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La Une Livres

Madame Tabard n'est pas une femme, Elsa Flageul

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 03 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Julliard

Madame Tabard n’est pas une femme – 126 pages, 16 € . Ecrivain(s): Elsa Flageul Edition: Julliard

Elsa Flageul a le sens du titre. Son premier roman, paru il y a deux ans, s’intitulait " J’étais la fille de François Mitterrand ". Pour son deuxième opus, elle nous intrigue d’emblée avec cette drôle d’annonce énigmatique : " Madame Tabard n’est pas une femme ".

Si Madame Tabard n’est pas une femme, qu’est-elle donc ?

Il y a deux réponses possibles.

Hannah a six ans quand, un soir, on sonne à la porte de l’appartement dans lequel elle vit avec sa mère, Alma. Elle ouvre et apparaît un homme qu’elle ne connaît pas là, en lunettes de soleil. Il lui déclare qu’il vient voir sa mère. Elle lui demande qui elle doit annoncer et il lui réplique, dans un grand éclat de rire : « Fabienne Tabard ».

Hannah va chercher sa mère. Son visage s’éclaire et s’empourpre. Elle comprend tout de suite que la Madame Tabard en question est Antoine.

Les madones d'Echo Park, Brando Skyhorse

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 27 Mars 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, L'Olivier (Seuil)

Les Madones d'Echo Park, roman, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso, Éditions de l'Olivier, 2011. 297 p. 22€ . Ecrivain(s): Brando Skyhorse Edition: L'Olivier (Seuil)

Vous est-il arrivé, dès les premières lignes d’un livre, d’entendre, au sens physique du terme, une musique obsédante ? Avec Les Madones d’Echo Park, c’est la slide guitar de Ry Cooder qui ne vous quitte pas ! Un lieu revient, dans toutes les voix qui constituent cette œuvre, Chavez Ravine. Un immense quartier chicano de Los Angeles où s’entassaient les laissés pour compte du rêve américain et qui, pour les besoins de la construction d’un grand stade de base-ball (Dodger Stadium), a été rasé en 1960 et les « wetbacks » (dos mouillés parce qu’ils passaient à la nage le Rio Grande !) ont été chassés, éparpillés dans des taudis encore plus ignobles parce que sans âme. Et le grand Ry en a fait un album il y a 4 ou 5 ans : entre blues et texmex.  Il se rappelle : «Je fuguais en bus jusqu'aux barrios, ces bas quartiers basanés et réputés dangereux d'où émanaient de jour comme de nuit des rythmes cuivrés et joyeux, parfois terriblement nostalgiques, mais toujours épicés.» C’est là que se glisse la chanson obsessionnelle de ce récit polyphonique. Presque des nouvelles pour tout lecteur inattentif. En fait un récit unique « slidé » par des doigts, des corps, des âmes, des douleurs différentes. Le chicano brisé, nulle part chez lui, en quête d’une identité chimérique, sans cesse menacé d’être chassé de L.A. à l’autre côté de la frontière mexicaine. C’est-à-dire nulle part. Nulle part chez lui. Ni d’un côté ni de l’autre. 

Ces choses que nous n'avons pas vues venir, Steven Amsterdam

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 27 Mars 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Albin Michel

Ces choses que nous n’avons pas vues venir – Albin Michel 2011 – 248 pages, 20 € . Ecrivain(s): Steven Amsterdam Edition: Albin Michel

Ces choses que nous n’avons pas vues venir. Le titre du premier roman du  new-yorkais établi à Melbourne, Steven Amsterdam, annonce la couleur. Nous ne verrons effectivement pas venir les « choses » dont il est question, mais nous pourrons simplement nous mesurer à leurs conséquences. Et comment les survivants tentent de s’adapter à une nouvelle donne, à un monde complètement bouleversé.

Dans un pays qui pourrait être les Etats-Unis, ces « choses » sont : un climat qui se détériore, des terres inondées, un chaos politique et une restriction des libertés individuelles, une épidémie provoquée par un mystérieux virus…

Le récit est mené par blocs temporels. Un chapitre se clôt et un autre s’ouvre plusieurs années plus tard, alors que le monde a une nouvelle fois été bouleversé par une de ces « choses ». La coupure est abrupte et elle l’est d’autant plus que Steven Amsterdam ne nous explique jamais ce qui s’est passé entre deux périodes. En distillant des petits détails ici et là, il nous permet de cerner à peu près la situation, mais il préfère suggérer plutôt que de se lancer dans une explication complète. C’est au lecteur de faire un effort d’imagination.

Le Destin du touriste, Rui Zink

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 27 Mars 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue portugaise, Métailié

Le destin du touriste, traduit du portugais par Daniel Matias Métailié, 2011, 190p, 18 € . Ecrivain(s): Rui Zink Edition: Métailié

La liberté grandit-elle à s’immerger dans l’insécurité ? Greg prend son destin en main. Finies les grandes découvertes, finis les missionnaires, finis les ethnologues. Fini le voyage. Fini le paysage. Fini le touriste. L’heure est au passage de l’autre côté du miroir. L’instant est venu de plonger dans la zone. Jusqu’à la ceinture.
Tenter d’identifier la zone : gageure. Ce conte dépasse l’utopie et l’atopie même. C’est une plongée topique. Le lieu est la zone. La zone est le lieu. Ici et maintenant. Nous y sommes. Nous venons de passer du soi-disant réel au monde virtuel, notre réalité, pas seulement la réalité de Greg.
On nous avait pourtant prévenus. Mais on se rassurait : c’est de la science-fiction. Erewhon, 1984, Mondwest, Race with the Devil et mille autres produits de l’imagination. La science-fiction nous a rattrapés. Mais pas comme les esthètes intellos le pensaient. Monsieur MarketMondial a grossi, grossi, grossi. Et de régime pas question : Monsieur MaarketMondial est le Régime Général de l’Assurance de toutes vies.
Conte actuel. Que va-t-il se passer ici et maintenant ?

Nos parcelles de terrain très très vague, Marlène Tissot

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 24 Mars 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Nos parcelles de terrain très très vague aux Ed. Asphodèle - 7 € Asphodèle-éditions . Ecrivain(s): Marlène Tissot

Marlène Tissot ! J’ai eu la grande joie de publier plusieurs fois dans la revue Nouveaux Délits, la première fois dans le numéro 6 (juillet 2004), et qui sera également dans le numéro 39 (avril 2011). Son écriture, faussement légère, mais véritablement sincère, raconte la vie, la vraie, celle de tous les jours, avec des mots qui tapent au cœur de la cible, c’est-à-dire ton cœur à toi, lectrice-lecteur. Marlène, vous ne la trouverez pas dans les salons, mais plutôt dans la cuisine. Marlène c’est la perle qui tombe d’un paquet de chips, c’est le talent à la fois le plus naturel et le plus discret qui soit. Marlène, c’est à petites touches, une peinture du quotidien, sans fard, sans fioriture, mais avec une maîtrise parfaite de la lumière et une grande lucidité. Derrière ce qui pourrait sembler fragilité, tristesse, il y a une grande force, celle de prendre de front ce qui est, avec un sens aigu de l’observation, et d’en extraire tout le jus pour en tirer un peu de ce sublime nectar de poésie. De quoi nourrir les jours… « Les jours qui s’échouent, avec parfois leur gueule de déchet, sur l’étendue incertaine de nos terrains très très vagues ». Elle a donc publié en 2010, « Nos parcelles de terrain très très vague » aux Ed. Asphodèle dans la très attachante collection Minuscule. A lire et à relire.