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Fille de, Carole Achache

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Samedi, 08 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Fille de, octobre 2011, 302 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Carole Achache Edition: Stock

 

Le dernier livre de Carole Achache compte au nombre des romans écrits sous l’emprise d’une nécessité intime. Texte sur la filiation, et plus encore sur l’énigme des silences, Fille de affronte le mystère de la descendance. De la révolte et de la quête qui lui sont intrinsèquement attachées.

Comme à l’origine du monde, ce doute de la narratrice : l’aime-t-elle, cette mère à laquelle elle serait tentée de dénier jusqu’au statut de femme ? Cette Monique Lange qui éprouve inlassablement le « besoin d’une impossibilité en amour ». Qui possède un goût si sûr pour les passions sublimées, les homosexuels et les hommes traqués.

Nous sommes après-guerre. Le Parti communiste broie ses enfants désobéissants. Très tôt, les ailes de Monique Lange l’ont déposée rue Sébastien Bottin, aux éditions Gallimard. Là, où tout est possible. C’est la valse des rencontres miraculeuses, Genet, Violette Leduc, Florence Malraux, Duras, Jorge Semprun, Faulkner… Le désir de vivre est exacerbé. Monique Lange prend sa place dans le mouvement des couples qui flamboient puis se fanent. Côtoie des êtres qui s’inventent au gré des séparations, de l’alcool, des livres et des révolutions.

Enfance obscure, Pierre Péju

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 07 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Enfance obscure, 2011, 370 p. 20 € . Ecrivain(s): Pierre Péju Edition: Gallimard

Dans les sillons fertilisés par Deleuze, Pierre Péju a patiemment semé les graines des problématiques de l’Enfantin. Et cet Enfantin fonctionne comme un concept. Péju en déploie les plis dans une langue non-philosophique (au sens de Laruelle) et extrêmement accessible. Jardinier, il déplie observations et constats, questions et bourgeonnements de réponses.

Enfance obscure ? Camera obscura plutôt car ce livre est une boite de révélateurs. Même s’il ne le cite jamais, Michel Foucault rôde entre les lignes : Enfance obscure est une archéologie des savoirs et des pratiques sur les soubassements de l’Enfantin.

L’Enfantin n’est pas un souvenir mais un ensemble de « blocs perceptifs » pour parler comme Bergson. Un des splendides exemples vitaux des liens ténus qui lient indéfectiblement littérature, philosophie et vie.

Les points de vue y sont démultipliés plus que dépliés. Ethnopsychiatrie, économie, littérature dite enfantine, peinture et musique, traversent en lignes de forces cet essai inclassable, authentique œuvre (Leiris n’aurait pas pu la désavouer) où poésie et sciences dites humaines s’entremêlent pour en dégager les singularités éclairées.

Nouvelles du jour et de la nuit, Hubert Haddad

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 07 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Zulma

Nouvelles du jour et de la nuit, Nouvelles du jour, coffret de 5 recueils de nouvelles, 30 € – Nouvelles de la nuit, coffret de 5 recueils de nouvelles, 30 € . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

« Aujourd’hui comme hier, le temps trousse une vague mélodie de marin, certainement miraculeuse qui enchaîne les secondes aux nuits et les jours aux saisons »… Revoilà, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, l’écriture, l’inimaginable imaginaire du « prince de la nouvelle » : Hubert Haddad.

Zulma, et ses publications raffinées, comme autant d’orfèvreries persanes, a vingt ans et fête cet anniversaire en nous offrant un pur joyau : Nouvelles du jour et de la nuit. Deux coffrets de cinq recueils de nouvelles, chacun ; graphisme épuré, mais chatoyant à l’œil, comme ces écrins de parfums rares, musqués façon Arabie ; bleu des mers du sud pour « la nuit », orangé – soleil d’Afrique – pour « le jour ». A l’intérieur, chaque livret soigné, sans ostentation, décline le motif du coffret en un panaché de couleurs précieuses, faisant cette fois penser à des chocolats de luxe : c’est beau, c’est goûteux ; c’est Noël en été !

Nation Pigalle, Anne Plantagenet

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 05 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Stock

Nation Pigalle, 2011, 493 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Anne Plantagenet Edition: Stock

A une France en quête d’identité, Nation Pigalle renvoie la représentation d’un quartier cosmopolite, où les classes sociales et les personnages les plus divers se côtoient, où les strates temporelles viennent se télescoper. Un joyeux bazar. Plus joyeux pour les uns que pour les autres. Cela dépend du train de vie que l’on peut se permettre. Or, dans ce Pigalle, des personnages privilégiés croisent une concierge esseulée et un poète SDF.

La mère de Timothée a mis le feu à son appartement, à l’angle de l’avenue Trudaine et de la rue des Martyrs. C’est le déclencheur d’une série de remises en question, de mini cataclysmes venant ébranler le quotidien. Timothée va-t-il enfin quitter sa femme pour Gaia ? Va-t-il renouer avec ses fils ? Surgit ensuite la traductrice Louisa, voisine de la vieille dame suicidaire, que la fumée imprégnée va peu à peu obliger à sortir de chez elle, rencontrant une amante passionnée et une nouvelle vocation pour le porno. Elan de vie et de désir qui la pousse dans les bras de son mari avec d’autant plus d’ardeur.

On sait d’emblée, dans ce roman choral, que les différents protagonistes vont finir par se rencontrer et leurs histoires par s’entremêler. On l’attend même. De ces portraits réalisés d’un souffle surgissent quelques trouvailles précieuses, des moments invraisemblables, des questionnements inévitables.

Vers la mer, Anne-Sophie Stefanini

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mercredi, 05 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Vers la mer, août 2011, 235 p. 17 € . Ecrivain(s): Anne-Sophie Stefanini Edition: Jean-Claude Lattès

A la veille de son premier voyage de femme, Laure, tout juste majeure, retrouve à Paris sa mère. C’est ensemble qu’elles feront le début du chemin, à Nice que leurs routes se sépareront. C’est ce qui est prévu, mais la vie enseigne que le meilleur moyen de faire surgir l’inattendu est de planifier les choses.

La route sera donc jalonnée d’incidents et de rencontres, parmi lesquelles – les plus importantes d’entre toutes – celle d’une mère avec sa fille, celle d’une fille avec sa mère, et celle d’une mémoire familiale.

« Catherine avait un passeport qu’elle n’avait pas acheté sur un marché de Constantine. Elle avait hérité d’une nationalité orgueilleuse qui pouvait aller partout et prétendait tout voir, tout connaître, tout dominer. Elle possédait de l’argent invisible, sur un compte sécurisé, disponible dans toutes les villes du monde, toutes celles où Slimène était allé en dissimulant les billets de plusieurs devises dans ses chaussettes. Laure, quoi qu’elle fasse, serait bientôt comme elle, une femme établie, qui voyagerait sans crainte, un billet dans sa poche. Mais si elle rencontrait Slimène sur ce banc, elle serait séduite et voudrait lui ressembler comme elle croyait pouvoir revivre l’excitation et l’éblouissement des exploratrices d’un autre siècle » (page 154).