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La théorie de l'information, Aurélien Bellanger (2 recensions)

Ecrit par Olivier Bleuez, Marie du Crest , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La Théorie de l’information, Août 2012, 487 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Aurélien Bellanger Edition: Gallimard

 

Recension 1

 

Il s’agit du récit de la vie d’un entrepreneur français (Pascal Ertanger) qui va, de succès en succès, traverser l’époque du minitel, de l’émergence de l’internet grand public et s’enfoncer dans le numérique jusqu’à la folie. L’auteur s’est inspiré de la vie de Xavier Niel, fondateur de la société Iliad et connu principalement pour avoir créé l’offre d’accès à internet Free. Cette source d’inspiration n’est qu’un prétexte pour camper notre époque et la passer au filtre de la technique froide qui la caractérise : le traitement des données. Tout le livre d’Aurélien Bellanger tourne autour de cette tâche centrale aujourd’hui, envisagée comme grille de lecture de notre monde technique, avec ces afflux de données stockées dans des centres de plus en plus imposants dont on doit extraire de l’information. Le récit est jalonné de longs résumés sur l’histoire de l’informatique grand public, du minitel et de l’extension du domaine de l’information numérique.

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Pays arabes, Pocket

Ce que le jour doit à la nuit, 2009, 441 p. 7,60 € . Ecrivain(s): Yasmina Khadra Edition: Pocket

 

Qu’est-ce qui détermine la vie d’un homme ? Sa condition sociale, ses origines, ses antécédents culturels, son enfance ? Sans céder jamais à un schématisme facile, Yasmina Khadra nous invite dans ce roman à une double traversée : celle du destin de Younes Mahieddine, jeune algérien vivant dans un village, misérable, nommé Jenane Jato, dans les années trente, et celui de son pays : l’Algérie.

Ce personnage, dont la maison familiale a brûlé, et dont le père s’éloigne de sa famille pour des raisons tant matérielles que morales, est confié à son oncle, un musulman éclairé, progressiste vivant avec une européenne, Germaine, gérante d’une pharmacie à Rio Salado, dans les environs d’Oran. Après avoir découvert la misère dans son village d’origine, l’analphabétisme, la discrimination sociale, toujours présente en filigrane dans le roman, il se frotte au milieu des colons européens ; y découvre l’amitié de certains personnages, André, Fabrice, Jean-Christophe, tous épris du désir de vivre follement leur jeunesse et de profiter de la vie, malgré les nuages qui s’amoncellent sur l’Algérie coloniale.

Max, Sarah Cohen-Scali

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Jeudi, 11 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

Max, 7 juin 2012, 480 p. 15,90 € . Ecrivain(s): Sarah Cohen-Scali Edition: Gallimard Jeunesse

 

« Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier né de la race suprême. La race aryenne (…). Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. (…) Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler ! »

Le ton est donné : glacial, chirurgical, oppressant ; plein de hargne et de fureur. D’autant plus embarrassant que c’est un enfant qui s’exprime dans ces mots pleins de colère. Sarah Cohen-Scali aborde ici un sujet rare, celui des « Lebensborn », de vastes centres de reproduction et d’élevage de la race aryenne. Ces pouponnières, réparties sur l’ensemble du Reich, ont pour but d’éradiquer toute trace de non-conformité aux standards germaniques et de promouvoir les idéaux néo-nazis en formatant les jeunes enfants. Minutieusement documenté, le roman nous transporte dans cette aberration intellectuelle à travers le parcours d’un de ces enfants, Max, rebaptisé  Konrad. Né d’une mère blonde aux yeux bleus, saillie par un officier dans une chambre noire, il est le parfait rejeton d’une société qui se veut être celle des nouveaux Seigneurs, ces servants du Führer, conçus et éduqués sans amour et sans attaches.

L'histoire d'Horacio, Tomás González (2 recensions)

Ecrit par Emmanuelle Caminade, Valérie Debieux , le Mercredi, 10 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Amérique Latine, Roman, La rentrée littéraire, Carnets Nord

L’Histoire d’Horacio (La historia de Horacio), trad. espagnol (colombien) Delphine Valentin, septembre 2012, 224 p. 17 € . Ecrivain(s): Tomás González Edition: Carnets Nord

 

Recension 1

 

Après nous avoir fait découvrir Tomas Gonzalez, figure importante de la littérature colombienne contemporaine, en éditant son premier roman Au commencement était la mer, dans sa traduction française, les éditions Carnets Nord publient maintenant L’histoire d’Horacio sorti en Colombie il y a déjà douze ans. C’est un livre très différent, s’affirmant presque comme l’antithèse du premier qui retraçait la tragédie de la solitude d’un couple, inscrite dans la violence mortifère du contexte colombien d’une époque, et dénonçait l’utopie de la recherche d’un paradis perdu. Car si ce roman a toujours comme toile de fond la Colombie, objet au passage de nombreux coups de griffe de l’auteur, il nous fait entrevoir au contraire la possibilité d’un paradis sur cette terre où l’on peut « observer Dieu depuis ses latrines » (p.65).

Les maladroits, Mark Greene

, le Mercredi, 10 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Fayard

Les maladroits, 2007, 264 pages, 18 € . Ecrivain(s): Mark Greene Edition: Fayard

 

Alexandre et Léopold sont amis depuis longtemps, par hasard ou par défaut. Leur principal point commun est, avec le goût du ping-pong, la solitude dont ils sont entourés. Pour le reste, tout sépare Alexandre, le financier, cadre à responsabilités, se déplaçant dans les places boursières importantes, de New York à Francfort, sûr de sa compétence comme de son pouvoir de séduction, et Léopold, l’apprenti écrivain introverti, incapable de se valoriser et malheureux en amour.

Aussi, lorsque Léopold invite Alexandre à rencontrer Christine, sa fiancée, dans la propriété de celle-ci dans le Sud de la France, Alexandre voit s’ébranler tout le système de valeurs sur lequel se fondait leur amitié.

« L’ordre naturel des choses, le jeu des apparences, l’ajustement souterrain des stratégies sociales (tout ce qu’il méprisait ouvertement mais dont il bénéficiait chaque jour), voulaient qu’une telle fille lui revienne » (page 82).

« Il éprouvait une légère honte : les cris, les manifestations de joie ou de douleur lui déplaisaient profondément, ils étaient contraires à ses principes » (page 109).