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La Une Livres

Polices ! Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Théâtre

POLICES !, Grmx éditions, 2011, 63 pages, 10 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto

 

Le théâtre contemporain sera ou ne sera pas, si est « contemporain celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient en son temps ». Assurément le texte de S. Chiambretto est contemporain. Mais il se présente d’abord comme un objet graphique.

POLICES d’écriture, couverture pensée par Maxime Allex : la première et la quatrième de couverture forment un tout visuel et matériel. Les plis blancs et grisés se déplient comme un origami sur papier glacé. Il faudra au lecteur ouvrir et déplier le texte. L’intérieur du livre, son cœur jouera sur les blancs, les polices de caractère et nous suivrons une petite moto noire circulant presque sur la tranche du livre (les motards de la gendarmerie ?). A la fin du texte un peloton roule vers le dehors des mots (le dessin est tronqué). Le O de polices devient une grenade à dégoupiller.

POLICES de l’Ordre, toute sortes de polices : la police de la préfecture ; la police du 9.3 ; la BAC (brigade Anti-Criminalité) ; la police des C.R.S ; la police des perquisitions ; la SDAT (Sous direction antiterroriste) ; la police de Vichy

Danube, Claudio Magris

Ecrit par Romain Vénier , le Mardi, 25 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Folio (Gallimard), Italie

Danube, trad. italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, 562 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Claudio Magris Edition: Folio (Gallimard)

 

« Le mai le joli mai en barque sur le Rhin »… Heine aussi a rimé le Rhin, Apollinaire la Seine ; Du Bellay son « Loire gaulois » ; Hugo tellement de fleuves qu’on en oublierait sûrement, à vouloir les citer. Parler cours d’eau serait l’apanage des poètes ?

Danube : au titre, on entrevoit la Bavière, les cafés de Vienne, les rhapsodies hongroises de Liszt… C’est à un voyage multiple qu’on nous convie. Magris est ce genre de personnage culturel central, comme Umberto Eco, Jorge Semprun ou George Steiner. On ne le dirait pas « intellectuel », épithète connotée, avec un vernis français, et qu’un intellectuel à la française ne paraît pas toujours avoir la même envergure. Qui, en France, possède à la fois une aura médiatique importante, est reconnu comme une autorité dans son domaine, parle plusieurs langues (pour Magris, l’italien, le frioulan, l’allemand, le français, l’anglais, d’autres peut-être), est très ouvert à d’autres civilisations, à l’histoire, a eu un engagement politique, et surtout possède, comme un supplément d’âme, une culture scientifique ? On a beau chercher, on sèche… mais on s’égare, aussi.

Zone d'Education Prioritaire, Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 25 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Théâtre, Actes Sud/Papiers

Zone d’Education Prioritaire, 67 p. 12 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto Edition: Actes Sud/Papiers

 

Sonia Chiambretto a-t-elle été marquée durablement par la Légion étrangère stationnée à Aubagne et agrémentée d’un improbable musée ? Elle revient souvent dans ses textes sur la violence des guerriers, pantins sanguinaires au service des politiques. Dans Zone D’Education Prioritaire comme déjà dans Mon képi blanc, ils sont des personnages centraux. La guerre et le théâtre, c’est peut-être la même chose.

Le texte dont il est ici question pourtant, comme son titre l’indique, s’inscrit dans l’espace scolaire au départ. Nous sommes au lycée V Hugo de Marseille, établissement classé ZEP situé derrière la gare St Charles. Il est l’unité de lieu cerné par son système d’entrée et de sortie géré par une caméra de surveillance. Elle sert aussi de première de couverture à l’édition Actes Sud-Papiers : elle regarde vers nous, lecteurs menacés par son œil électronique. Deux jeunes filles Kate et Bone vont en quelque sorte nous faire la visite guidée du lycée suivant le plan inaugural (avec ses pictogrammes). L’architecture du lycée ressemble fort à celle d’une prison organisée avec ses cours, sa vie rythmée par des sonneries et sirènes (cour A et C). Elles décrivent tour à tour le quotidien de l’établissement avec ses élèves aux origines multiples. Elles se moquent de l’inepte sortie « pédagogique » à la fête des citrons à Menton, ou des « gothiques ».

Listomania, l'encyclo qui dit tout sur tout, collectif

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 24 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

Listomania, L’encyclo qui dit tout sur tout ; collectif ; septembre 2012 ; 288 p. 19,90€ Edition: La Martinière Jeunesse

 

Listomania est un livre dont le titre porte son contenu : la connaissance est convertie en listes, ayant pour point commun unique un chiffre. Par exemple « 11 catastrophes humaines » jouxtent « 14 catastrophes naturelles » et précèdent « 23 succès littéraires internationaux ». L’encyclo qui dit « tout sur tout » le fait avec humour et avoue bien volontiers qu’en plus d’être maniaque, elle se veut exhaustive, déjà dépassée, graphique, absurde, pointue, in et out, touche à tout et touche tout le monde…

On la feuillette, on la pose, on la reprend, on sourit, on lit un article aux autres, on le commente, on pouffe, on la repose, on la prête, on l’admire (parce que oui, elle est jolie, pleine de couleurs vives, de graphismes élégants et de logos tordants). On soupire, on lève les yeux au ciel – à quoi ça sert bon sang de connaître le titre de « 14 films avec des lapins géants » ?- on en parle aux voisins, à ses parents, à ses amis et pourquoi pas à son canari, juste avant de consulter la liste des « 19 animaux de la littérature ».

Mensonges d'été, Bernhard Schlink

Ecrit par Patryck Froissart , le Dimanche, 23 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Nouvelles, Gallimard

Mensonges d’été, 2012, (Sommerlügen), trad. allemand Bernard Lortholary. 290 p. 21 € . Ecrivain(s): Bernhard Schlink Edition: Gallimard

 

Sept nouvelles, d’une longueur plutôt inhabituelle, ont été regroupées dans ce recueil sous l’appellation générique : « Histoires ».

Le titre en présente explicitement le thème général.

L’intrigue de L’arrière-saison commence et se poursuit comme au cinéma hollywoodien : Suzan, une dame riche, et Richard, un musicien pauvre à qui elle ne révèle pas sa richesse, se rencontrent et s’aiment. Comme de bien entendu, il est très fâché quand il découvre la vérité. Comme il se doit, ils se réconcilient, bien qu’il supporte mal ce qu’il ressent comme une dépendance, un état inférieur. Comme on s’en douterait, pour corser l’histoire, elle est américaine, il est européen, elle se projette dans l’avenir, il porte en lui le poids de l’Histoire du vieux continent.

« Vous autres Européens, vous êtes des pessimistes. Vous venez de l’Ancien Monde et vous ne pouvez imaginer que le monde devienne nouveau et les êtres humains aussi… »