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La Une Livres

Une sainte fille, Franz Bartelt

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 03 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Folio (Gallimard)

Une sainte fille, Collection Folio 2€, 93 p. . Ecrivain(s): Franz Bartelt Edition: Folio (Gallimard)

 

Quelle bonne initiative que la publication chez Gallimard de petits ouvrages dans cette série répertoriée « Folio2€ » !

Une sainte fille est le titre d’une des trois nouvelles de ce recueil, extraites de La Mort d’Edgar, œuvre plus conséquente publiée dans la collection Blanche du même éditeur.

Les personnages principaux de ces trois récits ont un trait commun : ils se caractérisent par leur relation avec autrui.

L’une, bien qu’étant, de nature, l’inverse de ce que le monde croit qu’elle est, passe, durant toute sa vie, pour ce qu’elle n’est pas, et subit de ce fait une célébrité aussi universelle que non voulue. C’est là à la fois une illustration terrible de ce que peut avoir pour conséquence la rumeur publique, et une dénonciation pleine de grinçant humour de l’un des travers les plus fondamentaux de notre société : l’hypocrisie collective.

Infidèles, Abdellah Taïa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 01 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Pays arabes, Seuil, La rentrée littéraire

Infidèles, août 2012, 188 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Abdellah Taïa Edition: Seuil

 

Un fils raconte sa mère. Elle s’appelle Slima, elle est prostituée. Jallal accompagne son quotidien, la protège, attire les clients. A travers ce chant d’amour, cette proclamation cent fois répétée, Jallal se dévoile, se dessine, se découvre, quitte l’enfance pour l’âge d’homme, il a dix ans. La voix de la grand-mère se fait entendre : dernières recommandations à sa fille, bribes du passé, invocations à la Kahina. « Notre passé n’existera pas, à Hay Salam. On l’écrira comme on voudra. Une autre fiction ». Mère et fils quittent un quartier pour un autre, recommencent leur pas de deux jusqu’à s’attirer à nouveau les foudres du voisinage. Comme une rengaine, les insultes tombent, pendant que tourne en boucle le film chéri et les paroles de sa chanson, River of No Return.

Mère et fils se partagent l’amour d’un soldat. Ce dernier devient l’amant, le père, le modèle. « Deux ans pour connaître de l’intérieur un homme, un être humain, un sexe masculin ». « Deux ans pour m’inspirer d’un homme, le copier, marcher comme lui, me tenir comme lui, tomber comme lui, inventer dans ce monde une place près de la sienne, un chemin parallèle au sien ». Les amants de Slima passent sans s’arrêter, Marilyn chante, autour d’elle, des hommes attablés. Au saloon comme dans la chambre. Une immense solitude, le rejet, l’errance, une immense sollicitude. C’est le fils qui sauve, c’est lui qui rééquilibre la balance d’un destin tragique, c’est lui qui réécrit l’histoire.

Arrive un vagabond, Robert Goolrick

Ecrit par Alexandre Muller , le Samedi, 01 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, La rentrée littéraire, Anne Carrière

Arrive un vagabond, 318 p. trad. USA Marie de Prémonville, 23 Août 2012, 21,50 € . Ecrivain(s): Robert Goolrick Edition: Anne Carrière

Toute cette affaire a eu lieu il y a des dizaines d’années à Brownsburg. C’était une ville comme il en existait immédiatement après la guerre. Une ville avec son épicerie générale où l’on vendait des cocas et des sodas acidulés. Avec son enfilade de boutiques quasi identiques, un boucher, un coiffeur, une banque, une quincaillerie et son école.

Ici les gens vivaient une vie simple, sans aspirer à plus qu’ils ne pouvaient avoir, avec unique projet de vivre paisiblement, de mourir et de monter au paradis. Au crépuscule, les pères et les mères de famille s’asseyaient sous la véranda pour discuter d’une voix douce les événements du jour et siroter du thé glacé. On écoutait aussi la radio le soir. On ne verrouillait pas sa porte. On ne voyait pas un chien en laisse.

Les habitants appartenaient à la terre, à cet endroit particulier, comme leur appartenaient leurs voitures ou leurs vaisselles. Qu’ils soient blancs ou noirs, ils n’avaient pour réconfort que la religion qui les aidait à accepter ce qu’ils enduraient et les montagnes environnantes.

Voilà pour le décor.

La grande bleue, Nathalie Démoulin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 01 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, La Brune (Le Rouergue)

La grande bleue, Août 2012, 205 p. 18,80 € . Ecrivain(s): Nathalie Démoulin Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

« Divorcer, c’est se donner une chance d’être la femme que l’on voit naître autour de soi, en ces années 70, avec toutes ces nanas qui changent à vue d’œil, comme si une femme se réinventait maintenant, au risque de se casser la gueule »… Livre de femme, mais écrit pour tous, par une Marie de 68 à 81, qui vous prend à la gorge, elle et son histoire, dès les premières lignes. Et, c’est peu dire ; car, chef d’œuvre en vue !

Ne sait-il pas, ce livre, fabriquer – talent d’artisan – une époque, un milieu (les usines), dans cet Est, là-bas, qui bascule dans la crise ; donner une formidable présence à des filles, femmes et mères, dans lesquelles on se reconnaîtra toutes, celles, contemporaines de Marie, et toutes celles à venir.

Livre qu’on regarde, comme un documentaire à la précision d’horloger : quotidien des familles, formica et voiture de ce temps là ; alcool, folie au bout, pêche au bord des rivières… cadences, abrutissement, rêves : « dans “la piscine”, dans le premier plan, celui où Delon prend le soleil sur la pierre, il y a derrière lui, quelque chose qui n’est pas le ciel, ce bleu horizon, “c’est la mer” ; une voix l’a crié, naïve, dans le cinéma silencieux ».

Rétrospective, Avraham B Yehoshua

Ecrit par Anne Morin , le Vendredi, 31 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Grasset, La rentrée littéraire

Rétrospective, trad. hébreu Jean-Luc Allouche, 24 août, 478 p. 22 € . Ecrivain(s): Avraham B Yehoshua Edition: Grasset

 

L’innocence, la défense, au double sens de protéger, et d’interdire, sont moins les prétextes que les fils conducteurs de ce livre dense qui commence par une rétrospective et s’achève sur une perspective, une ouverture, un point de fuite, un point d’orgue.

Un metteur en scène israélien vieillissant, à la limite de l’épuisement sinon de l’éreintement, est convié à une rétrospective de ses œuvres par un prêtre cinéphile, directeur des archives à Saint-Jacques de Compostelle. Il est accompagné de Ruth, l’actrice fétiche qui a traversé la majeure partie de ses films.

Le monde du cinéma, par essence monde du décor, de l’illusion, de la chimère où les acteurs deviennent des figures : « (…) la femme avec laquelle j’ai été marié ne comprenait pas la nature de la relation que j’ai continué d’entretenir avec la figure – Ruth – que le scénariste m’avait laissée » (p.244), revient à Yaïr Mozes, le metteur en scène, comme un boomerang, au soir de sa vie et de son inspiration.