambert assure la mise en scène. Ils donnent à voir et à entendre les voix de caissières de Mâcon ou de cadres de la région parisienne qui se débattent pour vivre ou survivre dans la société française en crise.

WE are l’Europe se présente comme un texte plus unifié, dense, aux typographies multiples (caractères gras ; italiques ; lettres capitales), aux formes littéraires hétérogènes (dialogues accompagnés de tirets ; réécriture de versets ; articles juridiques numérotés, paroles de chansons existantes ou forgées). Cette esthétique de la bigarrure apparaît dès le titre mi-français, mi-anglais, signature stylistique de plusieurs œuvres de l’auteur (United emmerdements of New order chez POL).

Nina Volkovitch : La lignée, Carole Trébor

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 22 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Nina Volkovitch : La Lignée, septembre 2012, 220 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Carole Trébor Edition: Gulf Stream Editeur

 

Un livre capte son lecteur dès le premier coup d’œil. Des tranches dorées, une couverture intrigante où le regard vert d’une jeune fille vous fixe, des matriochkas sur fond rouge, or et turquoise. Cet ouvrage à la beauté d’icône s’intitule Nina Volkovitch. Il s’agit d’une nouvelle série historique et fantastique pour adolescents qui nous plonge dans la Russie des années 40. Le cadre s’avère original, ancré de façon solide et efficace ; l’intrigue s’impose peu à peu, distillant questionnements et mystères. L’étrange perce insensiblement dans ce récit réaliste, faille subtile dans un tableau des Ambulants.

Moscou, hiver 1948. Après avoir souffert les affres de la guerre et des privations en tous genres, Nina voit sa mère arrêtée sous ses yeux. Son crime : propagande antisoviétique ; avoir continué à défendre et à exposer des œuvres et des artistes occidentaux, jugés dangereux pour le régime en place.

« Qu’est-ce que je vais devenir, moi, fille de deux ennemis du peuple, moi, qui ai quinze ans et la taille d’un enfant de neuf-dix ans ? Moi qui ai arrêté de grandir depuis l’hiver 1941… Moi qui adorais ma mère plus que tout dans ce monde. Moi qui sui seule ».

Les oubliés de la lande, Fabienne Juhel

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 20 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, La Brune (Le Rouergue)

Les oubliés de la lande, Août 2012 283 p. 21 € . Ecrivain(s): Fabienne Juhel Edition: La Brune (Le Rouergue)

«  Il avait cherché en vain un début de sentier, un cairn édifié par un randonneur ou l'empreinte d'un pas de braconnier. Mais aucun chemin carrossable ne traversait ces arpents de bruyère... ».

D'où vient que les premières pages de ce livre, en dehors de tous les sentiers battus, nous amènent  au début de « L'homme qui rit » de Victor Hugo... quel parrainage prometteur !

Livre mosaïque, patchwork compliqué, millefeuille aux multiples niveaux de lecture, sous la surface en apparence si calme d'un étang aux couleurs du « Grand Meaulnes »...  étonnante ballade, prenante, déconcertante. Chemin sinueux, qu'on suit pourtant de bout en bout, sans rebrousser, sans regretter.

Le cadre est ce qui est le plus tangible : lande bretonne ou irlandaise, à tout le moins celto-gaëlique ; on croit même, parfois, en tendant l'oreille,  entendre  les binious. Mais le vert est d'ailleurs, la forêt d'émeraude, le marécage froid, «  même en plein cagnard ». Il y a du Brocéliande dans cet étrange livre, et de l'Alice et ses merveilles, dans ce livre étrange... des animaux comme autant de totems ; ragondin albinos, vieux chat antique qui «  adorait les pommes de terre cuites, le maïs trempé dans du lait ». De l'autre côté des portes, on a un village, où – voyez vous ça ! On ne meurt pas ! «  Une terre si improbable que même la mort ne s'aventurait pas jusque là ». Mais comment tournera l'histoire, si d'aventure, un homme y meurt ?