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La Une Livres

Le tour du cadran, Leo Perutz

Ecrit par Zoe Tisset , le Lundi, 23 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Roman, Titres (Christian Bourgois)

Le tour du cadran, traduit de l’allemand par Jean-Jacques Pollet, 19 avril 2012, 248 p. 7 € . Ecrivain(s): Leo Perutz Edition: Titres (Christian Bourgois)

 

Ce livre n’est pas un policier au sens classique du terme. On est dans le corps et surtout dans cette respiration haletante de Stanislas Demba qui déambule dans Vienne les mains menottées. Etudiant, il a subtilisé des livres à la bibliothèque et s’est fait pendre en voulant les revendre. Il a échappé à la police mais garde les mains liées. Le livre ne cesse d’explorer la symbolique résultant de cette situation : des mains menottées qui doivent rester cachées mais dont on ne peut se séparer. Perutz s’amuse sur le propre et le figuré des expressions. « Vous savez, cher baron, lui ai-je répondu, je suis tenu par le secret professionnel ! J’ai les mains liées, mais… Stanislas Demba s’arrêta, fronça les sourcils et dévisagea son compagnon :

– Que dites-vous là ? Les mains liées ?

– Oui. Parce que évidemment…

– Vous avez donc les mains liées. Cela doit être gênant ?

– Qu’entendez-vous par là ?

Botanique Circus, Frédéric Clément

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 20 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Albin Michel, Jeunesse

Botanique Circus. Albin Michel jeunesse 2011. 40 p. 26 € . Ecrivain(s): Frédéric Clément Edition: Albin Michel

« Maestro, faites sonner vos rhododendrons, car j’entends l’arrivée de…» Botanique Circus. Son Directeur d’abord, un petit homme, habit écarlate, chapeau claque, moustache en croc, fouet sous l’aisselle, pas plus haut qu’un piment rouge. Puis, une rencontre. Avec un Géant aux feuilles de chou, un «phénomène de foire» qui entend « tout, absolument tout, […] le moindre murmure de mimosa, le moindre soupir de souci, le moindre petit cri de chrysanthème…».

 

« Je crois que nous pourrions faire affaire tous les deux. Ne seriez-vous pas tenté par une carrière dans le spectacle ? […] ». Monsieur Loyal, pour le convaincre, lui présente alors, dans un langage aussi imagé qu’évocateur, les artistes de son cirque. Sous les projecteurs de ses mots, il met ainsi en lumière, Fragolo, le dompteur de fraises sauvages, « capturées au cœur des Carpates, […] dans l’ombre même du comte de Dracula […], ces fauves sont si cruels que le numéro doit impérativement se dérouler sous une cloche de verre » ; Passiflore, la mystérieuse diva, exécutant son tour de passe-passe « Fleurir. Sourire. Mourir », frissons garantis ; Mam’zelle Millet et ses chardons volants, qui « virevolte et voltige d’ailette en ailette, pirouettes au ralenti comme dans un vieux film muet » ;

Journal des canyons, Arnaud Devillard

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 19 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Le Mot et le Reste

Journal des canyons, 29/03/2012, 245 p. 18 € . Ecrivain(s): Arnaud Devillard Edition: Le Mot et le Reste

 

 

C’est en 2008 qu’Arnaud Devillard – et Cécile – partent en touristes dans les fantastiques paysages désertiques des États-Unis, dans les pas d’Edward Abbey (1927-1989), personnage emblématique et contestataire, le plus célèbre des écrivains écologistes de l’Ouest américain, auteur notamment en 1968 de Désert solitaire. Le Journal des canyons est le récit de ce voyage : Arnaud Devillard nous raconte simplement, au jour le jour, comment ça s’est passé. Un récit assez marrant, mais qui finit par donner un sentiment un peu tragique, par (me) mettre mal à l’aise : qu’est-ce que c’est que ce cauchemar ? Comment pouvons-nous nous faire piéger ainsi ? Comment faire ? Comment ne pas avoir envie d’aller voir ce qui est présenté – et qui est sans doute réellement – comme des merveilles de la nature ? Le problème c’est que tout le monde détient la même information, part avec le même besoin plus ou moins créé, le même guide, le même créneau dans le temps. Et qu’à l’autre bout les vautours attendent de pied ferme la masse – la manne – des touristes. Et que ça devient un enfer.

N'oublie pas les oiseaux..., Marguerite Clerbout

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

N’oublie pas les oiseaux…, illustrations Marthe Ansiaux, Ayeneux, Tétras lyre, 1992 . Ecrivain(s): Marguerite Clerbout

Marguerite Clerbout est une auteure singulière. Rencontrer ses textes est comme vivre une résonance de la lumière. La vivre comme on vit une rencontre qui marque, qui ne finira pas de se répercuter, comme les souvenirs font des ronds éblouis dans l’eau de nos pensées – nos pensées comme un fil tendu dans « nous ».

Un fil sur lequel se pose doucement la poésie de Marguerite Clerbout, papillon de mots, de pensées et de silences.

L’auteure porte sa poésie dans la page, dans le silence, dans la vie ; elle la pose comme un trait d’union sur une page déchirée par un enfant, déchirée d’un grand cahier pour que puisse s’y voir un soleil dessiné par lui, par ses mains, par ses rêves, avec son empressement, soleil – chauffant de ses rayons le squelette juste esquissé d’une maison – dessiné avec des crayons de couleur qui ont l’arc-en-ciel qu’ils font une fois mis ensemble, toutes les couleurs d’une vie commençante, avec toutes les courbes en elle de ce qui est infini, et se sait tel.

Comme un trait d’union ? Un trait d’union entre l’étoile et l’oiseau, qui sont une même réalité. La poésie de l’auteure dans son mystère l’indique. Un trait d’union qui est un point. Un point comme un soleil.

Bartleby, Herman Melville

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 17 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Nouvelles, publie.net

Bartleby, François Bon (Traducteur), Collection Nos Classiques, 22/12/2011, 89 p. 0,99 € . Ecrivain(s): Herman Melville Edition: publie.net

« L’âme de l’homme est un vide immense et terrifiant ».

Melville. Pierre ou les ambiguïtés.

« Voilà… on se tait un tout petit peu parce que c’est [?] d’être sensible à la beauté d’un pareil texte ».

Deleuze, Cours du 29 octobre 1985.


Commencer par la fin et ouvrir l’appétit :

« Concevez un homme par nature et infortune enclin au désespoir blafard, est-ce qu’aucun poste ne serait plus apte à le rehausser que celui de continuellement manipuler ces lettres perdues, et de les livrer aux flammes ? Parce qu’on les brûle annuellement par pleines charretées. Parfois, du tas de papier, le terne commis trouve une alliance : le doigt auquel elle était destinée, peut-être, est devenu cendres ; un billet de banque offert par élémentaire charité : et celui à qui il était destiné ni ne mange ni même n’aura plus jamais faim ; de l’espoir pour ceux qui meurent sans espoir ; de bonnes nouvelles pour ceux qui meurent suffoqués par de constantes calamités. Aux courses de la vie, ces lettres conduisent à la mort.