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Chaque fois l'éternité, Roland Tixier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 01 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Le pont du change

Chaque fois l’éternité, Editions Le Pont du Change, 12 €, 62 p. juillet 2011 (réédition) . Ecrivain(s): Roland Tixier Edition: Le pont du change

En poésie, quand les mots, le rythme, le balancement servent à tout : les images, les sons, les odeurs aussi… il peut y avoir du lyrique, du romantique, du grandiose et parfois du grandiloquent, de l’hermétique aussi – ce qui n’enlève rien au bonheur qu’on prend à cet art particulier des mots…

Et puis, il y a aussi, de temps à autre, des petits livres rares et précieux, comme celui-ci, et ses cinq vers, qui, d’entrée, résument le tout :


« fin juin en ville

ailleurs les blés

le temps de l’enfance

les grandes vacances

chaque fois l’éternité »

Deux enfants, Pierre Vavasseur

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 30 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Editions du Moteur

Deux enfants, Editions du Moteur, septembre 2011, 42 pages, 9,50 euros . Ecrivain(s): Pierre Vavasseur Edition: Editions du Moteur

On ne met pas longtemps à comprendre qui sont les deux enfants. François et son papa forment un tandem improbable, tendre et extrêmement touchant, lorsque la mère qui gérait le foyer avec autorité s’en va retrouver un autre homme. A moins que, finalement, il ne s’agisse des deux parents, bien moins adultes que leur fils ?

Car le petit François prend la situation en main, avec l’instinct qui pousse l’être humain, même jeune, à combler le manque lorsqu’il prend conscience de celui-ci.

« Nous avons repris le cap. La gare est au bout de la rue. Le restaurant sur la droite. Il s’appelle Le Terminus. La dernière fois qu’il a mangé ailleurs, c’était pour son mariage. Quant à moi, ça ne m’est jamais arrivé. Je ne sais pas comment on fait pour manger au restaurant. J’ai que dix ans » (p.16).

L’écriture de Pierre Vavasseur, simple et émouvante, regorge d’images. En quelques lignes, on est propulsé plusieurs décennies en arrière, dans une époque, un décor, un mode de vie dépeints avec une grande justesse. Les dialogues sont une merveille, comme si l’économie de mots aussi était nécessaire lorsqu’on est dans le besoin.

La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 29 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La chambre à remonter le temps. 380 pages, 22 €. Septembre 2011 . Ecrivain(s): Benjamin Berton Edition: Gallimard

En voilà un livre étrange qui mêle avec brio hyper réalisme et science-fiction.

Le narrateur, Benjamin Berton lui-même, (d’ailleurs, le bandeau du livre indique qu’il s’agit d’une « histoire vraie ») s’installe avec sa femme, Céline, et sa fille, Ana, dans une nouvelle maison au Mans. Tout commence sous les meilleurs auspices. La vie prend le tour d’un rêve.

Mais le rêve devient peu à peu bien morne, cède la place à l’ennui. Chaque jour semble le jumeau du précédent, rien ne se passe, tout est tout le temps pareil. Le boulot. Les transports. Les semaines passent en attendant les week-ends.

Il y a bien les voisins qui sortent quelque cette vie de la torpeur. Benjamin se retrouve à former une sorte de milice, loin de toutes ses convictions, pour faire des rondes la nuit et alpaguer d’éventuels délinquants, comme un taggueur qui parsème quelques murs de ses signatures colorées. Mais Le Mans n’est pas exactement le Bronx…

Et pendant ce temps là, ses rapports avec Céline se détériorent.

Coplas por la muerte de su padre de Jorge Manrique, Michel Host

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 28 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Espagne, Editions de l'Atlantique

présentation et traduction de Coplas por la muerte de su padre de Jorge Manrique, 14 €, 40 p. . Ecrivain(s): Michel Host, Jorge Manrique Edition: Editions de l'Atlantique

L’humaniste Michel Host, le subtil et discret, nous offre une magistrale traduction de Jorge Manrique. Il ravive ainsi un chef-d’œuvre de la littérature espagnole, et mondiale, parmi les plus cités et les plus proverbiales.

Le destin des apophtegmes s’origine souvent dans la mise en abîme de l’auteur. Plus l’œuvre grandit, plus l’homme diminue. Aussi, bien des chefs-d’œuvre rendent les hommes plus humains.

Dans le sillon de Homère et de Virgile, de Lucrèce même (un vrai Lucrèce où les divinités sont loin), Manrique tutoie cet universel touché par Rutebeuf et Villon.

(XXXVIII)

« Vouloir un homme vivre

quand Dieu désire qu’il meure

c’est folie ».

Le droit chemin, David Homel

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 28 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Actes Sud

Le droit chemin, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Voillot, Mars 2011. 404 pages, 23 €. . Ecrivain(s): David Homel Edition: Actes Sud

 

Montréal aujourd’hui. L’universitaire Ben Allan est en pleine crise de la cinquantaine. Il vient de gagner un prix pour une étude confidentielle consacrée à la dromomanie ou besoin de fuite, de prendre la route d’une catégorie d’hystériques au masculin. Son fils Tony le met en déroute malgré ses tentatives pour nouer le contact via la télévision. Sa femme Laura semble s’échapper et ne le comprend pas. C’est pourtant avec elle qu’il veut entamer une liaison et non avec cette jeune chargée de communication de la faculté, Carla McWatts qui le poursuit de son charme vénéneux. Mais la tentation ne le quitte pas et ce désir non assouvi est l’une des surprises et des réussites du livre.

Pour tenter de démêler cet écheveau inextricable qu’est devenue sa vie, Ben s’occupe de son père, un personnage haut en couleurs. « – Un jour, tu me remercieras de t’avoir donné une enfance malheureuse, promit-il à son fils. Ça te fera un sujet de livre ». Le vieux Morris est un juif de Chicago irascible, libidineux, transplanté au Québec pour entrer dans une maison de retraite où il sème la pagaille. Sa tirade lancée à un groupe de Juifs hassidim est un morceau d’anthologie. Ce personnage se révèle exceptionnel de cruauté, de drôlerie et de bon sens.